Sur les « ponts » du mois de mai…

 

Ces fameux « ponts » du mois de mai, qui « paralyseraient » l’économie française, c’est un sujet récurrent, ce qu’on appelle familièrement un « marronnier » en langage journalistique. Tous les ans ça revient, ça fait 25 ans que j’ai écris là dessus chaque année, et que les journaux économiques s’en emparent, et que le Medef gémit. Une journaliste d’une grande radio, ne faisant que son devoir de salariée, m’a  interrogé donc, sur demande de sa rédaction. Voilà ce que ça donne :

Question : - Vous ne croyez pas que cette abondance de « ponts », ce ne sont plus des « ponts » mais des « viaducs », c’est exagéré ?
Réponse : – Ah, non, quand on voit le nombre écrasant d’heures supplémentaires faites par les salariés, ce n’est pas de trop qu’ils puissent profiter un peu du printemps et des beaux jours.

- Mais n’y a t il pas d’abus ?

- Oh, non s’il y a des abus c’est que trop peu de salariés ont réellement ces ponts, surtout dans les petites entreprises, dans les bas salaires et les métiers pénibles : dans la majorité des cas, dans le privé, les salariés ont perdu depuis plus de quinze ans leurs « deux jours de repos consécutifs », notamment dans le commerce, mais dans beaucoup de professions de services, et parfois d’industrie.

- Oui, mais, ce mois de mai, cette année, il a trois ponts, parfois de trois ou quatre jours ?

- Il y a des années comme cela ! Et des années ou les jours fériés tombent un samedi. Mais vous savez, seul le 1e 1er mai est un jour férié et chômé (et ce jour-là, il y a des infractions quand même ! Comme si des employeurs méprisaient à ce point le droit du travail qu’ils imposent à des salariés de travailler aussi ce jour-là. Combien payent réellement les majorations prévues ? Ils profitent de leur position dominante et du chantage à l’emploi pour imposer des violations de droit). Les autres jours sont hélas, de moins en moins respectés. C’est quand il y a de bons accords « RTT » grâce à des 35 h bien appliquées, que certaines catégories de salariés profitent de quelques jours de repos groupés. Dans le privé, c’est loin d’être la majorité des cas. Et dans le public, c’est souvent parce que les salariés n’ont pas pu prendre leur congé quand ils le souhaitaient, et les voilà obligés de les prendre avant la fin du mois de mai sous menace de les perdre…

Très  peu de conventions collectives prévoient le paiement des 11 jours fériés possibles, en général elles n’en paient que 5 ou 6 ou 7…

- Mais ça désorganise les activités économiques, même le service public ?

- Ça désorganise… quand ce n’est pas organisé et quand les directions, faute d’effectifs suffisants, sont incapables à la fois de respecter les droits à congé et la continuité du service public. De façon générale, les gains de productivité en France sont parmi les plus élevés au monde, même avec ces fameux « ponts » de mai. Des salariés qui se sentent bien et qui ont des bons congés, c’est bon pour l’économie, pas l’inverse.

- Vous ne croyez vraiment pas que le nombre de jours fériés concentrés en mai est abusif ?

- Écoutez, le 1er mai a été déclaré férié par… Pétain, qui redoutait le sens historique de cette journée de manifestations sociales, mondialisées depuis 1886. L’Ascension et le lundi de Pentecôte sont des fêtes religieuses. Le 8 mai, ce n’est pas le jour « revanchard » de la « victoire contre l’Allemagne » mais celui de la victoire contre le nazisme… Est-ce ce genre de manifestation et de tradition que l’on veut supprimer ?

- Mais n’y a t il pas trop de jours fériés en France par rapport à l’Europe ?

- Non, pas du tout, nous sommes dans une honnête moyenne par rapport aux grands pays qui ont entre 7 et 13 jours fériés. Nous avons onze jours fériés dans l’année, mais cela varie selon qu’ils tombent en semaine ou un week-end. En fait quand ils tombent un dimanche ou un samedi non travaillé ils sont perdus, chez nous, pas ailleurs : en moyenne réelle nous n’avons que 9,33 jours par an à cause de cela.

Cela fait des décennies qu’il en est ainsi, et cela n’a pas empêché, au contraire, la France d’être cinq fois plus riche qu’en 1945 et d’être la cinquième  puissance industrielle du monde. On a le taux de productivité horaire le plus élevé au monde.

Ils n’ont donc pas assez de profits, les actionnaires, qu’ils veuillent aussi rogner les jours fériés du printemps ?

