Fabien Villedieu Sud rail gare de Lyon le 30 mars : discours à la conférence de presse unitaire des 12 organisations de gauche

Nous sommes réunis ici dans ce lieu au combien symbolique de la gare de Lyon, car c’est ici qu’à partir du mardi 3 avril les cheminots viendront en AG discuter des modalités de leur grève.

C’est avec un grand plaisir que nous accueillons aujourd’hui les représentants politiques qui soutiennent les cheminots. Soutient inestimable en ces temps difficile où le lynchage médiatique de ces dernières semaines a été impitoyable.

L’objectif étant de faire basculer l’opinion publique et faire croire que la SNCF concentre les plus grands privilégiés.

Car il faut bien se rendre compte que la lutte des cheminots, n’est pas qu’une lutte catégorielle, non, elle concerne tout le monde. Ce qui se joue à partir du 3 avril, ce n’est pas que l’avenir de la SNCF et le statut de ceux qui le font vivre. Non, il se joue une bataille, celle qui consiste a mettre à terre l’un des derniers corps social qui se bat, relève la tête et résiste encore.

Macron veut mettre la tête de la SNCF et des cheminots sur son tableau de chasse, afin de passer un message simple à tous les autres : « regardez, je les ai faits pliés, alors quand votre tour viendra, vous pourrez lutter, résister, cela ne m’arrêtera pas. »

Nous restons persuadés que notre combat fera échos à d’autres, que nos manifestations seront rejointes par d’autres, que nos grèves donneront des idées à d’autres, que toute cette propagande anti-cheminots ne résistera pas à l’intelligence collective.

Le rail est le transport le plus écologique qui soit, or 90% de ses circulations sont subventionnées, soient par les pouvoirs publics, soient par la SNCF elles-mêmes. L’ouverture à la concurrence dans un secteur majoritairement non rentable entrainera mécaniquement une baisse du nombre de train.

C’est d’ailleurs pour cela que sur 24 pays d’Europe l’ouverture à la concurrence est effective seulement dans 5.

  • Savez-vous que dans 4 pays d’Europe où l’ouverture à la concurrence est total cela n’a entrainé aucun train privé.
  • Saviez-vous que sur 6 autres pays ouvert totalement à la concurrence les entreprises se sont positionnées uniquement sur les lignes purement rentables, refusant de le faire sur les autres, ce qui pose énormément de problèmes à ces Etats.
  • Enfin les 5 pays où la concurrence est à la fois théorique et pratique cela n’a pas été possible que par l’intervention de l’Etat qui a subventionné à fond perdu les entreprises privées.

L’Etat allemand a repris 35 milliards d’euros au système ferroviaire en 1994 afin que le poids de la dette ne pèse pas sur les entreprises privées.

Aujourd’hui on nous montre la compagnie Italien NTV comme un modèle pour la grande vitesse. Mais on oublie de dire que cette compagnie ne s’arrête que dans 19 gares là où la SNCF en dessert 230, car NTV ne fait pas de l’aménagement du terroir, elle fait du fric point barre !!  Que les péages ont été volontairement baissé de 30% là où en France ils ont été augmentés d’autant, au point que lorsque vous payez un billet de TGV 100 euros, 40 euros ne sert qu’à une seule chose, payer le péage du train.

Mais alors qui paye les sillons en Italie, lorsque ceux-ci baissent de 30% et bien, le contribuable tout simplement.

Sans parler de la GB qui ramasse les plâtres de ses compagnies privée Comme Virgin Rail lorsque celle-ci font faillites au point qu’aujourd’hui 76% des britanniques sont pour la renationalisation des compagnies de chemin de fer.

Enfin comment ne pas parler du Fret, ouvert à la concurrence depuis 2003, dont le trafic a été divisé par 2 et où le principal concurrent de la SNCF Euro cargo rail a licencié 25% de son personnel en 2016 tellement cette activité ne fonctionnait pas.

Mais si le rail, ne rapporte pas d’argent, c’est un transport bien moins polluant que la voiture ou le camion. Il permet de désengorgé les routes qui sont saturés et pas seulement en IDF. C’est un moyen de transport bien moins dangereux que la route qui rappelons-le, a fait plus de 3600 morts et 74 000 blessées en 2017. Tout cela a bien sur un coût, aussi bien humain que financier, entièrement absorbé par la collectivité.

Je m’arrête ici mais on pourrait en parler pendant des heures. Je vous laisse donc la parole. Votre soutien nous va droit au cœur. Nous en avons besoin plus que jamais. Donc au nom de tous les cheminots encore une fois merci de votre présence!

Fabien Villedieu

 

 

12 organisations de gauche, dans l’unité, gare de Lyon soutiennent les cheminots et les mouvements de greve

En défense du rail et des tous les services publics : unité et mobilisation

La journée de mobilisation sociale du 22 mars a été un succès. Conçue comme un premier pas tant à la SNCF que dans les services publics, elle appelle d’autres mobilisations. Cela commence le 3 avril avec les cheminots. Mais c’est l’ensemble des salariés, de la jeunesse et des retraités qui est concerné. Avec des services publics réduits, c’est toute la société et son équilibre qui est menacée.

L’enjeu pour Macron est clair. Il veut infliger une défaite tant aux fonctionnaires qu’aux cheminots pour imposer sa société post salariale.

Dans cette situation, l’appel de 12 organisations et courants politiques , dont la Gauche démocratique et sociale (GDS) , à soutenir le mouvement social revêt une importance capitale. L’unité c’est à la fois un encouragement à la lutte et c’est aussi ouvrir la perspective d’autres solutions car une autre politique est possible.

