Jules Durand (1880 – 1926)

Le square Jules Durand a été inauguré ce matin 22 juin avec Carine Petit, maire du 14° et Christiane Taubira et les dockers du Havre, et Henri Leclerc, et sa petite fille, et j’y etais. Le « Dreyfus ouvrier » ? Jules Durand syndicaliste CGT dockers du charbon au Havre, a été condamné à mort en 1906 à la suite d’une machination judiciaire organisée par les patrons de la « Transat ». Emprisonné, il est devenu fou dans le couloir de la mort. Son avocat était René Coty. Son défenseur Jean Jaurès. Partout dans le monde, le « Sacco et Vanzetti » français a été défendu. Symbole de l’erreur judiciaire complotée, symbole du syndicalisme ouvrier, il a été réhabilité mais « oublié », malgré la belle pièce de théâtre  d’Armand Salacrou, « Boulevard Durand » et de nombreux ouvrages et films qui font revivre et défendent sa mémoire. Bientôt « mémoires d’un condamné » un film de Sylvestre Meinzer (sortie le 25 octobre 2017)

 

L’homme du XX° siècle à mes yeux ?

A mes yeux, c’est Jules Durand.  Un modeste charbonnier du Havre. Oublié aujourd’hui alors qu’il fut une très grande figure nationale et internationale du mouvement ouvrier français du XX° siècle. J’ai découvert sa vie et son histoire, alors que j’avais moi-même 20 ans, au début des années 60, à travers la belle pièce d’Armand Salacrou « Boulevard Durand » lorsqu’elle fut jouée en Normandie.

 


Jules Durand, né en 1880, secrétaire du syndicat des dockers charbonniers du port du Havre, a été la victime tragique, symbole et martyr, d’un spectaculaire crime social, qui reste comme la plus grande manipulation anti ouvrière de la Justice en France.

Jules Durand fut élu secrétaire du syndicat des charbonniers par une assemblée générale qui établit un cahier de revendications le 16 août : révision des salaires, douches sur les quai, baisse du nombre d’heures de travail pour compenser l’arrivée de la machine, respect du repos hebdomadaire. Les négociants importateurs de charbon répliquèrent par un lock-out, activèrent le Tancarville, et importèrent des « jaunes » pour y travailler. La grève dura du 17 août au 14 septembre (dans une année, 1910, où il y eut 1502 grèves d’une durée moyenne de 12 jours).

Jules Durand, 30 ans, fut arrêté le 11 septembre, suite à une machination de la « Transat » et de la police, qui brisa la grève. Le prétexte fut qu’il y avait eu, quai d’Orléans, une rixe entre gens saouls, et un contremaitre « jaune », Louis Dongé, alors qu’il y agitait un revolver, avait été désarmé par les trois hommes qu’il menaçait, frappé, sa tête avait cogné le sol, et il était décédé le lendemain d’une fracture du crâne. Jules Durand, leader de la grève en cours, membre de la ligue des Droits de l’homme et de la Ligue antialcoolique, n’était même pas là ! Mais il fut accusé de « responsabilité morale » du décès de Dongé, et jugé en moins de deux mois, avec une instruction bâclée, des faux témoins payés par les patrons de la Transat,  et, bien que défendu par un jeune avocat de 28 ans, René Coty, il est condamné le 25 novembre 1910, au terme d’un procès inique, à la guillotine.

Commence son calvaire : Jules Durand tombe en syncope lorsque la sentence est rendue, il est transféré dans l’horrible cellule des condamnés à mort, à la prison de Rouen, isolé, camisole de force, fers aux pieds et aux mains, lumière permanente mais affublé d’une cagoule noire quand il sort. C’est là qu’il perd la raison. Après un rejet de son pourvoi le 22 décembre 1910, il est partiellement gracié le 31 décembre. La peine de mort est commuée en sept années de prison. La campagne pour sa libération et sa réhabilitation s’amplifie, Jean Jaurès, en tête, l’indignation soulève, dans le monde entier, ses frères, les salariés, mais aussi les militants des droits de l’homme, les intellectuels, et plus largement les démocrates.

Quand Jules Durand sera vraiment libéré, il est trop tard : devant tant d’injustices, de souffrance endurées, de désespoir, sa raison l’a quitté. De l’hôpital Pinel du Havre, à Sainte-Anne à Paris, la folie le ronge, il ne saura ni l’annulation de ses condamnations ni le 15 juin 1918 son acquittement définitif, par la Cour de cassation. Il meurt, à l’Hôpital psychiatrique de Quatre-Mares à Sotteville lès Rouen, le 20 février 1926.

Gérard Filoche

Pour honorer Jules Durand, en plus de la pièce de Salacrou (1961), il faut notamment lire « L’affaire Quinot » d’Emile Danoen, (1951), « Un nommé Durand » d’Alain Scoff (J.-C. Lattès, 1984), « Les quais de la colère » roman de Philippe Huet (Albin Michel, 2005), « Jules Durand, un crime social et judiciaire » (L’Harmattan, 2015) par John Barzman et Jean-Pierre Castelain.

Lettre ouverte aux socialistes

 

Chères et chers camarades socialistes,

 

 

 

 

 

Alors que nous avions connu une grande victoire et une liesse populaire immense en mai-juin 2012, nous venons de connaître, en avril-juin 2017, un désastre électoral sans précédent dans l’histoire du Parti socialiste.

 

Ce n’est pas la faute des militants socialistes, ni des électeurs socialistes et pas seulement celle du Parti socialiste lui-même. Ce n’est pas la faute à une large majorité des élus (il nous reste 1000 maires de villes de plus de 10 000 habitants, 41 départements, 6 régions, 15 000 élus, quelques dizaines de milliers d’adhérents, et quelques millions d’électeurs) qui ont fait correctement et courageusement campagne sur le terrain et qui en ont été victimes.

 

C’est la faute à celles et ceux qui ont été porté.e.s centralement au pouvoir par nos efforts et nos votes en mai-juin 2012. C’est la faute, en premier lieu, aux choix politiques et à l’action du président élu et aux gouvernements qu’il a constitués pendant cinq ans.

 

Ça pose la question fondamentale de la démocratie.

 

Ça pose la question de la base sociale du parti socialiste, de savoir pour qui il existe, pour qui il agit et gouverne.

 

 

 

La démocratie, question fondamentale

 

Dans la V° République le pouvoir ultrapersonnalisé a décidément tous les défauts, et a permis à François Hollande et aux siens d’échapper à tout contrôle du parti qui l’avait désigné : ils ont délibérément choisi de trahir les espoirs et les attentes de la base sociale qui était la nôtre.

 

Il s’était donné mission de lutter contre la finance, et il a servi la finance de bout en bout.

 

Il s’est même entouré de financiers ultralibéraux (Jean-Pierre Jouyet, Emmanuel Macron… ) et il a nommé  Premier ministre Manuel Valls, celui qui s’était le plus opposé au « Projet »  adopté en 2011 par les socialistes et qui n’avait obtenu que 5 % des voix à la primaire.

 

François Mitterrand avait dit qu’il fallait « d’abord rassembler les socialistes » François Hollande a d’abord écarté toutes les sensibilités du PS qui n’étaient pas les siennes.

 

Puis il a écarté les Verts.

 

Puis toute la gauche et la majorité écrasante des syndicats et de l’opinion au moment de la loi El Khomri.

 

Puis son bilan était tellement indéfendable qu’il s’est écarté lui-même.

 

Et celui qui y est allé à sa place a été logiquement battu le 29 janvier 2017 comme lui-même l’aurait été.

 

En fait il y a même eu double trahison : de 2012 à 2017 François Hollande a trahi nos électeurs et nous-mêmes.

 

Et après le 29 janvier, Manuel Valls et beaucoup d’autres – mais aussi François Hollande, Bernard Cazeneuve, Stéphane Le Foll, Myriam El Khomri et des milliers d’élus et responsables de l’aile droite – ont trahi le vote des primaires et la désignation, pourtant incontestable, de Benoît Hamon, sabotant sciemment les chances de sa campagne.

 

Jusqu’au bout ils ont nourri le putsch d’un homme de cabinet, Macron, permettant cette extraordinaire manipulation qui l’a fait élire, puis ils ont pourri les chances, les voix, les soutiens du Parti socialiste et de Benoît Hamon, sans respect pour nos électeurs, pour la primaire, pour le parti.

 

 

 

En cinq ans, le gouvernement Hollande, et là, on le prend dans son entièreté, sa coresponsabilité, a permis aux dividendes des actionnaires d’atteindre des records historiques alors qu’il a bloqué le Smic avec obstination.

 

En cinq ans, sa politique a produit 1,3 million de chômeurs de plus, toutes catégories confondues, atteignant le record de 6,6 millions. Il a transféré 41 milliards de CICE qui ont été siphonnés par les 1000 plus grandes entreprises du pays, alors qu’elles n’ont créé aucun emploi, et alors qu’il aurait été possible d’en créer des centaines de milliers dans les services publics qui en ont tant besoin.

 

En cinq ans il a entrepris de casser un siècle de droits du travail en profondeur à travers les lois Sapin, Macron, El Khomri. Il a repoussé encore l’âge de la retraite d’une année effective de cotisations.

 

Il a augmenté la TVA, ce qu’il avait reproché à la droite. Il a fait débattre la société sur le thème d’extrême droite de la déchéance de nationalité et d’un état d’urgence permanent.

 

On pourrait énumérer une liste où se creusent les inégalités, se détériorent nos hôpitaux, nos transports publics, où n’ont eu lieu ni la réforme bancaire et la réforme fiscale annoncées, ni même la taxe Tobin.

 

Si « la France va mieux », c’est celle des riches.

 

Si des « chiffres sont au vert », ce sont ceux du capitalisme.

 

Même l’amnistie syndicale qui avait été promise, et ne coûtait rien, sauf déplaire au Medef, a été interrompue par le Président alors que notre majorité sénatoriale l’avait déjà votée : le diable est dans les détails, et là non plus il n’y a pas eu d’équilibre, tout est allé aux possédants rien aux dominés.

 

 

 

Nous socialistes, avec trois millions de sympathisants, avions désigné François Hollande, en 2011, après un long débat sur les orientations qui devaient constituer notre « Projet ».

 

Être un grand parti ouvert et pluraliste, débattre collectivement, et à fond, des axes de la politique que nous voulons voir mise en œuvre, adopter un projet le plus précis possible, choisir « le » puis « les » candidats, c’est la base de la démocratie et de toute action politique.

 

Respecter ce qui a été décidé ainsi, appliquer ce que veulent les électeurs, agir en concertation permanente avec la majorité élue, et effectuer réellement les changements promis, c’est la base de toute vie politique institutionnelle sincère. Les groupes parlementaires sont soumis statutairement, politiquement, juridiquement au parti, pas l’inverse.

 

Rien de cela n’a été respecté par François Hollande et ses gouvernements. On peut prendre point par point : il a globalement fait le contraire de ce pourquoi il avait été élu, de ce pourquoi dix millions de nos électeurs avaient voté.

 

Au fur et à mesure qu’ils s’en apercevaient, le ressentaient, nos électeurs, puis nos militants nous ont quittés, et le Parti socialiste a été discrédité.

 

 

 

En cinq ans, il y a d’abord eu de l’attente, puis des inquiétudes, de l’impatience, de la déception, puis des amertumes, des exigences, des colères, et enfin une opposition. Puis un rejet massif, parfois de l’écœurement, de la haine, ont frappé notre Parti socialiste jusqu’à ce désastre final du 23 avril et du 18 juin 2017.

