Polariser et gagner à gauche avec une union Hamon Jadot Laurent Mélenchon, sinon désastre le 23 avril à 20 h

L’heure n’est pas à réduire la voilure mais à la redéployer au maximum.

Il y a 5 ans à peine, en 2012, en plus de la présidentielle, la gauche avait tout gagné, comme jamais dans l’histoire : elle dirigeait 2 villes sur 3, 61 départements sur 100, 20 régions sur 22, la majorité absolue à l’assemblée nationale, elle était majoritaire pour la 1° fois depuis 200 ans au Sénat.

Sur le plan politique, elle disposait de tous les moyens pour mettre la finance au pas, redistribuer  les richesses accaparées, réduire le chômage de masse et faire repartir le pays en avant. Jamais la France n’avait été aussi riche et les richesses aussi mal redistribuées. L’austérité paralysait la relance. Les inégalités paralysaient l’économie.

 

Mais hélas, ce fut le choix d’Hollande d’aider la finance au lieu de la combattre, et il a frappé le travail, son électorat, au lieu de frapper l’oligarchie pillarde.

La France qui était de gauche massivement, s’est sentie profondément trahie.

Les politiques des gouvernements Hollande Valls Macron ont accru le chômage de 1,3 million de plus. Elles ont creusé la dette prétendue de 86 % à 98 % du Pib. Ils ont donné 41 milliards au CAC 40 et au Medef au lieu de les investir dans l‘économie. La finance a fait le choix de spéculer plutôt que d’embaucher.  L’austérité a étranglé nos services publics, nos équipements, nos hôpitaux nos écoles nos transports collectifs, nos aides sociales, notre justice et notre police.

Le bilan de ce quinquennat a été tellement lamentable que le président élu sortant a renoncé à le défendre et que des deux co-responsables, l’un, Valls a été battu, et l’autre, Macron a choisi la droite libérale.

Une majorité de gauche a pourtant fait surgir une solution régénératrice, en donnant une majorité à la gauche socialiste lors des primaires des 22 et 29 janvier. Le candidat, Benoit Hamon, défend, depuis, un programme de gauche conséquent. Il défend l’abrogation de la loi El Khomri. Il défend une politique anti-austérité et propose de batailler pour changer l’Union européenne catastrophiquement libérale.

Benoit Hamon s’est proposé de rassembler la gauche pour assure la victoire : les sondeurs expliquent qu’avec un seul candidat de gauche celui ci est en tète devant le Pen et la bat au 2° tour. Avec deux candidats de gauche, non unis, la gauche n’apparait pas au second tour, et on aura le choix entre Macron et le Pen.

Or le danger est réel, la politique de Macron pave la route de Le Pen.

le plus court chemin pour aller à Le Pen c’est de passer par Macron.

Voter Macron c’est voter pour un barrage de plume à la montée de la boue Le Pen.

Dans la politique anti sociale, Macron est même plus à droite que Le Pen : il propose un hold up massif, géant de toutes les cotisations sociales, des salaires bruts, jusque là payés par le capital, les actionnaires, et de les faire payer par els salariés eux mêmes à travers l’impôt.

Macron est un prédicateur de type évangéliste, une créature trouble de la banque et du Medef, un hologramme du quinquennat sortant, un faiseur de chômage de masse, un casseur de droits sociaux,  un collecteur de dividendes, protecteur de paradis sociaux. Dans chaque chapitre de son programme il est l’ennemi du salariat, de la gauche

Que ceux qui ont conduit un quinquennat catastrophique, osent revenir (re) parler contre le vote massif du 29 janvier,  saboter la campagne de la gauche, et appeler à voter à droite (« UDF » dit Cambadelis) pour Macron au lieu de soutenir la gauche, est proprement scandaleux.

Ils ont été incapables de défendre une politique de gauche, ils s’immolent ou se vendent, déboussolés ou cyniques, effondrés idéologiquement, soumis devant une des plus spectaculaires créatures de la finance.

Macron : d’où vient l’argent ? Le scandale est là aussi : avec le Pen et Fillon, Macron, c’est le trio des candidats du fric.

Que des Delanoë, Le Foll, Collomb, Ferrand, Castaner, Bartolone, Braouzec se jettent dans les bras du nouveau Tapie, du favori des milliardaires des médias, est une honte, une capitulation.

Mais s’ils osent le faire, c’est aussi parce que la gauche n’a pas encore fait ce qu’il fallait pour son unité. A cause de la division entre deux candidats principaux estimés entre 11 et 16 % des voix, les cyniques et les désespérés croient le moment venu de renoncer à leur camp, leurs valeurs, leur histoire, et à tout avenir social.

Cela augmente les obligations d’union de la gauche, c’est la seule issue la seule alternative.

Cela vient d’être prouvé en moins d’un mois, ca ne marche pas séparément, aucun des deux ne se dégagera assez pour gagner,

il n’est pas trop tard, c’est nécessaire, il faut  s’unir maintenant, sur un programme commun de gouvernement, pour un gouvernement Hamon, Jadot, Laurent, Mélenchon, et une majorité législative construite sur cette base.

 

 

 

 

 

8 mars 1917 : centenaire de la révolution russe, les femmes font tomber le tsar

Extrait de « la révolution russe racontée aux enfants » Gérard Filoche 2017

La Russie, on disait « l’Empire russe », avait connu un  essor démographique énorme : il était passé de 74 millions dʼhabitants en 1860, à 133 en 1900 et à plus de 158,5 millions en 1913.

La guerre a provoqué  3 311 000 morts et 4 950 000 blessés militaires. Plus que chacun des autres participants à cette guerre. Il faut bien lire ce chiffre et le méditer : 7,3 millions de victimes pour la seule Russie.

Au total 73,3 millions d’hommes de tous pays ont participé à la guerre. Mais il y a eu 18 millions de russes.

Je vous donne tous ces chiffres parce qu’ils expliquent fondamentalement la révolution qui va survenir en février et octobre 1917.

Cette guerre a été une telle saignée, un tel carnage, que le peuple russe ne l’a pas supporté. Au début, en 14, comme partout des millions de paysans russes y ont été entrainés, puis en 1915 ils en ont souffert et la défaite a commence, en 1916 les révoltes commençaient dans l’armée et en 1917 tout a explosé, l’exigence de la paix immédiate s’est fait jour, le tsar a été renversé et tout a commencé

Comment le peuple se soulève le 8 mars dans la Russie tsariste ?

La révolution éclate lorsque tous les antagonismes sociaux ont atteint leur extrême tension. Quand ceux d’en haut ne peuvent plus gouverner comme avant, Quand ceux d’en bas n’acceptent plus d’être gouvernés comme avant. Cela vient à point comme un accouchement.

L’opposition entre les classes sociales devient telle que la société ne peut plus survivre en l’état.

Tu verras, c’est arrivé des milliers de fois dans l’histoire, et cela arrivera encore. Il y a presque toujours une révolution quelque part dans le monde. Tu en connaitras forcément une ou plusieurs dans ta vie.

En Russie  la bureaucratie dirigeante tsariste a commence par laisser tout partir a vau-l’eau. L’aristocratie a essayé de rejeter la faute de l’effondrement sur la bureaucratie.  Ces deux castes se sont retournées contre le tsarisme  des lors que l’’explosion des masses les a menacé.

La dynastie s’est abattue comme un fruit pourri avant même que la révolution ait conscience d’exister.

La journée internationale des femmes, 23 février ou 8 mars :

 


Le 23 février (ou le 8 mars) si tu préfères, nous allons évidemment retrouver ces différences de date entre notre calendrier et leur, tout le long de l’année) « c’était la journée internationale des femmes ». Pas une seule organisation, n’avait préconisé la grève ce jour-là, ce devait être seulement des réunions, des discours. Personne ne pensait que ce serait le début de la révolution.

Le comite du rayon ouvrier de Vyborg,  grande banlieue ouvrière de Petrograd, déconseillait toute grève, mais se rallia aux ouvrières du textile et des métallos et des femmes de soldat, environ 90 000 grévistes. Les femmes se dirigèrent vers la Douma municipale pour réclamer du pain, soutenues par des travailleurs qui ne voulaient plus ni de la guerre, ni de l’autocratie. Ce fut un succès, et le 24 février, la moitie des ouvriers industriels de Petrograd se mirent en grève. « Du pain » « A bas la guerre ».

Sur la perspective Nevsky, la foule grandissait. Les cosaques pourchassaient les rassemblements mais sans tirer. Les soldats sympathisaient.

Des clins d’oeil s’échangeaient entre déjà manifestants et forces de l’ordre.

Le gouvernement et le général Khabalov chef de la région militaire de Petrograd, disposaient d’une une garnison de 150 000 hommes, 3500 policiers, 14 bataillons de réserve. Ils avaient une force énorme et avaient tout prévu pour réprimer les mouvement de ce type. Ils l’avaient déjà fait 12 ans plus tôt en 1905 (je vais vous en parler bientôt). Mais le 23 février, la grève prit de l’ampleur, 240 000 ouvriers. L’armée bloque le pont Alexandre III qui permet d’accéder au centre ville. 150 000 manifestants passent alors par la Neva gelée qu’il franchissent à pied.

Pas seulement les grandes entreprises, les tramways ne marchent plus, les commerces ferment, les étudiants se joignent, des meetings se tiennent partout, la police ouvre le feu devant la statue d’Alexandre III, les Cosaques, non seulement ne suivent pas mais sabrent les policiers, les soldats hésitent. Le tsar depuis son GQG télégraphie pour exiger la fin des désordres. C’est déjà allé trop loin pour s’arrêter.