 

 

 

 

 

Unité partout

La première déclaration unitaire, comme les suivantes ainsi que les initiatives prises au plan national doivent être démultipliées sur le terrain.

Les formes en sont multiples. Des délégations peuvent être organisées, comme à Paris Gare de Lyon le 30 mars, pour illustrer la solidarité concrète avec les cheminots dans les dépôts SNCF, les gares, dont les petites menacées par le plan Macron. Des déclarations communes dans la presse régionale peuvent être publiées.

Avec un travail de terrain, des réunions publiques, des meetings peuvent être organisés pour soutenir l’action des cheminots, défendre les services publics, proposer une alternative à la casse sociale. C’est ainsi que la gauche peut se reconstruire, avec le mouvement social.

Convaincre pour mobiliser

Le travail de conviction est essentiel. Avec des collectifs existants ou avec ceux à constituer, le lien avec les syndicats peut être organisé, des collectes de solidarité faites et un travail d’explication au plus près de la population pour défendre et améliorer les services publics. Le rail plutôt que la route, des postes partout, du personnel et des moyens pour l’éducation, les Ephad et les hôpitaux.

Nous avons besoin de plus de service public pour la transition écologique, contre la fraude fiscale, pour la santé, le logement, l’accès à l’eau et l’énergie…

Il n’y a pas une minute à perdre, notre engagement est décisif. L’heure est à la mobilisation partout.

 

 

 

La reprise du travail aux usines Wonder de Saint-Ouen en juin 68 un film de Hervé Le Roux

 

Nous avons le grand plaisir de vous annoncer la sortie dans les salles de cinéma, le 30 mai prochain, de la version restaurée de Reprise, film réalisé en 1996 par Hervé Le Roux.

 

Celles et ceux qui connaissent déjà cette oeuvre majeure savent combien elle offre un éclairage autant inédit que sensible sur le mai 68 ouvrier.

 

Pour revoir ou découvrir Reprise, nous vous invitons à la séance spéciale, qui aura lieu samedi 7 avril à 9h30, à l’Espace Saint-Michel (cf. invitation en pièce jointe). A l’issue de la projection, nous pourrons discuter de son accompagnement auprès de ses différents publics. Merci de confirmer votre présence : hague.philippe@gmail.com

 

En plaçant, ci-dessous, un bref historique du film, nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire ou suggestion de votre part.

 

Bien cordialement,

 

Pour JHR Films

Philippe Hagué

0607782571

 

 

Bref historique du film

10 juin 1968,

Des étudiants en cinéma filment La reprise du travail aux usines Wonder de Saint-Ouen. Au centre de ce court-métrage, une jeune ouvrière en larmes crie qu’elle ne rentrera pas. Elle dénonce la saleté des ateliers, les cadences, le mépris des petits chefs qu’après trois semaines de grève générale, elle ne pourra plus supporter…

 

Au fil du temps de l’après mai, le visage et la voix de cette femme brune, révoltée, vont se frayer un chemin, en contrechamp des commentaires médiatiques et des habituelles images de barricades, pour exprimer tous les espoirs et les désillusions vécus dans les usines.

 

Quelque trente ans plus tard, le réalisateur Hervé Le Roux part à la recherche de la belle résistante. Qui est-elle exactement ? Qu’est-elle devenue ? Il retrouve les militants, les syndicalistes qui l’entouraient lors de la scène initiale, puis certaines de ses camarades de travail…  Il leur donne la parole et dévoile ainsi un pan de mémoire enfoui du « mai français ».

 

26 mars 1997,

La sortie du film Reprise est exceptionnellement salué par l’ensemble de la critique. A la fois polar social,  récit historique et romance amoureuse, il est aujourd’hui considéré comme un des films fondateurs des nouveaux documentaires, programmés dans les salles de cinéma.

 

30 mai 2018,

Reprendre Reprise, à l’occasion du cinquantenaire,

- c’est réaffirmer et documenter la dimension sociale des « événements »,

- c’est transmettre aux jeunes générations ce formidable moment de cinéma, croisant destinées humaines et stratégies organisationnelles, indispensable clef de compréhension de Mai 68 bien sûr, mais aussi de la France contemporaine.

 

 

 

 

L’assassinat de Zola : « il est des morts qu’il faut qu’on tue »

C’est un roman de Roger Martin (aux Editions du Cherche midi). Il est paru en janvier 2016. Et il traite d’une quarantaine d’années d’antisémitisme en France entre la Commune de Paris et la guerre de 14-18. C’est à dire surtout de l’époque de « l’affaire » Dreyfus, de « j’accuse », de fort Chabrol et de l’assassinat de Zola.

Il renvoie a une dizaine d’ouvrages : dont le « Guide d’Emile Zola » chapitre IX « une énigme : la mort » d’Alain Pages et Owen Morgan,  a « Zola assassiné » Flammarion, 2002, « les trafiquants de l’antisémitisme »  de Jules Guérin, 1905, « Les coulisses du fort Chabrol » de Charles Spiard 1902, et les journaux d’époque 1890 -1934 : « la libre parole », « l’antijuif », « le petit parisien »,  « le petit journal », « la croix », « l’action française »…

C’est toute l’époque des nationalistes, revanchards anti allemands,  intégristes catholiques et royalistes, de l’extrême droite raciste, des camelots du roi et des « bouchers de la Villette », des Versaillais, anti communards et anti dreyfusards, celle des Edouard Drumont et des Paul Déroulède, des généraux Boulanger et Roger, des amis du Marquis de Morès, de Riberol, et de Jules Guérin, Léon Daudet ou Maurice Barrés, aux cris indigents de « Mort aux youpins » et aux « Frères trois points », « à bas la Gueuze » . Un monde marginal mais activiste et bruyant composé d’aventuriers et d’escrocs, d’hommes de main phraseurs et de pseudo journalistes stipendiés aux théories frustres.