 

C’est la gauche socialiste, MLG, D&S, nous, puis ceux qui ont été appelés « les frondeurs » qui ont essayé de résister à toute cette dérive. Nous en avions la totale légitimité politique. Nous n’étions que 13,7 % au congrès de Toulouse et 30 % du parti à celui de Poitiers. Mais même la majorité du parti à Poitiers votait pour la « reconstruction de la hiérarchie des normes » au travail… et la loi El Khomri piétinait ce vote deux mois après.

 

Nous avons essayé de sauver à temps, pédagogiquement, puis plus fermement, le quinquennat, la gauche, le parti.  S’il y a un reproche à nous faire, c’est de n’avoir pas été assez vite, assez loin et assez fort, ensemble, jusqu’au bout pour imposer une alternative tout au long de ces cinq ans.

 

 

 

Une autre politique était possible si le Parti socialiste avait résisté sur un socle solide. Nous n’aurions pas tout perdu.

 

En mai juin 2012, nous avions tout : pour la gauche, c’était un pouvoir sans précédent, historique, la présidence, la majorité absolue à l’Assemblée, au Sénat (pour la 1e fois depuis 200 ans), deux villes sur trois, vingt régions sur vingt-deux, soixante et un départements sur cent. Un élan populaire sans précédent avait chassé la droite.

 

Notre peuple avait tout donné à la gauche, comme jamais. Et en cinq ans, nous avons tout perdu, en sept élections : les municipales, les européennes, les sénatoriales, les territoriales, les régionales, les présidentielles, les législatives.

 

 

 

C’est décisif de souligner cela : parce qu’on ne peut pas repartir de zéro, faire comme si de rien n’était, compter sur l’oubli, car les électeurs se sont sentis trahis, spoliés, piétinés. Ils s’en souviendront longtemps. D’ailleurs, ils nous ont tous mis dans le même sac à l’arrivée, il était impossible de résister à la marée. Ceux qui ont été appelés « les frondeurs » aux côtés de la gauche socialiste, ont payé le prix des limites de leur combat : ils essayaient de défendre « en idées » le PS de gauche, mais ils ont été emportés à cause du « réel » de la politique de l’aile droite.

 

Quand le PS recule, toute la gauche recule, avec cette fois une « correction » légère de cette logique puisque PCF et FI ont pu quand même gagner quelques députés.

 

D’où le séisme contre les institutions, la montée de l’extrême droite, la chute des partis traditionnels, 32 % à l’extrême droite, l’abstention massive jusqu’à 58 % de non-participation, et encore des millions de vote nuls ou blancs.

 

La sanction électorale est si profonde que pour relever le Parti socialiste, et la gauche, et le pays, il faut mettre à jour, balayer, tirer le bilan de tout ce qui s’est passé dans ce maudit quinquennat. Nul ne peut nous redonner du crédit, de l’écoute, de l’appui si nous ne le faisons pas.

 

 

 

Cela veut dire restaurer la démocratie dans le parti du socialisme : que le pouvoir revienne aux militants, aux adhérents, et que les responsables et les élus soient sous leur contrôle.

 

Que les sections fonctionnent mensuellement, régulièrement, débattent, soient consultées, votent, et que votent ceux qui y participent, pas des adhérents fantômes ni les seuls obligés. On se bat pour des idées, pour le salariat, le clientélisme n’est pas le but.

 

Qu’une direction soit inclusive, et sans exclusive, collégiale, et puis qu’un congrès scrupuleusement démocratique redresse la barre.  Il faudrait prendre le temps de discuter, mais pas trop longtemps, car les combats vont aller vite contre les ordonnances anti-travail et les décisions fiscales anti-protection sociale, anti-salaire brut.

 

La gauche ne peut pas être organisée à l’ancienne, par un parti vertical, plébiscitaire et centraliste, avec une seule fonction tribunicienne. C’est impossible. La démocratie, cela fait partie du programme.

 

C’est à cette condition et à celle de revenir aux fondamentaux du socialisme qu’on peut reconstruire un parti de masse.

 

Revenir aux fondamentaux : le socialisme une idée neuve

 

 

On ne peut retenir l’analyse que tout cela a été imposé par les nécessités, par les contingences de la mondialisation ou de l’Europe, parce que c’est faux. Les arguments du genre : « On ne pouvait pas faire autrement » sont faux ! Archi-faux ! On pouvait faire autrement.

 

L’action politique, ce n’est pas se plier à l’existant mais modifier l’existant.

 

D’ailleurs, le chômage en France est davantage dû au patronat français qu’à la mondialisation ou à l’Europe. Trop faciles, les excuses internationales !  Des mesures françaises permettraient de le faire reculer en masse, avec l’arrêt des travailleurs détachés, avec le contrôle des heures supplémentaires, avec la baisse de la durée du travail, avec la redistribution des dividendes. C’était à la portée d’un gouvernement de gauche s’il avait voulu être de gauche.

 

 

 

La France n’a jamais été aussi riche et les richesses aussi mal redistribuées. Il existe 600 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, 80 milliards de fraude fiscale ; les 58 multinationales « optimisent » 100 milliards au Luxembourg (Luxleaks), les 500 familles les plus riches possèdent 450 milliards, la France a le record d’Europe des du nombre de milliardaires, 1% des Français possèdent près de 50 % du patrimoine du pays… Rien ne nous obligeait à imposer rigueur et austérité, ni la réduction des déficits, ni la « dette » présumée.

 

Car la réduction des déficits pouvait provenir d’une relance et non pas du resserrement des coûts. Car la « dette » présumée ne vient pas de la hausse des dépenses publiques mais de la baisse des recettes fiscales : si nous avions gardé ou retrouvé le taux d’imposition de Lionel Jospin de 1999, la France n’aurait ni dette ni déficit. Notre budget social est en équilibre, trop d’ailleurs, car il serait logique qu’il ne le soit pas avec 6,6 millions de chômeurs (de toute façon il ne génère que 10 % de la dette présumée). Notre budget collectivités territoriales pouvait être moteur et non pas drastiquement compressé (il ne génère que 11,5 % de la dette présumée). En fait 78, 5 % de la « dette » présumée provient du budget de l’État parce manque de recettes, et notamment de recettes sur les impôts des 1000 entreprises qui produisent 50 % du PIB.

 

Nous aurions pu, avec une réforme fiscale et bancaire, avoir un tout autre quinquennat : nous, D&S, l’avons dit pas à pas, pédagogiquement, puis de plus en plus fort. Il était possible de relancer l’économie et l’emploi, par la pression d’un État volontaire, au lieu de s’en remettre aux banques et multinationales.

 

Mais François Hollande, Manuel Valls, Myriam El Khomri et derrière eux Jean-Pierre Jouyet et Emmanuel Macron, avec tous leurs ministres suivistes se sont entêtés jusqu’au bout et ont préféré casser le droit du travail plutôt que freiner les exigences de la grande finance.

 

On a vu lorsque Jeremy Corbyn la réorienté à gauche, le Labour Party a amélioré les chances de gagner et que le parti est revenu à 600 000 adhérents.

 

On voit qu’au Portugal un gouvernement d’alliance PSP, PCP et bloc de gauche semble réussir politiquement et économiquement : l’unité de la gauche, la relance, ça peut marcher.

 

 

 

Revenir à notre base sociale : PS, parti du salariat, 93 % des actifs

 

 

 

 

Le problème n’est en effet pas, de « l’espace politique » des socialistes, il est

 

« Qui sommes-nous, qui défendons nous, pourquoi et comment » ?

 

Nous sommes ou voulons être le parti du salariat,

 

De ceux qui produisent les richesses et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent,

 

Le parti de ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre,

 

Le parti de ceux qui sont exploités, opprimés,

 

Le parti qui veut redistribuer les richesses.

 

Parce que l’égalité formelle et réelle aident au développement des civilisations, des économies, des collectivités et des individualités, à l’émancipation de l’humanité.

 

Et c’est notre idéal. On se bat pour le réaliser. Le socialisme est devant nous.

 

Ce qui compte, c’est la base sociale que nous représentons et défendons, et c’est le salariat. C’est 93 % des actifs. 93 % !

 

L’immense majorité productive de notre peuple (et les jeunes sont des salariés en formation, les chômeurs des salariés temporairement privés d’emploi, et les retraités vivent directement grâce aux salaires).

 

Faites bien attention à cela :

 

Car il n’y a que 7 % d’indépendants, artisans, commerçants, rentiers, startupers, VTC, auto-entrepreneurs, petits, moyens et grands patrons, affairistes, lobbyistes,…  et pourtant ils sont les héros de Macron, les « sans statuts ».

 

Macron, le président « jupiterien », c’est Jupiter et Uber, l’anti-salariat, l’anti-socialiste, c’est un libertarien autoritaire ; l’ultra-libéralisme va avec la poigne de fer, le tonnerre au service des seuls dieux menaçant les exploités précaires en bas.

 

Or ces idées et milieux-là ont  exercé d’énormes pressions sur les sommets de notre parti, et nous ont détourné de notre électorat massif, les salariés. Nous avons couru avec Terra Nova et Cie, après une chimère minoritaire, une vision fictive des prétendus couches moyennes supérieures, et perdu notre base réelle :

 

Or 50 % des salariés gagnent moins de 1700 euros,

 

98 % d’entre eux sont en-dessous de 3200 euros,

 

9 millions sont en-dessous de 900 euros,

 

C’est à eux que les socialistes doivent s’adresser, notre camp est le salariat et il est majoritaire, revenons à cette base sociale et à ses aspirations :

 

Que les salaires augmentent et que les dividendes baissent,

 

Que les inégalités se réduisent,

 

Qu’il n’y ait pas de revenus supérieurs à 20 fois le Smic,

 

Que le Code du travail respecte la civilisation, la dignité des femmes et des hommes au travail.

 

Ce sont les entreprises qui doivent s’adapter aux droits du travail et pas l’inverse.

 

 

 

 

 

Le PS, parti de la redistribution des richesses, d’abord :

 

 

 

 

La conclusion c’est qu’il ne peut pas y avoir d’hésitation, il faut évidemment voter contre la confiance à Macron.

 

Il ne peut pas y avoir d’abstention, on ne peut pas être entre deux chaises, on ne peut pas repartir d’un mauvais pied. Vous imaginez : si pour les cinq ans qui viennent on commence en donnant l’impression qu’on ne sait pas comment se situer, on est foutus. Aucune chance de restaurer notre image, de continuer à travailler ensemble. Et ceux qui ne le veulent pas, qu’ils fassent un autre parti explicitement libéral, dommage, mais que ce soit clair.

 

On ne peut pas être Macron et socialiste,

 

C’est incompatible,

 

On ne peut pas cautionner les ordonnances anti-travail,

 

On doit lutter contre la suppression de l’ISF, et pour un revenu maximal à 20 fois le smic,

 

On ne peut accepter la fin de 1200 000 fonctionnaires alors qu’il en manque tant,

 

Le CICE permanent et élargi, c’est non,

 

On ne peut accepter la fin du salaire brut.

 

Sinon, jamais nous ne nous reconstruirons utilement pour le salariat.

 

Il faut le dire :

 

On veut la hausse du Smic, oui ou non ?

 

On veut favoriser les salaires et baisser les dividendes (record historique) oui ou non ?

 

On veut contrôler les licenciements et pas les faciliter, oui ou non ?

 

Notre République doit contrôler les 1000 entreprises qui produisent 50 % du PIB, et on ne se soumet pas à elles. On veut remplacer la dictature invisible du marché, par la main visible de la démocratie.