Dans la nuit du 25 ou 26, une centaine de militants révolutionnaires bolcheviks sont arrêtés. Cette tentative de répression ne suffit pas. La grève est générale le dimanche 26 février. Les ponts sont bloqués, les ouvriers passent sur la glace car la Neva est gelée. Les policiers et cosaques tirent mais l’insurrection s’enhardit. Ce jour là on estime à 40 morts, mais la foule continue, des commissariats sont pris d’assaut et des policiers tués. La foule devient intrépide. « Tirez » exige le tsar. « Ne tirez pas sur vos frères et sœurs » disent les ouvrières et ouvriers aux soldats. Le soir du 26, l’issue de l’affrontement est encore incertaine. On compte sans doute 200 morts au total.

Mais le 27 février est un jour décisif, la 4° compagnie du régiment Pavlovsky se mutine et certains soldats rejoignent les ouvriers avec leurs fusils. 40 000 fusils sont distribués à la population. Le gouvernement prend peur, les partis de gauche, et leurs dirigeants bolcheviks aussi bien que mencheviks sont en retard sur la grande masse des manifestants insurgés qui sent son heure arriver et vise les casernes.

Ce sont les officiers qui doivent eux mêmes actionner les mitrailleuses, car la troupe est partagée. Tandis que d’un côté l’avant garde la plus hardie et combative des ouvriers passe à l’insurrection, les troupes se démoralisent, se divisent,  ne peuvent plus rester neutres, n’acceptent plus les ordres des officiers, puis se révoltent et basculent du cote de ce qui devient alors une révolution.

Certains ont prétendu que la révolution de février a été déterminée par le basculement de régiments et de cadres militaires  (comme les officiers des « Jeunes Turcs » a Istanbul et Ankara) : mais non ce fut d’abord une révolution d’ouvrières, d’ouvriers qui influèrent sur les paysans qui étaient dans l’armée, qui influèrent sur les casernes, régiments et bataillons, et seulement ensuite des secteurs de l’encadrement basculèrent. C’est allé de bas en haut, rien n’était écrit d’avance, la force impétueuse du mouvement social a décidé de l’issue, pas les chefs.

La jonction se fit entre les femmes, les ouvriers, les paysans, et les régiments mutinés.

Les commissariats sont pris d’assaut, les prisonniers libérés, les armes prises dans les casernes, et réparties,  des auto-blindées passent du côté des manifestants, toute la ville s’embrase, la garnison du tsar s’effondre, les officiers se cachent, le Palais Tauride est pris, devient le siège de la révolution, puis la forteresse Pierre et Paul, menacée, se rend.  Les prisons sont ouvertes. La révolution est encore débonnaire, les officiers fusilleurs de la veille sont encore libérés, elle ne deviendra implacable qu’après une série de trahisons, de duperies, et d’expériences sanglantes.

Tu sais, il faut bien comprendre que ce sont des gens ordinaires qui font les révolutions extraordinaires. Il n’y a pas de plans préparés, ni de complots.

C’est comme ça dans toutes les révolutions. Ca semble partir d’un rien, d’un accident parfois d’un détail. Là d’une manifestation de femmes dont personne n’imaginait la suite.

En réclamant du pain et la paix, elles ont enclenché le renversement du tsar.

Tu le sais, ca s’était passé pareil avec la révolution française ? Le cortège affamé était allé de Paris à Versailles chercher du pain. La reine Marie-Antoinette, s’en moqua, « si elles n’ont pas de pain, elles n’ont qu’à manger de la brioche », et puis… ils prirent la Bastille et coupèrent la tète au Roi et à la Reine puisque celle-ci les trahissait.

Il y a toujours des théoriciens pour « penser » les révolutions, en faire l’histoire, le schéma, le programme détaillé, la préparer savamment. Ces théories sont utiles et nécessaires. Mais les théories ne suffisent pas : un pas en avant, les actions concrètes des masses vont beaucoup plus loin et s’avèrent plus décisives. Mais l’histoire réelle est toujours plus complexe que l’histoire projetée. Il faut un détonateur, aux meilleures idées, aux plus puissantes des théories sociales. Il faut une étincelle pour que la plaine desséchée s’enflamme.

C’est pour cela qu’on dit souvent qu’il « vaut mieux un pas en avant que mille programmes » révolutionnaires. C’est parce qu’un pas en avant fait par des millions de gens peut entrainer plus loin que des réflexions théoriques de révolutionnaires éclaires qui croient bien faire, mais seuls. Ca ne veut pas dire qu’il faut se méfier de la théorie. Sans théorie pas de révolution. Mais avec la théorie seule, pas de révolution non plus. Une révolution peut partir de presque rien mais elle est dynamique, elle crée tout, elle invente, elle innove, elle se radicalise, elle demande du pain… et finit par exiger le socialisme. Dans ce cas elle répond à la théorie.

Peindre « vive le socialisme «  sur le mur d’une caserne, donne une idée. Renverser le mur de la caserne, ça la réalise.

Les masses se soulèvent quand elles n’en peuvent plus et ne peuvent plus faire autrement. Ce n’est souvent pas une question de courage, mais de survie, ce sont des actes héroïques qui s’enchaînent, se nourrissent, s’épaulent à l’occasion. Parfois la répression du pouvoir, de la police, des gendarmes, de l’armée, est assez forte et c’en est fini. Parfois, le rapport de forces bascule, les troupes sont minées par la force populaire et par le rejet de la tyrannie devenue impopulaire. Et alors, les évènements s’enchainent, puissants et victorieux.  La veille l’armée du tyran semblait invincible le lendemain c’est la puissance du mouvement de masse qui devient irrépressible.

Oh bien sur, l’explosion, quand elle se produit, vient de loin, des profondeurs des consciences, des révoltes anciennes, des colères mille fois étouffées, des besoins profonds. Les esprits ont été travaillés par les idées révolutionnaires avant que les actes ne permettent de passer de la théorie à l’action.

Tu sais, en ce moment, un siècle jour pour jour, après la révolution russe,  et où j’écris ces lignes pour toi, je te le dis, le monde est miné par la toute puissance de la finance et des financiers.

87 hommes possèdent plus que la moitié des humains sur la planète : ce sont les nouveaux tsars qui mènent une guerre impitoyable contre l’humanité. La grande masse croit qu’ils sont impossibles à renverser. Ils terrorisent avec la peur de la « dette » qu’ils prétendent détenir et avec des « théories » économiques mensongères qui leur servent à intoxiquer le peuple. Genre  « Nous sommes en faillite, nous ne pouvons plus payer votre santé, ou votre retraite, ou votre salaire ». On entend ça tous les matins à la radio. Et puis un jour, un financier sera sauvagement arrêté, pris la main dans le sac, à force de faire mourir des humains de faim, de les empêcher de se soigner, de travailler, de vivre, son trafic sera mis à nu, il sera pendu, ils voudront le venger, et ils auront le peuple en face d’eux, et toute la finance s’écroulera et les dettes seront du vent et les peuples seront riches, reprendront le contrôle de leur destin et vivront enfin mieux.

La révolution russe de février 1917 venait de loin, d’une autre qui l’avait précédé et qui avait échoué en 1905, et de l’action des théoriciens, des militants socialistes qui avaient agir pour qu’elle surgisse – sans savoir ni quand ni comment elle allait naitre. Même Lénine qui fut un des dirigeants des suites de cette révolution n’y croyait pas : il avait dit, en janvier 1917 qu’il était « trop vieux pour voir la révolution », il n’imaginait pas tous ses développements jusqu’en octobre 1917.

Mais revenons à la chute du tyran, le tsar.

Pendant les journées de février 1917 le tsar n’était pas là : il s’était rendu à Mohilev pour mener un train de vie tranquille et ne pas s’occuper de la guerre ni de ses victimes. Quand les troubles éclatèrent les 24 et 25 février dans les milieux ouvriers, la tsarine télégraphia au tsar pour qu’il soit le plus ferme possible, et réprime les grèves, envoie les grévistes au front, elle réclama même qu’un Parlementaire, de la Douma qu’elle nomme Kedrinsky (en fait il s’agit de Kerenski) soit « pendu ». Le 27 février le tsar commande donc des troupes avec un vieux général Ivanov, nommé dictateur, parce que celui ci avait déjà réprimé le premier soulèvement de Cronstadt en 1905 (Je t’en reparlerais) : mais il est incapable de rétablir l’ordre.

Le Grand Quartier général des armées annoncent alors au tsar que des régiments se soulèvent et que les troupes qu’ils espéraient utiliser pour les réprimer se solidarisent. Petrograd est mis en état de siège. Les grèves continuent, puisque les gens ont faim. Lorsque les troupes basculent du cote des ouvriers, le président de la Douma, Rodzianko alerte le tsar sur la dégradation rapide de la situation. Nicolas, d’abord, nie, feint de ne pas entendre, puis se décide à rentrer dans sa famille. Depuis son wagon cossu, entouré de sa suite habituelle,  il envoie un télégramme à la tsarine démontrant qu’il ne comprend rien : « il fait très beau. J’espère que vous vous sentez bien et tranquilles. De nombreuses troupes sont envoyées au front. Votre tendrement affectueux, Niki ».  Le train impérial est arrêté par les cheminots à Vichera. Toutes les autres voies furent coupées.

L’armée tire et on ramasse 50 tués sur la place Znamenskoïe, puis des centaines d’autres en 4 jours d’émeute, les leaders des partis les uns après les autres exigent la démission du tyran,  400 fonctionnaires, policiers  sont arrêtés et remplacent les prisonniers politiques de la forteresse Pierre et Paul.

Il n’y eut bataille qu’à Petrograd. Puis ce qui s’était passé à Petrograd, se passa à Moscou, encore bien plus vite et plus facilement ; puis ça se déroula à Pskov, Orel, Rybinsk, Penza, Kazan, Tsaritsyne… dans tout le pays.

Dans les campagnes, au mot d’ordre de « pain » et « paix » s’ajouta celui de la « terre ». Les villages virent le lien entre la paix et le pain : la terre.

Ce qui montre la vanité des réactionnaires  qui prétendaient que « si » la cavalerie de la garde s’était trouvée à Petrograd, ou bien « si » Ivanov avait amené du front des brigades sures, le sort de la monarchie aurait été autre.