Le livre décrit à travers le récit d’un policier infiltré pour le compte du Préfet louis Andrieux, racontant en détail à ses supérieurs, les frasques de ces voyous, manipulés et contrôlés par le ministère de l’intérieur, les manifestations de rue, les vrais et faux duels, les provocations,  les meetings publics et privés : « Rien n’échappe à la préfecture,  ragots domestiques, secrets, vices, liaisons, usage de produits opiacés,  compte en banque… ». Batailles rangées à coups de canne et de gourdins, à Longchamp ou sur les grands boulevards : d’un côté les hommes du Duc d’Orléans ou de la « Ligue antisémitique » criant « A bas Loubet » « Vive l’armée » « A bas Zola » « Mort à Dreyfus », de l’autre les socialistes et anarchistes, chantant la Marseillaise et parfois l’Internationale, aux cris de « vive le socialisme », « vive l’anarchie », acclamant Clémenceau, Dreyfus et Zola. C’est à ce moment, dans cette guerre autour de l’affaire Dreyfus que les clivages s’affirment et que la gauche se nettoie de l’antisémitisme.

 

Un long passage du roman fait vivre de l’intérieur, la parodie du « siège » du 51 de la rue Chabrol, acheté avec l’argent du Duc d’Orléans, ou s’imprime « l’antijuif », et ou se retranchèrent, les mois d’aout et septembre 1899, quelques dizaines de fanatiques du « Grand Occident de France-Rite antijuif » autour de Jules Guérin. « Quarante jours, c’est ce que dura cet épisode dans lequel d’aucuns continuent de voir une tentative pour renverser la République, certains une aventure héroï-comique où s’illustra un Don Quichotte antisémite d’autres enfin une machination du gouvernement de l’époque pour amuser la galerie et faire passer la pilule de la grâce présidentielle accordée à Dreyfus ».

Au cours de ce siège,  un certain Henri de Buronfosse, agent de la « Ligue de la Patrie française », un raciste à la phobie méridionale, (contre les Latins mâtinés d’Arabes ».) expliquait au policier infiltré qu’il rêvait d’enfumer ce « bâtard de vénitien » nommé Zola… Et comme il était patron d’une entreprise de fumistes installée au 3 rue de Mornay dans le 4° arrondissement, il expliquait volontiers le fonctionnement d’une cheminée d’immeubles qui le permettrait : « boucher une cheminée c’est un métier ».

Le croquignolesque Guérin s’écrie depuis « Fort Chabrol : « Allez dire à vos maitres juifs et francs-maçons et protestants que ceux qui sont prêts a mourir pour la cause de la liberté les saluent » avant que tout cela ne termine en eau de boudin sous les lazzis et les quolibets : « pour montrer à ceux qui n’ont pas hésité à forcer des soldats et des pompiers français à servir de laquais aux agents de l’étranger, que près de quarante jours de privations et de souffrances n’ont pas altéré l’honneur, la force morale et l’hygiène de ceux qu’on n’appelle plus que les défenseurs de fort Chabrol ».

Guérin emprisonné confortablement, puis gracié, exilé en Belgique, le policier suit alors Henri de Buronfosse lequel poursuit Zola de ses maudits projets.

« Depuis « j’accuse », l’homme qui a suscité le plus de haine en France, ce n’est ni Dreyfus, ni Waldeck-Rousseau, ni Loubet qui gracia le « traitre » Dreyfus, ni le petit père Combes artisan de la loi de séparation de l’Eglise et de l’état… l’homme sur lequel convergent les haines les plus tenaces, les plus durables, les plus meurtrières, s’appelle Emie Zola. Dreyfus ne passe qu’en second. Apres tout, c’est un juif, donc un lâche, un traitre, un agent de l’Etranger, et ses tares étant inscrites dans ses origines, on lui en veut moins qu’à Zola, dont le cas est beaucoup plus grave. Il n’est pas juif. D’origine italienne, certes mais français. A ce titrer doublement coupable… » Menacé de mort, insulté, son domicile étant fréquemment la cible de jets de cailloux, « ce qui est surprenant c’est que l’écrivain fut encore en vie ». Le 10 avril 1898, la face de la maison de Zola est criblée de cailloux et de boulons, une bombe est déposée devant son porche, le 23 mai suivant il est poursuivi par des forcenés, au sortir du palais de justice de Versailles. La presse antidreyfusarde se déchaine contre le métèque apatride », le « pornographe », le « vidangeur » « étripez le ! ». La complainte du vénitien Zola, paraît, sur l’air du « juif errant » diffusée à cent mille exemplaires, sur la « gueule de Zola, grand duo chanté par Dreyfus et Zola à l’Ile du diable ». Les adaptations théâtrales de Zola son déprogrammées. En octobre 1899, une lettre de Zola à sa femme l’informe que leur  ami, le graveur Fernand Desmoulins, à la preuve que des antidreyfusards sont montés sur le toit pour boucher la cheminée.

