Intervention au BN du PS du dimanche 11 juin 17 à 18 h

suite à l’introduction du premier secrétaire :

1°) Les abstentions ont une portée clairement anti Macron, il n’a pas de dynamique même s’il obtient un groupe godillot, ce président a été élu avec environ 14 à 16 % d’adhésion à sa personne, les autres voix il les a eues par défaut pas par adhésion, à cause du mécanisme institutionnel anti-démocratique de la V° République et voilà pourquoi il y a un si fort taux d’abstentions. C’est un record historique, elles signifient un rejet de ce pouvoir installé artificiellement et quand on étudiera en détail on verra que la gauche s’est massivement abstenue, elle est sur la défensive depuis le terrible désastre du 23 avril qui a été du d’abord à l’échec tragique du quinquennat Hollande-Macron-Valls puis à à la division Mélenchon-Hamon

2°) On ne va surtout pas faire ce que propose Jean-Christophe à savoir écrire aux deux « En Marche » et « France Insoumise » pour les interroger avant de prendre une décision de désistement. On sait. On connait les réponses. On va être ridicules si on feint de ne pas savoir. On va perdre tout ce qui nous reste si on ne sait pas dans quel camp on est ! Macron c’est Thatcher, il faut le combattre, Macron ce n’est pas seulement les ordonnances de casse du droit du travail, c’est aussi la mort du salaire brut, la fin de la sécurité sociale liée au salaire, on sait, et avec toute la gauche rose rouge verte, avec EELV, le PCF, et FI. Si on veut sauver des députés de gauche au deuxième tour, c’est par une entente de la gauche surtout pas par une hésitation, vous imaginez ce que propose JC ? Ecrire à Macron et à Mélenchon, avant de « trancher » ?  Mais on connait notre camp, c’est la gauche, si on veut additionner des voix ce sont celles de toute la gauche, rose, rouge, verte EELV, PCF, FI et il faut tout faire pour sauver tout ce qu’on peut de ce camp-là. Et avoir un groupe parlementaire rose rouge vert independant et capable de combattre Macron-Thatcher

J’appelle au désistement systématique pour FI, EELV, PCF, et réciproquement pour le PS anti Macron. J’appelle à l’unité à gauche, pas une voix de gauche pour celles et ceux qui ont soutenu Macron où se sont réclamés de sa « majorité présidentielle ».

Gérard Filoche

 

La mort du salaire brut

Macron prépare la plus terrible attaque contre nos salaires de toute l’histoire de notre pays. Du jamais vu.

Il va supprimer le salaire brut.

Les grands médias des 9 milliardaires font mine de nier ou déforment la réalité : comme si seul comptait le salaire net en bas de la feuille de paie.

Mais non, c’est le salaire brut qui compte !

Réexpliquons le à nos concitoyens car le pouvoir cherche à supprimer les feuilles de paie papier et à les « simplifier » pour pas qu’on voit la manœuvre.

Le salaire net c’est pour payer la force de travail.

Le salaire brut c’est pour payer la reproduction de la force de travail.

Le salaire net on vit avec au mois le mois

Le salaire brut on vit avec tout au long de la vie.

Le salaire net vous permet de consommer et de vivre quotidiennement.

Le salaire brut vous permet de faire face à tous les aléas de la vie, quand vous avez besoin de logement, quand vous êtes en charge de famille, quand vous êtes malades, quand vous avez un accident du travail ou une maladie professionnelle, quand vous êtes au chômage, et quand vous êtes en retraite.

Les cotisations ne sont pas des impôts, elles sont obligatoirement pré affectées à ce pourquoi elles sont collectées, elles ne vont pas aux caisses publiques, car les différentes  caisses de Sécurité sociale sont de droit privé (et devraient être gérées par les cotisants, les représentants des salariés normalement élus comme cela l’était à l’origine de la « Sécu ». Allez revoir le film « La sociale » de Gilles Perret).

Le salaire brut ce n’est pas une « charge » comme ils le disent, c’est un bonheur.

C’est une partie du salaire mutualisée et redistribuée à chacun selon ses besoins, c’est ce qu’il y a de plus beau dans notre pays.

Le salaire brut vous est redonné en « temps différé » quand vous êtes malades, en « temps indirect » pour le logement, mais aussi en « temps réel » quand vous êtes en retraite (car dans ce cas il va en direct, de ceux qui travaillent à ceux qui sont en retraite, la retraite par répartition n’est pas une épargne !).