En fait la monarchie s’est écroulée, nulle part il n’y avait de forces prêtes à se battre pour défendre le tsar.  Ce ne fut pas un coup de force, ni une atteinte à la démocratie, ce fut au contraire, l’expression de la démocratie,  la révélation de la volonté populaire majoritaire. Une seule cité, Petrograd, à peu près la 75° partie de la population du pays, décida du déclenchement de la satisfaction des besoins profonds de millions d’humains, de toute la nation, mais partout

Apres les femmes, les  cheminots firent « échec au roi ».

Nicolas II était enfermé dans son wagon de luxe. Les régiments d’Ivanov envoyés pour écraser grèves, manifestations et révoltes furent stoppés et firent demi tour.

Tandis que le train errait, au Palais de Tauride, c’était la débandade. Les familiers du Palais quittaient les lieux. Les hommes du tsar s’apprêtaient déjà à négocier une « constitution » et un nouveau gouvernement – provisoire. Au fur et à mesure que les régiments basculaient pour les ouvriers, les soldats, les démocrates, les socialistes,  prenaient partie pour la Douma, contre le tsar et exigèrent rapidement une abdication de Nicolas II. Sept grands généraux, consultés, lâchèrent le tsar par crainte de la montée révolutionnaire dans la ville et dans leurs casernes.

« Le tsar se décida à abandonner un trône qu’il ne possédait déjà plus ». Il abdiqua pour son fils « à condition qu’il reste auprès de moi jusqu’à sa majorité sous la régence de mon frère le grand duc Michael Alexandrovitch. Et il nomma le prince Lvov Premier ministre.  Autour de lui, il n’y eut que « trahison, lâcheté et tromperie ». 300 ans de dictature de la famille des Romanov s’effondre.

En fait la révolution avançait très vite, et « les généraux et amiraux se défaisaient des insignes tsaristes et se paraient de rubans rouges » comme l’écrit si bien Léon Trotski.

Les tentatives de passer la main à son fils et à son frère échouèrent tout naturellement. Qui allait vouloir prolonger le lamentable régime du tsar à travers sa famille ?

« Ainsi s‘achevait un règne qui d’un bout à l’autre, avait été un enchainement de mécomptes, de malheurs, de calamites et d’actes criminels depuis la catastrophe sur le terrain  de la Khodynka , le jour du couronnement, en passant par les fusillades dirigées sur les grévistes et les paysans soulevés, par la guerre russo-japonaise , par l’imployable écrasement de la révolution de 1905, par d’innombrables exécutions, des expéditions punitives, des pogromes nationaux, pour finir par la folle et infâme participation à la folle et infâme guerre mondiale ». (LT)

A Petrograd, on compta 1443 morts ou blessés dont 869 militaires dont 60 officiers. Comparé au chiffre d’hommes tombés aux mêmes moments dans n’importe laquelle des batailles de la guerre, ce sont des chiffres bas. Les  libéraux écrivirent que « la révolution était apparue « toute ensoleillée, pleine d’allégresse, exempte de toute effusion de sang ». En fait ils furent rassurés que les masses populaires russes ne se vengent pas davantage des persécutions, humiliations, et ignobles traitements subis depuis des siècles

Qui a dirigé l’insurrection de février ?

Bien des libéraux qui avaient été contre, voire terrorisés par la menace de la révolution, « désordonnée » se firent connaitre après, comme en ayant été les instigateurs.

Ils insistèrent sur le caractère spontané, impétueux, massif des cinq jours du soulèvement, pour s’en prévaloir, et en tirer gloire. « La révolution tomba comme la foudre d’un ciel sans nuages ».

Mais même pour un socialiste révolutionnaire (Zenzinov), « elle arriva comme une grande et joyeuse surprise pour  nous autre aussi révolutionnaires, qui y avions travaillé pendant de longues année et l’avions constamment attendue ».

Un menchevik (Skobelev) qui, au début, jugeait que les désordres tournaient en déprédations, prétendit après, que lui et ses amis avaient fait la révolution.

Les leaders bolcheviks Chliapnikov, Zaloutsky, Zinoviev, Kamenev, Sverdlov, Rykov, Staline, Dzerjinsk  et Molotov, avouèrent eux mêmes avoir été débordés « on ne sentait venir aucun principe directeur des centres du parti… »

Il faut dire que les principaux leaders des partis de gauche, dés le début de la guerre, avaient été arrêtés, emprisonnes, déportes, ou exilés. Très peu étaient présents à la Douma, à part Kerenski. Car Tchernov, Tchkheïdze, Dan, Tséretelli, étaient déportés. Lénine était en Suisse, Trotski aux Etats-Unis.

Oui mais le peuple s’est doté d’assemblées générales, de structures d’action collective, de comités de lutte directe, ce qu’on va appeler les « soviets ».

Et il a surtout trouvé les mots d’ordre qui l’unifiaient : la paix, le pain, la terre.

La guerre avait trop duré, la souffrance était trop grande et c’est ce qui a donné l’élan, la cohésion et la puissance des masses. Chacun comptait dans l’armée quelqu’un des siens, un fils, un mari, un frère, un proche parent.  L’armée n’était plus séparée du peuple. « Ils ont bu assez de sang, les hommes souffrent sur le front, mais ici, les gens s’empiffrent ».

L’insupportable est devenu révolution.

 

Note   Cette journée est issue de l’histoire des luttes féministes menées sur les continents européen et américain. Le 28 février 1909, une Journée nationale de la femme (National Woman’s Day) est célébrée aux États-Unis à l’appel du Parti socialiste d’Amérique3. À la suite d’une proposition de Clara Zetkin en août 1910, l’Internationale socialiste des femmes célèbre le 19 mars 1911 la première Journée internationale des femmes et revendique le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail. Des rassemblements et manifestations ont dès lors lieu tous les ans. Et le 8 mars 1917, une page décisive de l’histoire du monde se tourne…


 

8 mars : La discrimination salariale est la plus importante de toutes

La discrimination salariale est la plus importante de toutes.  « Combien tu gagnes, comment tu vis, pourquoi est-ce que « à travail égal » il n’y a pas « salaire égal » ?

Pourquoi est-ce que, même surqualifiées, les femmes gagnent moins, progressent moins dans leur carrière ? Cette question structure toute la hiérarchie sociale, surdétermine tous les relations sociales, familiales et même les rapports intimes.

A temps plein, à travail égal, les différences atteignent 27 % de salaire en moins pour les femmes. Mais selon les différents types de contrats,  c’est bien pire puisque 85 % des 16 % de temps partiels et seulement 7 % des cadres supérieurs sont des femmes.

L’apparent effort de l’ANI du 11 janvier 2013 et de la loi Sapin du 14 juin 2013 pour instaurer un « plancher » de « 24 h hebdomadaires minima » pour les emplois à temps partiels a été contrecarré par un tel nombre de dérogations que ce n’était plus un plancher mais une passoire.

Les lois Macron du 8 août 2015 et El Khomri du 9 août 2016 ont fait disparaître ce plancher de la loi, en le soumettant au bon vouloir des employeurs.

Comme dans le temps partiel, les questions des heures complémentaires ne sont pas réglées, ni les retraites, ni les conditions du retour au temps plein, les discriminations sont puissantes.

Les congés maternité sont l’occasion de freiner les carrières féminines : le code du travail prévoit que les femmes retrouvent un poste « identique » ou « similaire ». On pourrait enlever le mot « similaire » et imposer un statut temporaire de « salariée protégée » (non licenciables sans autorisation préalable de l’inspecteur du travail) : cela imposerait aux employeurs d’anticiper leur reclassement, et de ne pas pouvoir les écarter à leur retour de couches.

La loi Rebsamen du 19 août 2015 a fait reculer les obligations de comparaison, d’information des employeurs sur les salaires femmes-hommes auprès des institutions représentatives du personnel.

Il faudrait que dans toute entreprise de plus de 20 salariés, les comparaisons redeviennent obligatoires poste à poste, qualification à qualification, ancienneté à ancienneté.

Il faudrait que l’inspection du travail en soit systématiquement informée et, disposant des moyens de contrôle, puisse saisir le juge en référé dés l’infraction constatée.

C’est ce qui manque depuis les 34 ans de la loi Roudy : la possibilité pour le juge en référé d’imposer une forte et dissuasive astreinte financière, sous délai, en cas de non-régularisation des différences injustes entre les salaires des femmes et des hommes.

 

 

bastamag : Comment l’union des socialistes et de la gauche radicale a mis un terme à l’austérité au Portugal

ALTERNATIVE POLITIQUE

PAR  RACHEL KNAEBEL 7 MARS 2017

Depuis novembre 2015, c’est une union des gauches qui est au pouvoir au Portugal : un gouvernement socialiste soutenu au Parlement par les partis de la gauche radicale et les écologistes. Cette alliance inédite a réussi à mettre fin à l’austérité imposée pendant quatre ans par la troïka. Les composantes les plus à gauche ont imposé au gouvernement socialiste des mesures de revalorisation des bas salaires et des petites pensions, et de lutte contre le travail précaire. Avec succès : l’économie repart, le déficit public recule, et le petit pays du sud de l’Europe arrive même à convaincre Bruxelles du bien-fondé de cette politique. Un modèle à suivre ?

Mi février, Benoît Hamon, en visite de trois jours au Portugal, a rencontré des acteurs de l’union des gauches qui y gouverne depuis plus d’un an. On en parle beaucoup moins que la Grèce avec Syriza ou l’Espagne avec Podemos. A Lisbonne, la gauche a réussi à défaire une droite adepte de l’austérité. Le Parti socialiste a réussi à reprendre le pouvoir à la faveur d’une alliance inédite avec les forces de gauche radicale : le Parti communiste portugais, les écologistes, et le Bloco de esquerda (« bloc de gauche » [1])

En octobre 2015, c’est pourtant une coalition de droite – « Portugal en avant ! » – qui était arrivée première lors des élections législatives portugaises, avec 38 % des voix. Les différents partis de gauche gardaient, ensemble, une majorité des voix et des sièges au Parlement : les socialistes, deuxième avec 32 %, le parti anti-austérité Bloco de esquerda 10 % et l’Union des verts et des communistes 8 %.

