Suicide d’un vieil homme grec : « - ainsi, je n’aurai pas à fouiller les poubelles pour assurer ma subsistance ».

Selon le correspondant du Monde à Athènes, Alain Salles, le pharmacien à la retraite a laissé une note manuscrite, non signée. Dimitris Christoulas y revendique la portée symbolique de son acte : « Puisque mon âge avancé ne me permet pas de réagir de façon dynamique (mais si un Grec attrapait une Kalachnikov, je serais juste derrière lui), je ne vois pas d’autres solutions que cette fin digne de ma vie. Ainsi, je n’aurai pas à fouiller les poubelles pour assurer ma subsistance. » Il a ajouté : « Je crois que les jeunes sans avenir prendront un jour les armes et pendront les traîtres de ce pays sur la place Syntagma, comme les Italiens l’ont fait avec Mussolini en 1945. »

La lettre fait également référence au « gouvernement Tsolakoglou », le premier gouvernement collaborationniste, pendant l’occupation allemande. Certains manifestants dénoncent régulièrement « l’occupation de la troïka » en la comparant à l’occupation nazie. Une affiche placée sur le cyprès accusait : « la junte des prêteurs l’a assassiné », assimilant le Fonds monétaire international, la Commission européenne et la Banque centrale européenne au régime des colonels qui a plongé le pays dans la dictature de 1967 à 1974.

Environ un millier de personnes a afflué sur les lieux du drame en début de soirée. Au pied d’un cyprès, elles ont déposé des bouquets de fleurs et des dizaines de messages appelant notamment « au soulèvement du peuple ».

La plupart des manifestants, silencieux et émus, refusaient de parler aux médias mais certains scandaient le mot « Assassins ». « Soulevez-vous, son sort sera le sort de nous tous », « Que cette mort soit la dernière de citoyens innocents. J’espère que les prochaines victimes seront les politiciens traîtres », pouvait-on lire sur les notes déposées par les Athéniens. La police a bouclé l’avenue longeant le Parlement.



Vendredi 6 Avril 2012 à 05:00 | Lu 2310 fois I 9 <http://www.marianne2.fr/Grecs-l-UE-est-en-train-de-nous-tuer-_a216828.html?com#comments> commentaire(s)
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Au lendemain du suicide d’un homme de 77 ans à Athènes, Panagiotis Grigoriou décrit l’atmosphère qui règne dans les rues de la ville. Selon notre blogueur associé, l’indignation a laissé place à l’envie de se venger.

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(Sur la place de la Constitution, à Athènes, où un septuagénaire s’est suicidé mercredi – Thanassis Stavrakis/AP/SIPA)


« Le gouvernement d’occupation de Tsolakoglou [1] a littéralement anéanti tous mes moyens de subsistance, qui consistaient en une retraite digne, pour laquelle j’ai cotisé pendant trente-cinq ans (sans aucune contribution de l’Etat). Mon âge ne me permet plus d’entreprendre une action individuelle plus radicale (même si je n’exclus pas que si un grec prenait une kalachnikov, je n’aurais pas été le dernier à suivre), je ne trouve plus d’autres solutions qu’une mort digne, ou sinon, faire les poubelles pour me nourrir. Je crois qu’un jour les jeunes sans avenir prendront les armes et iront pendre les traîtres du peuple, sur la place Syntagma, comme l’ont fait en 1945 les Italiens pour Mussolini, sur la Piazzale Loreto, à Milan », a écrit le pharmacien âgé de 77 ans, avant de mettre fin à ses jours sur une pelouse de la place Syntagma, mercredi.

Rapidement, durant toute la journée du 4 avril, la nouvelle du suicide sur la place de la Constitution a fait son chemin. Hormis les médias, la rue fut un vecteur essentiel de la nouvelle et surtout de sa portée. Car c’est précisément ce vecteur essentiel qui est créateur de lien politique.

De bouches à oreilles et en mouvement perpétuel. Dans la rue et en plein air, fertilisant les idées et formant les consciences. C’est ainsi que nous avons pris connaissance de sa dernière lettre, tout comme nous avons appris que ces dernières vingt-quatre heures, cinq autres personnes ont « opté » pour le suicide en Grèce. Inlassablement, et de la même manière, « virements automatiques définitifs », imposés par le régime bancocrate. Le dernier suicide connu, tard dans la soirée de ce 4 avril, fut celui d’un homme de 38 ans en Crète, un albanais vivant et travaillant chez nous depuis longtemps, père de deux enfants, chômeur de longue durée. Il s’est jeté du balcon de son domicile.

A Athènes, c’est à partir de midi que le suicide du matin a pris de l’ampleur dans le syllogisme collectif. Dans un bistrot du centre ville, un jeune homme s’est montré gêné, car « le malheureux aurait pu se suicider chez lui ». Aussitôt, une femme a répliqué en rappelant « que cet acte, est d’abord un acte politique, au-delà de son aspect tragique, car cet homme s’est suicidé pour nous et pour nous faire réagir, sur cette même place des manifestations, devant le Parlement ». Le jeune homme a compris.

J’ai senti la portée de cet acte se transformer en fait politique majeur au fil des heures. A midi déjà, des gens étaient sur place. Puis, dans l’après midi et vers le soir, des centaines de personnes redevenaient des témoins actifs du temps présent. Des manifestants lycéens et étudiants se sont rendus devant le monument du soldat inconnu (entre la place et le Parlement), tandis qu’au même moment, les premières compagnies de MAT (CRS) se précipitèrent sur la place.

Au pied du cyprès, des anonymes ont déposé des bouquets de fleurs, des cierges et des dizaines de messages manuscrits appelant notamment « au soulèvement du peuple » : « soulevez-vous, son sort sera le sort de nous tous », « salopards gouvernants, un jour nous vous suiciderons » , « le sang du peuple va vous noyer », «  la liberté ou la mort », « vengeance » , pouvait-on lire sur ces messages écrits, le maître-mot n’étant plus « l’indignation » mais « la vengeance ».

Le soir la place s’est remplie davantage. Notre police prétorienne, œuvrant pour les occupants, intérieurs et extérieurs, a chargé comme d’habitude. Parmi les citoyens passés à tabac par les policiers, il y avait une jeune journaliste de la chaine ANT-1. Puis, il y a eu des interpellations, et tout cet usage de la chimie habituelle. Alchimies encore, du régime bancocrate. Les politiciens ont peur de la rue et nous le savons. Dans l’air du temps, il y a aussi les élections, d’ailleurs toujours hypothétiques, enfermant pourtant les représentations des partis de gauche dans un carcan tristement étriqué. Un vieil homme que j’ai rencontré sur la place vers 21 heures, alors très ému, les larmes aux yeux, s’est adressé à un groupe de jeunes ainsi : « Pour une révolution, il faut du sang, prenez les armes et tuez-les.»

Ce jeudi matin sur la place Syntagma, il y avait encore l’odeur de la chimie policière mais aussi celle de la vie, la nôtre. Nous étions là, autour du cyprès, porteur désormais de nos messages et surtout du sien : « Ce n’est pas un suicide, c’est un assassinat politique. » Puis ce nouveau graffiti sur le marbre : « Le nom du mort devait être Papandréou, le nom du mort devait être Samaras, le nom du mort devait être Karatzaferis… »

Par la radio (real-FM), on apprend qu’hier également une retraitée a mis fin à ses jours en Italie. « Je ne pouvais plus vivre d’une retraite ainsi amputée », fut son ultime message.

Décidément, les messages ultimes de ce genre se multiplient à travers la zone euro. Notre pharmacien étant un enfant des temps de l’occupation et de la famine de 1941, il a bien détecté l’odeur de l’époque et le mauvais vent. L’occupation revient, et pas seulement dans les stéréotypes. Peu importe si c’est autrement. L’éditorialiste Trangas (real-FM) tient Madame Merkel pour responsable de cette nouvelle mauvaise Europe. Mais sur la place Syntagma, on pense que c’est plutôt l’Union européenne qu’il faut briser. « Eh Grecs, l’UE est en train de nous tuer », a crié un homme devant le cyprès.