 

 

Une plateforme pour toute la gauche :

 

 

 

Il n’est pas si difficile que cela d’écrire un nouveau programme qui corresponde aux plus anciennes, plus profondes et plus légitimes de nos traditions socialistes,  et qui fasse l’unité de toute la gauche  :

 

Des sous ! Des salaires !

 

 

1°) priorité à la feuille de paie par la hausse du Smic  à  1800 brut,  la hausse immédiate de 10 % des points d’indice du bas de l’échelle de la Fonction publique, des minima sociaux, des allocations handicapés, des petites retraites, du revenu universel pour les jeunes de 18 à 25 ans, de l’allocation dépendance, comme branche de la Sécurité sociale, et création d’un salaire maxima à 20 fois le Smic.

 

Du travail et de l’emploi pour tous

 

 

2°) abrogation de la loi El Khomri et reconstruction d’un droit du travail d’ordre public social, basé sur le principe de faveur, où la loi l’emporte sur le contrat.

 

Toute activité de travail dépend du Code du travail et des droits sociaux qui sont liés (non à l’ubérisation),

 

réduction progressive et massive du temps de travail (semaine à 32 h ) sur la semaine et sur la vie (retraite à 60 ans),

 

Rétablissement du contrôle administratif des licenciements abusifs,

 

quotas (5% ) limitant la précarité (CDD, CDII, intérim, saisonniers…) ,

 

renforcement des institutions représentatives du personnel, CE, DP, CHSCT, DS, participation des salariés aux CA, droit syndical,

 

retour aux conventions collectives négociées par branches,

 

renforcement de l’économie sociale et solidaire, de la justice prud’homale, de l’inspection du travail (doublement des effectifs et indépendance), de la médecine du travail (et scolaire), élections aux caisses de Sécurité sociale, reconnaissance du burn-out,

 

et meilleure reconnaissance et réparation des maladies professionnelles, régulation de la sous-traitance, amélioration et respect du statut de la Fonction publique, grand service public de formation professionnelle continue.

 

gratuité de la santé pour tous

 

 

3°) Protection sociale renforcée pour toutes et tous, payée par le capital avec le salaire, priorités aux politiques de prévention, médecine scolaire et du travail, hôpitaux, maison de santé, maisons de retraite, autour de LA grande mutuelle, la sécurité sociale (fin du RSI), fin du millefeuille des complémentaires, prévoyances, etc., remboursement des médicaments et des lunettes et de la dentisterie.

 

Développement de la pratique d’activités physiques et sportives (équipements/ facilitation), amélioration de la qualité des soins, maintien à domicile, aux aidants, allocation dépendance suffisante, places d’accueil handicapés, procréation médicalement assistée, soins palliatifs et droit à mourir dans la dignité.

 

Education prioritaire et vive la culture

 

 

4°) Service public de la petite enfance, congé paternité des 6 semaines,

 

droit aux allocations familiales dès le premier enfant, et ensuite calculées par enfant,

 

scolarisation pour les handicapés,

 

école obligatoire dès 3 ans,  maximum de 25 élèves par classe, mixité sociale et scolaire, et groupes ad hoc pour les « décrocheurs », formation continue des enseignants, plus 40 000 enseignants en cinq ans, priorité budgétaire à l’enseignement supérieur et à la recherche,  favoriser la mobilité internationale,

 

service public national de la formation professionnelle continue,

 

effort public pour la culture à 1% du PIB,  arts à l’école, statut de l’artiste,

 

 

 

De l’impôt direct et progressif : D’abord pour ceux d’en-haut

 

 

5°) Réforme fiscale en profondeur : faire sauter le verrou de Bercy, traquer massivement la fraude fiscale, contre les paradis fiscaux et l’optimisation fiscale, augmenter l’IS des 58 multinationales et des 1000 plus grosses sociétés, conforter l’ISF, mette en place 20 tranches d’impôt, taxes sur les dividendes, fiscalité directe et progressive, diminuer la TVA, fiscalité plus verte.

 

Contrôle, transparence et taxation des banques et de la rente

 

 

6°) Réforme bancaire en profondeur, séparation des banques de dépôts et d’affaires, taxe dite Tobin, taxe bancaire, taxe sur les dividendes, audit public de la dette, et renégociation de celle-ci, la BCE doit pouvoir prêter directement aux États,  BPI puissante (nationalisation d’une des 4 grandes banques )

 

Réorientation économique par la demande, pour nos besoins

 

 

7°) réforme budgétaire :  budget participatif, chiffrage des dépenses/recettes globales,

 

1°) développement massif des services publics, de l’énergie, l’eau, l’air, des transports, de l’école, de la santé, de la justice, de la police de proximité, des éducateurs, des soins aux personnes, maisons de service publics.

 

2°) investissements 100 milliards dans la transition écologique, numérique, la recherche…

 

3°) défense et reprise y compris par nationalisations de nos grandes industries 50 % aux marchés publics

 

4°) Contrôles des grandes entreprises par la puissance publique, les salariés, les usagers

 

5°) 150 000 logements sociaux, encadrement des loyers, garantie universelle pour les loyers, bouclier énergétique, plan de renouvellement urbain dans les quartiers populaires

 

6°) priorité et maillage du réseau ferroviaire public,

 

très haut débit partout,

 

fonds d’égalité pour les Outremer

 

Le choix d’une planification pour une économie verte

 

 

8°) Soutien planifié à la transition énergétique, sortie du nucléaire en 25 ans et énergies renouvelables et durables avec programmation, agenda pour des investissements soutenus à la défense des mesures de la COP 21, de la biodiversité, de l’environnement, contre la pollution, les particules fines, les pesticides, les perturbateurs endocriniens, sobriété énergétique – économie « bleue » de la mer – haut débit numérique – économie du loisir, de la culture.

 

Préservation des biens communs, conférence des territoires, protection du maillage des départements, des communes et des élus, défense notamment de nos petits et moyens agriculteurs, conditions de travail, droits sociaux, dans le cadre d’une PAC prévoyant la régulation des marches et des risques. Pour le respect du bien-être animal.

 

Sécurité, libertés et justice vont de pair

 

 

9°)  Pour la sécurité enquêteurs et éducateurs, renforcement des moyens de la police (5000 postes, zones de sécurité prioritaires), récépissés de contrôles d’identité,  légalisation du cannabis.

 

Justice, fin de tout statut d’exception, peines alternatives, prévention de la récidive, actions de groupe, spécificité de la justice des mineurs (pas de pénal sans droit), contre toutes les discriminations raciales, ethniques, homophobes, sexistes (IVG, planning familial, contre les violences faites aux femmes, égalité salariale imposée, partage face aux métiers, parité en politique). Accessibilité pour les handicapés, maisons départementales pour les handicapés

 

Loi sur la presse contre les concentrations, statut des journalistes et des sources, respect pour lanceurs d’alerte, service public audiovisuel réellement pluraliste. Souveraineté garantie, budget et moyens, pour nos forces armées en défense de notre territoire.

 

 

 

En avant vers la VI° République,

 

10°) Pour une République sociale, démocratique, parlementaire, écologique, féministe, laïque, internationaliste et pacifiste

 

 

La laïcité respectueuse et bienveillante selon la loi 1905, 49.3 citoyen, reconnaissance du vote blanc, droit de vote aux étrangers, élections à la proportionnelle, conférence pour une VI° République, élection d’une Constituante avant la fin du quinquennat, contrôle des conflits d’intérêts,  non-cumul des mandats y compris dans le temps, pas d’élus sans casier vierge, transparence totale dans les revenus des élus,

 

 

 

L’Europe sera sociale ou périra

 

 

11°) Défense acharnée de l’Europe des peuples contre les nationalismes, les xénophobies, les replis identitaires, combat contre l’UE libérale actuelle et ses terribles dégâts sans fin, dénonciation et renégociation de la directive travailleurs détachés, et aussi de celle contre le secret des affaires, bataille contre les choix austéritaires, aller le plus loin possible dans le Plan A de changement sous menace de plan B de rupture (car de toute façon l’UE est fragilisée et menacée dans son existence).

 

Aller le plus loin possible dans le rassemblement de forces, de majorités pour démocratiser l’Europe, s’opposer aux diktats de la finance et des banques, reconstruire une Europe harmonisée par le haut sur le plan social et fiscal. Traité de démocratisation de la zone euro, vers un Smic européen contre le dumping social, pour le juste échange, le droit du travail constitutif du droit de la concurrence, coopération européenne dans la défense et la lutte contre le terrorisme.

 

Monde multipolaire et pacifique

 

 

12°) Pour un monde multipolaire, contre tout impérialisme et néo-colonialisme, soutien à la bataille de l’ONU pour le recul de la fabrication et des ventes d’armes, pour le désarmement généralisé, pour les coopérations internationales, mondiales et régionales, contre les interventions militaires d’ingérence, pas de loi du talion, pour le respect de l’égalité des droits entre les peuples, reconnaissance de l’État palestinien.

 

 

 

L’unité de la gauche, encore, comme toujours, plus que jamais :

 

 

 

 

Alors, oui, retravaillons ensemble, reconstruisons, soyons unanimes pour combattre la majorité présidentielle et tout ce qu’elle charrie de dangereusement anti-social. Le Macronisme, ce n’est pas le centre, c’est la droite, c’est bien Macron qui a dit à la BBC, que « les Britanniques ont eu la chance d’avoir Margaret Thatcher » ?

 

Nous voulons plutôt la chance de travailler comme Jeremy Corbyn, et, en nous réorientant à gauche, de renouer tous les liens si précieux avec toutes les forces de gauche PCF, FI, EELV, sans exclusive. Travaillons à un intergroupe parlementaire avec les autres forces de gauche. Bataillons pour que la gauche unie et démocratique renaisse, s’impose et gagne sur une plateforme commune en douze points comme celle résumée ci-dessus.

 

La gauche, c’est un maillage pluriel, des alliances plurielles appuyées sur des syndicats, des associations, des territoires, des quartiers, des villes, des entreprises, des bureaux, des écoles, des universités… Restons et travaillons ensemble, si nous sommes tous démocrates et socialistes. Et renouons avec toute la gauche, tous ses partis, tous ses syndicats, tous ses courants. Il faut appeler  Mélenchon et s’il refuse, être unitaires pour deux jusqu’à ce qu’il l’entende et l’accepte, car à un moment, ça deviendra forcément une demande majoritaire du salariat.

 

Multiplions les rencontres ouvertes, sincères, les débats, des assises, tenons un congrès socialiste, puis mettons en place une coordination permanente de toute la gauche, sans exclusive, soutenons les luttes sociales, renouons avec le salariat et le socialisme redeviendra une idée neuve, l’égalité, la fraternité, la liberté aussi.

 

Intervention au séminaire du BN du PS mardi 20 juin Contre Jupiter et Uber

Nous étions cent aujourd’hui au séminaire du BN, une quarantaine d’interventions, voici la mienne :

Le problème n’est en effet pas, de « l’espace politique » des socialistes, il est « qui sommes nous, qui défendons nous, pourquoi et comment » ?

Nous sommes ou voulons être le parti du salariat,

De ceux qui produisent les richesses et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent,

Le parti de ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre,

Le parti de ceux qui sont exploites, opprimés,

Le parti qui veut redistribuer les richesses,

Parce que l’égalité formelle et réelle aident au développement des civilisations, des économies, des collectivités et des individualités, à l’émancipation de l’humanité.

Et c’est notre idéal. On se bat pour le réaliser.

Ce qui compte c’est la base sociale que nous représentons et défendons, et c’est le salariat. C’est 93 % des actifs. 93 % !

L’immense majorité productive de notre peuple (et les jeunes sont des salariés en formation, les chômeurs des salariés temporairement privés d’emploi, et les retraites vivent en direct grâce aux salaires).