- Mais en Italie, ils sont revenus sur leur nombre de jours de congés…

- C’est bien ce que je disais, Berlusconi, comme le Medef n’en ont jamais assez, ils veulent revenir sur tout, allonger la durée du travail sur la semaine, casser les 35h, allonger la durée du travail sur la vie, casser les retraites à 60 ans, nous refaire travailler tous 45 h sans gain de salaire jusqu’à 65 ans…

Même aux USA ils ont plus de jours fériés que nous, et quand ils tombent un dimanche, ils sont reportés au lundi comme en Allemagne.

- Je n’arriverais pas à vous faire dire qu’il y a un problème avec ces « ponts » ?

- Non, le vrai problème, c’est qu’il y ait une délinquance patronale et que dans trop de secteurs, les horaires légaux et conventionnels, les durées maxima « d’ordre public social » ne soient pas respectées. Le vrai problème c’est que les effectifs des services publics et hospitaliers, transports, équipements, par exemple, ne soient pas suffisants.

Et puis, je vais vous dire, quelques jours de gagnés sur l’exploitation quotidienne, comme disait Prévert, c’est toujours une belle journée ensoleillée qu’on ne perdra pas à cause du stress et des « flux tendus ».

- C’est votre dernier mot ?

- En mai, ce qui va « désorganiser » l’économie, ce ne sera pas les ponts, mais la politique de  Macron, il refuse de négocier et bloque tout le pays,  il faire qu’il y a une grève générale prolongée a la SNCF a Air France et dans de nombreux secteurs. 21 millions de salariés, 3 millions de chômeurs et de précaires disent au gouvernement et au Medef qu’ils veulent travailler, mais pas n’importe comment, pas 45 h jusqu’à 65 ans, pas avec des bas salaires ni des basses retraites tandis que les profits augmentent en flèche. Et Macron lui, il casse tout le social, veut une société sans statut, « post salariale », et supprimer les cotisations sociales… dites c’est autrement plus grave que « les ponts »

 

Et si c’était le « grand débordement » qu’est-ce que nous ferions sans unité de la gauche ?

Nous militons toutes et tous, quoiqu’on en dise, avec un petit quelque chose de mai 68 dans la tête.

Même 50 ans après, en creux, grands médias milliardaires et  grands cortèges militants, jugent de l’état et des avancées de l’actuel mouvement social à l’aune de mai 68.

Quelque part on sait qu’on ne fera pas reculer la sinistre politique de Macron sans être assez forts pour lui faire peur, à lui et au Medef.

Il faut qu’il « sente la colère » se répandre comme une trainée de poudre.

Il faut que ça bascule côté cheminot, côté services publics, côté jeunes étudiants et lycéens, côté postiers, côté salariés de Carrefour et de PSA. Les manifestations de rue n’y suffiront pas, il faut que la grève s’étende et que des entreprises soient occupées par centaines et milliers. Que ca « converge » comme en mai 68.

Ca ne se décrète pas. Ca se murit, ça se prépare.

la manifestation joyeuse et intense du 5 mai y a contribué, dans l’unité de la gauche : elle a montre qu’il fallait la tambouille, le pot au feu, la ribambelle des logos, la fete du tous ensemble, le mélange des énergies, et du soleil pour réussir.

Il faut faire sentir que dans le moment présent que c’est possible : il faut donner un sentiment de confiance de masse qu’on peut gagner dans l’unité de la gauche

C’est ce qu’on essaie de faire avec un succès croissant (avec près de 40 syndicats, associations, partis politiques le 26 mai…)  il s’agit de faire avancer cette « confiance » collective si nécessaire et de pousser les convergences entre tous les secteurs en lutte

Il y a deux raisons pour que ça puisse exploser, deux raisons plus fortes qu’en 68 :

-       la première c’est que le salariat n’a jamais été aussi fort numériquement, 90 % des actifs (et Macron opère un choix à contre temps et perdu d’avance en misant sur la « société post salariale »)

-       la seconde c’est que le fossé des inégalités n’a jamais été aussi grand : la France n’a jamais été aussi riche, et les richesses aussi mal partagées (et Macron commet de graves fautes en encourageant de façon aussi provocatrice les riches). C’est explosif.

Ce qui manque, c’est la confiance, c’est la croyance que « si on y va, c’est possible et on peut gagner ». Tous les grands médias travaillent l’opinion matin et soir pour que ça n’arrive pas. N’empêche, comme toujours ils ont peur et laissent transparaitre cette peur en permanence. Et on le sent aussi, « en même temps » cela peut venir, d’un seul, coup et faire sauter les vannes, les digues, les barrages…

Mais il y faut une issue politique.