Les membres d’une équipe de documentaristes venus d’Allemagne se sont confié, il y a quelques jours, à un de mes amis : « Cette Europe est morte, elle fait du mal à tout le monde. » C’est dommage, je n’ai pas pu les rencontrer.

Jeudi midi, Athènes sous une pluie fine, douceur.

[1] Le général Georgios Tsolakoglou, signataire de l’armistice avec les forces allemandes, fut le premier chef du gouvernement grec sous l’Occupation, nommé par les nazis. Un poste occupé du 30 avril 1941 au 2 décembre 1942. Son nom en Grèce est synonyme de « collaborateur ».

Retrouvez Panagiotis Grigoriou sur son blog <http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/04/le-nom-du-mort.html> .

Jeunesse à crédit : Sarkozy propose de livrer les jeunes aux banques et à leurs subprimes

Dans son discours aux jeunes de l’UMP à la porte de Versailles, le 31 mars, Nicolas Sarkozy, annonçait qu’il créerait une « banque de la jeunesse » s’il était élu.

Il cherchait ainsi à répondre à la proposition de François Hollande de mettre en place une allocation d’études et de formation, sous conditions de ressources. Le but de cette allocation est de répondre aux besoins d’autonomie des jeunes et leur permettre de continuer leurs études sans être obligés d’occuper un emploi salarié.

Mais la proposition de Nicolas Sarkozy, sous prétexte de refuser l’ « assistanat » consiste à livrer la jeunesse aux banques.

Ce qu’il propose aux jeunes c’est de financer leurs études avec des prêts bancaires, pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois « sans conditions de ressources et cumulables avec les bourses ».

Aucune « banque de la jeunesse » ne serait créée. Il s’agit de l’habituel effet d’annonce de Sarkozy. Seul serait mis en place un système de caution destiné à garantir une partie du remboursement des prêts bancaires. En 2008, Valérie Pécresse avait déjà proposé une mesure de la même espèce : un prêt étudiant garanti à 70 % par l’Etat, avec un montant maximal de 15 000 euros et la possibilité d’un remboursement différé. L’objectif fixé par Valérie Pécresse était de 40 000 prêts fin 2009. Les étudiants ne s’étaient pas précipités pour autant : fin 2011, seuls 27 000 prêts avaient été signés.

Le prêt proposé par Sarkozy devrait être remboursé lorsque les jeunes auraient un travail. La caution apportée par l’Etat ne changerait rien à l’affaire. Elle ne serait que partielle et, surtout, une caution qui a remboursé un prêt à la place de l’emprunteur a toujours la possibilité de se retourner contre ce dernier et d’exiger, à son tour, d’être remboursée. Un boulet au pied à traîner, de toute façon, pendant une dizaine d’années.

L’entourage de Sarkozy affirme que les remboursements seraient « modulables » et qu’en-dessous de 1,3 Smic par mois, le remboursement ne devrait pas excéder 7 euros par mois. C’est un mensonge de plus. A ce rythme là, il faudrait 215 ans pour rembourser un prêt qui auraient permis de disposer de 500 euros par mois pendant 3 ans !

Ce que propose Sarkozy c’est de livrer les jeunes de notre pays aux banques, comme le sont aujourd’hui les jeunes Américains. Selon la Réserve fédérale des Etats-Unis, la dette des étudiants américains s’élève à 1 000 milliards de dollars (750 milliards d’euros, plus du tiers du PIB de la France en 2012 !). En 2007, cette dette s’élevait à 500 milliards d’euros. Elle s’élèvera à 1 400 milliards d’euros en 2020. Ce n’est pas 7 euros ou 10 dollars par mois que ces jeunes doivent rembourser une fois qu’ils ont trouvé un travail mais 20 % (en moyenne) de leurs salaires mensuels.

Cette fuite en avant dans le crédit est de la même veine que celle qui avait provoqué la crise des « subprime » aux Etats-Unis. Sarkozy est, décidément, incapable de tirer la moindre leçon de la crise 2007-2008.

 

Jean-Jacques Chavigné

L’instrumentalisation de la tragédie de Montauban et Toulouse par Sarkozy

La tragédie atroce de Toulouse et de Montauban a coûté la vie à quatre jeunes hommes et à trois petits enfants. Un autre jeune homme, grièvement blessé, reste entre la vie et la mort.

Des petits enfants tués, on le vit dans notre chair. On a leur regard dans le nôtre. L’image d’un tueur psychopathe qui appuie la gâchette sur la tempe d’un enfant, on ne veut la voir nulle part, encore moins diffusée sans fin à la télé. Ça n’a ni vertu réparatrice ni vertu éducative. Que police et justice fassent leur boulot et répriment, au nom de la société, ce crime odieux !

On méprise tous le meurtrier illuminé, âgé seulement de 23 ans qui a fait ça, en délirant qu’il a « mis la France à genoux » : le rejet massif est instantané et immédiat. À peine si le commentaire d’une telle image est permis.

Mais ce n’est pas un commentaire, ni une éducation ni même une analyse qu’on a subi. Le candidat président sortant s’en est emparé jusqu’à la nausée. Il est allé jusqu’à imposer dans toutes les écoles « une minute de silence » traumatisante pour des centaines de milliers d’autres enfants. C’est une vaste offensive médiatique, heure par heure, minute par minute, image par image, qui a transformé le drame en téléréalité et qui visait à exploiter le filon pour tenter de faciliter ostensiblement la réélection du candidat sortant, cultivant jusqu’à plus soif le rôle du pacificateur, protecteur de l’ordre public national.

Le dit candidat-président est même allé jusqu’à se rendre lui-même, longuement, à cent mètres du lieu où le forcené était reclus. Il a annoncé qu’il allait faire une déclaration télévisée sitôt que celui-ci se serait rendu. Il a piétiné, patienté, « parlé aux voisins », traîné jusqu’à se mettre en retard pour les obsèques des victimes militaires, tellement, il cherchait l’occasion médiatique « d’être là » lorsque la photo de l’arrestation pourrait être prise.

François Hollande et le Parti socialiste se sont comportés, devant cette tragédie, avec toute la retenue nécessaire, tout le respect dû aux victimes de ce drame et à leur famille. Prenant le même avion que Dupont-Aignan, Le Pen, pour se rendre à Toulouse puis Montauban, aux obsèques des trois militaires tués, François Hollande a dû subir un protocole, un « placement » selon le tirage au sort effectué par le Conseil constitutionnel, tandis que le « président » sortant se donnait un rôle surjoué de maître des cérémonies.

Sept morts dont trois enfants, un blessé grave, le tueur qui ne pourra pas rendre de compte à la justice : un « succès »?

Un « succès » ? Comment la droite ose-t-elle se servir de ce mot à propos d’une opération qui n’a pas empêché le tueur de frapper à trois reprises, à quatre jours d’intervalle à chaque fois ? Comment parler de succès alors que sept personnes, dont trois enfants de 3 à 8 ans, ont été massacrées ? Comment parler de « succès » alors que le tueur n’a pu être traduit devant la justice ? Comment parler de « succès » alors que Alain Juppé lui-même estime, certes avec précaution, qu’il faudrait peut-être faire « la clarté » sur une possible « faille » du renseignement et précise « Je comprends qu’on puisse se poser la question de savoir s’il y a une faille ou pas ».