L’ancien premier ministre de droite forme alors un gouvernement minoritaire, renversé au bout de deux semaines par les forces de gauche. C’est un socialiste, Antonio Costa, qui devient Premier ministre. Le Bloco de esquerda, les verts et les communistes n’intègrent pas le gouvernement, mais concluent un accord avec les socialistes pour le soutenir. La condition : que celui-ci mette en œuvre un programme clair contre la politique d’austérité menée au Portugal depuis quatre ans sous la pression de la troïka – Commission européenne, Fonds monétaire international, et Banque centrale européenne – suite à la crise économique et financière de 2008 et à la crise de la dette publique qui s’en est suivie.

Une bouffée d’air pour la population

« Une telle union des gauches, ça n’était jamais arrivé au Portugal, souligne Marisa Matias, députée trentenaire du Bloco de esquerda au Parlement européen. Les gens ont perdu beaucoup pendant cette période d’austérité. Le salaire minimum et les retraites, même les plus petites, ont été gelés, et les impôts des travailleurs ont beaucoup augmenté. » Entre 2010 et 2013, le taux de chômage portugais bondit de 11% à plus de 17%. L’accord de 2015 engage le gouvernement à abroger ces mesures qui ont appauvri la population portugaise. « Le programme prévoyait de revenir au niveau des salaires et des pensions qui prévalait avant l’austérité. Bref, de récupérer ce qui avait été perdu pendant les quatre années de troïka », précise la députée européenne.

Quand, au même moment en France, un gouvernement socialiste se prépare à faire passer coûte que coûte une loi de dérégulation du droit du travail, le gouvernement d’union des gauches portugais décide d’un programme pour « tourner la page de l’austérité ».  « La politique d’austérité suivie ces dernières années a pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage, avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes, les citoyens les moins qualifiés, les familles et les milliers de Portugais sans emploi. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs », analyse le programme du nouveau gouvernement décidé fin 2015. La rhétorique détonne avec les politiques menées auparavant au Portugal et dans le reste de l’Europe en crise.

Parmi les premières mesures concrètes : l’augmentation du salaire minimum, qui passe de 485 euros en 2014 à 557 euros en 2017, soit une augmentation de 15%. De nouvelles hausses sont prévues : 580 euros en 2018 puis 600 euros en 2019. « Nous avons aussi augmenté les retraites, fait adopter une baisse des impôts sur les revenus des travailleurs, et renforcé le droit du travail », signale Marisa Matias. Le gouvernement vient de lancer un programme de lutte contre la précarité dans l’emploi public, et a stoppé les privatisations des infrastructures, comme les transports. Des mesures sont prévues pour l’accès à l’éducation et à la santé. « Avec cette union des gauches, le parti socialiste a dû infléchir son projet dans notre sens. Après un an et quelque mois de ce gouvernement, il y eu un changement majeur de politique au Portugal », se réjouit l’élue.

Des questions qui restent à trancher

Comment le Portugal a-t-il pu mener une politique contraire aux dogmes bruxellois ? En 2011, en pleine crise de la dette, le Portugal accepte un prêt du FMI et de l’Europe de 78 milliards d’euros en échange d’une politique d’austérité drastique : baisse des salaires, réduction des dépenses dans la fonction publique, privatisation des infrastructures et des services publics. C’est avec cette politique que le nouveau gouvernement veut en finir. Au mois de juillet 2016, la Commission européenne menace le Portugal et l’Espagne de sanctions pour leur déficits publics jugés excessifs, avant d’abandonner les poursuites en août, pour laisser aux deux pays un délai supplémentaire.

Aujourd’hui, le Portugal a ramené son déficit public à 2,1 % du PIB, soit en dessous de la limite des 3% fixée par Bruxelles, et bien en dessous des plus de 4 % de l’année précédente [2]. « Bien sûr qu’il y a eu des pressions de Bruxelles, rapporte Marisa Matias. « Mais avec ce gouvernement d’union des gauches, nous avons réussi à réduire le déficit à 2 %. C’est l’objectif de Bruxelles. Il n’avait jamais été atteint au fil des années d’austérité. Le PIB est même en croissance pour la première fois depuis la crise, à 1,2 %. Cela reste peu, mais nous sommes partis de zéro. » Le chômage est aussi en recul. Il est redescendu fin 2016 sous la barre des 11%, loin des records atteins en 2013 par le précédent gouvernement de centre-droit [3].

Reste le problème des banques portugaises, dont la situation est toujours fragile [4]. Et de la renégociation de la dette publique. « Nous nous sommes mis d’accord avec le gouvernement socialiste sur une politique pour la sécurité sociale, sur le droit du travail, mais pas sur la dette publique », explique la députée européenne de gauche. Le dossier demeure donc en chantier. Mais en attendant, la population portugaise vit un peu mieux que sous le régime imposé par les libéraux et la troïka. Un exemple à méditer pour les candidats français ?

Rachel Knaebel

Notes

[1] Le Bloco de esquerda est né en 1999 de la fusion de plusieurs partis situés à l’extrême-gauche du champ politique portugais.

[2] Voir ici.

[3] Voir ici et ici.

[4] Voir par exemple ici.

 

7 mars : gréve contre ceux qui ont martyrisé nos hôpitaux pour cause d’austérité européenne scandaleuse

L’autre soir, à la sortie d’une réunion contre la loi El Khomri, on va ensemble, avec les animateurs, manger une pizza. Dans le groupe d’une douzaine de camarades, s’assied à côté de moi une femme d’une cinquantaine d’années, que je ne connais pas. Les conversations commencent, dans tous les sens, plutôt joyeuses.

Quand la femme à côté de moi, s’effondre en pleurs. On est tous surpris et gênés.

Mais elle se reprend : «  – Excusez moi, c’est rien, je viens de craquer et je vais me détendre, ca va passer… je suis infirmière, la journée a été dure, vous savez j’ai failli laisser mourir deux personnes aujourd’hui, ca me remonte, ça me prend à la gorge, c’est parce que j’avais pas le temps, on coure partout, on arrive pas à faire son boulot, à parler aux malades et hop on rate un truc, là c’est un médicament de retard, là une sonde mal réglée, là on voit pas la crise aigüe venir, la personne n’a pas le temps d’appeler, on est à l’autre bout, c’est le voisin de chambre qui s’inquiète et nous sonne désespérément…  Alors ca me prend la tête, parfois j’y repense la nuit, je me réveille en sursaut, je vois mon patient mort, par ma faute. On est toutes comme ça, j’ai des collègues qui partent, elle n’en peuvent plus, même en congés, on a des cauchemars… Je suis contente d’être avec vous ce soir, je veux pas vous mettre le cafard, rassurez vous, ca va aller, je vais boire un coup, je suis militante syndicale, je n’ai même plus le temps de militer, je vais plus au syndicat, sauf ce soir ou je suis venue à cette réunion, c’est exceptionnel, ca me fait du bien, mais sinon, même à la maison, je ne pense plus qu’à ça…Ils disent qu’ils ont sauvé l’hôpital, c’est pas vrai, ils nous égorgent, on est au bout du rouleau»

Comment ne pas y repenser ? Dans la nuit de dimanche à lundi 6 janvier, il y a eu un sixième suicide d’infirmier à l’hôpital Georges Pompidou, il s’est défenestré du 8° étage.

 

Marisol Touraine avait déjà demandé un rapport après le suicide le 17 décembre 2015 d’un cardiologue, une information judiciaire avait été ouverte le 19 février 2016, cinq suicides en été 2016, des « mesures » semblaient mises en place en septembre 2016. Marisol Touraine a demandé « un plan pour l’amélioration de la qualité de vie au travail des hospitaliers » (sic) en décembre 2016 et nommé en janvier « un médiateur national ». La « cellule d’analyse » des suicides est « saisie ».

 

Mais tout ça est hypocrisie complète, quand l’hôpital est géré selon les critères de rentabilité d’une entreprise, quand les budgets sont coupés au maxima, quand on supprime 17 000 postes pour se vanter que les déficits sont réduits. C’est 17 000 infirmiers qu’il faut recruter, pas supprimer. C’est 32 h qu’il faut faire et pas 45 h. C’est bien former, bien traiter et bien payer les personnels soignants. Rompre avec gestionnaires qui ont couvert ça : c’est ceux là, n’explosent pas en larmes, près de leurs amis, au restaurant, conscients que c’est leur politique qui a provoqué un suicide de plus.

 

Le prédicateur Macron pour la mort de la sécurité sociale et de l’assurance chômage

Tous VTC !

Macron tombe le masque dont il s’était affublé pour celles et ceux qui faisaient semblant d’y croire. Il est libertarien en fait. L’entreprise, l’entreprise, l’entreprise.

Exit la République, la démocratie, les services publics et tout pacte social.

Il est pour une société sans statut.

Macron, l’ami d’Uber, est allé chercher chez Le Pen l’idée perverse de réduire le salaire brut patronal pour hausser le salaire net salarial. Il vous promet du vent : « 500 euros » tout de suite (« pour un couple » !) pour un avenir de typhons et de tornades : plus d’assurance maladie, ni chômage, et pareil pour les retraites.

L’entreprise ne doit plus avoir aucune responsabilité sociale. Elle doit échapper à toute règle, tout code du travail. Redevenir un lieu d’exploitation pur et sans entrave. L’individu doit s ‘assurer tout seul (ce qui coûte plus cher et est inefficace).  Et le patron doit faire le maximum de profit et dividendes sans « charges » c’est à dire sans obligation de salaire brut, sans obligation de payer la reproduction de la force de travail.