Zola fait front et réclame inlassablement la révision du procès Dreyfus, pas seulement sa « grâce ». Vingt-cinq mille souscripteurs viennent au secours de la veuve du Colonel Henry, suicidé. « Militaires, prêtres, portables, aristocrates parisien et petits bourgeois de province, rivalisent dans l’abjection contre les juifs en général et Zola en particulier : l’un deux propose d’en finir une fois pour toutes avec la juiverie en jetant tous les youpins, youpines, et youpinots de Baccarat dans les immenses fours de la cristallerie… »

Henri de Buronfosse confesse «  Nous allons semer le doute ! Au petit matin le cochon enfumé, nous remonterons sur son toit et nous déboucherons le conduit la main de dieu aura frappé cet animal impur ».

Bien qu’il fasse remonter à temps ses informations à ses chefs, le policier infiltré n’est pas entendu, pas suivi, le projet de l’assassin n’est pas contrarié.  Les Zola réintègrent leur domicile, le maître d’hôtel fait un feu de cheminée, papier petit bois, quelques pelles de boulets, le feu prend mal, Zola s’éveillera, asphyxié à l’oxyde de carbone,  pour tenter d’ouvrir la fenêtre, il tombera, plus exposé aux gaz délétères que sa femme restée couchée dans le lit surélevé… et qui fut réanimée.

Le préfet Louis Andrieux demande à sa « mouche » policière infiltrée de ne rien dire des preuves recueillies de cet assassinat de Zola.

Il est des morts qu’il faut qu’on tue !  Les cendres d’Emile Zola déposées au cimetière Montparnasse furent transférées au Panthéon le 4 juin 1908 après un vote, houleux mais favorable, en 1906, à la Chambre (316 voix contre 165). Ce transfert fut encore l’occasion de violentes manifestations hostiles nationalistes, royalistes, « larbin de la juiverie », « traitre », « bâtard vénitien » « à la Seine l’Italien ».  A l’intérieur du Panthéon ou ils sont difficilement parvenus, le président Fallières,  Clémenceau, Gaston Doumergue ministre de l’Instruction publique et des Beaux arts, Louis Barthou, ministre de l’intérieur,  Alexandrine Zola et Jeanne Rozerot, sa femme et sa compagne, sont autour du catafalque. A cette occasion, il sera tiré sur Dreyfus qui n’est que superficiellement blessé, son frère ayant saisi la main de l’agresseur au moment où il braquait son arme.

 

 

 

 

Sur France info : Macron fait la même politique que Margaret Thatcher, il veut « une société sans statut » il défend un monde « post salarial » contre le salariat

VIDEO. Gérard Filoche :  » Emmanuel Macron propose une société de recul « 

Il est l’une des figures de la gauche de la gauche, un pourfendeur de la politique économique d’Emmanuel Macron. Gérard Filoche, auteur de Macron ou la casse sociale aux éditions de l’Archipel était l’invité de Julien Benedetto dans le 22h-minuit.

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Mis à jour le 26/03/2018 | 23:57
publié le 26/03/2018 | 23:57

Emmanuel Macron  » essaie d’appliquer la même politique que Margaret Thatcher, c’est-à-dire qu’il veut détruire tous les acquis sociaux « , affirme Gérard Filoche auteur de Macron ou la casse sociale.

L’ancien membre du Parti socialiste ne pèse pas ses mots quand il s’agit de parler de la politique du gouvernement : « Le problème d’Emmanuel Macron c’est qu’il veut toucher à tous les statuts. Il rêve que la France soit une start-up mais le travail est fait pour être partagé … Et il faut lutter contre la précarité plutôt que de l’encourager.  »

Comment faire pour réduire le chômage en France ? Qu’en est-il de la gauche ? Gérard Filoche était l’invité de Julien Benedetto dans le 22h-minuit de ce lundi 26 avril 2018.

 

La relève et la peste : la SNCF a explosé son chiffre d’affaires et a réalisé un bénéfice net de 1,3 milliard d’euros en 2017, soit 2,3 fois plus qu’en 2016

Le chiffre d’affaires de la SNCF a explosé en 2017… et le gouvernement privatise !

23 mars 2018 / par Auguste Bergot

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Fin février, le groupe SNCF publiait ses résultats pour l’année 2017. Loin du matraquage médiatique et politique qui assène que la SNCF est dans l’impasse (ce qui vient évidemment justifier l’ouverture à la concurrence), l’entreprise a en réalité réalisé un bénéfice net de 1,3 milliard d’euros en 2017, soit 2,3 fois plus qu’en 2016…

Dans le bras de fer qui oppose le gouvernement et les défenseurs du service public ferroviaire, l’argument principal des détracteurs est évidemment d’ordre économique. On brandit d’une part les privilèges outranciers des cheminots (sic) et d’autre part les chiffres exorbitants de la dette accumulée par SNCF Réseau – l’un des trois établissements publics à caractère industriel et commercial qui composent la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) – qui s’élève à 54,5 milliards d’euros fin 2017 (soit environ 2 points du PIB français).

Avant toute chose, il convient d’expliquer brièvement la structure du groupe SNCF. Depuis 2015, la SNCF est composée de trois établissements distincts : SNCF Réseau est en charge de la gestion des infrastructures ferroviaires du pays, c’est-à-dire qu’elle gère la création, l’entretien et l’organisation de la circulation des lignes ferroviaires ; SNCF Mobilités est en charge du transport des voyageurs et des marchandises ainsi que des gares ; et le groupe SNCF chapeaute les relations entre les deux autres établissements et s’occupe également des opérations immobilières.