Comment ne pas s’interroger sur l’absence de suivi de Mohamed Merah, repéré par les services de renseignement depuis son séjour en Afghanistan et qui pu, malgré cela, constituer un véritable arsenal d’armes de guerre ? Comment ne pas s’interroger sur le temps mis à localiser le tueur après le premier assassinat de Toulouse et la tuerie de Montauban ? Comment ne pas s’interroger sur l’échec de l’arrestation de ce tueur ? La réponse de Nicolas Sarkozy  « Circulez ! Il n’y a rien à voir ! » est inacceptable. Seule une commission d’enquête parlementaire indépendante du pouvoir actuel permettrait de faire toute la lumière sur la réalité des dysfonctionnements dans l’organisation et les méthodes de services utilisés comme un véritable domaine réservé du président Sarkozy.
La théâtralisation de l’action de Nicolas Sarkozy

La théâtralisation, cette omniprésence de l’action du président-candidat, n’a rien à voir avec une quelconque recherche d’efficacité. Elle a tout à voir, au contraire, avec une récupération que résume admirablement le titre cynique d’un article d’Arnaud Leparmentier dans le Monde du 21 mars 2012 : « Tuerie de Toulouse : le candidat Sarkozy se prépare à engranger le succès du président ».

Lorsque Nicolas Sarkozy osait déclarer devant les enfants d’une école parisienne « ça s’est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives, mais ça aurait pu se passer ici. Il aurait pu y avoir le même assassin, ces enfants sont exactement comme vous », il semblait oublier, comme le soulignait Cécile Duflot, que le rôle d’un adulte est de protéger, pas d’angoisser les enfants. En réalité, bien au-delà de ces enfants rendus inquiets, effrayés, c’était avant tout aux électeurs du candidat Sarkozy que le président s’adressait.

Quand le président Sarkozy attendait, à Toulouse, la reddition du tueur afin de pouvoir se montrer au moment propice devant les caméras de télévision, cela n’aidait en rien l’efficacité de la police. Que faisait-il sur place avec son ministre de l’Intérieur Guéant ? Cela n’avait qu’une fonction : permettre au candidat Sarkozy d’engranger « le succès » du Président. Tout l’épisode a été mis en scène avec soin par les communicants, calculé au millimètre, et les actions de la police, de la justice semblaient être soumises au tempo des médias plus qu’aux exigences de la réalité.

Pareille confusion des rôles entre président et candidat est inacceptable, contraire à la démocratie la plus élémentaire. Elle appellerait sans doute une modification de la Constitution qui permettrait, par exemple, au président du Sénat d’assurer l’intérim lorsqu’un président en exercice postulerait à sa réélection.

L’instrumentalisation de la tragédie par la droite

Ils en ont fait argument politique de tout bois. Alain Juppé a utilisé la tragédie de Toulouse et Montauban pour essayer de tacler François Hollande qui veut, à juste titre, hâter le retour des troupes françaises d’Afghanistan. Juppé cherche à justifier cette intervention en évitant surtout de répondre aux questions essentielles : que fait l’armée française à jouer les supplétifs dans une guerre menée par les Etats-Unis avant tout pour défendre leurs intérêts énergétiques ? Comment justifier que l’intervention de l’OTAN soit faite au nom de la « démocratie » mais se résume à soutenir le régime corrompu jusqu’à la moelle d’Hamid Karzaï ? Comment justifier une occupation par les armées de l’OTAN qui est devenue aussi impopulaire que celle des Soviétiques dans les années 1980 et qui aboutit à l’inverse de son objectif proclamé en livrant lentement mais sûrement l’Afghanistan aux Talibans ?

La droite et les médias qui soutiennent Nicolas Sarkozy ont tenté de refaire ce qui leur avait si bien réussi à la présidentielle de 2002 (la photographie d’un vieil homme au visage tuméfié passant en boucle sur les chaînes de télévision) en mettant en scène de façon obsessionnelle la violence dans la campagne présidentielle.

L’arsenal législatif que propose, dans la foulée, Nicolas Sarkozy, pour lutter contre le terrorisme n’a qu’une fonction : gagner des voix. Ça sent la récupération à plein nez. De l’avis de nombreux juristes et spécialistes des questions de sécurité, les dispositions qu’il propose sont soit inapplicables soit déjà existantes. Il s’agit, comme à chaque fois, d’activer les peurs, de refuser de prendre le moindre recul et de légiférer en fonction de l’événement dans le seul but de gagner les voix des électeurs qu’il dispute à Marine Le Pen. Le Syndicat de la Magistrature dénonce cette posture : « Ce drame vient à peine de s’achever et nous sommes déjà dans le temps de l’annonce politique »

Le Front National, après sa grande peur, laisse éclater sa haine

Le 21 mars, Marine Le Pen exigeait des « salauds », c’est-à-dire, pour elle, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou et SOS Racisme, qu’ils présentent leurs excuses pour avoir osé suggérer que le tueur aurait pu avoir quelques rapports avec l’idéologie du Front National.

Le 19 mars, pourtant, Marine Le Pen faisait preuve de beaucoup moins d’arrogance. Avec des mots aussi inédits dans ses discours que « compassion » ou  «  solidarité », elle allait jusqu’à affirmer : « Il n’y a plus de droite, il n’y a plus de gauche, il y a des parents qui sont horrifiés».

Comment expliquer le contraste entre ces deux déclarations si ce n’est par l’intense panique qui s’était emparée de la direction du Front National, entre le 19 et le 21 mars, à l’idée que le tueur puisse être un néo-nazi ? Le souvenir de l’assassinat de 77 adolescents membres des jeunesses socialistes norvégiennes en juillet 2011 par un tueur néo-nazi se déclarant, non pas musulman, mais « à 100% chrétien », Andreas Breivik, avait, reconnaissons-le, de quoi donner des sueurs froides à la direction de l’organisation lepéniste.

Il est vrai que les trois militaires assassinés avaient des noms à consonance maghrébine, qu’un quatrième, blessé grièvement, était Antillais et que le professeur et les trois enfants assassinés étaient Juifs. Le plus probable était donc que le tueur était soit un néo-nazi (hypothèse un moment avancée par les médias), soit un extrémiste se réclamant de l’Islam.

Andreas Breivik, pendant dix ans, avait été adhérent du « Parti du Progrès » norvégien, une organisation proche de l’idéologie du Front national. On peut comprendre, dans ces conditions, la terrible angoisse des dirigeants du Front National. Mais comment ne pas être révolté d’entendre, aujourd’hui, ces mêmes individus se poser en donneurs de leçons en matière de lutte contre le terrorisme ?

Éviter qu’un drame aussi atroce puisse se répéter

Sarkozy prétend que mettre en cause les institutions ou la société à propos de la tragédie de Toulouse et de Montauban serait « indigne ».

Toutes les questions, au contraire, doivent être posées librement dans le débat public, non pas pour chercher une quelconque « excuse » à Mohamed Merah mais bien pour éviter qu’un drame aussi atroce puisse se répéter.

Il ne s’agit pas d’un commando de terroristes venu d’Arabie Saoudite comme le 11 septembre 2001 à Manhattan mais d’un jeune Français, né et ayant vécu l’essentiel de sa vie en France. Il serait donc irresponsable, comme veut l’imposer Sarkozy, de ne pas s’interroger sur la ghettoïsation des quartiers et des banlieues, sur le chômage qui frappe plus de 50 % de leurs jeunes habitants, sur la désertion des services publics, sur l’école qui ne permet pas de s’en sortir, sur les discriminations à l’embauche, sur la désespérance de tant de jeunes. Il ne s’agit en rien de faire de Mohamed Merah une « victime de la société » qui n’aurait pas eu à répondre de ses actes. Il s’agit, simplement, de tenter de déterminer les causes sociales qui pourraient nourrir de telles dérives, de tels délires et d’agir pour les éradiquer.

C’est en allant vers plus de république comme le propose François Hollande et en particulier vers le retour de la République et de ses services publics (la Poste, l’hôpital public, la police de proximité…) dans les banlieues et les quartiers qu’il sera possible de commencer à remédier à dix ans de politique d’abandon de la droite.