En cas de « grand débordement » comme le dit Frédéric Lordon, que ferions nous ?

Car comme le dit Macron, s’il est obligé de reculer, c’est sa politique globale pro-haute finance, de « société sans statut » de « suppression des cotisations sociales » qui en prendrait un sérieux coup. Nous sauverions le pays de la catastrophe sociale imminente et durable dans laquelle Macron l’entraine.

Mais alors il faudrait demander son départ et des élections anticipées !

Pas seulement un « Grenelle » ou un « Matignon ».

Ce qui ne serait possible qu’à condition de se mettre en position de proposer une alternative et de la gagner. Sinon, on reviendrait vite à la case départ, et il réessaierait en 2019 ce qu’il n’aurait pas pu faire en 2018. Macron est un irresponsable au sens strict du terme, il n’a pas de base sociale, ni de parti, il est un pur produit « d’en-haut ».

Comment ferions nous pour proposer une alternative au nom du salariat, de ceux qui produisent les richesses et qui n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent ?

Qui le ferait ?

Pas le PS, c’est sur, qui peine à de distinguer de Macron. Il n’y a donc d’issue que dans la majorité politique actuelle de la gauche. Mais qu’est ce que la majorité politique de la gauche actuellement dans le mouvement social ? Sinon les 12 organisations qui tentent depuis le début de se poser la question de l’unité d’action de la gauche.

Nous avons,

-       le 21 mars fait une première conférence de presse à 12 ensemble à la République,

-       nous en avons fait une autre le 30 mars, en gare de Lyon un peu après, avec les cheminots,

-       puis une autre, toujours ensemble, à 12, au Tréport, le 5 avril, contre la suppression des petites lignes SNCF,

-       et GDS, la Gauche démocratique et sociale, a proposé un meeting commun, symbolique, qui s’est tenu le 30 avril à République : 9 organisations y ont participé

-       Et une plateforme commune signée par les mêmes 9 organisations politiques en défense des services publics, du rail, du fret et du statut des cheminots

Ce document commun, un texte recto verso, une plateforme commune défense du service public, du ferroviaire, avec dix points et dix revendications, élaborées et défendues en commun, c’est très important pour aider à faire converger les belles et tenaces luttes en cours,

C’est très important que les 9 organisations politiques que nous sommes, aient eu la volonté d’une plateforme commune.

C’est un pas en avant, on montre que la gauche s’unit et a des solutions ! Une alternative !

Ce n’est pas seulement précieux en cas de « grand débordement », c’est irremplaçable.

Sans cette forme d’unité de la gauche il n’y aura pas de combat sérieusement victorieux jusqu’au bout contre Macron.

Sans plateforme commune, pas de solution ni de révolution !

Sans unité politique consciente, au delà des actions des syndicats, associant les sensibilités, les courants, les partis, les mouvements, les associations, démocratiquement, pas de combat d’ensemble !

Il faut construire, réussir cette unité, et si on était tous responsables on se mettrait maintenant au travail.

Les 12 organisations se rencontreraient et mettraient au point une plateforme commune recensant nos accords possibles en 10 ou 12 points. On apprendrait au mouvement que nous avons des réponses communes, et la possibilité de déposer des listes commune en cas d’élections anticipées.

Il n’y a pas de bon prétexte pour ne pas agir ensemble.

Il ne suffit pas d’appeler à un grand raz de marée populaire comme nous le faisons tous.

le texte d’appel au 26 mai, est excellent, il analyse, et propose a la fois, aidée d’une affiche commune, et de manifestations partout est stimulante. Preuve encore que la « tambouille » et la ribambelle de logos », c’est nécessaire à condition que ce soit dans le plus strict respect de toutes les sensibilités, grandes ou petites.

C’est trop sérieux ce qui se passe. Actuellement sans cette forme d’unité, il n’y a pas d’issue véritable. Aucune des composantes de la gauche ne peut apporter seule une solution. Halte à la mosaïque, oui au front commun !

Même et surtout s’il y avait un « grand débordement » !

Sans unité de la gauche, nous ne serions pas à la hauteur, mais en train de nous disputer entre nous. Ce qui serait une vraie trahison du mouvement de grève et d’occupation s’il avait lieu.

