Je fais l’objet d’assauts sur mon blog, sur le site, à la limite du harcèlement pour dénoncer ma volonté, celle de D&S, de poursuivre le combat historique de la Gauche socialiste en appelant à voter François Hollande. Parfois j’ai envie de leur dire « arrêtez, consacrez vous plutôt à convaincre quelques des 15, 16, ou 17 millions d’électeurs de droite de ne pas voter Sarkozy »… Mais in fine, je résiste fort bien, j’ai confiance, je sais qu’à la fin c’est moi qui les convaincrais de voter Hollande ne serait ce que le 6 mai, sinon dés le 22 avril).
J’ai aussi reçu du courrier de Gilbert : – « Voter avec Hollande pour qu’il gouverne avec Bayrou ? Non merci. Peu de temps après, ce sera une droite encore plus dure que celle de Sarkozy qui reviendra. Si, si, c’est possible. Le parti frère grec des « socialistes » gouverne bien avec l’extrême droite. Le seul vote utile, c’est celui pour ses idées. Dans « Les Ritals », François Cavanna racontait que son père lui disait (en substance) : « il faut voter le plus rouge possible au premier tour de l’élection. Ce sera suffisamment rose par la suite »... m’écrit Gilbert qui ne veut jamais entendre parler de voter socialiste, ni de front uni. Il a raison sur une partie de ce qu’il dit : que Papandréou et Papademos, le PASOK gouvernent avec le LAOS ( = FN = Le Pen là bas) c’est intolérable… C’était comme quand Schroder gouvernait avec Merkel (c’était l’unité nationale dont rêvent Bayrou – et Cahuzac ? - une sale politique, ça a donné les pires lois anti sociales)
Il est triste et désespéré Gilbert, inlassablement il m’ »accuse » d’être au PS, il me tourmente chaque jour sur internet, il me reproche, me met au pied du mur parce que je suis un militant socialiste sincère, parce que je suis au PS, parce que je veux 20 millions d’électeurs pour François Hollande les 22 avril et 6 mai…
Relisons-le : « Si si, c’est possible »… même Hitler peut revenir ? Je partage ta désolation, Gilbert, à cette idée…
Mais on n’en a pas les prémices à ce jour. Fort heureusement on en est encore loin. Rien de comparable dans les situations de 1933 et de 2013. La pire menace aujourd’hui c’est Sarkozy-Reagan-Thatcher. C’est déjà la droite la plus dure qu’on ait eu. Ce n’est pas Hilter-Le Pen. La pire menace en 2012, c’est les banksters, pas les SA/SS. Et puis en 1935 les fascistes étaient 600 000 à défiler dans Paris en chemises brunes, et en ordre militaire. De quoi avoir peur ! Heureusement, à côté, les Le Pen sont des schmolldus : aujourd’hui quand il y a 8 millions de manifestants en France, ils se planquent sous la table, en 2010 nul ne les a vu dans la rue. La Le Pen réunit quelques centaines de vieilles barbes ou de tondus devant Jeanne d’Arc ou dans un banquet poussif, c’est tout et pour le reste, elle n’a pas de réseau et dépend des grands médias sarkoystes.
Pour Gilbert, face à cette éventuelle menace « le seul vote utile », ce n’est pas un large front antifasciste, non, il ne veut « voter que pour ses idées »…. Même si elles font 1%, 2 %, 3%, 6 ou 8 % ?
T’es sûr, Gilbert, que d’une part, une « droite plus dure » et le fascisme menacent et que d’autre part c’est l’heure d’un vote minoritaire « pour les idées » coûte que coûte ? T’es sûr qu’un vote PS rapprocherait l’heure du fascisme, même dans sa version schmolldu vieux schnock Le Pen ? T’es sûr que ca serait « plus dur que Sarkozy » ? Tu ne crois pas que c’est Sarkozy qui fait le boulot de Le Pen ? T’es sûr que ce n’est pas Sarkozy qui est capable de prendre Le Pen dans son gouvernement (comme Berlusconi avec Fini) et que sans Sarkozy, Le Pen n’y arriverait jamais ? Et tu préfères ne pas voter Hollande à ce jour parce que ça fait courir le risque d’une « droite encore plus dure » qui arriverait… demain ?