Dans cet univers d’extrême droite de Macron, il ne restera plus qu’à attendre que le patron exploiteur rassasié, cesse de licencier et enfin « ruisselle » pour faire le bien aux gens.

En attendant cet hypothétique moment, l’état compensera façon aumône charitable, avec l’impôt des salariés, la maladie et le chômage de ceux qui seront exclus. Certains ajoutent un « revenu universel » pour les mendiants.

Il veut en revenir aux prédications de Marlon Brando dans « Queimada ». « Libérez les esclaves, car les salariés c’est mieux, vous ne les paierez que quand vous aurez besoin d’eux », à la tache, à la mission, au chantier, et ils se débrouilleront pour se loger, se soigner, s’occuper de leurs enfants et de leurs vieux.

 

C’est la mythologie des « facho Cro-Magnon » de l’aile droite du parti républicain US. Les tea party. Adversaires même du modeste « Obama care ».

Ils sont Cro-Magnon car ils nous ramènent à l’aube de la civilisation avant tout progrès solidaire entre humains. « Facho » parce que pour parvenir à cela, il faudra qu’ils infligent une défaite encore plus lourde aux syndicats, au mouvement social, aux socialistes, à la gauche organisée.

Une « société sans statut » : tout droit du travail, tout droit social sont exclus des règles de la concurrence qui sont réduites à minima. Macron, c’est bien le 19° siècle, ou bien c’est Mad Max, avant ou après, mais en dehors de la civilisation sociale.

 

Ce n’est pas le « candidat du travail » (il ne sait pas ce que c’est) c’est le candidat de l’exploitation maximale du travail.

 

au contraire de Macron Fillon  et cie :

une seule grande sécurité sociale pour toutes et tous !

 

Quatre questions clefs sur la politique de santé

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance maladie de base et complémentaires santé ? (Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable pas l’assurance maladie ? Faut-il augmenter les remboursements de la Sécurité sociale ? L’optique et le dentaire devraient-ils basculer intégralement vers les complémentaires ? Les complémentaires se plaignent de ne pas pouvoir co-piloter le système avec l’assurance-maladie, qu’en pensez-vous ?)

J’ai une position tout à fait tranchée et révolutionnaire : je suis opposé à tout le système de complémentaires, d’assurance prévoyance, et de mutuelles multiples. Je suis contre ce millefeuille absurde, couteux, et injuste. Absurde parce qu’il est complexe, lourd, bureaucratique. Couteux parce que les frais de gestion sont augmentés de façon scandaleuse : alors que la gestion de la « Sécu » coute environ 4,5 % de frais, celle des autres systèmes coûte autour de 25 %. Il existe maintenant 1100 mutuelles, ça n’a aucun sens, plus aucun rapport avec le mutualisme des origines. La seule vraie grande mutuelle doit redevenir la sécurité sociale, avec des cotisations uniques et proportionnées pour toutes et tous. Ceux qui cherchent toujours des simplifications devraient s’en réjouir non ? Des économies seront réalisées et on pourra enfin rembourser la lunetterie et la dentisterie, entre autres. Et ce sera plus juste pour tout le monde, ce sera le retour à l’égalité équilibrée de tous devant l’accès aux soins. Je le dis aussi pour toutes les cotisations des « indépendants » type RSI : elles doivent toutes revenir à la Sécu, aux caisses de protection sociale.

Ensuite comment cela doit il être « piloté » ? Démocratiquement ! La LFSS de Juppé 1995 est un échec : Bercy fait tout bureaucratiquement et quelques députés se relaient dans l’Assemblée nationale pour valider… Non, il faut en revenir à une gestion par les représentants des salariés et assurés eux mêmes, avec des élections à toutes les caisses sociales. Puisqu’il s’agit du principal des trois budgets de la nation, celui qui génère le moins de dette et de déficit, il doit être contrôle géré par ceux qui sont concernés : cela donnerait naissance a un « parlement social ». Les syndicats pourraient faire campagne tous les cinq ans, défendre leurs programmes sociaux et ça leur donnerait un rôle constructif réel et définirait leur représentativité.

Que les salariés des Mutuelles se rassurent à propos de l’emploi, ils seront ré embauchés à la Sécurité sociale !  Que nul ne s‘inquiète, cela dégagera d’énormes économies de frais de gestion pour le bien de tous, salariés et usagers !

J’ajoute qu’il y aura vraiment une nouvelle  branche jeunesse pour les jeunes en formation de 18 à 25 ans, et une branche dépendance pour le quatrième âge.

-   L’ANI, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : CMU, ACS, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ? Comment voyez-vous les choses à ce sujet ?

Je me suis opposé à l’ANI du 11 janvier 2013 sur presque tous les points mais particulièrement celui-là. J’ai défendu les fondements de la Sécurité sociale tels qu’ils étaient posés dans  Les Jours heureux, le programme du Conseil national de la Résistance : « Chacun contribue selon ses revenus, chacun reçoit selon ses besoins. » Les mutuelles ont imposé leur maintien à côté de la sécurité sociale, sur la base d’une contribution volontaire et d’un « retour » plus ou moins inégal. Plus on avait les moyens de « se payer » une bonne mutuelle, plus on pouvait escompter recevoir.

Cela a ouvert une brèche qui n’a cessé de s’agrandir : les assurances privées fonctionnent avec le même principe, mais avec la rétribution des actionnaires en plus… enfin, en moins pour les salariés.

L’ANI, a rendu obligatoire l’adhésion des salariés à une complémentaire santé, qui peut être une mutuelle (56 % du marché actuel de 25 milliards d’euros), ou une institution « paritaire » de prévoyance (17 % du marché) ou encore une assurance privée (27 % du marché), ce qui a effacé le principe de base de la sécurité sociale.

Cela a aggravé le « millefeuille » diversifié et inégal de cotisations et assurances privées « complémentaires » au détriment des principes fondamentaux de la sécurité sociale : des cotisations proportionnelles de toutes et tous, collectées par les mêmes caisses et redistribuées à chacun selon ses besoins.

Le système du « millefeuille » cotisations, mutuelles, complémentaires, prévoyance et assurances, contribue aussi à dissimuler l’origine de la richesse liée au travail et à détourner ce salaire socialisé que sont les cotisations sociales vers la poche des dirigeants des organismes  «complémentaires ». Et les sommes en jeu, autour de 4 milliards d’euros, ne sont pas négligeables.

Mais pour ceux qui n’avaient pas de « complémentaire santé », est-ce que ce n’est quand même pas mieux que rien…

Chaque recul est justifié par ce type d’arguments : « mieux que rien ». Le recul de tous contre le « bénéfice » de quelques-uns. Il faut d’abord signaler que la complémentaire santé n’est pas acquise pour tous : les jeunes non-salariés, les retraités et les chômeurs ne sont pas concernés. Pour les salariés, il reste environ 400 000 personnes qui n’ont pas de complémentaire santé.

Le nombre de 4 millions de personnes, parfois avancé, correspond au nombre de salariés qui n’ont pas de couverture par leur entreprise et qui, depuis le 1er janvier 2016, sont censés l’avoir par contrat d’entreprise. Mais ces personnes cotisent plus que les autres salariés, l’ANI ayant fixé à 50/50 le partage de la cotisation entre le salarié et l’employeur, alors que la moyenne de la répartition était de 47/53. À noter aussi que le Medef, au sein duquel les sociétés d’assurances tiennent une bonne place, a combattu pour que ce soit les chefs d’entreprise qui décident en dernier ressort de l’affectation de ces prélèvements. Le Conseil constitutionnel, « au nom de la liberté d’entreprendre », a donné raison au Medef et ce sont donc les grands groupes d’assurances qui en bénéficient.

Pour autant, la concurrence a été féroce pour s’accaparer le marché, car tous les contrats actuels, qu’ils soient d’entreprise ou de branche, sont revus au moment de leur renouvellement. Le mode de désignation de l’organisme complémentaire est le seul point qui ait fait l’objet de débats acharnés, entre la négociation de l’ANI et l’adoption de la loi Sapin du 14 juin 2013 et même au-delà, avec un recours en Conseil d’État pour faire respecter la « saine » concurrence.

Et quel bénéfice pour le salarié ? Un « panier de soins » plus réduit que tous les autres … Les « avantages » prévus pour la dentisterie et la lunetterie sont inférieurs à ceux de la « complémentaire santé » liée à la C.M.U ! Pour ces nouvelles complémentaires, l’ANI précise aussi que les contrats donnent lieu à exonération de cotisations sociales pour les patrons, mais que le tout pour le salarié, est soumis à fiscalité !

-   Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ? Comment lutter contre les déserts médicaux ?

Plus brièvement : le tiers payant doit être systématique, et les moyens doivent être donnés à tous les médecins et maisons de santé pour ce soit pris en charge de façon simple et efficace. Les progrès de la numérisation vont permettre cela et enlever toutes les lourdeurs de gestion et de paiement.

L’accès aux soins ? Mais il faut supprimer immédiatement le numerus clausus, et former un nombre important de médecins compétents non seulement pour nos besoins nationaux dans tout le pays mais pour les exporter dans les pays en développement qui en ont tant besoin et avec lesquels nous coopérons.

Il n’est pas difficile, à l’image de ce qui se fait dans l’installation et les mouvements de la fonction publique, avec des aides et subventions de faciliter des parcours assistés de médecins jeunes et en cours de carrière afin d’empêcher tout désert médical. Ne serait ce que par le développement aidé de maisons de santé généralistes ou spécialisées (PMI).

-   Quelle est la mesure phare que vous souhaitez mettre en avant sur ces questions de financement et d’organisation de la protection sociale santé ?

La fin du « millefeuille » !  Le retour à une grande Sécurité sociale appuyée sur les fruits du travail, gérée démocratiquement par le Parlement social des organisations syndicales des salariés, jeunes en formation, chômeurs et retraités, ce sera économie et démocratie, justice et égalité.