C’est le capital, l’actionnaire, l’employeur qui paient votre protection sociale, le salaire brut, chaque mois, en même temps que votre salaire.

Macron a déjà supprimé les cotisations familiales, il a baissé les cotisations parfois jusqu’à 1,6 ou 1,9 fois le smic.  Là, il supprime et remplace tout par l’impôt.

C’est nous, par nos impôts, qui paieront dorénavant à la place de notre patron. Un hold up de 470 milliards contre nous ! Un cadeau géant de 470 milliards pour le Medef.

Pour tenter de masquer ça, ils vont augmenter de quelques euros votre salaire net mais baisser de centaines d’euros votre salaire brut.

Ils baissent le haut de la feuille de paie en faisant croire qu’ils augmentent le bas de celle-ci. C’est un coup de bonneteau.

Et c’est pourquoi Macron diffère le prélèvement de l’impôt à la source prévu fin janvier 2018, purement pour manipuler, cacher cette énorme arnaque.

 

Gérard Filoche

 

a lire chaque semaine dans l’humanité dimanche la chronique « au boulot »  (N° 343, 7° année)

 

 

annexe :

 

In « Décider et entreprendre. La voix des entreprises »

Filoche est-il le seul vrai libéral de France?

16 juin 2017 Eric Verhaeghe Entreprises 0

 

Gérard Filoche a l’outrance facile. Mais, sur la suppression des cotisations salariales et leur remplacement par une hausse de la CSG, ses prises de position ont le mérite d’ouvrir un débat que les Républicains (également hostiles à la mesure) auraient dû ouvrir depuis longtemps.

 

Effectivement, Gérard Filoche a raison! le remplacement des cotisations salariales par une contribution sociale généralisée revient bien à ne plus solliciter le capital pour financer la dépense de sécurité sociale. Et comme le dit très bien Gérard Filoche, le sens historique de cette mesure consiste à supprimer du revenu différé supporté par le capital et à le remplacer par du revenu différé supporté par la collectivité.

Effectivement, donc, l’ambition d’Emmanuel Macron est de modifier l’assiette de financement des revenus de remplacement apportés par la sécurité sociale. On s’étonnera de n’avoir pas entendu les dirigeants des Républicains formuler le débat de cette façon, puisque, si une mesure devait être sauvée dans le programme d’Emmanuel Macron, c’est bien celle-là.

Si le questionnement de Gérard Filoche est bien libéral (dès lors qu’il examine le fondement philosophique de l’assiette de sécurité sociale et qu’il cherche à justifier la contribution du capital à la valeur prélevée), les réponses qu’il apporte sont évidemment diamétralement non libérales. Filoche considère en effet comme normal que le capital finance la sécurité sociale. Or, dans le cas de l’assurance maladie financée par les cotisations sociales, on peut s’étonner que la gestion du risque maladie ne procède pas majoritairement par une contribution des assurés.

En ce sens, la réponse apportée par Macron est partiellement libérale, puisqu’elle va proposer aux assurés de financer leur propre assurance. Rappelons que la dépense maladie est principalement causée en France par des retraités, et ne l’est que minoritairement par des salariés. Le déplacement du financement de l’assurance maladie vers la contribution sociale généralisée est donc plus satisfaisant.

En revanche, un positionnement libéral intégral consisterait à supprimer les cotisations patronales et non les cotisations salariales destinées à financer la sécurité sociale. Rappelons que la France est la championne du monde de la cotisation patronale!

 

 

Intervention au BN du PS du mardi 6 juin : pour regagner à gauche combattons radicalement anti Macron, contre ses ordonnances scélérates anti travail

Certes le tableau de la situation internationale que tu décris, Jean-Christophe, est sombre.