C’est aussi en refusant toute forme de communautarisme et en affirmant avec force la nécessité de la laïcité, telle que l’entendait la loi de 1905. Celle que l’actuel président de la République a bafoué aussitôt élu, en 2007.

L’éditorial du Figaro du 22 mars se permettait, en dépit de toute vraisemblance, de dénoncer « ce communautarisme que la gauche encense » alors que le Parti socialiste a toujours combattu le communautarisme au nom de la citoyenneté et de la laïcité. C’est une accusation à front renversé. Car sans doute l’éditorialiste du Figaro avait-il oublié l’allocution de Nicolas Sarkozy à l’occasion de l’ouverture de la XVème conférence des Ambassadeurs, le 27 août 2007. Allocution dans laquelle il reprenait l’idée nauséabonde du « choc des civilisations » si chère à Georges W. Bush, en déclarant notamment : « La menace d’une confrontation entre l’Islam et l’Occident, nous aurions tort d’en sous-estimer la possibilité ».

Sans doute l’éditorialiste du journal de Serge Dassault avait-il aussi oublié ce que proclamait Nicolas Sarkozy, dans son discours de Latran, le 20 décembre 2007 : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

Nicolas Sarkozy ose se présenter en « rassembleur »

L’homme qui voulait nettoyer les banlieues au karcher, qui stigmatisait les Rroms, qui menaçait à Grenoble les « Français d’origine étrangère », qui affirmait que la première préoccupation des Français était la « viande halal », qui a passé son quinquennat à dresser les habitants de notre pays les uns contre les autres afin de pouvoir gouverner au profit des 1 % des Français les plus riches, ose maintenant se présenter en rassembleur de tous, quelles que soient leurs croyances ou leurs origines !

Comment oublier, pourtant, que son actuel ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, affirmait hier que « toutes les civilisations ne se valent pas » et associait immigration et délinquance ? Comment oublier, également, que le ministre de l’Intérieur qui l’avait précédé, Brice Hortefeux, avait été condamné en première instance pour « injures raciales » et que Nicolas Sarkozy ne l’a jamais désavoué ?

Après le président des riches devenu le « candidat du peuple », après le destructeur de l’emploi industriel devenu le « candidat des ouvriers », Nicolas Sarkozy continue ses métamorphoses à répétition et devient le « candidat protecteur ». Cette ultime métamorphose de Nicolas Sarkozy qui vise à le présenter comme « au-dessus des partis » a un unique objectif : lui éviter de tirer le moindre bilan de son quinquennat et d’avoir à défendre un projet qu’il n’a toujours pas dévoilé.

Personne ne peut faire abstraction des événements tragiques de Toulouse et Montauban. Ils ne constituent pas une simple parenthèse dans la campagne électorale. Ils doivent être pris en compte et permettre, notamment, de mettre en évidence le fiasco complet de ce qui était pourtant le cheval de bataille du candidat-président : sa politique sécuritaire. Mais ils ne peuvent, à eux-seuls, résumer les enjeux de l’élection présidentielle. Un ultime hommage aux victimes de Toulouse et de Montauban exigerait, au contraire, que le débat démocratique puisse, enfin, avoir lieu et que la République reste la plus forte, qu’on ne manipule pas pareil drame pour tenter de faire oublier les réels enjeux : le chômage de masse, la misère, la précarité, les inégalités sociales.

Jean-Jacques Chavigné / Gérard Filoche


 

 

Pourquoi, dis, tu votes Hollande ?

Bonjour Monsieur Filoche,
Après avoir lu votre texte et les réponses que vous apportez aux différents intervenants, j’aurais quelques questions :

Bonsoir
voici mes réponses une par une

Vous écrivez : « Jean-Luc Mélenchon a réussi à cristalliser toute une sensibilité de la gauche que François Hollande n’arrive pas à fédérer » Vous êtes-vous demandé pourquoi ?

Réponse GF : – Parce que la campagne de François Hollande n’est pas assez à gauche, pas assez ferme sur les grandes questions sociales 35 60 1700 20, trop pressionnée par la violence du social libéralisme, l’establishment, (même s’il est davantage » jospiniste » que « 3e voie » et tant mieux, en son temps le gouvernement Jospin était le plus à gauche d’Europe, il y avait une « cagnotte publique », 3 % de chômeurs en moins, les 35 h,… ) Je voudrais lui conseiller de parler des droits des salariés, du code du travail, de la précarité, de la lutte centrale contre le chômage de masse, des salaires, des 35 h, de la retraite sans décote… il y a des millions de voix, là qui attendent parmi les salariés entre 900 euros et 1500 euros.  N’empêche, je fais tout de toutes mes forces pour qu’il soit en tête le 22 avril et gagne le 6 mai.

Vous écrivez : « des millions d’électeurs socialistes vont voter Hollande tout en pensant depuis longtemps ce que Mélenchon dit aujourd’hui… » Pourquoi ces millions d’électeurs seraient-ils inconséquents ?

Réponse GF : – Ils ne sont pas du tout inconséquents, ils ont raison, ils pensent qu’avec Sarkozy ils auront 45, 70, 1000, et 600 smics. Avec la gauche on n’a pas tout ce qu’on veut, mais avec la droite on a tout ce qu’on ne veut pas. Ils y perdront leur 5e semaine de congés payés et le statut d’emploi de la fonction publique. Ils préfèrent donc quand même Hollande avec 35 timide, 60 limité, 1200 ou 1300 et une tranche à 75 %. Ils savent parce qu’ils sont réalistes : que SEUL Hollande peut gagner. Ils sont matérialistes. Normaux. Et savent qu’ils ont plus de chances ensuite avec Hollande pour obtenir davantage ce qu’ils veulent qu’avec Sarkozy. Les 40 h et les congés payés n’étaient pas dans le programme du Front populaire… et pourtant… Vous avez été syndicaliste ?

Vous écrivez : « jour après jour j’essaie de peser partout par tous les moyens comme je peux, comme ON peut, D&S, pour faire que François Hollande fasse la meilleure campagne possible. » Quels sont, à l’heure actuelle, les résultats tangibles de votre ”poids” ?

Réponse GF : – Difficile à apprécier, mais on fait le taf, tous nos réseaux travaillent, distribuent sur les marchés, collent, nous faisons des « notes », des meetings, des articles chaque jour, des débats, des mels, des téléphones privés, des RV, des tweets, j’ai fais perso 29 réunions, je fais le tour de France, ça remonte, on travaille, on a de bons retours et cela signifie que ça compense les autres pressions inverses type Valls, Cahuzac… des soirs je suis content parce qu il y a des bons signes, d’autres soirs, ce soir, à cause de Toulouse, je suis inquiet (pas de la concurrence avec le FdG ca ne me soucie pas, non, j’ai peur qu’on perdre TOUS !)

Vous écrivez : « Sarkozy est plus dangereux que Le Pen à nos yeux », est-ce la raison pour laquelle le PS laisse le FdG aller seul au charbon contre le FN ?

Réponse GF :  – Oui, je n’ai jamais partagé les approches de Mélenchon (même quand on était ensemble dans la GS) qui voulait « interdire » par la loi le FN… Sarkozy est pire (= Thatcher et Reagan qui ont embrassé le National Front et généré les Tea party). Le capitalisme français veut Sarkozy et se sert de le Pen comme aiguillon. Mais UMP = FN en pire car ce sont eux qui ont le pouvoir, font le mal et Sarkozy est capable en plus s ‘il le faut de s’allier demain avec le FN ! Sarkozy est le pire président de la VE République, le plus pervers, le plus corrompu, le plus anti social, le plus cynique ami de 1 % les riches du Fouquet’s, capable de manipuler jusqu’à la téléréalité se rendant à 100 m du sinistre meurtrier de Toulouse mercredi a-m dans l’espoir d’être là et de faire une déclaration s’il se rendait. Pouah !