Faites bien attention à ça

Car il n’y a que 7 % d’indépendants, artisans, commerçants, agriculteurs, start-upeurs, VTC, auto entrepreneurs, petits, moyens et grands patrons, affairistes, lobbyistes, traders et pourtant ils sont les héros de Macron, les « sans statuts ».
Macron c’est Jupiter et Uber, l’anti salariat, l’anti socialiste, c’est un libertarien autoritaire, l’ultra-libéralisme va avec la poigne de fer, le tonnerre au service des seuls dieux et les esclaves en bas.

Or ces idées et milieux là ont pressionné fortement les sommets de notre parti, et nous ont détourné de notre électorat massif, les salariés. Nous avons couru avec Terra Nova et cie, après une chimère minoritaire, une vision fictive des prétendus couches moyennes supérieures, et perdu notre base réelle :

Or 50 % des salariés gagnent moins de 1700 euros,

98 % d’entre eux sont en-dessous de 3200 euros,

9 millions sont en-dessous de 900 euros,

C’est à eux que les socialistes doivent s’adresser, notre camp est le salariat et il est majoritaire, revenons à cette base sociale et à ses aspirations :

Que les salaires augmentent et que les dividendes baissent,

Que les inégalités se réduisent,

Qu’il n’y ait pas de revenus supérieurs à 20 fois le Smic,

Que le code du travail respecte la civilisation, la dignité des femmes et des hommes au travail.

Ce sont les entreprises qui doivent s’adapter aux droits du travail et pas l’inverse.

 

A partir de là, oui, puisque la question est posée, c’est dans l’intérêt, non pas de « nous » mais du salariat et de la gauche, nous les défendrons ils nous donneront leur voix, nous serons utiles à nouveau

Pour ça, oui, nous devons continuer à travailler ensemble encore et encore après ce désastre :

- Pour un grand parti démocratique pluraliste de la gauche et pour la gauche unie.

- Pour un parti pluriel, de débat, unitaire, avec le respect et l’association des idées, des directions collégiales élues a la proportionnelles et inclusives.

 

La gauche ne peut pas être organisée à l’ancienne, par un parti vertical, plébiscitaire et centraliste avec une seule fonction tribunicienne. Ca ne se peut pas, et je dirais, ca ne doit pas gagner. La démocratie cela fait partie du programme.

 

La gauche c’est un maillage pluriel, des alliances plurielles, appuyées sur des syndicats, des associations, des territoires, des quartiers, des villes, des entreprises des bureaux, des écoles, des universités… Restons et travaillons ensemble si nous sommes tous socialistes et démocratiques, démocrates et socialistes. Et renouons avec toute la gauche, tous ses partis, tous ses syndicats, tous ses courants. Et il faut appeler Mélenchon et s’il ne veut pas, être unitaires pour deux jusqu’à ce qu’il l’entende et l’accepte, car à un moment ça deviendra forcément une demande majoritaire du salariat.

 

Et je propose qu’il y ait un groupe parlementaire solide dans l’opposition, le notre, mais aussi le maximum possible d’unité et si possible un intergroupe avec le reste de la gauche, PCF FI.

 

Social et démocrate, socialiste, ces mots sont toujours une idée neuve, ils incarnent un programme fort, le plus beau des programmes. Evidemment si on est vraiment démocrates, si ce sont vraiment les militants qui débattent et décident, si les sections, les fédérations fonctionnent respectueusement vis à vis de toutes les sensibilités, c’est bien d’être pluralistes, si on s’écoute, si on se respecte, s’il n’y a pas d’exclusive, si on défend le social au cœur.

Et l’écologie cher Guillaume Balas est une question sociale.

Et oui, comme le disait Laurent Baumel, il ne faut pas retomber dans le crétinisme présidentiel,

Et que le Parti se fasse tuer par ceux qu’il a élu.

On dit à chaque fois que le parti va être vigilant puis on cède et on coule. Comme disait Cambadelis, « le parti propose et le gouvernement dispose » Non et non, le parti avait un « projet » il a une « ligne » adoptée votée, il l’applique et ses groupes parlementaires et ses élus l’appliquent.

C’est dans ce sens-là que fonctionne la discipline si cela à un sens pas dans le sens inverse de rappeler à l’ordre les militants qui défendent la ligne votée contre le présidentialisme qui trahit. la ligne.

Et on ne peut pas se reconstruire sans tirer un bilan sur le quinquennat maudit. Il nous a fait tout perdre : sept élections, sept, nous avions tout en 2012, c’est une telle catastrophe qu’il ne nous laisse rien en 2017. J’étais de ceux qui l’avaient dit pas à pas a temps en suppliant qu’on change la ligne en cours de toute, on n’a pas été écoutés. C’est quand même un verdict incontournable, on gouverne pour nos électeurs, pas contre eux.

Je veux bien ne pas en faire un préalable envers ceux qui y ont cru et qui réfléchissent, ici, aujourd’hui, mais il va bien falloir que cela se dise, se sache, se tranche, On ne va pas garder un « rapport Khrouchtchev secret » là-dessus.

La conclusion c’est qu’il ne peut pas y avoir d’hésitation, il faut évidemment voter contre la confiance à Macron.

Il ne peut pas y avoir d’abstention, on ne peut pas être entre deux chaises, on ne peut pas repartir d’un mauvais pied. Vous imaginez si pour les 5 ans qui viennent on commence en donnant l’idée qu’on ne sait pas comment se situer, on est foutus. Aucune chance de restaurer notre image, de continuer à travailler ensemble. Et ceux qui ne le veulent pas, qu’ils fassent leur parti, dommage, mais que ce soit clair.

On ne peut pas être Macron et socialiste,

C’est incompatible,

On ne peut pas cautionner les ordonnances anti travail,

La suppression de l’ISF,

La fin de 1200 000 fonctionnaires alors qu’il en manque tant,

Le CICE permanent,

La fin du salaire brut.

Sinon jamais nous ne nous reconstruirons utilement pour le salariat.

Et là il faut le dire :

On veut la hausse du smic, oui ou non ?

On veut favoriser les salaires et baisser les dividendes (record historique) oui ou non ?  On veut contrôler les licenciements et pas les faciliter !

Notre République doit contrôler les 1000 entreprises qui produisent 50 % du Pib, et on ne se soumet pas à elles. On veut remplacer la dictature invisible du marché, par la main visible de la démocratie

Et on peut être un parti de masse, je me rappelle quand Cambadelis il y trois ans, nous passait en CN des diapositives proposant un parti des 500 000… on est plutôt rabougris,

Mais il y a deux exemples en Europe, même si le PSE va mal qui peuvent nous inspirer, – celui du Labour party rabougri lui aussi par le sinistre Blairisme, et qui renaît avec Jeremy Corbyn : 600 000 membres, parce qu’il y avait un besoin de gauche, forcement, et dans le jeunesse britannique,  et ils ont fait une remontée électorale considérable, et Corbyn a gagne dans les trois collèges, syndicaux, élus, adhérents c’est le plus grand parti de masse socialiste aujourd’hui.

-       Et puis le Portugal ou l’unité de la gauche PSP, PCP, BdG, a marché et semble réussir, bien mieux qu’ailleurs.

Alors oui retravaillons ensemble, reconstruisons, soyons unanimes pour combattre la majorité présidentielle et tout ce qu’elle charrie de dangereusement anti social, le Macronisme, ce n’est pas le centre, c’est la droite, et c’est bien Macron qui a dit à la BBC, que « les britanniques ont eu la chance d’avoir Margaret Thatcher » ?

Nous voulons plutôt la chance de travailler comme Jeremy Corbyn, et, en nous ré orientant à gauche, de renouer tous les liens si précieux avec toutes les forces de gauche PCF, FI, EELV, sans exclusive.

 

 

 

Intervention au Bn du dimanche 18 h le 18 juin 17 Voter contre la confiance au gouvernement Macron-Philippe

Quelques mots pour ne pas laisser ce BN avec si peu de participants se terminer avant d’être commencé.

1°) D’abord sur le sens de cette défaite mécanique du point de vue institutionnel. Ce ne sont pas les électeurs ni leur prétendue « fatigue » qui est en cause pour expliquer l’abstention de 57 %. Ce sont des institutions caricaturales  qui donnent à croire qu’une fois l’élection présidentielle tranchée tout est tranché. Une fois le roi élu, plus rien ne compte, et même pas les députés, avec ce calendrier en cascade les législatives sont dépouillées de tout enjeu politique réel. C’est une campagne où on ne peut plus parler sur le fond mais seulement de manœuvres : donner une majorité, corriger une majorité, partager une majorité… alors évidemment les électeurs fuient peu à peu, d’un scrutin à l’autre.  C’est une preuve de plus, ces 57 %, qu’il faut changer la V° république épuisée et marcher vers une VI° République parlementaire. C’est dramatique d’avoir un « roi » élu avec, combien, 11 à 14 % des Français, avec  16 % de voix réelles, et les autres voix par défaut, et ce meme « roi » atteint des 62 % puis une majorité artificielle de 75 %, alors qu’il est minoritaire. Il faut dénoncer cette majorité artificielle qui ne lui donne pas en plus le droit de boycotter son propre parlement en faisant des ordonnances qui, de surcroit, sont restées secrètes et hors débat électoral. On est dans une caricature anti démocratique.

2°) Sur ces ordonnances, vient de percer l’idée que les plans sociaux seraient fixés a un seuil de 30 salaries licenciés au lieu de 10 salariés licencies. C’est sorti comme ça en douce, toujours sans débat, et si c’est vrai, c’est un recul énorme de plus. Macron, c’est monsieur chômage facile.

Ce sera des centaines de milliers de futurs chômeurs encore moins protégés, de futurs licenciés sans droits, et sans compensation. Et ensuite comme chômeurs, ils seront encore matraqués avec le seul choix, entre deux emplois a salaire plus bas ou a distance plus grande. On pourrait ce soir, matraquer cela, sur les plateaux télévisions, car il vaut mieux, déjà aborder le fond, la casse du travail, la casse des droits, l’arbitraire des entreprises, la toute puissance patronale, le malheur des salariés, qui va résulter du nouveau pouvoir. Macron veut une société sans statuts, arbitraire et autoritaire, nous voulons une société solidaire et protectrice. Nous défendrons aussi le salaire brut contre la suppression qu’il veut en faire. Ca tranche une fois de plus la nature du Macronisme, de droite, et extrême, thatchérien, c’est bien lui qui a dit aux Britanniques sur la BBC : « vous avez la chance d’avoir eu Margaret Thatcher »

3°) Je ferais aussi remarquer que quand le Parti socialiste recule toute la gauche recule. Car l’électorat de gauche est le même pour tous. Ca tranche la question de la nature de France insoumise. Nos électeurs se sont montrés complémentaires, et se sont reportés sur les uns et les autres. Ca tranche aussi la question de l’unité de la gauche, encore et encore. Pour un groupe ou un intergroupe parlementaire, rose rouge vert, unitaire, indépendant anti Macron, la première question sera fondatrice et re-fondatrice : voter contre la confiance au gouvernement Macron-Philippe. La gauche se reconstruira ainsi dans le débat et dans l’union contre Macron.