Alors je chercherais les éléments d’espoirs même rares. Contrairement à ce que tu disais il y a 15 jours, en soulignant que Jérémy Corbyn était à 20 points derrière Mme May, ce n’est plus le cas, et il a regagné 20 points et talonne la victoire. Ce qui serait une très bonne nouvelle. J’y verrais qu’il y a « un besoin de gauche », et quand un grand parti travailliste renoue avec une politique de gauche, il fait mieux que les partis qui se perdent dans le social libéralisme, comme le notre et qui perdent donc tous les élections depuis 5 ans. 600 000 adhérents, un rêve n’est ce pas ? Mais pour ça faut être à gauche

Nous, nous avons tout perdu en cinq ans, lui, il tente une reconstruction de la gauche à gauche. Je soulignerais aussi qu’au Portugal, les choses ne vont pas si mal, quand il y a relance et rupture avec la politique d’austérité, il y avait un reportage hier soir au JT de la 2, bien sur ils omettaient de dire que c’était grâce à une gauche unie, PSP, PCP, Bloc de gauche, et que c’est un bon exemple ici car sans unité de la gauche rien n’est possible.

D’ailleurs au 2° tour, le 18 juin, il faudra bien appeler à voter pour le candidat de gauche le mieux placé pour battre Macron et la droite n’est ce pas ? C’est la seule chance d’avoir un groupe parlementaire, rose rouge vert, indépendant et anti Macron.

Bon la campagne PS n’imprime pas. Tout semble joué mécaniquement pour Macron, avec un fort taux d’abstentions à gauche.

J’ai circulé et on me parle de ci de là, de « direction collégiale », de « faillite » de « changement de nom »  de ne « pas tenir un congrès » mais de « refonder » sic : tout ça est à venir mais hors sujet dans les jours actuels.

On devrait se concentrer contre les ordonnances anti travail de Macron et les prendre frontalement.

Parce que la preuve est faite avec le vote des français de l’étranger que ca ne paye pas de se présenter comme des soutiens à Macron.

Ceux qui croient malins de rajouter qu’ils sont de « la majorité présidentielle » ou se disent « constructifs », et se réclament honteusement de la droite Macron, perdent encore plus que les autres. Les électeurs sanctionnent leur manœuvre, leur trahison et votent pour l’original ou bien s’abstiennent massivement à gauche.  45 % d’abstentions nous menacent, ça impose pour avoir 12,5 % des inscrits, d’avoir 22 à 24 % des votants pour être au 2° tour.

On doit être une opposition ferme, parce qu’on a quelque chose a défendre.

Ca fait quatre semaines que j’essaie ici, pédagogiquement, de dire qu’il faut alerter, dénoncer, prendre la question des ordonnances anti travail comme cible et cogner dessus, pas en souplesse, mais frontalement.

Et là hier soir, à la télé, et ce matin, à la radio, on a un des rares spots adressé à des millions de gens et il ne dit rien, rien, il ne polémique même pas là dessus.

Ce n’est qu’en mettant en garde contre Macron, en sonnant le tocsin qu’on sauvera quelques sièges. Il faut se démarquer, s’opposer y compris sur Ferrand ou sur son « kwassa kwassa anti comorien », 12 000 morts quand même, qu’est ce qu’on n’aurait pas dit si c’était Sarkozy ? Ne laissons pas passer cette blague raciste de potache énarque, ce personnage est détestable et plus ça va aller et plus on va le voir.

Macron est, sur le plan économique et social, d’extrême droite libertarienne, tout son monde passe par l’exploitation en entreprises, sans statut ni droit, c’est l’aile droite du parti républicain US, regardez comment il veut casser le salaire brut, évacuer les cotisations sociales du bulletin de paie et supprimer les IRP, le CDI, faciliter encore plus le licenciement.

Les cotisations familiales sont déjà évacuées, il enlève les cotisations chômage, les cotisations maladie, les cotisations retraite, tout ça pour cadeau au CAC 40, tout ça pour que banquiers, rentiers, actionnaires, employeurs ne paient plus la protection sociale liée au travail. C’est bien pour faire cette opération qu’il a reporté le prélèvement de l’impôt à la source prévu en janvier 2018. Il nous fait une contre-révolution de 75 ans, il casse tout le système social appuyé sur le travail, du CNR, et le remplace par l’impôt que NOUS paierons, tous, toutes, par TVA, CSG. La il ne s’agit plus de cadeaux en dessous de 1,2, 1,3 ou 1,9 fois le smic, non c’est un cadeau sans précédent de 450 milliards au patronat à la finance, au CAC 40

Et la casse du code du travail ira loin, contre les syndicats et le droit de grève inclus : ce ne sera pas le problème des TPE : les TPE, c’est déjà le moyen âge en droit du travail, durées longues, salaires bas, heures supp’ impayées, travail dissimulé. Un million de TPE de moins de 11 salariés, 4,2 millions qui votent d’ailleurs à 52 % des voix pour la CGT et FO, celles-là ont peu de syndicats et pas d’IRP.