Sans gauche unie pas de victoire politique possible ! Il faut le dire ! Et se rencontrer tout de suite, pour imaginer la solution de front unique.  Personne, aucun groupe n’y arrivera seul ! Personne ne peut se permettre de combattre seul ou de refuser l’unité de la gauche dans la situation dangereuse où nous agissons et face à l’ennemi commun !

Il faut tirer les leçons du passé de la gauche, et de mai 68, pas les ignorer ! Sans transcender nos meilleures traditions unitaires de gauche pas d’avenir possible !

C’est une question de conscience à temps, de volonté quand la situation l’exige, c’est le cas maintenant.

Le 5 mai de l’Opéra à la Bastille, avec les étudiants et lycéens, le 22 mai avec les fonctionnaires, le 26 mai, le 14 juin avec les retraités, jusqu’au bout avec les cheminots, unité ! Unité urgente de la gauche, nécessaire de toute la gauche !

 

 

Jeune fille au pair, statut trouble

Une « jeune fille au pair » française, Sophie Lionnet, 21 ans, originaire de Troyes, a été tuée à Londres en septembre 2017 par ses… « maitres » après avoir été longuement suppliciée.  Son cadavre calciné a été retrouvé dans le jardin de ses tortionnaires, une vidéo a été retrouvée, et huit d’heures d’enregistrement ont montré les maltraitances qu’elle avait subi.

 

Un « jeune au pair » est une personne âgée de 18 à 30 ans, célibataire et sans enfants, qui voyage dans un pays étranger pour y vivre chez une famille d’accueil pendant une durée déterminée. Le but théorique du séjour au pair est « l’échange culturel ». Le jeune au pair est censé approfondir ses connaissances de la langue du pays d’accueil.

Dans la plupart des cas, les jeunes au pair n’ont pas le statut d’un employé, mais deviennent des « membres de la famille » pour une durée de temps déterminée. Pourtantla fille / le garçon au pair doit « aider » dans la garde des enfants ainsi que dans certaines tâches ménagères « légères » en tant que membre de la famille à part entière.

Peut on être à la fois « membre de la famille » et « domestique » ?

En contrepartie de son « aide », le jeune au pair est gratuitement logé, nourri et blanchi mais les « au pair »  ne reçoivent pas un salaire, seulement un argent de poche.

Pareil statut est l’ambiguïté même : quelles tâches, quelles obligations réelles ? Il existe une grille des salaires minimum « d’au pair » aux Etats-Unis : 139 dollars par semaine au minimum. Pour 40 heures de travail c’est largement mérité car il faut comparer avec une heure de babysitting qui coûte 10 dollars au minimum !

 

En fait « au pair » sert à contourner les droits salariés, et place les jeunes dans une situation de dépendance malsaine. On a un statut bâtard entre « domestique familial » et véritable salaire conventionnel. Cela permet toutes les dérives, et des enquêtes ont établi la fréquence de mauvais traitements. « On se trouve emprisonnées et on accepte tout » racontent des jeunes filles placées au pair et qui n’ont plus d’autres choix.

 

L’article 22, sous section 4 de la loi Collomb sur les migrants, précise que « la carte de séjour temporaire » d’un an, renouvelable une fois, doit porter la mention « jeune au pair », mais réaffirme, hélas, que c’est « la famille d’accueil » et non pas la loi qui définit les droits et obligations du jeune au pair (modalités de subsistance, de logement, d’assurance, le nombre d’heures maximales de taches, d’apprentissage de la langue, le repos hebdomadaire, et le niveau de l’argent de poche »).

 

La loi a donc manqué l’occasion de supprimer une pratique bâtarde vieillotte, injuste et dangereuse.  Ca aurait pourtant été l’occasion d’en finir avec la vraie fausse servitude et de définir « l’au pair » comme un travail salarié.

 

Mais c’est impossible d’espérer pareil progrès avec Macron ami des VTC, des Déliveroo, et qui se bat pour une « société sans statut »

 

 

 

 

 

Liban: les «bonnes à tout faire», invisibles esclaves modernes https://limportant.fr/infos-moyen-orient/69/426749 … @madmoiZelle (il n’y a pas qu’au Liban !)