 

 

Une société sans statuts : le programme Macron est une guerre sociale

 

Quand Macron a jugé nécessaire d’aller rencontrer les salariés de Whirpool en grève, il a demandé un « hygiaphone » pour leur parler. Ce n’est sans doute pas seulement son ignorance de l’objet idoine, le mégaphone. Cela a sans doute à voir avec ses déclarations sur les ouvrières illettrées des abattoirs Gad et avec un point de son programme pour les présidentielles où il prévoit de sanctionner les « incivilités » dont les « crachats » par des « amendes immédiates et dissuasives » alors que, EN MEME TEMPS, son programme prévoit la création d’un droit à l’erreur pour,  je cite pour l’exemple pris, « un employeur qui oublie de déclarer à l’URSSAF la prime de Noël qu’il verse à ses salariés ».

 

Les buts et les moyens de la guerre

Macron est un évangéliste du marché qui nage, selon la formule de Marx, dans les eaux glacées du calcul égoïste. Il ne fait qu’appliquer le programme de toujours du capitalisme, l’accumulation du profit par quelques uns, et qu’on peut résumer quant aux buts par la formule T.G.V : Travailler plus (i.e faire travailler plus), Gagner moins (faire travailler pour le moins cher possible), Virer le plus vite et avec le minimum de frais.

Une nouveauté cependant : le programme présidentiel de Macron et ce qu’on peut déjà savoir des ordonnances à venir va plus loin qu’un nième rabotage de ce qu’il reste de droits sociaux. Il est question de leur suppression totale pour aller, numérisation aidant, vers une société que Macron a défini comme une société « sans statuts ». Un oxymore qui désigne précisément la situation des travailleurs ubérisés : pas de limitation à la durée de travail, pas de revenu minimal, pas de sécurité sociale et un licenciement sur simple déconnexion. Esclaves ou domestiques, la marche arrière nous conduit ici au début du XIXème siècle, où la violence sociale se déployait à l’ombre de la violence policière.

Autre nouveauté, et les fonctionnaires et contractuels qu’on a peu vus dans les manifestations contre la loi travail devraient rouvrir leurs yeux, les Fonctions publiques rentrent dans cette dissolution et seront, comme en Grèce, sans doute en première ligne de la démolition programmée.

Quant aux moyens de réalisation de ces objectifs permanents, ils n’ont pas varié : armer les employeurs et EN MEME TEMPS désarmer ceux qu’ils exploitent.

Citons, outre la démolition bien avancée de la médecine du travail, de l’inspection du travail et des prud’hommes, l’affaiblissement constant des moyens et de l’indépendance des représentants du personnel qui va être aggravée dans les ordonnances à venir par la mise en pièce des CHSCT et la mise en place d’un référendum auprès des salariés pour contourner les syndicats qui en méritent encore le nom.

 

Revue de détail

Pour les buts, l’analyse des lois déjà passées 1, des projets patronaux aussi précis qu’anciens, des exigences du conseil d’administration des multinationales (Commission européenne), du programme présidentiel 2 et des fuites sur la préparation des ordonnances 3 permet de décrire précisément le TGV programmé.

La loi travail avait prévu la réécriture complète du Code du travail sur le principe révisionniste (au sens négation du droit du travail) suivant : plus de loi, l’accord d’entreprise fera la loi (un code du travail par entreprise) ; à défaut d’accord d’entreprise, la branche professionnelle fera la loi ; en l’absence de tout accord, il y aura un droit minimal par décret, et le projet d’ordonnance stipule que ce droit pourra être moins favorable que le droit actuel.. La loi travail avait réécrit la partie durée du travail et prévoyait deux années pour le reste du Code. Un an après, Macron devance juste l’appel.

Travailler plus :

Il y aura sans doute une nouvelle tentative de supprimer, si possible, ou de contourner la durée légale du travail, dont il faut marteler qu’elle n’est que le seuil à partir duquel on calcule les heures supplémentaires qui doivent être payées plus cher. Les dissimuler et les payer moins cher (10% de majoration au lieu de 25 %) comme le permet la loi travail ne leur suffit pas. Pour arriver à 0%, il est probable que sera réutilisée la ruse de la commission Badinter (un temps inscrite dans le projet de loi travail), reprise dans les déclarations de Fillon et de Macron au début des présidentielles : chaque entreprise dira s’il elle choisit une durée « normale » (néologisme de la commission Badinter) différente de 35 h (39, 40, 45 par exemple) et les heures supplémentaires éventuelles seront décomptées au-delà de cette durée « normale ».

Si on ajoute l’exonération prévue des cotisations sociales sur les heures supplémentaires, voilà qui rendra ces heures moins chères que des heures normales. Epuisement pour les uns, chômage pour les autres.

 

Il y aura également de nouvelles libertés pour les employeurs : horaires de travail, pauses, fractionnement du repos quotidien et hebdomadaire (sous couvert de « télétravail »), services publics extensibles (« Nous élargirons les horaires d’ouverture des services publics pour les adapter aux contraintes des usagers : certains services publics ouvriront le samedi et en soirée » ; « Nous ouvrirons les bibliothèques en soirée et le week-end »). Sans doute aussi verra-t-on revenir la question de l’allongement de la durée du travail pour les enfants : Macron, tout comme le PDG d’Air France était scandalisé que ce point trop symbolique ait été, devant la mobilisation, retiré de la loi travail.

Gagner moins :

Gagner moins. En commençant par l’apprentissage, car ce qui est prévu symbolise assez bien la société programmée. Macron a prévu de supprimer les contrats d’apprentissage en les fusionnant avec les contrats de professionnalisation, en supprimant au passage les limites d’âge. Apprenti tout au long de sa vie, c’est le retour au Moyen Age.

Pour les salaires et retraites, il faut distinguer les salaires nets des salaires bruts.

Salaires nets : pour le Smic, il pourra être question de revoir les indexations comme la commission Badinter en avait ouvert la possibilité. Pour les salaires minima des conventions collectives définis par les grilles de classification elles mêmes basées en partie sur la qualification (de même les grilles de la fonction publique) le programme présidentiel de Macron prévoit de les remplacer par des accords d’entreprise : « C’est seulement à défaut d’accord d’entreprise que la branche interviendra. Ainsi, les conditions de travail et les salaires notamment seront négociés au plus près du terrain ».

Sur ce point essentiel (qu’on pense à la Grèce ou les conventions collectives ont été supprimées et à l’Espagne où leur couverture se réduit à grande vitesse), le gouvernement avance masqué dans les parodies de concertation qui vont durer jusqu’à mi juillet. Pour les fonctionnaires, l’équivalent de cette évolution s’écrit ainsi : « Nous mettrons fin à l’évolution uniforme des rémunérations de toutes les fonctions publiques afin de mieux prendre en compte les spécificités de chacune »

Salaires bruts : i.e les cotisations sociales versés à la sécurité sociale, la partie vitale pour ceux qui n’ont pas ou plus de travail : privés d’emploi, malades, accidentés du travail, retraités. Ce dont on parle c’est 470 milliards d’euros. Macron prévoit de réduire la Sécurité sociale en miettes, le gâteau étant récupéré par les assurances privées, mutuelles et fonds de pension.

Aux dizaines de milliards d’exonérations de cotisations sociales actuelles, Macron prévoit notamment d’ajouter la suppression des cotisations salariales maladie et chômage, la pérennisation du CICE sous forme d’exonérations permanentes de 6 points, la suppression de toute cotisation sociale pour tous les salariés au Smic (1800 euros par an et par salarié, un cadeau fabuleux qui va contribuer à augmenter le nombre de personnes payées au Smic).

Pour les retraites, l’instauration prévue d’un seul régime (par points) est la garantie d’un avenir caractérisé par une baisse considérable des retraites, les fonctionnaires en premier, et un basculement inévitable vers la fin des retraites par répartition.

Qui va payer ce que les patrons ne paieront plus : essentiellement les salariés, retraités et fonctionnaires par l’augmentation prévue de la CSG et tout le monde par la baisse de la prise en charge des soins et des médicaments et la baisse des indemnités chômage qui vont de plus être à la charge des contribuables. Sur ce point, le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi devrait exploser, toute la population, salariée ou non salariée, devant selon Macron y avoir accès. Et il ne faut pas compter sur les cotisations des indépendants, dont Macron prévoit l’affiliation au régime général de Sécurité sociale mais EN MEME TEMPS une baisse de leurs cotisations sociales (« 500 euros de moins par an pour un revenu de 3000 euros nets par mois »)

Vite licencies :

Pour licencier vite, sans motif, et à pas cher, beaucoup a déjà été fait (lois Sapin, Rebsamen, Macron, El Khomri). Macron prévoit d’en rajouter plusieurs couches :

-       Inscription dans le contrat de travail des motifs autorisant le licenciement. Le salarié va signer dès l’embauche l’acceptation de son futur licenciement !

-       Nième définitions du licenciement pour motif économique, du périmètre de reclassement, des critères de priorité, des catégories professionnelles, accroissement du seuil pour l’obligation de faire un PSE, et nième réduction des délais pour saisir les prud’hommes pour licenciement sur ce motif (de deux ans à un an et maintenant à deux mois !) ;

-       Contrat de travail unique : CDI de projet, de mission ; CDD dont les cas de recours, la durée maximale et le nombre de renouvellements pourront être décidés par l’entreprise

-       « Démissions » qui ne coûteront pas un centime et que les employeurs pourront beaucoup plus facilement obtenir qu’aujourd’hui grâce à la promesse (sous conditions) de l’indemnisation au chômage des démissionnaires. Un rêve pour les employeurs.

-       Des indemnités pour licenciement abusif plafonnées. Sachant que l’alourdissement des procédures aux prud’hommes, encore une œuvre de la loi Macron, a déjà fait chuter de 40 % le nombre des saisies des prud’hommes par les salariés…

 

La société sans statuts et sans droits

Le sort de la Fonction publique est programmé ainsi : resteront fonctionnaires ceux dont la fonction est de faire baisser les têtes : flic, militaire, juge. Pour les autres, recrutement sous contrat, une technique lourdement éprouvée  à France Telecom et à la Poste. Et pour ces nouveaux contractuels le droit applicable sera celui du privé.

Ce qui tombe bien, car les services publics, outre la fonte programmée des effectifs qui vont les transformer en interfaces informatiques, vont voir accélérer leur transformation en entreprises. Citations du programme de Macron pour en apprécier les saveurs à venir :

« Chaque service accueillant du public (hôpital, école, tribunal, caisse d’allocations familiales…) devra afficher, trimestriellement au moins, ses résultats en termes de qualité de service sur la base d’indicateurs concrets (délai de traitement d’un dossier, qualité de l’accueil au guichet, taux de remplacement des enseignants à l’école…). Les usagers seront associés à leur définition »

« Nous demanderons à chaque lycée professionnel et université de publier ses résultats (débouchés, salaires, etc.) sur les 3 dernières années »

« L’action publique gagnerait à s’ouvrir beaucoup plus à l’expérience de profils variés issus de la sphère de l’entreprise »

Pour le privé, la société sans statuts est déjà en route et Macron y a pris sa part : les modifications du code civil introduites par la loi Macron et une ordonnance du 10 février 2016 portant réforme des contrats ont permis un début d’extinction du droit du travail par la légalisation de faux indépendants, les travailleurs ubérisés. Cette délinquance patronale, qui consiste à s’asseoir sur les droits conquis par les salariés depuis bientôt deux siècles, est aussi vieille que le capitalisme, mais il était jusqu’ici possible – au moins théoriquement – de faire requalifier ces faux contrats commerciaux en vrais contrats de travail et la triche restait limitée. Les employeurs peuvent désormais ambitionner d’en finir avec le salariat – au sens des garanties collectives qui lui sont attachées.