(Rappelons à tous qu’il y a trois budgets séparés en France.

-             Le budget de l’état qui pèse environ 300 milliards, génère 78,5 % de la dette présumée du pays : non pas parce que l’état dépense trop, mais parce qu’il n’a pas assez de recettes ! (si le taux d’imposition de Lionel Jospin avait été maintenu de 1999 jusqu’à aujourd’hui, il n’y aurait de dette !)

-                 Le budget des collectivités territoriales environ 200 milliards ne génère, lui, que 11,5 % de la dette présumée du pays. Le réduire c’est nuire a toute l’économie, aux investissements de toutes sortes et à la protection sociale.

-                 Le budget de la protection sociale pèse environ 450 milliards, c’est le plus important mais il est presque équilibré et n’a généré que 10 % de la dette présumée du pays (soit 210 milliards sur 2100 milliards environ).

Notons que ce dernier est le seul auquel a été appliquée la brutale « règle d’or » de Mme Merkel : il ne connaît presque plus de déficit… ce qui est un scandale, car, avec 6,625 millions de chômeurs, il devrait être en grand déficit ! Si ce n’est pas le cas, c’est que la vis a été serrée partout : soins dé-remboursés, hôpitaux traités honteusement comme des entreprises, renvoi au financement par « millefeuilles » privé couteux… et au détriment des malades les plus démunis et des personnels de santé gravement surexploités et maltraités – comme on le voit encore avec les infirmières en lutte.)


 

«Les Saigneurs»: ou la condition ouvrière

Par  Isabelle Le Gonades Publié le 01-03-2017 Modifié le 01-03-2017 à 16:28
mediaIls sont «les saigneurs», ouvriers au dépeçage dans la société SVA à Vitré, en Bretagne.DR

Largement exclu de la scène artistique ou médiatique sauf en cas de conflit social, le quotidien des ouvriers est peu filmé si ce n’est pour les hommages rétrospectifs façon l’épopée de la mine ou la geste de la métallurgie et ses hauts fourneaux incandescents. Alors vouloir filmer des ouvriers d’abattoirs apparaît comme un défi fou. C’est un univers fermé, sensible du fait de sa charge symbolique et aussi éminemment industriel, taylorisé. Pendant un an, les deux réalisateurs, Raphaël Girardot et Vincent Gaullier ont vécu au quotidien avec les ouvriers d’une chaîne de découpe d’animaux. C’est l’histoire de ces hommes au travail qu’ils nous racontent dans ce film qui sort ce mercredi 1er mars sur les écrans français.

Ils sont préparateurs de tête, coupeurs de première patte, dépouilleurs de deuxième patte, coupeurs de corne et de museau, éviscérateurs thoraciques ou encore estampilleurs. Hallucinant générique… Ils s’appellent Isabelle, Françoise, Ali, Diaby, Cyril ou Guillaume et ce sont les ouvriers de SVA à Vitré en Bretagne, maison mère de l’une des plus grosses entreprises d’abattage en France. Une usine de mise à mort industrielle avec 2 000 animaux tués par jour. Taureaux, veaux, vaches, moutons, agneaux, un inventaire à la Jean de La Fontaine qui réduit des animaux vivants (que l’on aperçoit à peine) à des bouts de viande accrochés à des crochets qui vont et viennent dans un ballet macabre mais parfaitement, scientifiquement agencé.

Un site industriel ultra moderne et mécanisé, quelque mille ouvriers et un encadrement très présent. Un souci constant de la rapidité et la sûreté d’exécution des gestes, rendement oblige. Des outils à trancher et des cadences qui imposent une concentration extrême pour ne pas se blesser et pourtant les accidents sont fréquents. Bruit infernal des chariots et des chaînes, stridence des machines à découper, meuglements des vaches aussi.

Filmer à côté

La conscience de la mort que l’on donne passe au second plan tant le travail est dur. Les ouvriers se concentrent et s’échauffent en arrivant sur leur lieu de travail par des gestes d’assouplissement destinés à atténuer les effets des gestes répétitifs et maladies professionnelles qui en découlent. La caméra s’invite sur les nacelles, aux côtés des ouvriers qui expliquent leur travail, au plus près de leur quotidien. Elle les suit dans la salle de repos où ils ne peuvent s’accorder que de brefs répits. Pas en face d’eux, mais à côté, dans un parti pris évident.

Le bruit, les cadences et la parcellisation des tâches rendent les échanges difficiles pendant le travail entre collègues. Mais même pendant les pauses, les échanges sont rares. Silence bienvenu des aires de repos où l’on grignote un biscuit. Silence aussi dans ces salles d’eau aseptisées où l’on se débarbouille du sang qui a éclaboussé même les visages. Carrelage blanc presque aveuglant de ces espaces qui contraste avec l’espace robotisé et sanglant des salles de travail. La bande son immerge dans son tumulte avec parfois des « blancs », comme si nous-mêmes, spectateurs, mettions ces bouchons d’oreille qui assourdissent le fracas des machines.

« Une grosse caisse en carton »

Les ouvriers parlent peu de la mort des animaux. C’est que pour oublier sa souffrance et celle de la bête, il faut se dire qu’une tête de vache c’est « une grosse caisse en carton », « oublier l’animal qui était vivant là, il y a encore 20 minutes ». Ils parlent absence de choix, faiblesse des salaires, pénibilité du métier, accidents du travail, technicité des gestes, corps cassés prématurément. Peu de femmes sur cette chaîne mais plusieurs ouvriers issus d’Afrique subsaharienne. La région de Vitré accueille d’ailleurs une importante communauté de migrants.

Le propos des réalisateurs n’est pas de montrer la mise à mort des bêtes, c’eût été un autre film. Il s’agit de raconter une condition ouvrière taboue dont les salariés eux-mêmes hésitent à parler à leur entourage. De cette condition, peu de films ont parlé : Meat de Frederick Wiseman ou plus récemment Entrée du personnel de Manuela Frésil, pour ne citer qu’eux.

Présenté en 2016 au festival Cinéma du Réel à Paris, le documentaire a mis des années à se construire et à se produire. Il a été présenté aux ouvriers et à leurs familles mais interdit de projection à Vitré par la direction de l’usine. Les images choc filmées ces derniers mois clandestinement dans d’autres abattoirs par des militants de L214 et diffusées par les médias illustraient la souffrance animale. Ici, « la souffrance des hommes crie plus fort » que les animaux que l’on abat.

►Raphaël Girardot et Vincent Gaullier étaient les invités du Festival des cinémas documentaires des Ateliers Varan

Raphaël Girardot et Vincent Gaullier ont pu filmer librement pendant un an dans le hall de SVA à Vitré.DR

CHRONOLOGIE ET CHIFFRES CLÉS

N’opposons plus les hommes et les animaux et formulons ce souhait : il faut pouvoir entrer dans les abattoirs autrement qu’en caméra cachée, pouvoir écouter les ouvriers raconter leurs conditions de travail et les raisons de telle ou telle maltraitance animale – fut-elle régulière ou exceptionnelle. Sortons notre regard du fantasme pour enfin admettre que bêtes et hommes sont tous autant victimes de ce système de production industrielle. Chaque année, sur 1 000 salariés travaillant dans un abattoir industriel, on constate 270 accidents du travail ; 9 fois plus qu’en moyenne chez les salariés tous métiers confondus. Concernant les maladies professionnelles, les données sont plus saisissantes encore : on compte 70 maladies professionnelles par an, 25 fois plus qu’en moyenne que chez les salariés tous métiers confondus..

L »abattoir n’est qu’une loupe grossissante de tous les lieux industriels. Cette maltraitance est malheureusement très bien partagée entre tous les ouvriers, ceux du BTP, de l’industrie chimique, du secteur agricole,… ce qui fait 5 ou 6 millions de personnes. 5 ou 6 millions de personnes dont l’espérance de vie est plus courte que celle d’un cadre, 6 années et quelques mois de moins. 5 ou 6 millions de personnes qui à 45 ans ont un risque de mourir dans l’année 2,5 fois supérieur à celui d’un cadre.

Face au travail, l’égalité n’existe pas. Non, le travail salarié des sociétés industrielles, celui des ouvriers dans un cadre capitaliste, n’est pas ou n’est plus un facteur d’intégration et de reconnaissance sociale. Chaque nouvelle disposition contraint le travailleur un peu plus, tout en rognant sa reconnaissance. La surveillance vidéo n’est bien qu’une étape supplémentaire pour aliéner l’ouvrier à la chaîne.

 

30 des pires déclarations d’Emmanuel Macron : « la politique c’est mystique »

 

1. « Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord. »

2. « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. »

3. « Bien souvent, la vie d’un entrepreneur est bien plus dure que celle d’un salarié, il ne faut pas l’oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties. »

4. « Il y a dans cette société (Doux) une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées. »

5. « Le libéralisme est une valeur de gauche »

6. « Les salariés français sont trop payés » « Les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d’accord. »

7. « Le FN est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française, d’extrême-droite. »

8. « Je n’aime pas ce terme de modèle social. »

9. « Être élu est un cursus d’un ancien temps. »

10. « Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt, la meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler. »

11 « Les britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher »

12 Je dis aux jeunes : « ne cherchez plus un patron cherchez des clients »

13 « La France est en deuil d’un roi »

14 « Je suis pour une société sans statuts »

15 « Je ne suis pas là pour défendre les jobs existants »

16 « Le chômage de masse en France c’est parce que les travailleurs sont trop protégés »

17 : Il qualifie ceux qui, au sein du PS, s’opposent à sa loi (308 articles réactionnaires dont le travail le dimanche, de nuit, ou la privatisation du don du sang) de « foyer infectieux » ou de « fainéants ». « Je pense qu’il y a une politique de fainéants et il y a la politique des artisans. »

18 : « Chaque candidat qui sera investi signera, avec moi, le contrat avec la Nation. Il s’engage à voter à mes côtés les grands projets, à soutenir notre projet. » « Pas de frondeurs » ( l’article 27 de la loi fondamentale dispose que  »tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du Parlement est personnel »)

19 : Finie la protection sociale basée sur le salaire. Macron propose ainsi un transfert géant de 450 milliards de cotisations sociales du salaire brut payé par le capital (eux) sur celui de l’état payé par l’impôt (nous).