 

 

 

 

Juges et parties anti salariés

Entre 6000 et 7000 euros officiels par mois hors primes cela ne doit pas suffire aux hauts magistrats de la Cour de cassation. Alors ils font des piges, ces gens-là. Certaines payées avec droits d’auteurs. D’autres carrément payées en salaires avec feuilles de paie : c’est le cas pour trois d’entre eux (le président de la Chambre sociale de ladite Cour, le doyen lui-même et une conseillère) au profit de la société Workers Kluwer France (Lamy, Liaisons sociales) en faveur de laquelle ils font des « formations » destinées à un public choisi d’avocat et de DRH, payées 1000 euros par mois. Ca ne se refuse pas hein ? Le problème, c’est qu’une feuille de paie induit un contrat de travail, et tout contrat de travail induit un « lien de subordination juridique permanent ». Leur feuille de paie le précise ils sont « employés ». Or l’exercice par un magistrat d’une activité professionnelle ou salariée est formellement interdite. (Ordonnance de 1958 art.8)

En 2008, les représentants du personnel et les salariés de WKF apprenaient la suppression de la participation versée aux salariés en raison de « l’endettement » de la société. Ils se mettent en grève :  leur action aboutit à déclencher un contrôle fiscal. En 2009 la direction présente une réorganisation de l’entreprise. En 2010 : la mise en œuvre de la réorganisation est finalisée, 115 postes sont supprimés. Contre l’avis du contrôleur fiscal, le ministre des Finances valide le montage financier et refuse le redressement fiscal. Le comité d’entreprise demande au tribunal de commerce de Nanterre d’ordonner une expertise afin de comprendre comment WKF a réalisé la fusion des sociétés du groupe français en endettant la nouvelle société. En 2011 l’expert désigné révèle que WKF a racheté ce qu’elle possédait déjà en s’endettant auprès de la maison-mère. Cet endettement met durablement le résultat net de l’entreprise à zéro et lui permet de ne plus payer d’impôts en France (- 16 millions par an), de déduire l’argent prêté des impôts dus aux Pays-Bas et de ne plus verser de participation aux salariés (- 5 millions par an). L’expert explique aussi que l’opération de fusion aurait  pu être menée autrement et sans endettement. La Cour de Versailles saisie, en 2016, à la suite d’une plainte des syndicats, condamne WKF pour manœuvre frauduleuse et rétablit la participation de 2007 à 2010.

Mais voilà : 3 des 6 juges de la Cour de cassation saisie par WKF acceptent de se placer dans une situation où ils sont « juges et parties » et donnent raison le 28 février 2018 à leurs patrons. Le jugement présente des attendus juridiques pour le moins surprenants. Le scandale est là : non seulement ces magistrats salariés de WKF n’auraient pas dû accepter de participer au tribunal qui a eu à juger de … la société WKF qui les employaient, mais ils auraient du se garder de lui donner si abusivement raison.

Gérard Filoche

 

il y a deux ans Bob Siné nous quittait

 

 

 

Étudiant à Rouen en Mai 68, Gérard Filoche espère le déclic en 2018 : « C’est plus explosif »

écrit par Simon Louvet

Journaliste pour 76actu

En mai 1968, Gérard Filoche était un étudiant de l’université de Mont-Saint-Aignan en grève. Cinquante ans plus tard, l’ex socialiste espère le retour de la grève générale.

Publié le 5 Mai 18 à 17:16

 

En mai 1968, Gérard Filoche était étudiant à l’université de Mont-Saint-Aignan, près de Rouen (Seine-Maritime), comme ici, le samedi 11 mai 1968 en manifestation devant le Palais de justice. Dirigeant de l’Unef à l’époque, il espère, 50 ans après, que la grève générale verra de nouveau le jour. (©DR / Gérard Filoche)

« Je me souviens avoir peint ‘grève générale’sur la fac de Mont-Saint-Aignan. » C’était le dimanche 5 mai 1968. Étudiant en philosophie, Gérard Filocheétait aussi un dirigeant local de l’Union nationale des étudiants de France (Unef). Cinquante ans après, le fils d’ouvriers raconte son Mai 68et ses espoirs pour le printemps 2018.

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« On aurait oublié le mouvement étudiant sans la grève générale »

« Acteur, auteur et produit », voilà comment Gérard Filoche définit le rôle du jeune homme de 23 ans qu’il était en Mai 68. « J’étais la parfaite symbiose entre l’ouvrier et l’étudiant », rappelle-t-il. Fils d’un menuisier-chaudronnier et d’une aide-soignante, il a enchaîné « huit à dix petits boulots » – docker, manutentionnaire, pion… – pour payer ses études de philosophie. Pour lui, Mai 68 commence en janvier à Blainville-sur-Orne près de Caen (Calvados), par la grève à la Saviem, une filiale de Renault.