Vous écrivez : « Qu’il y ait 10, ou 11, 12 % et plus pour la candidature FdG c’est excellent […] ça nous aide [...] à minoriser les Valls (5 % seulement aux primaires) et Cie qui veulent l’alliance en priorité avec le Modem. » Pourquoi Valls est-il porte-parole de campagne de François Hollande ?

Réponse GF : – C’est un vrai problème ! Le plus gros. Valls dessert Hollande. Il n’a eu que 5 % des voix aux primaires, c’est vous dire si ses propos droitiers sont appréciés. Cahuzac aussi. Parlez en autour de vous. Et l’autre jour sur France inter Michel Sapin ne fut vraiment pas bon (cf article de Ph. Cohen) Les médias de droite les préfèrent à nous, à D&S. Hollande doit croire bon, à ce jour, de prendre quelqu’un comme ça. L’establishment voit les choses ainsi. C’est plus présentable. J’ai la vanité de penser que si Hollande m’invitait à agir d’une façon ou d’une autre à ses côtés, il gagnerait un million de voix… mais il ne le sait pas, il ne le croit pas et son entourage actuel s’y opposerait farouchement… Faut qu’on bosse encore plus !

Et ma dernière question : à votre avis, pourquoi Jean-Luc Mélenchon a-t-il « déserté » (j’ose espérer que le terme a dépassé votre pensée) la gauche socialiste, le 6 novembre 2008  ?

Réponse GF : – Non non l’expression correspond à mon/notre vécu, on l’a vu comme ça. C’est dommage, 59 % des électeurs socialistes ont vote « non » au TCE. Il y a eu 18,5 % des voix pour la gauche socialiste à Reims. Le travail fait si longtemps par la Gauche socialiste, avec D&S, pouvait fructifier. Qu’en dire ? Il devait se sentir usé à tenter de gravir la montagne, il a préféré monter sur la colline à côté.

question subsidiaire : Préférer un vote par défaut à un vote d’adhésion (quoi que dans le secret de l’isoloir…), c’est perdre ses convictions à l’entrée du bureau de vote et ne pas s’étonner de ne pas les retrouver à la sortie.

Réponse GF : – vous êtes bien électoraliste… pas moi. In fine je ne crois qu’en un rapport de force social. Cette élection présidentielle est antidémocratique par nature, (elles le sont toutes dans la Ve République, mais celle la mille fois plus que les autres) elle n’a JAMAIS été un vote « d’adhésion », même en 1981 pour Mitterrand. Elle fonctionne de manière binaire, par rejet. Regardez le cirque qui s’est passé aujourd’hui, la téléréalité sarkozienne exploitant outrageusement à chaud éhontément les meurtres de Toulouse, c’est fait pour empêcher les votes de « conviction » comme vous dites..

Réponse subsidiaire de ma part : – GF : enfin une chose qui m’inquiète, c’est le « gauchisme » (au sens léniniste) de nombreux novices du PG qui devraient mieux se préparer à l’unité pour le soir du 22 avril jusqu’au 6 mai

bien à vous, GF

D&S n°193, 20e année, Mars 2012 24 p. 3 euros, est paru

Je profite de la sortie de ce numéro de D&S 193 mars en plein campagne électorale pour en dire un mot aux lecteurs de ce blog : « Vous savez, il y a une formidable équipe collective qui anime cette revue mensuelle pour la 20e année. Le « Je » – GF – n’est pas tout seul : regardez « l’ours » de la revue D&S, le site, regardez les noms de l’équipe, des jeunes, des syndicalistes, regardez leurs articles, leurs engagements militants anciens et constants…  Les commentateurs qui interviennent sur ce blog, doivent aussi noter qu’ils parlent à un courant au delà de ma personne. On va fêter le n° 200 en décembre et on vous invitera, mais sachez que nous sommes une sensibilité active et dévouée du Parti socialiste, la Gauche socialiste. Notre revue en incarne la praxis, la « théorie appliquée » : d’un numéro à l’autre chaque mois, (et les historiens pourront le vérifier) nous défendons à la fois l’action syndicale, la lutte sociale, un programme de transformation sociale, une bataille pour ancrer le PS à gauche et une farouche volonté d’unifier TOUTE la gauche. Sur le site, le blog, sur facebook, sur tweet, par mel, par livres, par réunions publiques, par les médias (quand ils veulent bien nous inviter) et par la revue mensuelle papier D&S nous nous donnons le maximum de moyens de diffuser nos idées, de dialoguer, de débattre. Nous sentons que ce travail politique, théorique et pratique, paie et les témoignages de soutien s’amplifient. Mais in fine, cela se compte en abonnés : c’est dur de « relancer » pour toute revue, mais il faut le faire, nous le faisons, abonnez vous. Et il y a « Les amis de D&S », vous pouvez participer, adhérer, nous sommes ouverts, accueillants, nous avons besoin de vous. Fin juin, le week-end du 23 juin, on tiendra une réunion nationale élargie pour tirer les leçons des élections et préparez la suite, à l’automne, on fera un grand rassemblement national, écrivez nous, envoyez votre abonnements, mel, téléphone, pour vous être informés et associés ».


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  • Sommaire :
  • en une : « Chasser Sarkozy »
  • P.2 : Informations diverses agenda.
  • P. 3 : édito : Avec François Hollande 22 avril et 6 mai
  • P. 4 à 7  : Les métamorphoses de Sarkozy
  • P. 7 et 8 : Les « perles » de Villepinte
  • P. 9 à 12 : Ils n’ont pas « sauvé », ils ont pillé la Grèce
  • P. 13 : 4 mesures importantes de F. Hollande
  • P. 14 : Quand JL Mélenchon « reprend la Bastille »
  • P. 15 : La droite a adopté le MES
  • P. 16 et 17 : Moratoire pour l’amiante
  • P. 18 et 19 : Egalité salariale femmes/hommes
  • We Want sex equality
  • P. 20 et 21 : 7 jours en Palestine
  • P. 22 et 23 : Palestine le statut de la terre.
  • P. 24 : Livres « D&S » « Dette indigne » et « CERES »

Quand Jean-Luc Mélenchon « reprend la Bastille »

C’est la première fois, en pleine campagne électorale, qu’un candidat osait appeler à une manifestation de rue. Et ce fut une belle réussite : plusieurs dizaines de milliers de sympathisants, sans doute plus de 100 000 personnes ont défilé dimanche 18 mars entre Nation et Bastille.

Deux fois plus de participants qu’à Villepinte le dimanche précédent, malgré tout l’argent dépensé par l’UMP et malgré la pluie car, dimanche il y avait toutes les raisons de scander « Le temps est pourri, le gouvernement aussi ! »

Le centre de gravité de la gauche se déplace à gauche

La manifestation de dimanche va pousser la gauche plus à gauche et c’est tant mieux. Elle va aider à mettre les questions sociales au centre du débat de la présidentielle et c’est tant mieux. 35 h réelles, 60 ans sans décote, smic à 1700 euros, pas de revenu > à 20 Smic.

Comme le souligne Hervé Gattegno, rédacteur en chef du « Point » sur les ondes de RMC, à l’adresse des gens de droite : « Ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy et les siens trouvent subitement toutes les qualités du monde à Jean-Luc Mélenchon qu’il est forcément leur allié »

Bien au contraire car Jean-Luc Mélenchon a réussi à cristalliser toute une sensibilité de la gauche que François Hollande n’arrive pas à fédérer.

Bien au contraire, car cette manifestation fait barrage à la volonté de Nicolas Sarkozy d’abaisser le plus qu’il le peut le niveau de la campagne pour nourrir l’abstention.

C’est  la première leçon à tirer de ce dimanche 18 mars.

Une seule gauche

C’était évident et c’est sans doute la deuxième leçon à tirer de cette manifestation réussie. Tous les commentaires des médias l’attestent : la manifestation du 18 mars mêlait des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ( les plus nombreux) et des électeurs de François Hollande, heureux de voir leurs idées « reprendre » la Bastille.