Ainsi, quand on analyse de plus près les résultats pour l’année 2017 de la SNCF on constate que SNCF Mobilités a réalisé un chiffre d’affaires de 31,8 milliards d’euros, soit +4,3% par rapport à l’année précédente, tandis que SNCF Réseau a réalisé un chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros, soit +0,9%. Bien que ces chiffres soient le signe d’un regain de dynamisme et d’une hausse des fréquentations du réseau ferroviaire français (+10% sur les TGV et +4,7% sur les TER), on reste loin d’une entreprise largement bénéficiaire. C’est pourquoi malgré ces bons résultats, la dette du groupe SNCF a continué à progresser de 1,7 milliard d’euros en 2017. Soulignons que, d’après Le Monde, les seuls intérêts de la dette de la SNCF coûtent plus de 1 milliard d’euros chaque année.

Il est surtout bon de se demander quelle est l’origine de cette dette qui ne cesse de gonfler et donne un argument de poids au gouvernement pour son « nouveau pacte ferroviaire » qui lui permettra de légiférer par ordonnance pour réformer la SNCF avant l’ouverture à la concurrence. Il faut déjà relever que lorsque l’Etat a nationalisé les différentes compagnies ferroviaires en 1938, signant la naissance de la SNCF, le déficit cumulé s’élevait déjà à 30 milliards de francs. Avec l’éclatement de la seconde Guerre mondiale, toutes les prévisions mises en place pour résorber ce déficit et atteindre l’équilibre tombaient à l’eau. En plus de l’héritage de ce déficit, l’augmentation de la dette ces dernières années est en grande partie due au développement des lignes à grande vitesse (LGV).

Coût de construction par kilomètre des lignes à grande vitesse (LGV) en France en 2014* (en millions d’euros)

En effet, depuis le premier projet de ligne grande vitesse qui a relié Paris à Lyon et le succès économique des premiers temps, les projets de lignes à grande vitesse se sont accumulés jusqu’à tomber dans un gouffre économique sans précédent. Auparavant régis par des évaluations strictes de pertinence et de rentabilité, les projets de créations de LGV sont désormais réduits à de simples compétitions entre élus locaux, luttant pour voir un TGV passer près de leur commune, au détriment de l’intérêt économique public (national). Comme le souligne par ailleurs un article publié dans Contrepoints :

« Pour 40% de son temps de circulation, le TGV roule sur le réseau classique lent. Roulant à la même vitesse qu’un TER, sa circulation est cependant beaucoup plus onéreuse. Par ailleurs, le TGV dans son schéma actuel semble même être un vecteur d’inégalités territoriales. Les grandes agglomérations étant seules reliées, celles-ci se polarisent au détriment d’une ruralité laissée de côté. »

En tout, les développements des LGV de ces dernières années seraient responsables d’environ 23 milliards d’euros de dette. On pense notamment à la liaison Tours-Bordeaux récemment ouverte qui, alors même qu’elle apporte des millions de clients supplémentaires à la SNCF, est structurellement déficitaire. En effet, c’est Nicolas Sarkozy qui avait décidé en 2007 de lancer la création de quatre nouvelles LGV, dont celle Tours-Bordeaux qui permettait l’économie exceptionnelle d’une heure de trajet (sic).

Or, pour ce faire, celui-ci avait eu recours à un financement public-privé qui permettait à la société Lisea de détenir les droits de propriété sur l’infrastructure pendant 44 ans. Aujourd’hui, tous les trains SNCF Mobilités qui empruntent la ligne Tours-Bordeaux payent un péage onéreux à Lisea pour obtenir le droit de circuler… Comme si cela ne suffisait pas, le contrat signé entre Lisea et le gouvernement permet à la société d’augmenter le prix de ses péages de 3,5% par an, plus l’inflation. Cela ne vous rappelle pas l’histoire de la vente des autoroutes ?..

Les nœuds sont difficiles à démêler dans l’évolution de la situation économique de la SNCF ; quelles en sont les véritables sources, les possibles devenirs etc. Pourtant, un constat reste : la dette qui frappe la SNCF aujourd’hui est en grande partie le fait de politiques déraisonnées (pour ne pas dire stupides) d’ouverture d’axes ferroviaires LGV structurellement déficitaires, car partiellement vendus à des sociétés privées. Evidemment, l’entretien, la création et la gestion des lignes gérés par SNCF Mobilités engendrent davantage de dépenses que de revenus. Mais au même moment, SNCF Mobilités connait une importante hausse de son chiffre d’affaires qui pourrait idéalement venir compenser les dépenses liées à la gestion du réseau.

Et au lieu de cela, le gouvernement prend le parti d’ouvrir à la concurrence l’ensemble du système ferroviaire français, là où l’acte courageux qui consisterait à ce que l’Etat prenne la charge de la dette de la SNCF – ce qui est demandé par la CGT et qui avait pourtant été annoncé comme acté fin 2016 – serait la solution la plus pragmatique pour que l’Etat garde en main la gouvernance du territoire par ses axes de liaison, empêche la désertification rurale et maintienne le droit à un service public accessible à tous.