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Après son œuvre graphique sur les murs de l’université le 5, le Mai 68 de Gérard Filoche commence. L’oreille au transistor vendredi 10 mai, Gérard Filoche avait quitté Rouen au volant de sa deudeuche pour le « soir des barricades » du Quartier latin, à Paris. Bloqué par la police, il n’a pu y pénétrer et n’a pu que « jeter quelques pavés ».

Mais à son retour à Rouen, le 11 mai à 11h pour une assemblée générale, le militant de l’Unef voit sa nuit parisienne « un peu enjolivée ». « J’y étais, donc j’étais triomphant », rit-il. Il prend la parole en manifestation, « c’est là qu’a été prise la photographie avec le mégaphone ». Puis, il y a eu le 13 mai :

Deux copains, aujourd’hui décédés, sont venus à 5h du matin frapper à mon volet de la route de Neufchâtel. « Ça y est, on occupe Renault à Cléon! » me disent-ils.

C’était « le point de départ d’une vague » qui a atteint la raffinerie de Gonfreville-l’Orcheret toute la vallée de la Seine. L’étudiant d’alors et le militant aguerri d’aujourd’hui sait ce que Mai 68 doit aux ouvriers, il le répète dans son livre Le social au cœur, Mai 68 vivant  : « On aurait oublié le mouvement étudiant sans la grève générale. »

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« Nous savions ce que nous voulions, mais pas comment le porter »

Aux meetings présidés par le Comité de la grève à Rouen et sa quinzaine d’élus de l’Unef, de l’Union des étudiants communistes et des Jeunesses communistes révolutionnaires, on refait le monde, sur tous les thèmes. Les débats se tiennent dans le cirque du Boulingrin occupé et ses 3 000 places. « C’était plein à craquer ! »

 

Un mouvement qui s’est essoufflé avec les journées des 23 et 24 mai. « Ça nous a échappé », regrette Gérard Filoche. Une manifestation rouennaise atteint la gare. Une partie veut l’envahir, l’autre veut attaquer le siège du parti gaulliste. L’étudiant Filoche sonne la dispersion. C’est là que l’homme de 73 ans pointe l’erreur :

Nous savions ce que nous voulions – un gouvernement ouvrier et paysan, populaire – mais pas comment le porter. Ni qui. Quel parti ? Nous avons dit « élection = trahison ». Mais nous ne pouvions pas les empêcher et nous n’étions pas prêts, nous aurions dû avoir des candidats.

Malgré ces « erreurs » pointées par Gérard Filoche, le mouvement de Mai 68 a permis d’aboutir aux accords de Grenelle, le 27 mai 1968, apportant une augmentation des salaires minimum et une baisse du temps de travail.

Celui qui qualifie Mai 68 de « crise révolutionnaire » – « ce qui n’amène pas forcément à une révolution » – pense que le contexte de 2018 est propice à la renaissance d’un mouvement similaire, d’une même « lame de fond ».

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« Ne pas refaire les erreurs de Mai 68 »

Il en est même certain : « Les conditions d’une explosion existent, pour deux raisons. Le salariat représente 90 % de la population et la France est bien plus riche qu’en 1968. » Actant de l’augmentation des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres, Gérard Filoche rejette « la société post-salariale d’Emmanuel Macron ». Pour autant, si les conditions de l’explosion « sont là, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton ». Celui qui est cégétiste depuis 1963 et a été communiste, trotskiste puis socialiste jusqu’à son exclusion en novembre 2017, croise les doigts :

Il faut que ce soit mûr. On fait tout pour que ça mûrisse…

En attendant que les luttes convergent comme il l’espère, Gérard Filoche converge vers les luttes. L’occupation d’un bâtiment de Rouen devenu « quartier général de la grève » ? « Je soutiens. Si la lutte ne passe que par des manifestations de rue, ou des occupations de places comme à Nuit debout, ça ne marchera pas. Il faut occuper les entreprises ! » Mais il est patient : « En 1965, on disait que juin 1936 n’arriverait plus. » Pour 2018, il faudra peut-être encore l’être car « si la grève des cheminots s’arrête, tout s’arrête ».

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Intervention Gérard Filoche, place de la République, à Paris, au meeting unitaire des 9 organisations de gauche

Bonsoir, merci à toutes et à tous d’être là, ensemble.

En ce 30 avril au soir, pluvieux, 9 organisations de gauche, à travers ce meeting, préparent l’avenir, et inaugurent un mai 2018 ensoleillé anti Macron. On prépare le 1ermai, le 3 mai, le 5 mai, le 22 mai…

Car oui, il faut et on doit faire converger les luttes en cours, autour et avec la magnifique et courageuse grève des cheminots.