En 1933, les staliniens allemands attaquaient les meetings de sociaux démocrates qu’ils appelaient « sociaux fascistes » par une porte tandis que les nazis les attaquaient par une autre porte (Lire : Ian Valtin « sans patrie ni frontière » ) : Staline qui pensait que l’avènement d’Hitler hâterait la révolution socialiste en Allemagne, (sic) avait décrété que les pires ennemis à écraser d’abord étaient les « sociaux-fascistes » parce qu’ils faisaient écran, qu’ils empêchaient la lutte finale contre les nazis… Ils ont voté pour leurs seules idées, ils n’ont pas voté les uns pour les autres, entre socialistes et communistes, et résultat, dans la triangulaire, Hitler est passé sans avoir la majorité…
Gilbert n’est donc pas pour l’unité, il est pour défendre SES idées. « Le seul vote utile c’est pour ses idées ».
Oui, moi aussi, d’ailleurs. Mais comment ? Parce qu’on peut voter Hollande en pensant que c’est pour faire gagner ses idées…
Je ne fais moi même jamais de compromis sur mes idées, on me le reproche assez, je défends les 60 ans sans décote. 35 60 1700 20… au PS, certains voudraient que mes idées, celles de D&S, soient minoritaires, ils préfèrent Valls ou Cahuzac.
Au fait quelles idées ? Je suis pour une hausse massive des salaires. Un Smic à 1700. Martine Aubry avait fini par préciser un Smic à 1650 euros dans les primaires. OU commence le compromis ?
Gilbert me demande d’arrêter de capituler. Il ne veut pas entendre mes arguments, que c’est une élection binaire, pas démocratique, faut pas avoir trop d’illusions, ni être trop électoraliste avec la « présidentielle » c’est un scrutin fait pour qu’on ne puisse justement pas voter sur le fond, ni sur le programme, elle ne sert qu’à éliminer l’autre, alors servons nous en pour chasser ce pourri de Sarkozy, ensuite on sera dans une meilleure dynamique pour LUTTER tous ensemble…
Non, Gilbert exige, même au risque de perdre, que je vote désormais que pour un candidat sur le fond… entièrement, entièrement. A 100 % « rouge » comme disait le NPA. Un vote « pur » ou rien.
Pas à 99 % rouge. Non, car à 99%… pas question. Un gars qui ne défend qu’à 99 % mes idées, pas question de voter pour lui. Ni pour un gars qui les défend à 50 %. Même si ce gars est le seul à pouvoir gagner contre mon ennemi lequel est à 100 % contre mes idées…
Et s’il y en a un, Hollande, qui ne veut augmenter le Smic qu’à 1500 euros je devrais, selon Gilbert, voter contre. On « ne vote que pour ses idées » Sinon on rosit, hein ? Même si Sarkozy lui, ré élu, on le sait, c’est le Smic qu’il supprimera…
L’important pour Gilbert c’est de voter pour un programme pur – même s’il reste au placard.
Mon beau père, Marcel Le Toullec, au chemin des Dames, congres de Tours, bête humaine SNCF machine à vapeur, PCF, résistant, me disait aussi en 1962 « - sois le plus rouge possible, pas comme les radicaux qui sont rouges dehors et blanc dedans », il a démissionné du PCF en 1964 quand j’ai été exclu (pour maoisme ! les bureaucrates de la fédé PCF 76 en face de moi ne savaient pas la différence avec le trotskisme, même à l’UEC, ils savaient mal, bon allez c’est du passé tout ça, il y a prescription, je me suis réconcilié depuis avec Claude Mazauric, et j’écris de bon coeur dans l’Humanité Dimanche chaque semaine),
Moi je suis content quand Jean Luc Mélenchon réussit une bonne émission à la télé, je regarde, j’admire l’artiste, je me dis que j’aurais dit « comme cela » ou « plutôt comme cela », mais je me réjouis au nom de TOUTE la gauche quand il est bon. Pareil quand il réunit 6000 personnes à Nantes c’est un bon signe pour TOUTE la gauche. Unité ! Bon, quand il parle des Dalton cela me fait rire, surtout quand il dit que « le plus petit est le plus méchant et la plus grande est la plus bête ». Mais ils sont quatre et il met Hollande dans les Dalton, ça j’aime moins. Je préfère quand il dit « je n’ai pas d’ennemi à gauche seulement des concurrents ». Sur le fond, en fait, les Dalton, c’est moyen, car je sais qu’Olivier Besancenot disait : » Je n’appelle pas à voter, c’est au PS de convaincre mes électeurs » et je n’étais pas d’accord, il faut un désistement républicain, un vote de classe, réciproque, inconditionnel au sein de la gauche pour battre la droite. Dés 1979, je rouspétais et luttais parce que Krivine et Laguillier dénonçaient la « bande des quatre » ( RPR, UDF, PS, PCF) j’essayais déjà de séparer la droite RPR UDF de la gauche PS PCF. Et de construire une front unique de la gauche contre la droite… Je sais aussi que je ne suis pas d’accord quand Jean Luc Mélenchon dit « je ne participerais qu’à un gouvernement que je dirigerais ». Ca, par contre, c’est pas bon. Il faut au contraire qu’il participe, qu’il EXIGE un gouvernement unitaire rouge, rose, vert… sur une bonne plateforme, 35 60, 1700, 20 par exemple. Le débat sur le « front unique » est un débat depuis 40 ans, ceux qui se trompent s’y brûlent.