Vous savez sur 547 accidents mortels du travail, il y a 64 morts dans le bâtiment, qui sont des intérimaires, tiens je l’ai déjà suggéré si on veut vraiment communiquer, si on veut se faire entendre, proposons que l’intérim soit interdit dans le bâtiment comme..  en Allemagne, ca fera sensation et ca fera discuter hygiène sécurité conditions de travail, plutôt que des sinistres projets Macron pour la flexibilité mortifère.

Les ordonnances feront le jeu des 1000 grosses entreprises qui font 50 % du Pib, celles qui ne paient pas d’impôts et siphonnent toutes nos ressources, ce sera la casse des droits dans les 200 000 entreprises PME PMI ETI, car 80 % d’entre elles sont sous traitantes ! Ce sont des ordonnances pro chômage, car les 58 multinationales française nourriront la finance avec et pas l’emploi. Les ordonnances seront faiseuses de chômage, en fait, il faut le dire, que ça s’entende ! La déréglementation supprime des emplois et baisse les salaires, c’est tout… elle hausse le chômage.

Je re-propose de réguler la sous-traitance, d’imposer un seul niveau de sous-traitance, de responsabiliser les donneurs d’ordre, si on veut aider nos candidats c’est cela qu’il faut faire, et pas baratiner de façon vague sur n’importe quoi comme dans nos spots.

Ca va être la déroute, mais pour l’endiguer faisons au moins de la politique de gauche,  ca aidera pour les survivants du 2° tour, et pour reconstruire la gauche unie ensuite.

 

 

 

 

« Le kwassa kwassa amène du comorien » l’énarque Macron blague élististe et raciste

POLÉMIQUE

Quand Macron plaisante sur les bateaux qui «amènent du Comorien» à Mayotte

Par LIBERATION — 3 juin 2017 à 11:31
Emmanuel Macron dans le port de Lorient, jeudi. Photo Stéphane Mahe. AFP 

  • Quand Macron plaisante sur les bateaux qui «amènent du Comorien» à Mayotte

Pour l’Elysée, c’est «une plaisanterie pas heureuse». Ni plus, ni moins. En visite au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage atlantique (CROSS) d’Etel, dans le Morbihan, Macron a cru bon de plaisanter à propos des «kwassa-kwassa», de frêles embarcations à bord desquelles chaque année des migrants embarquent au large de Mayotte.

La scène, qui s’est déroulée jeudi 2 juin, a été repérée par l’émission Quotidien qui a diffusé les images vendredi soir. On y voit le président de la République discuter avec l’un des membres du centre de surveillance. «Il y a des tapouilles et des kwassa-kwassa», explique ce dernier. «Ah non, c’est à Mayotte le kwassa-kwassa», répond alors Emmanuel Macron, qui poursuit, goguenard : «Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent.»

Les kwassa-kwassa sont régulièrement utilisés par des migrants de l’archipel indépendant des Comores pour gagner Mayotte, devenu le 101e département français en 2011. De frêles embarcations à bord desquelles chaque année, des migrants meurent.

Un cimetière marin

Selon un rapport du Sénat publié en 2012, entre 7 000 et 10 000 Comoriens auraient ainsi perdu la vie à bord de ces bateaux entre 1995 et 2012.

Dans un billet de blog, Jean-Pierre Sueur, auteur du rapport, écrivait : «Ce sont des barques à fond plat, rudimentaires, qui ne répondent à aucune norme de sécurité et ne pourraient « accueillir » que huit ou neuf personnes si les normes étaient respectées. A chaque voyage, trente à quarante personnes y sont entassées. Le voyage dure vingt-cinq heures dans les conditions de promiscuité et d’hygiène que l’on peut imaginer. La barque est si chargée qu’elle navigue à même le niveau de la mer. Il y a des naufrages, des noyades, des disparitions, des êtres humains qui passent par-dessus bord. On m’a dit que ce bras de mer était un cimetière marin».