Ils en sont à 12 jours de grève effective et ils tiennent bon contrairement à ce que prétendent tous les jours les gros médias des 9 milliardaires ; le journal les Echos l’a laissé entrevoir en révélant que le 28 avril il y avait 8 % de cheminots en grève de plus que le 24 avril. Vivent les cheminots !

C’est Macron qui est la cause du blocage du pays, des trains, des avions, des postes, des hôpitaux, des services publics.

Car c’est lui qui promeut la fanatique idée d’une « société sans statuts », d’une « société post salariale », de la « suppression des cotisations sociales ».

Ecoutez bien, car il le défend dans son livre qu’il a osé intituler « Révolution », (c’est « Contre-révolution » qu’il aurait du écrire !). Il veut une « société sans statut », une société « agile » comme il dit, « une France start up », c’est une société sans droits ni lois pour ceux qui travaillent.

Il ne s’agit pas que du seul « statut » » des cheminots mais de TOUS les statuts, de toutes les conventions collectives, et c’est pour cela qu’il a cassé le code du travail par ses ordonnances, comme il veut casser le statut de la fonction publique, et s’il est un fonctionnaire qui croit qu’il n’est pas menacé c’est qu’il a de la boue dans les yeux, toutes les branches, tous les métiers sont menacés ! En défendant les droits légitimes des cheminots nous nous défendons tous nous mêmes !

Il veut une société « post salariale » : écoutez bien : « post salariale ».

Il ne veut plus des droits que les salariés ont gagné depuis 170 ans, horaires partagés, limités et contrôlés, grilles de salaires conventionnels, santé, hygiène sécurité et conditions de travail, protection sociale liée aux salaires et à l’emploi, institutions représentatives du personnel,  syndicats, prud’hommes, médecin du travail, inspection du travail…

Il nous veut, nous salariés, qui représentons pourtant 90 % des actifs,  nous transformer en « indépendants », en nous imposant de remplacer nos contrats de travail légaux et collectifs par  des contrats commerciaux aléatoires de gré à gré.

Comme au XIX° siècle, avec les loueurs de bras, les tâcherons,  les journaliers, les manouvriers, les appointés, les trimardeurs… aujourd’hui pour Macron, ce sont les start-upeurs, les programmeurs, les développeurs, managers, les chauffeurs VTC, les pédaleurs Deliveroo, les incubateurs, les auto entrepreneurs… mais c’est pareil !

Il a ré annoncé devant Plenel et Bourdin, sans que cela, pour le moment, ne fasse exploser des millions de salariés,  qu’il allait « supprimer les cotisations sociales ».

Ca, c’est une énorme contre révolution !

Sans cotisations sociales pré affectées, pas de sécurité sociale ! Fini !

Sans salaire brut mutualisé, payé à la source par les patrons et les actionnaires, plus de protection sociale comme nous la connaissons depuis 1945. Remplacer les cotisations sociales salariales pré affectées à nos besoins sociaux, par de l’impôt qui peut être redistribué pour n’importe quel autre besoin, ou pour la guerre, en fusionnant les budgets séparés, c’est la fin de notre modèle social.

 

Et c’est pourquoi nous sommes là, ensemble, au même plan 9 organisations de gauche. Car nous nous respectons et entendons apprendre à agir ensemble par delà nos différences.

L’unité d’action ce n’est pas forcément l’unité de pensée.

L’unité d’action, c’est le choix de l’urgence, du rapprochement efficace, de la nécessité.

 

Sans unité de la gauche il n’y aura pas de combat sérieusement victorieux jusqu’au bout contre Macron. Car le danger est énorme et il faut soutenir de toutes nos forces le mouvement social, le sectarisme n’est pas de mise.

Il n’y a pas de bon prétexte pour ne pas agir ensemble.

Nous avons, le 21 mars fait une première conférence de presse à 12 ensemble ici à la République, nous en avons fait une autre le 30 mars, en gare de Lyon un peu après, avec les cheminots, puis une autre, toujours ensemble, à 12, au Tréport, le 5 avril, contre la suppression des petites lignes SNCF, et j’y étais au nom de GDS, la Gauche démocratique et sociale, comme aujourd’hui à ce meeting commun, symbolique, que nous avons proposé.

Et aujourd’hui, il y a quelque chose de plus, de bien plus important encore, nous avons rédigé un document commun, un texte recto verso, une plateforme commune défense du service public, du ferroviaire, avec dix points et dix revendications, élaborées et défendues en commun. C’est très important qu’autour des grandes et belles luttes actuelles, et justement pour aider à ce qu’elles convergent, les 9 organisations politiques que nous sommes, aient une plateforme commune.