Benoît Hamon le constatait justement : « C’est poreux entre les différentes formations de gauche ». Tous les sondages d’opinion le confirment puisque 90 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon déclarent qu’ils voteront François Hollande au second tour.

Il n’y a pas de concurrence entre « deux gauches » mais complémentarité entre toutes les sensibilités de la gauche pour battre Sarkozy. Affirmer le contraire serait prendre le risque de diviser la gauche et d’entraver la dynamique de victoire au second tour. Face à ce que signifierait la victoire de Sarkozy, pour l’emploi, les salaires, la santé, le droit de grève, l’école…nous sommes tous (PS, FG, Ecologistes, NPA, LO) dans le même camp. Chaque composante de la gauche contribue à la victoire finale

Le meilleur des programmes ne servirait à rien sans la victoire commune. Cette victoire permettra au contraire de faire avancer, en reprenant la Bastille à chaque fois qu’il le faudra, toutes les revendications dans lesquelles 80 % des électeurs de gauche se reconnaissent : VIème République, 35 heures, retraite à 60 ans, Smic à 1700 euros par mois…

En 1936, le Front populaire n’avait dans son programme ni les congés payés, ni la semaine de 40 heures, ni les conventions collectives. Mais c’est la victoire du Front Populaire qui a permis la mobilisation du salariat, la grève générale et amené la majorité de gauche à voter toutes ces mesures.

Rien n’est joué

L’élection présidentielle est l’élection clef de la Vème République. Chacun sait qu’elle déterminera la couleur de la vague qui suivra aux élections législatives : rose-rouge-verte ou bleue. Nous n’avons pas choisi ce cadre, il nous est imposé par la constitution de la Vème République.

Mais le danger d’un nouveau 21 avril n’est pas écarté. En 2002, Jean-Marie Le Pen atteignait 17 % des suffrages exprimés au premier tour alors qu’il culminait à 12 % dans tous les sondages 10 jours plus tôt. C’est parfaitement compréhensible, 30 % des électeurs prennent leur décision dans ces derniers 10 jours. Ce sont souvent les moins politisés, les plus enclins à voter pour le Front National. Marine Le Pen est aujourd’hui aux alentours de 17 % à cinq semaines du 1er tour. Si elle progressait dans les mêmes proportions que son père en 2002, elle se situerait à 24 % le 22 avril. François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen se retrouveraient alors dans la même fourchette de 23 ou 24 %. Un vrai cauchemar. Bien sûr, cela n’a rien d’inéluctable. Mais qui pourrait accepter de courir ce risque ?

Il est important, ensuite, que François Hollande soit en tête au 1er tour. L’argument qui voudrait que cela n’ait pas d’importance sous prétexte que François Mitterrand soit arrivé second en 1981 et Lionel Jospin en tête en 1995, ne tient pas la route. C’est faire abstraction de l’image de « gagnant » dont bénéficie Sarkozy auprès des gens de droite. Casser cette image et étouffer dans l’œuf la dynamique de sa campagne de second tour est un enjeu déterminant du 1er tour de la présidentielle.

Sarkozy n’est pas encore battu. Le seul candidat de gauche capable de le battre, c’est François Hollande. Pour nous, socialistes animateurs de la revue Démocratie&Socialisme, il est important que dès le premier tour une forte dynamique se créée autour du candidat socialiste pour assurer sa victoire, avec toute la gauche,  au second.

Jean-Jacques Chavigné/ Gérard Filoche pour D&S n° 193, 20e année, mars 2012, parution imminente -  Abonnez-vous à la revue D&S  « Pour ancrer à gauche le Parti socialiste » 30 euros = 10 numéros de 24 p

Un mensonge de plus de Sarkozy : la Grèce n’est pas “sauvée”

Le plan de sauvetage des banques privées
La réalité est très loin des images d’Epinal qui nous présentent le « plan de sauvetage de la Grèce » comme un exercice d’équilibre entre les sacrifices « consentis » par le peuple grec et les « sacrifices » des banques. Les sacrifices ne sont nullement « consentis » par le peuple grec qui multiplie grèves et manifestations. Les « sacrifices » des banques ne sont en rien des sacrifices. La Grèce est loin d’être sortie d’affaire, au contraire. Quant à la crise de la dette publique européenne elle resurgit maintenant sous d’autres formes, tout aussi dangereuses.

Le « sacrifice » des banques
Les créanciers privés et les banques qui sont les principales créancières privées de la Grèce se sont-ils « sacrifiés », comme le proclament à grands renforts de violons plaintifs la quasi-totalité des médias, en « effaçant » 53,5 % de leurs créances, c’est-à-dire 107 milliards d’euros ?

Il suffit pour répondre à cette question d’imaginer ce qui serait advenu en cas d’impossibilité pour la Grèce de rembourser ses créanciers. La Grèce n’aurait pas obtenu les 130 milliards d’euros versés par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le FMI. Elle n’aurait donc pas pu faire face au remboursement de ses obligations arrivées à échéance (14,5 milliards d’euros à la fin du mois de mars). La panique aurait gagné les marchés financiers et se serait immédiatement étendue aux titres des dettes publiques italiennes et espagnoles qui représentent un total de près de 3 000 euros en grande partie détenus par les banques et les assurances de l’Union européenne.

C’est donc pour sauver leurs créances de près de 3 000 milliards d’euros et leur propre peau (une crise bancaire aurait immédiatement suivi ce défaut grec), que les banques et les assurances européennes ont accepté de « perdre » 106 milliards d’euros.

Ensuite, sur les 130 milliards soi-disant versés par le FESF et le FMI pour « aider la Grèce », 25 milliards d’euros seront aussitôt utilisés à recapitaliser les banques grecques et retourneront donc aux banques.

Ensuite, la valeur des obligations grecques n’avaient plus rien à voir avec leur valeur d’émission. Une obligation de 100 euros lors de son émission (sa valeur faciale) ne valait plus sur le marché secondaire (la bourse) que 10 euros dans le meilleur des cas. Les nouvelles obligations reçues par les banques et les assurances en contrepartie de leurs anciennes obligations auront une valeur de 46,5 % de la valeur faciale des anciennes obligations. Soit une valeur de 46,5 euros pour une obligation de 100 euros qui ne valait plus que 10 euros sur le marché boursier. Un cadeau, donc, de 36,5 euros par obligation de 100 euros pour les banques !

Ensuite, les banques pourront faire jouer les assurances, les fameux CDS (Credit Default Swap) qu’elles avaient prises sur la dette publique grecque. Certes, d’autres banques devront cracher au bassinet les 3,2 milliards d’euros concernés mais se sont essentiellement des banques anglo-saxonnes, Morgan Stanley notamment.

Les banques et les assurances européennes s’étaient de toute façon déjà défaussées d’une bonne partie des titres de la dette publique grecque qu’elles avaient acquises aux dépens de la Banque centrale européenne (BCE) et du FESF. Un nouveau transfert, d’une rare discrétion, des dettes privées vers les dettes publiques, après celui de 2008-2009.

Les banques européennes avaient investi en titre de la dette publique grecque une partie des centaines de milliards d’euros que la Réserve fédérale américaine et la BCE leur avait fourni à taux zéro lors de la crise bancaire de 2008. Grâce à ce plan de sauvetage, elles auront sauvé l’essentiel de leurs fonds malgré l’échec de leur spéculation. Ce sera aux peuples européens de payer la facture puisque les dettes de la BCE et du FESF sont garanties par les Etats de l’Union européenne.

Les Grecs ne bénéficieront pas de l’ « aide » de l’UE et du FMI
L’argent sera versé sur un compte bloqué comme l’avait exigé Merkozy. Les sommes ne seront débloquées que pour recapitaliser les banques ou payer les créanciers de la dette grecque au fur et à mesure de leur arrivée à échéance.