Ils le peuvent d’autant plus que depuis 1995 se met en place dans l’Union européenne, la France jouant un rôle moteur en ce domaine, la transformation du marché du travail en marché des travailleurs, salariés ou non salariés : il s’agit de la mise en concurrence de tous contre tous par le truchement de fichiers numériques. De la maternelle à l’entreprise ou l’administration, ces fichiers sont des CV numériques : scolaires et préprofessionnels, ils ont pour nom « LPC » (« LSUN » depuis deux ans), « LSL », « FOLIOS » ; professionnels et couvrant formation initiale et continue, ils se nomment « EUROPASS » au niveau européen depuis 2004, « PASSEPORT D’ORIENTATION, DE FORMATION ET DE COMPETENCES » en France depuis 2014. Ce dernier fichier est inclus dans le fichier CPF (Compte Personnel de Formation), lui-même partie du fichier CPA (Compte Personnel d’Activité), tous logés sur un serveur de la Caisse des dépôts et consignations depuis 2014. Depuis 2017, un nouveau fichier a été ouvert sous le nom de PNDS (Portail National des Droits Sociaux, sur un serveur de la Caisse Centrale de Mutualité Sociale Agricole) pour enregistrer des « comptes » individuels relatifs aux droits assurance maladie, chômage, retraite, famille, logement et autres. Une fabrique d’esclaves sous chaîne électronique.

 

En résumé, si la guerre sociale n’est pas nouvelle, son ampleur aujourd’hui nous oblige : tous ensemble et EN MEME TEMPS.

 

Richard Abauzit

  1. Analyse de la loi Macron :

https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/181214/projet-macron-en-route-pour-lesclavage https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/050315/loi-macron-apres-l-assemblee-nationale-c-est-pire ;

Analyse de la loi Rebsamen :

https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/260515/rebsamen-jusquau-bout-de-lani ; Analyse de la loi El Khomri :

https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/120616/loi-uberel-khomri-48-reculs-avant-le-senat

  1. Analyse du programme présidentiel de Macron : https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/140517/macron-derviche-tourneur-autour-d-un-axe-fixe-0
  2. Articles du Parisien, de Libération, d’Alternatives économiques (mai et juin 2017)

 

Retrait de la plainte contre Farid Borsali, secrétaire CGT PSA Poissy – Relaxe pour Farid

Fidèle à sa tradition de répression contre les militants syndicaux, PSA a porté plainte contre le secrétaire général du syndicat CGT PSA de l’usine de Poissy, Farid Borsali, et le traîne devant les tribunaux. Il doit passer devant le tribunal correctionnel de Versailles le 23 juin.
La direction de l’usine de Poissy n’a évidemment rien à reprocher à Farid. Elle n’a contre lui que des accusations injustes et grossières de « violence », alors que Farid, dirigeant syndical respecté et apprécié de tous les salariés, n’a fait que son travail de militant en dénonçant les manquements à la sécurité dans l’usine.
Menacer Farid de sanctions pénales, c’est attaquer tous les militants syndicaux, et au-delà, l’ensemble des salariés de l’usine. C’est une tentative d’intimidation. Le groupe PSA Peugeot-Citroën, comme il l’a toujours fait, utilise la répression pour tenter de faire rentrer dans le rang ceux qui se battent contre les bas salaires, les surcharges de travail, les manquements à la sécurité.
C’est une nouvelle tentative du patronat de criminaliser l’action syndicale, et c’est inacceptable.
Les militants syndicaux ne sont pas des voyous ni des délinquants. Ils se battent pour faire respecter les droits des salariés, que les patrons bafouent délibérément.
Les signataires de cette pétition exigent donc l’arrêt de toute poursuite contre Farid Borsali et le respect des libertés syndicales.

Premiers signataires

Philippe MARTINEZ, secrétaire général de la CGT

Gérard FILOCHE membre du Bn du PS

Frédéric SANCHEZ, secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie CGT

Jean-Pierre MERCIER, délégué syndical central CGT du groupe PSA.

 

« Pour que la gauche renaisse, il faut tirer le bilan de ce quinquennat maudit »

Gérard Filoche revient sur l’échec de l’alliance entre Hamon et Mélenchon et fustige les choix de François Hollande durant son mandat.

PROPOS RECUEILLIS PAR  ET SAMUEL DUFAY 

Modifié le 16/06/2017 à 09:53 - Publié le 16/06/2017 à 07:00 | Le Point.fr
Gérard Filoche réclame un bilan du quinquennat de la part de ses camarades socialistes.  

Gérard Filoche réclame un bilan du quinquennat de la part de ses camarades socialistes.   © AFP/ JACQUES DEMARTHON

SPÉCIAL LÉGISLATIVES : VOTRE ABONNEMENT POUR 1,25€ PAR SEMAINENous retrouvons Gérard Filoche au Père tranquille, un café en face des Halles, quartier qu’il appelle le « ventre de Paris » en référence au roman éponyme d’Émile Zola. Le nom du lieu contraste avec l’humeur du socialiste. Au lendemain d’une gifle électorale sans précédent reçue par ses camarades, l’ancien inspecteur du travail, coutumier des coups de gueule, est une nouvelle fois en colère.

Il n’a toujours pas digéré le scénario de la présidentielle. Selon lui, l’alliance entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon a échoué de très peu. Au Point.fr, il raconte les coulisses et les raisons de cet échec et réclame un bilan du quinquennat. Entretien gueule de bois mais sans langue de bois.

Le Point.fr : Comment expliquez-vous le naufrage de la gauche ?

Gérard Filoche : C’est de la faute de la ligne politique de François Hollande. Avant les municipales, on a fait la loi Sapin, puis on a touché aux retraites, et en janvier 2014, Hollande annonce la politique de l’offre et ses 41 milliards en faveur du patronat. Il nous fait perdre les élections avec ça. Après avoir perdu les municipales, Hollande a mis Valls Premier ministre. À l’époque, je dis : « C’est une erreur de casting. On ne peut pas mettre le gars qui a fait 5 % des voix à la primaire pour diriger. Il faut élargir, associer tout le parti comme disait François Mitterrand. D’abord, les socialistes, puis retrouver des forces à gauche. » Mais on perd les Verts et Valls va se débarrasser de Hamon et Montebourg. Il gouverne sur une tête d’épingle. À ce moment-là, Macron et Jouyet prennent en main l’Élysée. L’équipe des droitiers et des financiers se consolide. Le drame du quinquennat tient en une phrase qu’un conseiller de Hollande m’a dite : « Tu comprends rien, Gérard. On fabrique les bonbons et on les redistribue après. » Moi, je leur ai dit : « Vous ne fabriquez rien et vous n’allez rien redistribuer. » C’est ce qui s’est passé.

Si Cambadélis abandonne le mot socialiste, je lui reprends tout de suite. Ce serait trop beau. 

La gauche a-t-elle encore un avenir ?

Pour que la gauche renaisse, il faut tirer le bilan de ce quinquennat maudit. Jean-Christophe Cambadélis essaye de la jouer à l’embrouille, mais si c’est ça, les gens n’auront pas confiance en nous. La mort du PS viendra de là : du doute permanent sur le fait qu’on ne tiendra jamais parole.

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Qu’entendez-vous par les « embrouilles » de Cambadélis ?

Si je savais (Rire)… Je crois qu’il ne le sait pas lui-même. Je l’ai entendu dire des choses très différentes. Qu’il y aurait des assises, qu’il n’y aurait plus de congrès comme avant. L’autre jour, je l’ai entendu dire qu’il fallait s’interroger sur le fait d’abandonner le mot socialiste. S’il abandonne le mot socialiste, je lui reprends tout de suite. Ce serait trop beau.

Ils voulaient bien de Mélenchon, mais secrétaire d’État à la Jeunesse. Puis ils avalent Jadot. Hamon n’a pas su résister à son entourage. 

Vous fustigez Hollande, mais les frondeurs ont également été balayés à la présidentielle et aux législatives…

Ils n’ont pas été balayés parce qu’ils étaient frondeurs, mais parce que tous les socialistes ont été balayés. La vraie question, c’est : « Les frondeurs en ont-ils fait assez ? » Dès le début du quinquennat, j’ai dit avec Marie-Noëlle Liennemann : « François, t’es pas clair. On ne sait pas où tu vas. » À ce moment-là, Hamon et Montebourg étaient au gouvernement. Au congrès de Toulouse, quand on dépose une motion, Benoît Hamon nous convoque et nous dit de ne pas le faire. Moi, je refuse, parce qu’il y a trop de points d’interrogation. Il me dit : « Si c’est ça, on va vous réduire à rien. Vous aurez moins de 4 % des voix. On va vous écraser. » Lors du débat au début du quinquennat, je m’oppose donc aux frondeurs. Ils se sont dissociés trop tard et pas assez.

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Comment avez-vous pu croire qu’une alliance était possible entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ?

C’était très possible. Les entourages ont failli céder à une ou deux reprises. Avant les primaires, le 21 janvier 2016, on était une quarantaine dans une salle à Paris, dans le 20e. Tous les représentants de la gauche et des Verts étaient là. La réunion a duré deux heures. Le but : construire une plateforme commune pour une candidature unique. Mélenchon a tout cassé. Il a dit : «  Une plateforme ? Pas de problème. Je l’ai écrite en 2012. Une candidature ? Il faut quelqu’un d’expérimenté. Ça ne peut que être moi. » Il ne voulait pas être le candidat d’une coalition. Il ne voulait s’emmerder avec personne. Il disait : « L es primaires, c’est de la merde. » Les socialistes étaient pour, le PC était pour, les Verts étaient pour. Il les aurait gagnées. Mais son argument, c’était qu’elles allaient mettre Hollande en orbite.

Le 29 janvier, Hamon devait le voir. Il a dit : « Je l’appelle demain. » Aussitôt, je vais voir Pascal Cherki et Mathieu Hanotin. Ils me disent : « On va pas faire comme ça. On doit d’abord négocier avec les Verts. » J’étais contre, car négocier à trois facilitait l’accord. À ce moment-là, Mélenchon hésitait. Jean-Jacques Bourdin m’avait dit : « Vous avez une opportunité. Je n’ai jamais vu Mélenchon comme ça, il ne sait plus où il habite. » Il était tombé à 9 %, Hamon était à 16 %. Il s’attendait à affronter Hollande ou Valls, qui portaient le bilan du quinquennat, et il se retrouve avec Hamon qui porte un projet proche du sien. Donc, le choix s’imposait à nouveau à lui. Mais à ce moment-là, Hanotin et Cherki m’expliquaient : « Mélenchon est à 9 %. On négociera avec lui quand il sera à 7 %. » Je leur ai dit : « Mais vous êtes fous. Il fait campagne depuis un an. Il a une assise à 11 %. » Ils voulaient bien de Mélenchon, mais secrétaire d’État à la Jeunesse. Puis ils avalent Jadot. Hamon n’a pas su résister à son entourage.

La qualification au second tour s’est jouée à 600 000 voix. Avec un accord, les deux millions qui ont voté pour Hamon auraient peut-être voté Mélenchon. 

Après ça, Mélenchon fait une lettre étonnamment ouverte. Il écrit : « Je suis d’accord pour fédérer les partis de la gauche traditionnelle. » Sur l’Europe, il va y avoir le débat entre Thomas Piketty (soutien de Hamon, NDLR) et Jacques Généreux (soutien de Mélenchon, NDLR). À la fin, il n’y a pas une once de désaccord entre les deux. L’équipe de Hamon va au Portugal pour montrer que l’unité est possible. Mais à Paris, Mélenchon dit que le PS est « un corbillard ». De Lisbonne, Cherki répond : « S’il nous traite de corbillard, les négociations sont interrompues. »

Jusqu’au bout, j’ai réclamé un accord politique. Chez Hamon, ils me disaient : « Pas la peine, ils vont venir tout seuls. » Puis Mélenchon a commencé à monter. Deux ou trois millions de voix sont allées vers lui sans accord. Des camarades m’ont dit : « Tu vois, pas besoin d’accord pour que les socialistes votent Mélenchon. » Mais la qualification au second tour s’est jouée à 600 000 voix. Avec un accord, les deux millions qui ont voté pour Hamon auraient peut-être voté Mélenchon.