Comme le rappelait RFI, l’utilisation de ces barques s’est dévelopée après l’instauration du «visa Balladur», qui oblige depuis 1995 les habitants des îles comoriennes (Mohéli, Anjouan, Grande-Comore), a avoir un visa délivré par la France pour venir à Mayotte.

C’est ce qui fait dire au Parti communiste, dans un communiqué envoyé ce samedi, que «l’Etat français porte une très lourde responsabilité dans ce crime affreux qui se perpétue». Emmanuel Macron, lui, est donc sommé d’«apprendre à se contrôler pour ne pas rire de tout, surtout lorsqu’il s’agit de l’innommable».

Au delà de la «maladresse» que constitue le fait de plaisanter sur un tel sujet, l’utilisation de l’article «du», pour parler d’hommes, a choqué, à juste titre. Comme le fait remarquer une internaute, cette opération grammaticale peut êre considérée comme une réification, soit le fait de déshumaniser par le langage, de qualifier un homme, comme un objet.

«Si Sarkozy président avait prononcé cette phrase»

«Si Sarkozy président avait prononcé cette phrase face caméra, le tollé aurait été gigantesque. « Du » comorien. 12 000 morts. Et là… insensé», a réagi l’ex-ministre écologiste et candidate aux législatives Cécile Duflot, sur Twitter.

Nadine Morano, qui ne s’est jusqu’ici pas illustrée dans la défense des migrants et réfugiés, a également dénoncé une «blague douteuse». Sans oublier de critiquer au passage les journalistes, qui, selon elle, feraient du «deux points, deux mesures». La séquence a pourtant été largement relayée par les médias.

«Président du Groupe d’amitié France-Union des Comores de l’Assemblée nationale, j’invite Emmanuel Macron à régler les problèmes locaux plutôt qu’à en rire», a déclaré de son côté le député PS de Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg.

Contacté par le Lab, l’Elysée s’est contenté de reconnaître une «plaisanterie pas heureuse» et «malvenue».

 

5 juin 2017 Dans Politis : refusons dans l’unité de la gauche une loi anti travail bis par ordonnance

La Déclaration ci-dessous est signée par des personnalités, des élu-es et des responsables nationaux de diverses forces de gauche et écologistes.

Nous refuserons une loi Travail bis par ordonnance !

Emmanuel Macron, à peine élu, se propose d’aller beaucoup plus loin que la loi EL Kohmri dans la liquidation du Code du travail.

Après l’utilisation du 49-3 par le gouvernement de Valls-Hollande, son projet est de passer en force, sans aucun débat au parlement, par voie d’ordonnances.  Lui qui clamait refuser le 49-3 sur sa propre loi de 2015, il fait pire en voulant « réformer au pas de charge » et empêcher tout débat.

Ce n’est pas acceptable et nous ferons tout pour l’en empêcher.

Si une telle option venait à être confirmée, elle constituerait une violation immédiate et grave du débat démocratique, par le président Macron une fois celui-ci installé.

En 2016, de mars à septembre, des centaines de milliers de personnes, de jeunes, de salarié-es, de précaires, se sont mobilisées pour empêcher la loi Travail d’être votée à l’Assemblée nationale. Cette loi était refusée majoritairement dans le pays, comme l’ont montré toutes les enquêtes d’opinion. Elle n’avait même pas de majorité dans le syndicalisme. Sa mise en place a eu lieu en dehors du cadre légal qui oblige à négocier avec les syndicats toute modification importante du Code du travail.  Et elle a été imposée par la technique antidémocratique de l’article 49 alinéa 3 de la constitution, parce que le gouvernement n’avait pas de majorité dans son propre camp.

Aujourd’hui élu, Emmanuel Macron prétend effacer des mémoires ce mouvement de protestation sociale et politique de l’année 2016, en généralisant à toutes les dispositions du contrat de travail ce que la loi El Khomri avait limité à l’emploi. Dans son projet de révision à la hussarde du Code du travail, ce seraient aussi les salaires, la durée effective du travail, les conditions de travail, qui seraient visés. Il y aurait un code du travail par entreprise, c’est-à-dire plus de Code du travail du tout. Les syndicats seraient réduits au rôle de « négociants » de droits éclatés. Il est même envisagé de plafonner c’est-à-dire baisser les indemnités compensatrices en cas de licenciements abusifs sans cause réelle et sérieuse, prononcées par les jugements prudhommaux. Et également de procéder à la fusion des Institutions représentatives du personnel (IRP) pour limiter l’action syndicale et les droits des salarié-es.