Les Grecs ne verront donc pas la couleur d’un seul euro des 130 milliards d’euros de l’UE et du FMI, comme cela avait déjà été le cas pour le précédent prêt de 110 milliards. Ce plan de sauvetage n’est pas un plan de sauvetage de la Grèce, bien au contraire puisqu’il l’enfonce encore plus dans la récession et la misère sociale. C’est uniquement un plan de sauvetage des banques.

La dette publique grecque ne diminuera pas
La dette grecque s’élève à 365 milliards d’euro, c’est-à-dire à 160 % d’un PIB de 328 milliards d’euros fin 2011.

Merkozy et la finance annoncent qu’avec les « sacrifices » des banques et le prêt de 130 milliard d’euros, la dette grecque ne devrait plus s’élever qu’à 120 % du PIB de la Grèce en 2020. Pourquoi en 2020 ? Tout simplement parce que le prêt de 130 milliards du FESF et du FMI viendra s’ajouter à la dette publique actuelle de la Grèce. 106 milliards en moins et 130 milliards en plus, cela signifie à court terme une dette accrue de 24 milliards d’euros !

La Troïka (BCE, UE, FMI) prévoit pour arriver à une dette grecque de 120 % du PIB en 2020 une croissance de 1,1 % en 2012 et de 4 % par an ensuite. Ce scénario illustre parfaitement l’incroyable aveuglement de la Troïka. En 2011, le PIB de la Grèce a diminué de 6 %. Cela devrait être encore pire en 2012 et on ne voit pas comment la situation pourrait s’améliorer entre 2013 et 2020. Ce que la Troïka est incapable de comprendre c’est que les plans de destruction sociale imposée à la Grèce ont massacré sa consommation intérieure et que la généralisation de l’ « austérité » à l’ensemble de l’Europe détruisent ses débouchés extérieurs.

Il faudra bien, tôt ou tard, se rendre à l’évidence, la Grèce est insolvable, elle ne pourra jamais rembourser sa dette. La seule solution pour elle est d’annuler sa dette publique et d’éjecter de son sol les hommes en noir de la Troïka avec leurs plans de destruction sociale.

La démocratie grecque pulvérisée
La formule employée par le ministre de l’économie grec, Evángelos Venizélos, illustre parfaitement ce qu’il en est, aujourd’hui, de la démocratie grecque. Ce triste personnage s’est félicité d’une participation « massive » des créanciers grecs qui constitue « un vote de confiance » de ces créanciers. Voilà le seul « vote » qui compte pour le gouvernement grec actuel. Il faut dire que Venizélos, venus dans les bagages de Papademos doit son poste actuel de ministre aux marchés financiers qui avaient imposé ce nouveau gouvernement dit d’ « union nationale » après que Papandréou ait osé (pas longtemps, hélas) s’opposer à Merkozy en annonçant un référendum.

Les sommes versées par le FESF et le FMI le seront sur un compte bloqué, contrôlé par la Troïka. Les nouvelles obligations émises par la Grèce seront soumises au droit anglais pour rendre plus difficile une restructuration ou une annulation de la dette grecque.

La Troïka siège en permanence à Athènes et se substitue de plus en plus au gouvernement et à l’Etat grec. Cela ne suffit pas à Merkel qui veut, de nouveau, imposer à la Grèce la présence d’un commissaire européen chargé d’administrer la Grèce.

La Troïka a exigé, avant les élections législatives, que les dirigeants des « partis de gouvernement » signe un document les obligeant à ne rien changer aux engagements pris par le gouvernement de Papadémos. Une façon évidente d’annoncer que ses élections ne serviront à rien, que le suffrage universel n’a plus aucune valeur.

Les élections législatives sont sans cesse repoussées. Elles devaient avoir lieu en février, le gouvernement parle maintenant de mai ou de juin. Il faut dire que les sondages donnent 40 % des suffrages aux partis de gauche qui refusent les plans de destruction sociale. Le PASOK, déjà affaibli par le refus courageux de 22 de ses députés de voter la dernier plan de destruction sociale, n’obtiendrait plus que 10 % des voix alors qu’il avait recueilli 44 % des suffrages en 2009.

La politique des oligarques européens est une quadruple catastrophe
Une catastrophe démocratique comme nous  venons de le voir. Une catastrophe sociale avec les plans de destruction sociale à répétition imposés au peuple grec. Une catastrophe économique puisque ces plans plongent la Grèce dans une récession de plus en plus profonde.

Une catastrophe financière, enfin, puisque le déficit public de la Grèce s’accroît chaque année de 6 ou 7 %, contrairement aux objectifs des oligarques européens. Selon le dernier rapport de la Troïka, la Grèce pourrait revenir sur les marchés financiers en 2015. C’est complètement farfelu. Il faudrait pour cela que les marchés financiers exigent de la Grèce des taux de l’ordre de 5 % pour acquérir les obligations qu’elle émettrait afin de rembourser les titres de sa dette publique arrivés à échéance. Cela n’a aucun rapport avec la réalité : le taux de rendement des obligations grecques exigé par la finance est aujourd’hui supérieur à  34 % sur le marché secondaire (la bourse). L’hebdomadaire allemand « Der Spiegel » du 4 mars affirmait que la Troïka, dans une première version de son rapport, avait écrit que ce retour de la Grèce sur les marchés financiers était loin d’être évident et que les besoins en financement de ce pays pourraient alors atteindre 50 milliards d’euros entre 2013 et 2020. Ce passage, selon « Der Spiegel », avait été retiré à la demande du gouvernement allemand.

La crise de la dette publique européenne est, hélas, loin d’être terminée
Sarkozy, à l’issue du sommet européen de Bruxelles, le vendredi 2 mars proclamait : « nous ne sommes pas sortis de la crise économique mais nous sommes en train de tourner la page de la crise financière ». Il n’avait toujours pas compris qu’il y avait un rapport étroit entre crise financière et crise économique. Sous prétexte de répondre à la crise financière en réduisant les déficits à marche forcée, les « plans de rigueur » imposés aux pays européens plongent leurs économies dans la récession. La récession, à son tour, empêche toute réduction des déficits publics et accroît la crise financière.

Pour sortir de ce cercle vicieux, les oligarques européens veulent imposer des « réformes de structure ». Ainsi, en Espagne, au nom de la lutte contre le chômage, le chef du gouvernement, Mariano Rajoy entend-il imposer une réforme du marché du travail qui passe par une suppression de toute entrave aux licenciements, une durée de stage avant titularisation passant de six mois à un an. La meilleure recette pour encore augmenter le chômage et accentuer la récession de l’avis des syndicats espagnols (UGT et CCOO) qui appellent à une nouvelle grève générale le 29 mars prochain. En attendant, la Commission européenne « attend des explication » et envoie ses « inspecteurs » à Madrid.

Sarkozy veut nous faire croire que le répit relatif que connaissent aujourd’hui les taux d’intérêts de l’Espagne et de l’Italie (5 à 6 % au lieu de 6 à 7 %) serait dû au pacte Merkozy. C’est entièrement faux, ce pacte aboutit exactement à l’effet inverse en enfonçant encore plus l’Europe dans la récession.

Le répit donné à ces deux pays a une seule origine, les 1 018 milliards d’euros prêtés aux banques européennes par la BCE au taux de 1 % : 489 milliards en décembre 2011et 539 milliards en mars 2012. Les banques (en particulier italiennes et espagnoles) utilisent les fonds qu’elles ont obtenus aux guichets de la BCE pour acheter des titres des dettes publiques espagnoles et grecques et faire baisser leurs taux de rendement. Mais la BCE aura du mal à renouveler ce type de crédit car les marchés financiers commencent (à juste titre) à s’inquiéter de l’addiction des banques à ce type de crédit. Et peut-être aussi les peuples espagnols et italiens commenceront-ils à se poser la question de savoir pourquoi les banques prêtent à l’Espagne et à l’Italie à des taux supérieurs à 5 % alors qu’elles obtiennent cet argent au taux de 1 % auprès de la BCE ?