 

Jean-Marc Gardere : le plus populiste n’est pas toujours celui qu’on croit

Blog d’observation ( et d’action quand on peut ) sociales et politiques

SAMEDI 24 MARS 2018

Le plus populiste n’est pas toujours celui qu’on croit

Les politiciens néo-libéraux de droite, ou prétendument de gauche, s’acharnent depuis quarante ans, après une période marqué par un keynésianisme plutôt bien compris, à fragiliser un contrat social issu de la dernière guerre.
Ces attaques systématiques, sur la base d’un appel maladif à la réduction à tout prix de la « dépense publique », sont devenues pour ces politiciens une valeur idéologique à laquelle s’accrocher pour décrocher le pouvoir institutionnel. Et Macron, aidé en cela par des fonds provenant des plus fortunés, a décroché la timbale.
Pour cultiver ce pouvoir, l’actuel président de la République a besoin de la division de l’autre camp et, fidèle à une stratégie primaire mais bien rodée, il ne s’en prive pas, comme en témoigne l’incroyable diversion que constitue cette attaque contre le statut des cheminots. Or le statut des cheminots, lié au caractère public de la SNCF, n’est pas plus avantageux qu’un autre. Il suppose « l’emploi à vie » nécessité de surcroît par des impératifs de sécurité. Ce statut ne fait que compenser, tant soit peu, les horaires décalés, le travail la nuit ou le weekend. Il n’est pas digne, dans une République moderne, de montrer du doigt des salariés qui ne font que défendre leur emploi et améliorer leurs conditions de travail auxquels s’attaquent des politiciens sans scrupules, hors sol, et parfois sans aucune culture politique.

En cela Macron est un populiste, au plus mauvais sens du terme, c’est-à-dire qu’il cultive à des fins politiques, la faiblesse ou l’ignorance du peuple. L’ensemble de la population en effet, s’agissant de la SNCF, reste à l’écart d’une information digne de ce nom. On lui fait peur avec la « dette » sans mettre dans la balance la valeur des actifs.

Les citoyens que nous sommes devraient mesurer l’importance de l’enjeu. Il convient que le peuple comme acteur politique reste propriétaire des infrastructures ferroviaires qu’il a principalement contribué à financer. La privatisation envisagée est immorale comme l’a été, dans un autre registre, celle des autoroutes. Elle serait économiquement catastrophique au regard de la tarification imposée aux usagers devenus de vulgaires clients, catastrophique également au plan écologique comme en témoigne déjà la privatisation du fret en France à partir de 2003. Et puis l’exemple britannique est édifiant, il convient urgemment de ne pas le suivre.

Seule une importante mobilisation des salariés ou des agents des services publics pourront obliger les media traditionnels à faire état du mécontentement, et de la combativité  de la population à vouloir conserver ses services publics, et ainsi faire reculer un gouvernement stupide et inutilement droit dans ses bottes.

Le combat des cheminots comme de l’ensemble de la fonction publique est juste, il dépasse largement les intérêts particuliers. Comme citoyens, quels que soient nos secteurs professionnels, nous avons intérêt à être solidaires de ceux qui défendent si ardemment leur outil de travail.
Cet outil nous appartient aussi, et il nous appartient donc, collectivement, de le défendre.

JMG

 

Mai ouvrier UNE BALLE CONTRE UN CAILLOU Pierre Beylot

En Mai, les CRS n’ont pas tiré à balles sur les étudiants de Paris. Mais ils ont tiré à balles sur des ouvriers de province. Deux ouvriers en sont morts. D&S n° 55 a choisi de commémorer Mai 68 en interviewant Yolande, la femme de l’un de ces deux ouvriers, mort à 22 ans, près de Peugeot Sochaux à Montbéliard : trente ans après, elle nous dit en mots simples ce qu’elle a vécu.

D&S : Comment avez-vous appris le drame ? Comment avez-vous appris que votre mari a été tué ?

Yolande Urbain : J’étais ouvrière coiffeuse, je travaillais lorsque j’ai entendu le matin à la radio chez ma patronne, qu’un jeune homme venait de mourir, cage thoracique enfoncée. Je plaignais la famille. Le midi lorsque je suis sortie du salon de coiffure, pour faire mes commissions, des amis m’attendaient et sont venu au-devant de moi en me disant : « Yolande, ils ont tué Pierre. » Alors que la famille que je plaignais c’était donc moi, puisque c’était mon mari qui était tué par une balle de CRS.

D&S : Vous avez dit que les CRS avaient pris peur et tiré dans le tas. En savez-vous un peu plus sur ce qui s’est passé ?

Y.U. : Ce que j’ai entendu devant l’intensité des manifestants, les CRS n’avaient pas le droit de dégainer, ils ont retiré l’arme de la ceinture et ont tiré dans le tas et mon mari était baissé, (c’est ce qu’a témoigné son meilleur ami à la police, il a dit que mon mari était baissé pour ramasser un caillou, pour le lancer aux CRS). Alors il a été touché dans cette position baissée, à l’épaule gauche. Il a été transpercé en diagonale, la balle lui a traversé cœur et poumon. On venait de faire une assurance-vie, moi j’ai fait un procès, mais à cause de ce copain, disons, que ça a tout fichu en l’air et que l’assurance vie n’a pas payé. Il aurait pu dire à la police que mon mari était en train de lacer sa chaussure. Alors, bien sûr il a été considéré comme un manifestant, ça a fichu mon assurance-vie en l’air. Et lorsque j’ai intenté un procès contre l’État, l’État s’est retourné contre la ville de Monbéliard, ça a duré 8 ans de procédure.

D&S : Quelles ont été les réactions dans la ville, des partis politiques locaux, des syndicats, des jeunes en général ?