La voilà cette plateforme, je vous la montre, elle vous est distribuée, elle paraitra dans toutes nos presses, et c’est un pas en avant, on montre que la gauche a des solutions ! Une alternative !

Et la gauche c’est le camp du salariat de ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre !

Une seule gauche, un seul salariat !

Sans gauche unie pas de victoire possible !

Personne, aucun groupe n’y arrivera seul !

Personne ne peut se permettre de combattre seul dans la situation dangereuse où nous agissons et face à l’ennemi commun !

Il faut tirer les leçons du passé de la gauche, pas les ignorer !

Sans transcender nos meilleures traditions de gauche pas d’avenir possible !

Sans théorie ni plateforme commune, pas de solution ni de révolution !

Sans unité consciente qui associe les sensibilités, les courants, les partis, les mouvements, les associations, démocratiquement, pas de combat d’ensemble !

Il faut construire, réussir cette unité,

C’est une question de volonté, toute la gauche y viendra forcément,

Pour le 1ermai, le 3 mai avec les lycéens, le 5 mai de l’Opéra à la Bastille, le 22 mai avec les fonctionnaires, le 14 juin avec les retraités, jusqu’au bout avec les cheminots, unité ! Unité de la gauche, de toute la gauche pour vaincre Macron !

 

 

 

 

 

 

 

La contre-révolution Macron : « supprimer les cotisations sociales pré affectées »

Nos ainés du Conseil national de la Résistance avaient voulu un financement et un budget séparé pour nos besoins sociaux, afin de mieux les garantir. L’argent collecté par notre labeur, mutualisé et redistribué à chacun selon ses besoins ne devait pas servir à d’autres fins – à la guerre en Syrie à 2,86 millions le missile par exemple. La suppression par Macron des cotisations sociales basées sur le salaire, payées à la source par l’employeur, telles qu’elles étaient calculées et pré affectées, c’est la mort de notre système social tel qu’il a fonctionné depuis 1945.

 

Il s’agit pour lui d’abaisser de façon drastique « le coût du travail », de mettre fin au caractère solidaire des protections, de rompre le lien direct entre travail et droits sociaux. Il décharge les employeurs et les actionnaires du versement de plus de 470 milliards. L’impôt, bientôt prélevé à la source, à la place des cotisations ne sera pas, lui, pré affecté aux besoins sociaux : il sera complètement à la merci des choix politiques aléatoires des majorités du moment. Le budget social ne sera plus distinct de celui de l’état.

 

Macron met en œuvre la plus importante contre révolution sociale jamais connue depuis 1945.

 

Sa « pensée complexe » prévoit explicitement qu’il s’agit de mettre en œuvre une société post-salariale, et il n’a de cesse d’abroger TOUS les statuts, le code du travail comme le code de la fonction publique, en passant par celui des cheminots.

 

Supprimer le statut des salariés, c’est à dire le code du travail, les conventions collectives, la mensualisation, le CDI, la reconnaissance des qualifications, les institutions représentatives du personnel, les retraites, les prud’hommes, la médecine du travail, l’inspection du travail, la protection face aux licenciements c’est revenir à l’aube du salariat lorsque l’esclavage fut tout juste aboli.

 

Ce qui est voulu par Macron sous prétexte de numérisation, quand il annonce supprimer les « statuts », c’est qu’il n’y ait plus de définition des postes, des niveaux, coefficients, échelons. C’est le retour avant les qualifications reconnues, avant les contrats de travail, avant les conventions collectives, avant le droit du travail.  Fini le contrat de travail légal qu’on connaissait, il est remplacé par un aléatoire contrat commercial de gré à gré.

 

Au 19° siècle, c’était le temps des loueurs de bras, des journaliers des tâcherons, des canuts : c’était les temps des saisonniers, des manouvriers, des appointés, des trimardeurs, des besogneux.

Ces temps reviennent avec les VTC, les Deliveroo, les Ryan air, les contrats de mission, de chantier, les forfaits jours, les auto entrepreneurs,  le paiement à la tâche…  Au 21° siècle vu par Macron, ce sont les new managers, les start-upeurs, les « digital analysts »,  les accélérateurs, les opérateurs, les développeurs, et autres « incubateurs »…

 

Gérard Filoche

 

 

Siné mensuel : leçon de mai 68 :

5 mai faire la fête à Macron : rien de bon dans le Macron