Au fait pourquoi je raconte cela ?
Je reviens de la réunion contre la « dette » à Reuilly Paris 12 e, (gros succès, 1000 personnes) ou le CADTM, Plenel Médiapart organise avec Attac Copernic une brillante réunion… sans avoir invité complétement la gauche du PS…
Gilbert, t’as lu mon livre « Dette indigne » ? Les idées te plaisent ? A 100 % ? A 50 % ?
En marge de cette réunion, un mec, la soixantaine, remonté, m’a vivement agressé » – Qu’est ce que tu fous au PS » ? Il faut voter pour tes idées ! Il défendait Mélenchon…
« A quoi tu sers au PS ? » m’a t il demandé ce matin. Ca m’est venu comme une bonne blague et j’ai répondu : « - La première bonne chose que j’ai faite en arrivant au PS, j’ai servi à convaincre Mélenchon de renoncer à Maastricht, ca a pris deux ans, ça a été très dur, on a failli éclater à Brioude, où on étaient réunis tous ensemble, mais on y est arrivé, on a fait un texte pédagogique « Tourner la page de Maastricht » qu’il a fini par signer, pas mal hein ? On a eu la majorité absolue des militants du PS, 52 % des voix à la convention de février 1996 pour ce texte de la gauche socialiste… »
ça ne le convainquait pas. J’ai failli lui parler de notre rôle au sein du PS sur les 35 h, le TCE, le CPE, la campagne des retraites à 60 ans… mais j’ai voulu aller trop vite, trop rapide et trop sûr de moi : « - Allez, tu voteras bien Hollande le 6 mai ». Il m’a dit « - Jamais ». Ca m’a fâché. Je lui ai dis « - Là, ça ne va pas, l’abstention, tu le sais, fait le jeu de Sarkozy ! »
Il est entré en colère féroce : « - Ah ça suffit le vote utile »
Je lui ai dis « - Ce n’est pas le vote utile dont il est question, moi je ne parle jamais de vote utile, je parle de vote de classe.. je parle du 6 mai. Classe contre classe, on ne peut pas s’abstenir » !
- « Je ne voterais jamais Hollande ni au 1er ni au 2e tour » me répond-il violemment. Là je lui ai dis qu’il me mettait en colère et qu’on arrêtait la discussion. Terminé ! ça va quoi, patient je suis, mais il y a des limites…
Il revient et me demande : « - Mais si c’est Sarkozy Le Pen au 2 e tour qu’est-ce que tu votes ? » Je réponds : « - Je ne vote pas dans ce cas là ». ( Je n’ai pas appelé à voter Chirac en 2002, je ne suis pas DSK)
Il me dit « - Moi je vote Le Pen, je chamboule tout »
On n’avait plus rien de commun. C’était un ennemi. Hitler peut revenir, il a chamboulé tout en Allemagne après tout, c’est avec des cons comme ça, en effet.
On était devant une vingtaine de personnes à écouter ce dialogue à la réunion sur la Dette où je vendais mon livre… on est resté bouche béée.
Je crie : Unité, unité, unité de toute la gauche, arrêtez les ravages ! Partout ! A gauche et à gauche unie ! sinon on va perdre le 6 mai.