Y.U. : Eh bien moi je travaillais, j’ai appris le drame et puis je suis revenue dans ma famille, mon mari n’était pas syndiqué, mais j’ai beaucoup été aidée par les syndicats. À l’enterrement, il y avait des gerbes des syndicats d’Amérique. Ça a été un choc terrible à l’annonce du décès de mon mari et de celui de l’autre monsieur qui est décédé également mais pas dans les mêmes conditions, puisqu’il est tombé d’un mur pour ne pas recevoir des grenades offensives dont les CRS, en regagnant la brigade de Montbelliard à cinq heures et demie le soir se débarrassaient depuis leur camion. Alors ils jetaient ça sur les passants comme ça et ce monsieur, pour ne pas en recevoir une, pour ne pas avoir un bras ou une jambe arrachée, a eu un mouvement de recul, est donc tombé de ce mur sous les yeux de sa femme et il s’est fracassé le crâne. Il est mort à la suite de ça.

D&S : Votre mari n’était pas syndiqué, il n’était pas du tout impliqué dans les évènements ?

Y.U. : Oh non, il n’était pas syndiqué. En principe il n’était pas impliqué dans les grèves du tout. Il voulait quelque temps auparavant aller faire les piquets de grève pour se soutenir un peu et moi j’arrivais toujours à l’en dissuader et je lui disais non n’y vas pas et il arrivait à m’écouter. Mais le matin du drame, je travaillais, la petite n’était pas chez la nourrice, puisque mon mari était en grève, donc le papa gardait sa fille et à neuf heures et demie il est arrivé à l’endormir, il a enfourché sa mobylette. Arrivé à la gare de Montbéliard, sur laquelle il passait pour aller voir les gens, en curieux (de là partaient les manifestations), c’est là que ses copains lui ont dit : « Pierre tu viens avec nous. » Il a posé sa mobylette mais ans l’intention de manifester bien sûr, pour aller voir un petit peu avec ses copains, quoi. Et une fois arrivé là-bas, ça chauffait tellement… donc son camarade a dit qu’il ramassait un caillou. Un caillou contre une balle. À la suite de ça mes parents sont arrivés le soir, ils sont allés en gare chercher la mobylette, ils ne l’ont pas trouvée et ils sont donc allés au commissariat de police. Le commissaire leur a dit : « Qu’est-ce que c’est cette histoire-là ? Un règlement de compte entre copains ? » Comme c’était un camarade à lui qui avait tiré, il voulait bien sûr ne pas dire que c’était un policier. Mais je n’ai jamais vu ce CRS de mes yeux, je n’ai jamais su son nom. La seule chose que j’ai sue, sa seule punition, c’est que de la brigade de CRS de Lyon, il a été muté dans le midi. Ce que je dis tout le temps et que ma fille dit tout le temps aussi, c’est que mon mari a été tué par un CRS qui n’a jamais fait un seul jour de prison, alors que ç’aurait été un ouvrier comme mon mari qui avait tué ce CRS, il serait peut-être en prison encore à l’heure actuelle.

D&S : Chez Peugeot les grèves avaient-elles démarré avant ce mouvement national ?

Y.U. : Moi je crois que ce qui a fait mal à ces évènements chez Peugeot, c’est que la ville de Montbéliard a fait venir les CRS. Sans eux, je pense que ça n’aurait pas été si dramatique.

D&S : Quelles étaient les revendications à l’usine Peugeot avant la grève générale ?

Y.U. : Vous savez mon mari était ouvrier, moi j’étais ouvrière, on avait une petite vie tranquille, mon mari bien sûr se plaignait que les paies n’étaient pas très fortes, oui c’était pour les hausses de salaires, mais vous savez moi je n’ai vécu que deux ans là-bas. Après il y a eu ce drame.

D&S : Avez-vous senti un défaut de communication entre les ouvriers et l’encadrement ?

Y.U. : Par exemple, mon mari se plaignait d’un chef qui promettait toujours de s’occuper de lui. Mon mari aurait voulu suivre des cours, il aurait souhaité évoluer un peu. Enfin, on a été marié deux ans, on s’est marié en mai 66 et j’ai été veuve en juin 68 avec une petite fille sur les bras. J’ai reproché un peu par la suite qu’on ne m’avait pas non plus guidée au point de vue social, me dire les droits auxquels je pouvais prétendre par exemple. Longtemps après, j’ai su que j’avais droit à une allocation d’orphelin, lorsque je l’ai demandée, on me l’a refusée parce que j’avais un petit salon à moi.

J’avais le droit a rien du tout, puisque j’étais installée à mon compte. Longtemps après on m’a dit : « Madame Beylot, il faut demander aux allocations familiales, maintenant il n’y a plus de plafond. » Ils m’ont fait un dossier, mais ils ne m’ont pas donné l’arriéré. Au début bien sûr, j’étais jeune et je ne savais que faire, alors c’est mon papa qui m’a conseillé d’intenter un procès. Je suis allée sur Paris et j’ai vu un avocat qui me demandait, c’était Maître Fleuriot, tout de suite 8 000 F. Alors j’étais jeune, je n’avais pas beaucoup d’argent, c’est un collaborateur qui s’est occupé de moi et qui m’a dit : « C’est une petite affaire, ça va aller vite. » Or en fin de compte, ça a pris un tour politique et ça a duré huit ans en me demandant toujours de l’argent, de l’argent. À chaque fois que j’allais le voir je pleurais parce qu’il me demandait de l’argent.