A peine signé, le traité Merkozy ne peut déjà plus s’appliquer
A peine le pacte budgétaire était-il signé (et non ratifié), le 2 mars, par 25 pays européens,  que les Pays-Bas et l’Espagne annonçaient qu’ils ne pourraient pas l’appliquer.

Le pays le plus acharné à imposer la « règle d’or » du pacte budgétaire de Merkozy, les Pays-Bas, annonçait que son déficit public atteindrait 4,5 % du PIB en 2012 et 4,1 % en 2013. Très loin des 3 % auxquels le gouvernement des Pays-Bas s’était engagé.

Le chef du gouvernement conservateur de l’Espagne annonçait, lui aussi, qu’il ne pourrait tenir les objectifs fixés par le traité Merkozy. Le  déficit public s’élevait à 8,51 % du PIB espagnol en 2001 et Mariano Rajoy ne voyait pas comment il pourrait atteindre les objectifs de 4,4 % en 2012 et de 3 % en 2013.

Les malheurs des oligarques européens ne s’arrêtent pas là. Les marchés financiers semblent maintenant comprendre (à la différence de Sarkozy) que, sans croissance économique, la détention des titres de la dette publique portugaise sera de plus en plus risquée. Et comme les prévisions de croissance négative au Portugal dépassent les 5 % en 2012, le taux de rendement des obligations portugaises à 10 ans atteignent maintenant 12,45 %. Ce qui rend illusoire la possibilité d’un retour du Portugal sur les marchés financiers en 2014. Il ne restera plus alors au Portugal que deux solutions : faire défaut de sa dette ou demander un nouveau prêt à la Troïka. Le Portugal apparaît donc maintenant comme le nouveau maillon faible de l’Union européenne.

Pire que tout, pour les oligarques européens, la démocratie qu’ils veulent à tout prix mettre au pas leur fait obstacle dans trois pays européens.

L’Irlande où l’annonce d’un référendum sur le traité Merkzoy leur à fait l’effet d’une douche glacée.

La France où l’élection présidentielle pose un gros problème à Merkozy dans la mesure où l’élection de François Hollande signifierait la disparition de la moitié de ce duo de droite et la volonté du nouveau gouvernement français de renégocier le traité.

L’Allemagne elle-même, enfin, puisque sa constitution exige une majorité des 2/3 pour ratifier le traité européen alors qu’une partie de la coalition de droite refuse le traité (pour ne pas « aider » ces horribles Grecs) et que le SPD et les Verts posent leurs conditions à ce vote : l’adjonction d’un volet destiné à assurer la croissance économique.

Gérard Filoche
Jean-Jacques Chavigné

Le plan de Merkozy et de la finance
Ce plan comprend trois volets :

Premier volet : un prêt de 130 milliards d’euros à la Grèce financé par le FESF (112 milliards d’euros) et le FMI (18 milliards d’euros). L’octroi de ce prêt est conditionné à la réalisation des deux autres volets.

Deuxième volet : un abandon de créances de 107 milliards d’euros par les créanciers privés de la Grèce (banques, assurances, fonds spéculatifs…)

Les créanciers privés de la dette publique grecque détiennent des titres de cette dette pour un montant de 206 milliards.

Les créanciers privés qui détiennent 83, 5 % du montant total de ces titres (172 milliards d’euros) ont « volontairement » accepté de diminuer leurs créances de 53,5 %. Un titre qui valait 100 euros lors de son émission (sa valeur faciale) ne vaudra plus que 46,5 euros.

Le parlement grec a ensuite décidé d’actionner la « clause d’action collective » et tous les créanciers privés des obligations grecques régies par le droit grec verront la valeur faciale des obligations de l’Etat grec qu’ils détiennent diminuée de 53,5 %. Cela concerne au total 95,7 % des 206 milliards d’euros, soit 107 milliards d’euros.

En contrepartie de leurs anciennes obligations, les créanciers privés recevront des obligations émises par le FESF pour 15 % de la valeur initiale de leurs obligations et de nouvelles obligations grecques pour 31,5 %. Les 53,5 % restant seront « perdus ».

Troisième volet : un nouveau plan de destruction sociale infligé au peuple Grec. Ce plan (voir D&S de janvier 2012), la pire agression qu’un peuple européen ait eu à subir en temps de paix depuis des siècles, a été voté, en février 2012, par un Parlement grec assiégé par le peuple grec.

29 conférences sur la dette, ici à Tulle, en vidéo

La Dette expliquée par Gérard Filoche (1/4)
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Xavier Bertrand refuse un moratoire pour les chantiers de désamiantage et met en jeu des milliers de vies humaines

C’est un nouveau scandale comme vous allez le découvrir.  La presse (que nous alertons depuis deux mois) se refuse à en parler (le « hallal » est tellement plus intéressant que la vie de milliers d’ouvriers du bâtiment et le droit du travail…)

Mais voilà, il y a un NOUVEAU scandale de l’amiante. Plus grave que par le passé. Et moins excusable car on sait tout.

Les dirigeants actuels, Xavier Bertrand et le DGT Jean-Denis Combrexelle, le savent officiellement depuis le 23 novembre 2011.

Ils ont, dans une circulaire, dés cette date, reconnu un risque « d’une ampleur inattendue ».

En fait ils le savaient depuis une étude de l’INRS en 2010.
Celle-ci a été rendue tout à fait publique en août 2011. Cliquez pour lire la suite »

8 mars 2012 : l’égalité professionnelle salariale femmes hommes : comment ?

Pourquoi n’y a t il que 7 % de femmes parmi les cadres supérieurs ? Parce que les femmes accouchent. La sélection se fait là.

Ensuite, elles gagnent de moins 20 à moins 27 % de salaire que les hommes en moyenne

Comment protéger les femmes lors de leurs congés maternité ?  Trois mesures :

1° ) Le Code du travail prévoit qu’elles retrouvent à leur retour de congé maternité un poste « identique » ou « similaire ». Supprimer le mot « similaire »

2°) À leur retour de congé maternité, les femmes doivent bénéficier d’une protection et ne pouvoir être licenciées pendant 18 mois sans autorisation préalable de l’inspection du travail.

3°) Lorsqu’une femme se plaint à la suite de ses conges maternité de ne pas retrouver ses fonctions, ses éléments de salaires, son déroulement de carrière, sa plainte fait foi jusqu’à preuve du contraire apportée par l’employeur.

Comment imposer l’égalité salariale femmes/hommes ? En organisant un système direct, clair, rapide, transparent de sanctions financières et pénales. En quatre mesures :

1°) Toutes les entreprises de plus de 50 salariés (actuellement de plus de 300) soient contraintes de faire des bilans comparatifs annuels et sincères des salaires hommes femmes à travail égal et qualifications égales.

2°)  Dans toutes les entreprises, les syndicats concernés, les conseillers du salarié, les institutions représentatives du personnel, l’inspection du travail qui constatent l’inégalité salariale peuvent saisir le juge en référé et celui-ci pourra imposer des astreintes financières jusqu’à réalisation effective de l’égalité salariale.

3°) Dans les entreprises de plus de 1000 salariés (qui font travailler 3,5 millions de salariés et produisent 48 % du PIB), un accord devra être signé avec les syndicats pour l’égalité salariale femmes – hommes et déposé d’ici au 1er janvier de l’année suivant sous peine d’une astreinte de  1% de la masse salariale. L’accord devra être mis en œuvre au plus tard un an après sa signature sous peine d’une astreinte égale à 2 % de la masse salariale.

4°) Dans toute passation de marché, toute sous-traitance, toute utilisation de CDD ou d’intérim, le principe de l’égalité salariale femmes-hommes devra être respecté sous peine de sanctions pénales. Cliquez pour lire la suite »