20 : « Je vais faire un CICE durable »

21 : « Je ne vais pas interdire Uber et les VTC, ce serait les renvoyer vendre de la drogue à Stains »

22 : « Je compte sur vous pour engager plus d’apprentis. C’est désormais gratuit quand ils sont mineurs »

23 : « Il n’y a pas de culture française »

24 : « Vu la situation économique, ne plus payer les heures supplémentaires c’est une nécessité » (à Davos !)

25 : « La gauche classique est une étoile morte. L’idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est »

26 : « C’est une erreur de penser que le programme est le cœur » d’une campagne électorale » « la politique, c’est mystique »

27 : « 35 h pour un jeune, ce n’est pas assez »

28 : « Je vous ai compris » dit-il aux pieds-noirs à Toulon

29 : « Il n’y a pas de culture française mais des cultures »

30 : « La politique c’est mystique »

 

 

Jusqu’au bout pour l’unité de la gauche

Bonjour à tou-te-s, 

Nous avons été près de 1100 personnes à participer aux 18 rassemblements organisés la semaine dernière partout en France. C’est un joli début pour le mouvement citoyen naissant que nous sommes et nous pouvons faire mieux !

Parce que nous restons déterminé-e-s à obtenir une union de la gauche et des écologistes dès les présidentielles, nous lançons un NOUVEL APPEL A MOBILISATION le SAMEDI 11 MARS.

Samedi, soyons encore plus nombreux ! Montrons que le peuple de gauche est encore debout et ne se résigne pas à être éliminé dès le premier tour des présidentielles.

Rejoignez-nous lors des rassemblements prévus aux quatre coins de la France !

ALBI : samedi 11 mars – Place du Vigan – 10:00
https://www.facebook.com/events/605164406349607/

ANGERS : samedi 11 mars – Place du Ralliement – 15:00
https://www.facebook.com/events/661123297421373/

AVIGNON : samedi 11 mars – Place de l’Horloge – 11:00
https://www.facebook.com/events/420991334908623/

BORDEAUX : samedi 11 mars – Place Pey-Berland – 14:00
https://www.facebook.com/events/400400636980427/

CHAMBERY : samedi 11 mars – place St Léger – 11:00
https://www.facebook.com/events/1418720128160663/

CLERMONT-FERRAND : samedi 11 mars – place de Jaude – 17:00
https://www.facebook.com/events/1442973452441462/

LILLE : sam 11 mars – Place du Vieux Marché aux Chevaux – 13:00
https://www.facebook.com/events/276525812785307/

LYON : samedi 11 mars – Place de la Comédie – 16:30
https://www.facebook.com/events/1017352928424352/

NICE : samedi 11 mars – Place de Garibaldi – 14h30
https://www.facebook.com/events/2097770230449432/

MARSEILLE : samedi 11 mars – L’ombrière du Vieux Port – 13:00
https://www.facebook.com/events/1346412305382292/

MONTPELLIER : samedi 11 mars – Place de la Comédie – 15:00
https://www.facebook.com/events/638934432957445/

PARIS : samedi 11 mars – Place de la République – 14:00
https://www.facebook.com/events/258687497917870/

TARBES : jeudi 9 mars – avenue Joffre – 18:30
https://www.facebook.com/events/181355342362000/

TOULOUSE : samedi 11 mars – Place du Capitole – 14:00
https://www.facebook.com/events/1917009345198291/

TOURS : samedi 11 mars – Place Jean Jaurès – 14:00
https://www.facebook.com/events/1406465086094986/

AUTRES VILLES :
Des initiatives citoyennes naissent chaque jour. Depuis l’envoi de ce message, un rassemblement s’est peut-être ajouté près de chez vous ! Vérifiez-le ici :
https://www.facebook.com/events/1449968668360950/

Pas de rassemblement dans votre ville ?
Nous pouvons vous aider à organiser votre propre rassemblement, contactez-nous ici :
https://www.facebook.com/1maispas3/?fref=ts

Montrons-leur que le peuple de gauche est debout et déterminé !

L’équipe de #1maispas3.

Dans le puzzle du « programme » Macron il reprend la vieille lune d’aligner les régimes de retraite public et privé : ils le sont déjà – et de supprimer celles des conventions collectives qui avantage les métiers durs

le prédicateur Macron reprend l’idée de supprimer les conventions collectives qui donnent des avantages retraites aux métiers durs physiquement er mentalement. par exemple les éboueurs dont l’espérance de vie moyenne est de 58 ans…

 

pour chaque euro cotisé, un équivalent en euro de retraité, c’est l’aggravation confirmée des inégalités de la vie à la mort…

 

 

 

 

reprise ci dessous d’un article de 2007 sur ce sujet…

 

déjà en 2010 les régimes spéciaux de retraites (salariés de la SNCF, de la RATP, d’EDF-GDF) se sont trouvé confrontés à un véritable tir de barrage. C’était avec fillon. Macron remet cela

sachons tous que ces « régimes spéciaux » sont en général des conventions collectives  de branche qui donnent des avantages aux métiers qui ont su et pu les négocier. Macron qui prétend renvoyer le droit du travail et social « aux branche et entreprises » veut supprimer ce que les branches ont négocié et signé en matériel de retraite pour une uniformisation malvenue. La différence d’espérance de vie entre un ouvrier et un cadre est de 7 ans en moyenne; L’espérance de vie en bonne santé recule depuis dix ans que les départs en retraite ont été repoussés, de 63 à 62 ans.

vieilles lunes de Macron

François Fillon affirmait des 2007 qu’il faudra réformer ces régimes de retraite « dès le début de la prochaine législature ». Pour la Cour des comptes, il fallait leur imposer « les principes prévus par la loi de 2003 ».

de Villepin, plus conscient, était contre : le promoteur du CNE et du CPE appelait, en effet, « à ne pas monter certains Français contre d’autres » !

Querelle tactique et accord sur le fond

L’opposition entre Fillon et de Villepin relevait de la tactique politicienne. Fillon voulait embarrasser de Villepin au moment du débat sur la fusion Suez-GDF. De Villepin ne voulait surtout pas que de l’huile soit jetée sur le feu.

Mais, sur le fond, il n’y a aucune illusion à se faire : ils cherchaient à réformer les régimes spéciaux de retraites c’est à, dire a casser les conventions collectives en vigueur sur ce sujet

Horace et les Curiaces

Jean-Louis Debré (président UMP de l’Assemblée Nationale) posait une question intéressante à François Fillon : « Pourquoi lorsqu’il était ministre, n’a-t-il pas fait une réforme des régimes spéciaux ? »

La réponse est simple : il fallait diviser le salariat pour pouvoir l’affronter sur un sujet aussi sensible que les retraites.

Horace choisissait d’attaquer l’un après l’autre chacun des trois Curiaces : le secteur privé, la fonction publique, les régimes spéciaux.

En 1993, Balladur avait commencé à la besogne en s’attaquant aux retraites des salariés du secteur privé (40 ans de cotisations, retraite calculée sur les 25 meilleurs années et non sur les 10…)

En 1995, Juppé, s’appuyant sur l’inégalité créée par Balladur entre salarié du privé et du public s’attaquait, au nom de l’égalité, à la retraite des fonctionnaires et aux régimes spéciaux. L’énorme mobilisation de novembre-décembre 1995 l’obligeait à reculer. Fillon en a tiré les leçons : en 2003, il ne s’est attaqué qu’aux seuls fonctionnaires.

Macron en rajoute une louche, il reste 25 conventions collectives avantageuses pour certains catégories de travailleurs, il  estime maintenant qu’il est temps d’en finir avec tous ces   »régimes dits spéciaux », au nom d’une conception de l’ « égalité », qui est celle du nivellement par le bas.

En 1995 les salariés du public ont défendu les intérêts de tous les salariés

En 1995, les salariés de la fonction publique, ceux de la SNCF, d’EDF-GDF, de la Ratp ont été accusés de défendre des « intérêts corporatistes ».

En réalité, en défendant leurs propres retraites, ils ont défendu les retraites de tous les salariés, du privé comme du public. Pendant 8 ans, aucun gouvernement n’a osé remettre en cause les retraites dans le public mais aussi dans le privé. Il n’était pas possible, en effet, d’exiger des salariés du privé une augmentation de leur durée de cotisation tant que les salariés du public bénéficiaient de 37,5 années et demie.

Mais en 2003, Fillon ne s’est pas contenté d’obliger les salariés du public à cotiser 40 annuités. Dès 2008, la loi qu’il a fait voter, augmentera d’un trimestre par an ans la durée de cotisation dans le privé et dans le public. Les 45 annuités préconisées par le Medef sont en bonne voie.

Pourquoi les salariés sont-ils les seuls visés ?

Curieusement, le tir de barrages contre les régimes spéciaux de retraites ne vise que les salariés. Pourtant, au nom de l’ « égalité », il existerait d’autres cibles.

Les « retraites chapeaux », tout d’abord. Elles sont financées à grands frais par les entreprises et permettent à bien des dirigeants d’entreprise de bénéficier d’une retraite approchant souvent de très près leur salaire d’activité. Ce sont autant de sommes qui sont détournés de l’augmentation des cotisations retraites patronales et qui nuisent à l’équilibre des régimes de retraite des salariés du secteur privé.

Ensuite, les transferts entre régimes de retraite, ce qu’on appelle la « compensation ». Ils se font au détriment des régimes de salariés et au profit des régimes de non-salariés (agriculteurs, professions indépendantes, commerçants, professions libérales…).