Pour moi, la gauche, c’est le pluralisme. L’unité ne veut pas dire avoir une seule pensée. 

Hamon n’aurait-il pas dû rassembler sa famille avant de négocier avec Jadot et Mélenchon ?

Mais c’est ce qu’il a fait. Il est allé chez François Hollande, Bernard Cazeneuve est venu au local. Dans les meetings, il ne me fait pas venir, moi, mais Najat Vallaud-Belkacem. Ça lui est reproché d’ailleurs. Il ne déglingue pas Myriam El Khomri ou Stéphane Le Foll. Manuel Valls, au début, pensait que Hamon allait se mettre d’accord avec Mélenchon. C’est pour ça que lui et l’aile droite ont attendu un mois et demi avant de rejoindre Macron. Ils pensaient que l’accord allait se faire. Mais si l’alliance s’était faite, ils seraient restés. Parce que ce qui les motive, ce n’est pas les idées, ce sont les sièges.

Vous ne souhaitez pas rallier Mélenchon ?

Jamais ! Pour moi, la gauche, c’est le pluralisme. C’est un maillage de partis, de syndicats, d’associations, une implantation dans les entreprises, les bureaux. L’unité ne veut pas dire avoir une seule pensée. Je suis contre un parti plébiscitaire, contre le centralisme, contre un parti d’estrade et de tribune. Je suis pour le multiculturalisme tel qu’il existe dans le salariat. Dans le Nord, une candidate insoumise a fait une affiche : insoumise et patriote. Moi, je suis internationaliste. Je suis plus proche d’un ouvrier allemand qui bouffe du hareng que d’un patron français qui nous bouffe tout cru.

Emmanuel Macron suscite un réel enthousiasme dans le pays. Il va obtenir une majorité à l’Assemblée nationale…

51 % de gens se sont abstenus. Elle est là, la majorité.

 

à lire dans Libération : François Ruffin, bête de somme

François Ruffin, mardi, en campagne dans le quartier de Rouvroy à Abbeville.François Ruffin, mardi, en campagne dans le quartier de Rouvroy à Abbeville. Photo Cyril Zannettacci pour Libération

Dans la région d’Amiens, le journaliste, soutenu par La France insoumise, laboure inlassablement le terrain tandis que Nicolas Dumont (LREM et ex-PS), fort de sa position de favori, aborde sereinement le second tour.

  • François Ruffin, bête de somme

Sur le papier, François Ruffin n’a aucune chance. Dans la première circonscription de la Somme, le réalisateur de Merci Patron !, césar 2017 du meilleur documentaire, a fait 4 000 voix de moins que son «marcheur» d’adversaire, Nicolas Dumont, au premier tour. Ce dernier devrait bénéficier du report d’une grande partie des 5 000 électeurs ayant voté pour le candidat LR. Soutenu par La France insoumise, EE-LV et le PCF, le rédacteur en chef de Fakir, le journal local qu’il a créé dans sa ville d’Amiens, peut de son côté espérer récupérer les presque 3 000 suffrages exprimés en faveur de Pascale Boistard. Etrillée pendant cinq ans par Ruffin, l’ex-secrétaire d’Etat socialiste, élue députée en 2012, a appelé à voter pour lui, pas rancunière. Restent les 6 000 voix ayant atterri sur le nom de l’acteur investi par le Front national, Franck de Lapersonne, qui risquent de se disperser ou de s’envoler au second tour. Bref, on peut faire tourner la calculette tant qu’on veut, «sur le papier, on a perdu, constate Ruffin. Mais sur le papier, il n’y aurait pas eu le 14 juillet 1789. Sur le papier, c’est les forts qui gagnent et les faibles qui perdent.» Mardi, au volant de son Citroën Berlingo bariolé d’affiches à son effigie, sur la nationale reliant Amiens et Abbeville, l’agitateur picard dit cependant y croire «plus qu’au premier tour», lors duquel il n’imaginait pas réussir à devancer le FN. Car à la présidentielle, Marine Le Pen était montée à 29 %, loin devant les autres prétendants à l’Elysée, sur ce territoire désindustrialisé et ancré à gauche. Dimanche dernier, son représentant est tombé à 16 %. «C’est le fruit de notre travail de terrain, veut croire Ruffin. On peut progresser au second tour. Mais je l’ai dit à mon équipe : faut ce que ce soit la guerre totale, faut qu’on arrête la dentelle.»

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La guerre totale, selon François Ruffin, revient à un «immense porte-à-porte» organisé à travers la circonscription. Le but est double : retourner les électeurs du FN anti-Macron en sa faveur et aller chercher les 52 % d’abstentionnistes locaux. «C’est notre seule chance», assure le quadragénaire, qui ne cache pas sa grande envie de devenir député. «Je crois que je suis fait pour ce rôle de porte-voix, je sais représenter les gens», dit celui qui a promis de se payer au Smic. Dans l’affaire, Ruffin peut compter sur une armée de partisans issus des réseaux syndicaux, insoumis et «fakiriens». Dans la cour de son QG de campagne à Amiens, sous un ciel à vous barder de coups de soleil, le patron en briefe une douzaine avant de les envoyer frapper aux portes des quartiers nord de la ville. Il leur est remis une feuille d’éléments de langage – pardon, un «argumentaire» – avec une «entrée en matière» recommandée, des phrases à formuler selon que la personne rencontrée est un «abstentionniste», un «électeur Ruffin»,un «socialiste» ou un «macroniste sans conviction», et quelques bons mots. «Le truc clé, c’est : « s’abstenir, c’est voter Macron ». Il faut faire rentrer ça dans la tête des gens et les faire sortir de chez eux dimanche», martèle le candidat à l’Assemblée nationale, avant de filer à Abbeville.

Cirque Zavatta

Là-bas, le quartier pavillonnaire du Rouvroy, très populaire, est l’un des six de la circonscription que son équipe a ciblés comme devant être prioritairement travaillés pendant l’entre-deux-tours, car très abstentionnistes ou très frontistes. L’énergie déployée par Ruffin force l’admiration : pendant trois heures, en jeans noirs et chemisette à carreaux un peu trop grande pour lui, le candidat n’oublie aucune maison, se penche à travers chaque fenêtre ouverte, arrête les voitures de passage, traverse la route pour héler les piétons.

Dans les rues avoisinantes, une camionnette équipée d’un micro et d’une enceinte, conduite par un de ses «camarades», circule en appelant à voter pour lui, façon «le cirque Zavatta est dans votre ville». Ruffin a sa manière à lui d’aborder les habitants, qui semblent très éloignés de la chose publique : «Vous êtes actionnaire ? Vous payez l’impôt sur la fortune ? Eh bien, Macron va supprimer l’impôt sur la fortune pour les actionnaires.» Aux retraités, il parle de la baisse à venir de leurs pensions à cause de l’augmentation de la CSG. Non sans une part de démagogie : il oublie de préciser que la mesure, telle qu’elle est prévue, affectera ceux qui touchent au moins 1 200 euros par mois – sûrement pas le cas de tout le monde dans la zone. A une jeune femme, il parle congés payés, congé maternité, Sécurité sociale : «Ce n’est pas pour moi que je fais ça, je vis très bien, explique-t-il. C’est pour mes gamins que je me bagarre.»

On sent que le journaliste aime ce métier où il ne faut pas avoir la conviction qui tremble, et encore moins la foi dans la générosité de l’être humain. «Ça me plaît. Faire campagne, c’est moins dur que de vendre un journal à la criée, parce que tu n’essaies pas d’arracher leur pognon aux gens. Le vote, c’est gratuit.» Il n’arrive pas toujours à imposer son discours de gauche. Beaucoup y semblent indifférents, certains hostiles. Dans un troquet, un habitant lui rétorque que le quartier est désormais «envahi de migrants». Ruffin ressort avec un sourire peiné aux lèvres. Plus loin, il est rasséréné par la rencontre d’un électeur FN qui taille sa haie sur le bord de la route, ne le connaît pas trop mais lui promet sa voix au second tour. «Contre Macron,explique-t-il. Il prépare des lois de droite et moi, je suis ouvrier.» Pour le candidat, ce sont ces gens-là qui décideront de l’issue du scrutin.

«Politique-fiction»

En face, dans le camp du favori, la tranquillité préside. On retrouve Nicolas Dumont dans un quartier excentré d’Amiens, rempli de calmes maisonnettes. Costume bleu malgré le soleil de plomb, le candidat de La République en marche sort de France 3 Picardie. Il en profite pour déposer quelques tracts dans les boîtes aux lettres du voisinage et serrer des louches. Ex-socialiste, il est seulement accompagné de son directeur de campagne. Dumont, 40 ans, assure évidemment que «rien n’est joué» avant le second tour, mais sait au fond de lui que, sauf remobilisation inattendue, c’est dans la poche. Maire d’Abbeville depuis 2008, il profite de ses réalisations locales, de sa notoriété dans le coin, plus élevée que celle de Ruffin, et de la poussée pro-Macron. Dans son jardin, un homme en bras de chemise l’arrête : «On vous connaît.» L’homme est acquis. Mais aurait-il voté pour Nicolas Dumont sous l’étiquette PS ? «Ah non, tranche l’électeur. Ce qui a été promis en 2012 n’a pas été tenu.»

Dumont la joue modeste, presque timide : «On n’est jamais responsable d’un score électoral sur ses seules qualités personnelles.»Il défend le «projet global» du président de la République pour l’emploi et le pouvoir d’achat, évoque l’enjeu du très haut débit et veut porter au Palais Bourbon le combat pour «l’inclusion des personnes en situation de handicap». Attaqué par son adversaire sur la future réforme du droit du travail, il assure : «Je n’ai pas l’habitude de faire de la politique-fiction. Je me prononcerai en âme et conscience sur le texte quand je l’aurai. Je ne suis pas candidat à l’Assemblée nationale pour être un mec qui appuie sur un bouton. Je ne serai pas un député godillot.» Et contre-attaque : «M. Ruffin est aujourd’hui le candidat soutenu par le PS, le parti de la déchéance de nationalité, de la loi El Khomri et du 49.3.» Venant d’un élu qui a soutenu Manuel Valls lors de la primaire de gauche, l’argument est gonflé.

«Dumont n’a qu’à mettre sa photo à côté de celle de Macron pour que ça marche, maugrée Ruffin. Mais les gens vont voter pour tout ce qu’ils détestent : un type qui n’a fait que de la politique toute sa vie et qui retourne sa veste !» Il y aurait de quoi désespérer le boss de Fakir. Ou presque. A Abbeville, on le quitte aux alentours de 21 heures, tandis qu’il «déambule» avec une petite centaine de partisans équipés en tambourins, casseroles et banderoles dans un autre quartier abstentionniste. Increvable, Ruffin précise, en se marrant, avoir décidé de «maximiser l’exploitation des militants» pour réaliser l’exploit dimanche. Ce jour-là, avec son club de foot de l’Olympique amiénois, il disputera la finale du championnat vétérans de la Somme («je suis milieu droit, mais écris que je suis ailier gauche»), mais c’est un autre match, électoral, qu’il veut gagner. «Les victoires de notre camp sont toujours de l’ordre du miracle. Et il faut croire aux miracles. Qui aurait cru que l’on réussirait à faire plier Bernard Arnault [dans Merci Patron !], que le film ferait 500 000 entrées et que l’on aurait un césar ?»