D&S : Un peu avant est-ce que vous aviez vu les évènements qui se passaient à Paris, à la télévision ?

Y.U. : On avait une vieille télévision en noir et blanc qu’une tante nous avait donné, on l’avait fait réparer et on n’avait qu’une chaîne. On ne peut pas dire qu’on ait vraiment suivi les évènements. Nous étions sur place, mon mari me rapportait un peu ce qui se passait quand il travaillait, après il est parti, il n’est jamais revenu. Ce que je dis, c’est que c’est un garçon qui n’a pas eu de chance parce que c’était un homme fantastique, il n’avait connu ni père ni mère, il avait trouvé une mère nourricière à l’âge de 17 mois qui est devenue ma belle-mère par la suite. C’est vrai qu’il a été marqué dans sa vie, il était serrurier chez Peugeot. Nous avions lui comme moi 600 F, voilà les salaires que nous avions en ce temps-là et on s’en contentait en ayant une nourrice pour la petite. C’est les seuls amis de là-bas avec qui je sois restée en contact.

Ah oui, je veux rajouter, il y a eu un livre blanc, une enquête à Montbéliard, qui relate jour après jour et heure par heure, tout ce qui s’est passé. Non seulement il y a eu mon mari et l’autre monsieur de tués mais ce que l’on ne sait pas et qui est très triste aussi, des jeunes gens qui ont reçu des grenades offensives ont eu des pieds arrachés, des jambes coupées, des yeux crevés. Les gens ne savent pas que ça a tant chauffé. Les grenades offensives ce sont des armes de guerre. Sur le livre blanc il y a un jeune homme qui témoigne qu’il était au sol, en feu, il parvient à éteindre le feu de son pantalon et il allait se relever mais il ne pouvait pas car le tibia lui sortait de la jambe et il a vu tout d’un coup les CRS, la crosse du fusil levée se précipiter sur lui, pour l’achever comme un chien. Il est tombé dans les pommes et s’est réveillé à l’hôpital amputé d’une jambe. Il y a un tas de passages comme ça dans le livre blanc.

Propos recueillis par D&S en mai 1998

 

 

 

Mai si Mai encore Mai toujours 50 ans après mai 68 est une histoire sans fin

 

Voici les liens pour télécharger la vidéo et le teaser :

https://vimeo.com/261499850

https://vimeo.com/261124465

J’espère que les vidéos vous plairont.

Bonne journée,

Editions de l’Archipel/Presses du Châtelet/Ecriture/Archipoche
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Défendons tous les services publics ! Solidarité avec les cheminots et les cheminotes !

Voilà des années que les gouvernements successifs ont fait le choix de la privatisation des transports contre le climat, l’égalité et le social : sous-investissent dans le rail et  investissement massif  vers autoroutes et autocars, privatisés qui favorisent notamment l’explosion du trafic de marchandises par poids lourds.

Depuis 1997 et la création de RFF, la SNCF est toujours plus segmentée, pour casser le corps social cheminot et poursuivre les privatisations  préconisées par les « directives » européennes. Aujourd’hui Macron pousse au bout la logique, de l’éclatement de la SNCF. Partout en Europe, les recettes qu’il veut appliquer  produisent la disparition de  lignes, l’explosion des prix, la vétusté des installations et des trains, la disparition du fret. C’est toute la population qui paie triplement l’addition : financièrement, par l’inégalité territoriale induite et par sa santé altérée par la pollution générée.

Après 20 ans d’une libéralisation amplifiée, l’empilement des directives européennes poussant dans ce sens, Macron propose d’achever le service public ferroviaire par ordonnances avec des conséquences dramatiques pour les usagers et l’aménagement des territoires. Pour y arriver, Il accable les cheminot•tes, les faisant passer pour des privilégié.es qui, comme les retraité.es, les étudiant.es ou les chômeurs.ses, ruineraient la France. La réalité est tout autre : ils et elles se battent pour sauver l’emploi des générations qui viennent.

Le train n’est pas qu’un moyen de locomotion, c’est un service public, un outil essentiel à la transition écologique et il est insupportable qu’il puisse s’arrêter aux portes des grandes métropoles. La bataille du service public ferroviaire est d’abord une bataille pour l’égalité.

Face à ce gouvernement, qui veut parachever la transformation d’un service public censé être guidé par l’intérêt général en une entreprise du CAC 40, , les cheminots et les cheminotes ne sont comptables de rien. Pas plus que les étudiant.es qui perdent une partie de leurs APL, les retraité.es qui voient la CSG augmenter, les personnels de soins, les enseignant.es, les chômeurs.ses ou l’ensemble des fonctionnaires. Pas plus que les migrant.es qui subissent une politique indigne.

 

Macron et Philippe veulent en faire des bouc-émissaire  ? Nous affirmons collectivement qu’ils et elles sont les victimes des politiques libérales menées depuis tant d’années, qui expliquent la montée de l’extrême droite partout en Europe.

Ils nous veulent désunis ? Nous répondons que nous serons dans la rue le 22 mars pour défendre l’accès au service public, à commencer par le ferroviaire, les cheminot-e-s, mais aussi l’ensemble des fonctionnaires et l’intérêt des usager-e-s.

Alternative Libertaire (AL) ; EELV ; Ensemble ; Gauche Démocratique et sociale (GDS) ;  Géneration.s, ;Groupe Parlementaire FI,  NPA ; Nouvelle Donne, PCF ;  PCOF ; Parti de Gauche (PG),République et socialisme,