En quoi est-ce acceptable alors que ces professions paient des cotisations nettement inférieures à celle des salariés (cotisations salariés + cotisations employeurs) et ont toujours refusé un alignement de leurs cotisations sur celles des salariés ?

si on veut égaliser il faut le dire : tous à la même sécu, tous aux mêmes caisses de retraite par répartition,

Un enjeu financier au total peu important

Il s’opère, tout d’abord,une confusion entre les régimes spéciaux de retraite des trois Fonctions publique (Etat, collectivités territoriales, hôpitaux) et les régimes spéciaux de la SNCF, de la RATP, d’EDF-GDF, des mines. Or, seuls ces derniers sont concernés puisque les trois fonctions publiques ont été au nombre des victimes de la loi Fillon de 2003. L’enjeu est donc beaucoup moins important que ce qui est suggéré.

La Cour des comptes précise, ensuite, qu’il faut réformer ces régimes « en raison des perspectives démographiques » : le nombre de retraités augmente et le nombre de cotisants diminue. C’est un argument un peu court car il ne prend pas en compte les causes de cette évolution démographique. La cause fondamentale de cette évolution est pourtant évidente : la dégradation du service public et le fait que depuis plus de 20 ans, les embauches nécessaires à un fonction correct du service public n’ont pas été effectuées. Il est donc normal que la solidarité nationale intervienne pour financer les retraites de ces régimes. Si tel n’était pas le cas, quel serait le sort des mineurs retraités

Enfin, lorsque l’on analyse la question des retraites, il est nécessaire d’envisager l’avenir, de faire un peu de prospective.

En effet, si la situation démographique des régimes spéciaux n’est pas très favorable aujourd’hui il n’en sera pas de même dans 20 ans. A condition, toutefois que cesse la dégradation du service public. Car la diminution des embauches depuis plus de 20 ans se traduira par une diminution des départs en retraite en 2025.

Aujourd’hui, il y a environ 500 000 retraités (certains ne bénéficiant, d’ailleurs, que de pensions de réversion) relevant des régimes spéciaux pour un total de 12 millions de retraités, soit 4,2 %. En 2025 les chiffres seront tout à fait différents : environ 300 000 pour environ 18 millions de retraités, soit 1,6 % du total.

Alors pourquoi tant de bruit pour si peu ?

Parce que la droite veut briser les reins de ceux qui ont été le fer de lance des mobilisations de salariés en 1995 et en 2006, 2010 et meme un peu en 2013. C’est aussi l’un des buts des privatisations, même si ce n’est pas le plus important.

Parce que la droite veut aller au-delà de l’allongement d’un trimestre par an de la durée de cotisation et aller le plus rapidement possible vers une retraite à taux plein pour 45 années de cotisation.

L’article 5 de la loi Fillon 2010 lui permet très clairement d’agir ainsi.

Mais, sans augmenter les cotisations (ce que le Medef lui interdit) il ne sera pas possible d’équilibrer le financement des régimes de retraite par répartition.. Cela ne sera possible politiquement que quand aura sauté l’ultime verrou symbolique des 37,5 années de cotisation dans les régimes spéciaux.

en 2017, Fillon veut aller à la retraite à 65 ans et 70 ans a taux plein

Pourquoi pas un seul régime de retraite ?

La question est judicieuse.

Mais il faudrait d’abord la poser au gouvernement qui, avec la loi Fillon, a fait le lit des fonds de pension et mis à mal la possibilité d’un seul régime unifié de retraite par répartition.

Il faudrait ensuite la poser à tous les non-salariés qui ont toujours refusé l’intégration à un régime qui les obligerait à aligner leurs cotisations sur celle du salariat.

Il faudrait, enfin, prendre en compte le fait que EDF-GDF et la RATP ont commencé à intégrer (adosser) les retraites de leurs salariés au régime général. Cette intégration a amené le versement d’une soulte par les entreprises concernées, afin de compenser le transfert de charges.

L’égalité des droits : oui, mais comment ?

Il reste cependant une question de fond : pourquoi  les salariés d’EDF, la SNCF, la RATP pourraient-ils profiter de conditions de départ en retraite qui seraient plus avantageuses que celles des salariés du privé ou des trois fonctions publiques ?

Les salariés des entreprises visées ont la possibilité de partir en retraite à 55 ans, voire à 50 ans. Ils cotisaient 37,5 années encore en 2007 contre 40 dans les autres secteurs. Leurs retraites sont calculées sur le dernier salaire.  Est-ce acceptable au regard du sort imposé aux salariés du privé ou de la Fonction publique ?

Que 18 000 agents de conduite de la Sncf (10 % des agents de la Sncf) puissent prendre leur retraite à 50 ans ne paraît pas scandaleux au regard de la nature de leur métier et de la sécurité des usagers. D’ailleurs, les militaires peuvent la prendre bien avant cet âge mais ne font pas l’objet d’une attention aussi soutenue. Ce qui est regrettable, par contre, c’est que la pénibilité du travail et la sécurité (des usagers de la route par exemple) ne soient pas prise en compte dans le secteur privé.

Que les 160 000 autres agents de la Sncf puissent partir à 55 ans correspond au versement de cotisations retraites beaucoup plus élevées que dans le secteur privé. En 2000, ces cotisations s’élevaient à 26 % de son salaire pour un salarié du privé (régime général et ARCCO) mais à 36 % de son salaire pour un salarié de la Sncf. Une partie de ces 36 % est  certes payés par l’Etat mais c’est aux dépens d’un salaire direct plus élevé. Il faut savoir également que le départ en retraite à 55 ans n’est pas du tout synonyme de retraite à taux plein. En effet, l’âge d’embauche a continuellement reculé : de 18 ans il y a 40 ans  à 24/25 ans en moyenne aujourd’hui. Très peu de cheminots bénéficieront donc, dans ces conditions d’un nombre d’annuités suffisantes pour bénéficier d’une retraite à taux plein à l’âge de 55 ans.

Leur retraite est calculée sur leur dernier salaire. Mais ce ne serait certainement pas une bonne solution pour les salariés du privé : à la différence du public, un salaire peut considérablement régresser au cours de cette dernière année. La vraie égalité avec les salariés du public serait de revenir au calcul de la retraite sur la base des 10 meilleures années.

Les salariés relevant des régimes spéciaux peuvent bénéficier d’une retraite à taux plein au bout de 37,5 années de cotisation. Alors qu’il faut 40 annuités pour les salariés du privé. Alors qu’il faudra (dans le meilleur des cas) ajouter un trimestre par an à ces 40 annuités à partir de 2008 aussi bien pour les salariés du privé que pour ceux des trois fonctions publiques.

Il n’y a donc pas égalité. Mais tout le problème est de savoir comment établir cette égalité.

Mais cela n’aura aucun sens tant que sévira le chômage de masse et que différer le départ à la retraite obligera des centaines de milliers de jeunes à rester au chômage.

Cela n’aura aucun sens, non plus, tant que la durée moyenne d’une carrière dans le secteur privé sera, comme aujourd’hui, égale à 42 ans.

Dans les conditions actuelles, en effet, obliger les salariés du privé à cotiser au-delà de 42 vers 43 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein relève d’un déni de réalité, d’une volonté de faire chuter dramatiquement le niveau des retraites sans oser l’avouer. Le patronat licencie à tour de bras les salariés de plus de 50 ans et le gouvernement  vient de supprimer le seul frein à cette frénésie : la contribution Delalande qui obligeait à verser entre 8 et 12 mois de salaire pour le licenciement d’un salarié âgé. De plus en plus de salariés du privé (notamment les femmes) partent avec des retraites amputée, de plus en plus proches du minimum vieillesse. Ils seront sans doute la majorité dans 30 ans. Certes, l’égalité est nécessaire. Mais la seule égalité possible, aujourd’hui, si l’on ne veut pas baisser le niveau des retraites, c’est les  40  annuités, dans le privé comme dans le public (fonction publique et régimes « spéciaux »).

La retraite dans le privé avec 25 années de cotisations, et dans le public calculée sur les 6 derniers mois sans prime, cela revient a peu près au même.

Si le calcul se faisait sur les 25 meilleures années dans le public, primes incluses, elles seront plus élevées.

Comment financer les retraites ?

L’alignement des régimes spéciaux de retraites sur les autres régimes de retraite des salariés ne concernerait que 1,6 %  des retraités en 2025. Il serait donc, de toute façon, parfaitement vain d’attendre de cette réforme une solution au financement des retraites. .

C’est pourquoi il est nécessaire de revenir sur la question du financement des retraites. C’est là que se situe la clé du problème. La réforme Fillon ne créait pas de nouvelles ressources pour les retraites. Pour cette loi, l’équilibre financier sera le produit de l’allongement de la durée de cotisation et de la baisse du montant des retraites.

Ce qui signifie que dans 30 ans, vieillesse et pauvreté redeviendront synonymes pour la majorité des salariés en retraite, comme il y a 40 ans !

Pourtant, selon le Conseil d’Orientation des Retraites et le rapport Charpin avait calculé qu’il était possible de maintenir le niveau des retraites à condition d’augmenter les cotisations retraites de 15 poins en 40 ans. Cela représente une augmentation de 0,38 point par an. A part le Medef, qui peut prétendre qu’une augmentation de 0,25 point pour les cotisations patronales et de 0,13 points pour les cotisations salariales serait insupportable ? C’est, au contraire, non seulement possible mais souhaitable. Cela serait possible car cela n’empêcherait ni les profits ni les salaires directs d’augmenter. Cela permettrait de financer des retraites égales à 75 % du salaire et (en augmentant plus rapidement le taux des cotisations patronales) de commencer à répartir autrement les richesses. Cela permettrait de commencer à reprendre au capital les 160 milliards d’euros annuels gagnés par les profits au détriment des salaires au cours des 25 dernières années.

L’égalisation des retraites se ferait alors par le haut et non par le bas comme le veulent le gouvernement et le Medef.

Gérard Filoche (Jean-Jacques Chavigné )