C’est donc le risque d’une régression sociale de grande ampleur redoublée qui se met « en marche » ou se prépare à « marche forcée » pendant l’été, avec le risque d’alimenter une fois de plus le discours populiste du FN.

Nous alertons l’opinion publique. Nous soutiendrons toute action que les syndicats, les salarié-es, les jeunes, ainsi que des personnalités, des juristes en droit du travail, des universitaires, des associations, pourraient décider. En particulier, nous soutenons les mobilisations prévues dans la semaine du 19 au 23 juin, comme un premier pas pour construire une mobilisation massive contre la politique du gouvernement Macron-Philippe. Nous ferons campagne commune pour alerter la population sur ces projets néfastes. Unis, nous ferons front commun pour refuser ces méthodes, et notamment une éventuelle loi d’habilitation des ordonnances.

A court terme, si La République en Marche, avec ou sans Les Républicains, obtient la majorité absolue à l’assemblée, cela lui permettra d’avoir les coudées franches pour mener sa politique de casse du droit du travail.  Nous n’en voulons pas.

Nous défendrons des propositions alternatives pour renforcer le droit du travail : rétablir la hiérarchie des normes en faveur de la loi et le principe de faveur qui favorise l’avantage le meilleur pour les salarié-es dans les négociations, limiter les contrats précaires, relancer la réduction du temps de travail vers la semaine de 32 heures, protéger contre les licenciements, mettre en place une sécurité sociale professionnelle, lutter contre l’intensification et l’uberisation du travail, accorder une vraie protection pour les nouveaux statuts (stagiaires, auto-entrepreneurs…), renforcer les moyens de l’inspection du travail et de la médecine du travail.

Signataires :

Eliane Assassi, présidente du groupe Communiste, républicain et citoyen (CRC) au Sénat

Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble!, conseillère régionale Ile de France (IDF)

Guillaume Balas, député européen, Parti socialiste (PS)

Jean- Claude Branchereau, Gauche démocratique et sociale (GDS)

André Chassaigne, député et président du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale

Alain Coulombel, secrétaire national adjoint Europe Ecologie-Les Verts (EELV)

Eric Coquerel, coordonnateur du Parti de gauche (PG), conseiller régional Ile de France (IDF)

Isabelle de Almeida, en charge des relations avec les syndicats au Parti communiste français (PCF)

Caroline de Haas, militante féministe

Gérard Filoche, bureau national du PS

Lucien Jallamion, secrétaire général de République et socialisme (RS)

Marianne Journiac, secrétaire national santé RS

Philippe Juraver, secrétaire national du PG, entreprises et luttes sociales

Jean-Yves Lalanne, maire socialiste de Billère

Jean-Pierre Lancry, EELV Rouen

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

Sarah Legrain, secrétaire nationale du PG

Jean-Claude Mamet, équipe d’animation nationale d’Ensemble!

Jean-Alain Mazas, Gauche démocratique et sociale

Myriam Martin, porte-parole d’Ensemble !, conseillère régionale Languedoc-Roussillon-Midi Pyrénées (LRMP)

Jean-François Pellissier, porte-parole d’Ensemble!

Christine Poupin porte parole du NPA

Philippe Poutou, candidat à l’élection présidentielle pour le NPA

Patrice Siard, secrétaire général adjoint de RS

Danielle Simonnet, coordinatrice du PG, conseillère de Paris

Éric Thouzeau, conseiller régional socialiste

Paul Vannier, secrétariat national PG

Marie-Christine Vergiat, députée européenne (groupe Gauche unie européenne).

Marie-Pierre Vieu, en charge des relations extérieures au PCF

 

« Hitléro-trotskyste »

Le mathématicien Michel Broué (par ailleurs président des Amis de Mediapart), l’enseignant Vincent Présumey et l’historien Benjamin Stora ont, tous trois, traversé l’histoire du trotskysme français, à des périodes et dans des circonstances variées. Dans cette mise au point, ils répondent à un texte du psychanalyste Jacques-Alain Miller, « Le bal des lepénotrotskistes », dont ils estiment qu’il recycle les pires calomnies staliniennes.