Jérôme Lefilliâtre Envoyé spécial dans la Somme Photos Cyril Zannettacci

 

Gérard Filoche sur RMC chez Jean-Jacques Bourdin : unité de la gauche contre Macron

13/06/2017 à 10h31

Invité dans Bourdin Direct ce mardi, Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti socialiste, estime que la reconstruction doit se faire, entre autres, avec Jean-Luc Mélenchon.

Après le quinquennat Hollande, la gauche a subi, dimanche, la plus lourde défaite de son histoire aux élections législatives. Créditée de moins de 10% des voix, le Parti socialiste est au bord de l’implosion et pourrait voir son nombre de sièges à l’Assemblée divisé par 10. Invité dans Bourdin Direct, Gérard Filoche, membre du bureau national du parti, pose un bilan très dur de la politique de François Hollande pour expliquer l’échec aux élections.

« Le coupable, c’est la politique suivie. On a dit qu’on allait s’attaquer à la finance et on a fait le lit de la finance. On a dit qu’on allait contrôler les licenciements et on a facilité les licenciements. On a dit qu’on allait lutter contre le chômage et il y a 1,3 million de chômeurs en plus. On a dit qu’on allait renforcer le code du travail et il a été cassé par la loi El Khomri. C’est le contraire d’une politique de gauche qu’on a mené, mais une politique de droite. C’est ce que j’appelle aller dans le mur. C’est pour ça qu’on perd

 

Gérard Filoche affirme, qu’en plus de ses mises en garde sur le danger de disparition du parti, il a tout fait pour que Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon s’unissent avant la présidentielle. « On a essayé de sauver le Parti socialiste. On s’est battu pendant 18 mois pour qu’il y ait un accord entre Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon. Je suis sûr que s’il y avait eu un accord, on serait au pouvoir aujourd’hui. Mais les deux n’ont pas voulu. Je les aime bien mais ce sont les deux dirigeants de gauche les plus bêtes du monde. S’ils s’étaient entendus, on n’aurait pas Macron. Les gens n’ont pas bien compris que Macron ce n’était pas le centre, c’est Thatcher. En matière économique et sociale, il va faire de l’extrême droite. Non seulement il va casser le code du travail mais en plus, il va casser le salaire brut. Les salariés vont payer à la place du capital ».

Gérard Filoche explique ensuite sa vision d’un nouveau Parti socialiste, et appelle à soutenir Jean-Luc Mélenchon à Marseille.

« Il y a un nouveau besoin de gauche et il faut la reconstruire. Il faut la reconstruire avec Mélenchon, avec les Verts et avec le Parti communiste. Je suis pour le désistement réciproque dimanche prochain. J’appelle à voter Mélenchon à Marseille si j’ai un quelconque pouvoir, et j’appelle à voter François Ruffin. Je suis aussi pour que tous les militants socialistes qui sont de gauche, et qui se sont battus contre le gouvernement Hollande, soient réélus. Par contre j’ai une ambiguïté avec madame El Khomri. La gauche doit être contre Macron, elle ne peut pas être ambiguë. Si Cambadélis abandonne le nom du Parti socialiste, je le reprends, pour en faire une idée neuve. Il faut le reprendre de façon saine avec ses fondamentaux ».

 

Intervention au BN du PS du lundi 12 juin : appel au désistement réciproque à gauche, FI, PS, PCF, EELV

Bon, nous n’en sommes pas au bilan, on le fera la semaine prochaine, le 19 juin…

Interruption de Weber, Dray : « alors il ne faut pas le faire devant les cameras, comme tu viens de le faire, c’est pas décent, de mettre Hollande en cause… »

Mais on ne peut faire langue de bois et ne pas répondre aux questions des journalistes qui me demandaient « si c’était la faute à la gauche socialiste » !

Hé bien non, pendant cinq ans, nous gauche socialiste, MLG, motion B,  nous avons ici pédagogiquement, au fur et mesure, expliqué pourquoi ça se terminerait par une catastrophe,

Nous avons été longtemps, trop longtemps minoritaires, on avait dit que si nous ne menions pas une politique gauche, si on ne corrigeait pas l’orientation du quinquennat on irait tous dans le mur, que ce serait un désastre,

Voilà, on est dans le mur et ca fait mal, très mal, mais c’est votre faute, pas la notre

Mais on pouvait l’éviter, il fallait nous écouter, on a eu raison, vous auriez du accepter de modifier le cours des choses, à temps de ne pas dilapider le CICE, de ne pas casser le code du travail avec El Khomri…

Brouhaha des mêmes

Et inutile de m’empêcher de parler, vous n’y arriverez pas, surtout pas ceux qui ont le plus de responsabilités politiques dans la défaite, l’heure des bilans c’est l’heure des bilans…

 

maintenant vous venez nous dire, unissons nous, ne nous disputons pas, trop facile, il fallait pas nous couler comme vous l’avez fait pendant cinq ans par votre politique anti sociale,

maintenant pour redresser il faut clarifier, on veut bien etre unis et réunis avec vous, tous ensemble, mais pas recommencer la même erreur tragique d’orientation, plus jamais ça  !

Nous avons, la gauche socialiste été minoritaire 5 ans durant, et je le répète avec amertume, je le criais tout à l’heure, car on a pas pu empêcher le désastre final,

Nous avions raison, hélas, de bout en bout, nous avions proposé pas à pas une autre politique détaillée

Alors la décence c’est que ceux qui ont conduit à ce désastre par leurs choix faux archi faux et entêtés  se fassent modestes aujourd’hui…

Les plus grosses bêtises de ces quatre dernières semaines devant les médias sont venues, pas de nous, pas de moi, pas de la gauche socialiste, mais bel et bien  des pro macron, de ceux qui croyaient qu’il fallait faire alliance, ou rejoindre « en marche », renoncer a toutes nos valeurs, se soumettre a Macron, le « faire réussir »  au lieu de le combattre, de ces ex socialistes qui ont nui à la clarté du message de nos candidats

Mais on verra la semaine prochaine,

Là il faut savoir ce qu’on fait pour tenter de sauver le maximum de camarades sur les 60 qui restent encore en lice, (et je ne parle pas de ceux qui sont passés a travers les gouttes, en manoeuvrant un jour souris, un jour oiseau, un jour socialiste, un jour macronien).

Et pour sauver le maximum de camarades, il faut être clairs : unité de la gauche.

Unité de la gauche aujourd’hui comme hier et cela implique de nommer les forces politiques concernées : FI, PCF, Verts et nous. Et de dire « désistement réciproque »

Sans unité de la gauche le désastre sera plus grand et il durera plus longtemps.

Bien sur, on le sait bien et ce n’est pas d’aujourd’hui,  l’unité n’est pas facile avec des groupes qui vous cognent dessus, qui sont sectaires, mais ils existent, ils ont des voix, ils sont proches de nous, et nos électorats sont mélangés, ce sont les mêmes,  il faut qu’il s’épaulent en dépit de nos divergences et contentieux.  Il faut être unitaires pour deux, pour trois, pour quatre.

Parce que être unitaires là, face à un FI ou au PCF c’est sauver un de nos camarades ailleurs grâce aux voix de la FI et du PCF.

Pas d’accord avec ceux qui partent vers une nouvelle théorie prétendant que Mélenchon n’est pas n’est plus ou ne se dit plus de gauche.

Malgré son usage erroné du mot « peuple » il est de gauche, nous le savons tous, son positionnement aussi et son électorat aussi. Son origine, son histoire, sa dynamique, ses références sont de gauche en dépit des travers plébiscitaires, autoritaires. Même s’il a des déviations, c’est à nous de les discuter, de travailler à les corriger, et le ramener sur le terrain de la gauche unie. Ce n’est pas la première fois à gauche dans l’histoire de notre pays, que certains courants ont des déviations nationalistes,  ou autres, hier staliniennes par exemple. Quant on disait à tort à mes yeux que le PS était le « parti de la sociéte » et non pas le « parti du salariat », c’est le même type de divergence finalement.

Ce n’est pas la première fois qu’on a fait et qu’on ferait l’unité avec des gens qui nous critiquent, ils n’ont pas changé de nature, ni cessé d’être de gauche pour autant. L’unité ce n’est pas l’unité de pensée, ni le ralliement, l’unité c’est des actions communes et par exemple, le désistement systématique et réciproque.

Et même s’il n’est pas spontanément réciproque, il faut le proposer comme tel. Et même s’il est refusé comme réciproque, c’est plus intelligent, plus efficace, et plus constructif de le proposer quand même pour faire évoluer les choses. Car si on le propose les électeurs nous en seront gré. Et s’ils le refusent les électeurs ne leur en seront pas gré. Si on ne le propose pas on sera tous sanctionnés.

Le ridicule Total Khéops c’est de décréter que FI n’est pas de gauche pendant que FI décrète qu’on n’est pas de gauche, c’est parti pour dix ans de désastre avec ce genre de bévues.

Je ne parle même pas de l’incompréhension et de l’hostilité que pareilles analyses provoqueraient pour des millions de nos concitoyens.

Ecoutez-moi ! Ne faites pas comme pendant tout ce quinquennat, vous ne m’avez pas écouté, et vous voyez où on est ! C’est un désastre historique pour tout le PS mais aussi pour toute la gauche.

Melenchon fait mine de se réjouir des résultats du 11 juin, mais ça n’a ni queue ni tête, il y a trois semaines, il se disait candidat pour « une cohabitation avec Macron » et pour être premier ministre, se décrivant « à la manoeuvre » comme « un général sur la colline ». A Avignon les « FI » le 1er mai, avaient une banderole « Mélenchon premier ministre » de Macron.Or il va avoir 4 à 7 députés. Quel bilan !

Il faut toutes et tous revenir sur terre. Pour sauver ce qu’on peut de la gauche au  niveau ou on peut, il FAUT appeler inconditionnellement  à l’unité, au désistement et en appelant à la réciprocité. Nous marquerons beaucoup plus de points qu’en inventant la théorie selon laquelle ils ne seront pas de gauche. Réfléchissez ! On écoeurerait les gens du haut de nos 6,5 % a dire aux 19 % qu’ils ne sont pas de gauche

Vouloir exclure 19 % de voix de la gauche dont sans doute 7 à 8 % de nos voix venues, au dernier moment, de façon évidemment insuffisantes, et en dépit du fait qu’il n’y avait pas d’accord Mélenchon Hamon, c’est affaiblir toute la gauche et nous condamner nous mêmes. C’est ridicule.

Et grave, car refuser d’appeler à voter Ruffin ou Melenchon dans la Somme et à Marseille c’est faire perdre d’autres camarades en France. C’est surtout diminuer le déjà trop faible d’élus potentiels de gauche rose rouge vert anti Macron à l’Assemblée nationale. Or il faudra bien un groupe rose rouge vert indépendant et uni si nous avons plus de 15 élus.

Car on sera bien dans le combat anti Macron, n’est ce pas ?

On ne votera pas la confiance,

On combattra les ordonnances anti travail,

On défendra le salaire brut,

On défendra l’ISF,

On refusera la hausse de 1,7 % de CSG,

On refusera de supprimer 120 000 fonctionnaires,

On ne votera pas leur budget,

Et avec quels députés fera t on cela à l’Assemblée nationale ?

Avec les nôtres, ceux du PCF de FI, d’EELV, pas avec les Macroniens ni les ralliés honteux à Macron.

Gérard Filoche