Lors de la récente élection présidentielle française, on a parfois mentionné Léon Trotsky et ses mises en gardes prémonitoires et pressantes contre la montée du nazisme. Il disait ce qu’était concrètement le fascisme (« s’il arrive au pouvoir, il passera comme un tank effroyable, sur vos crânes et vos échines »), mais aussi, dès 1938, il sonnait l’alarme, en des termes qui furent peu entendus, contre la terrible spécificité du nazisme : « Le nombre de pays qui expulsent les Juifs ne cesse de croître. Le nombre de pays capables de les accueillir diminue. En même temps la lutte ne fait que s’exacerber. Il est possible d’imaginer sans difficulté ce qui attend les Juifs dès le début de la future guerre mondiale. Mais, même sans guerre, le prochain développement de la réaction mondiale signifie presque avec certitude l’extermination physique des Juifs. (…) Le temps presse. Un jour, aujourd’hui, équivaut à un mois ou même à une année. Ce que tu fais, fais le vite ! »

En ces années-là, il était décidément « Minuit dans le siècle », comme l’écrivait Victor Serge. Car on sait aujourd’hui ce que fut, en parallèle des régimes fascistes, le stalinisme, ses avatars, ses agents, ses goulags, ses assassinats, ses mensonges, ses travestissements. Le stalinisme, dont certains disent qu’il fut au magnifique idéal socialiste ce que fut l’inquisition aux évangiles. Le stalinisme, dont la politique porte une lourde responsabilité dans l’accession au pouvoir des nazis. Dès le milieu des années trente, afin de déconsidérer son opposant le plus célèbre (Trotsky), le régime stalinien et ses relais dans le monde entier entreprennent d’imposer ce qu’on appellerait aujourd’hui des « éléments de langage » proprement ahurissants : L’Humanité ne parle désormais plus que des « hitléro-trotskystes ». L’apothéose est atteinte, à partir de 1936, avec les procès de Moscou où le procureur Vychinski parle des « bandits trotskystes, vulgaires mouchards et espions », et affirme que « le trotskysme contre-révolutionnaire est devenu depuis longtemps déjà le pire détachement d’avant-garde du fascisme international, converti en une des succursales des SS et de la Gestapo ». Il a fallu beaucoup de morts, de meurtres, et aussi d’enquêtes, de livres, de films (on songe à « L’Aveu » de Costa-Gavras), de congrès de partis communistes, une perestroïka et des murs qui tombent, pour que ces ignominies soient d’abord reconnues comme telles, puis presque oubliées aujourd’hui.

D’autant plus grande est notre surprise — et, pour être clairs, notre dégoût —, de voir réapparaitre ces horreurs, il y a quelques jours, dans une revue bon chic bon genre, La Règle du Jeu, sous l’intitulé Le bal des lepénotrotskistes et sous la plume de Jacques-Alain Miller (*). Cet article semble se prononcer en faveur d’un vote Macron pour faire barrage au Front National — ce qui fut, publiquement et clairement, notre position. Mais les déformations de sources y sont si nombreuses et les erreurs factuelles si grossières et si stupéfiantes que son honnêteté intellectuelle s’en trouve spectaculairement remise en cause.

La thèse centrale de ce texte de Jacques-Alain Miller peut être résumée comme suit.

1) C’est parce qu’il a été formé au « lepéno-trotskysme » que Jean-Luc Mélenchon n’a pas appelé à voter Macron au lendemain de premier tour. Or le « lepéno-trotskysme » est la résurgence contemporaine (donc sous forme de farce) de l’« hitléro-trotskysme », logiciel formateur de Pierre Lambert, le maitre de Mélenchon. Noter que, selon le même texte, « l’hitlérien Lambert » (sic) a aussi manipulé une autre « marionnette » (sic) que Mélenchon : Lionel Jospin.

2) « Le Parti communiste avait forgé l’expression de hitléro-trotskystes pour désigner les militants de la mouvance trotskyste ayant nui à la Résistance et collaboré avec l’Occupant et les nazis français. Pierre Lambert fut au nombre de ces hitléro-trotskystes stigmatisés par le Parti. »

3) Pierre Lambert fut adhérent au mouvement collaborationniste de Marcel Déat, le Rassemblement national populaire, de 1941 à (au moins) 1944.

4) Les hitléro-trotskystes eurent à subir les rigueurs de l’épuration, suivies d’un long discrédit dans les partis de gauche. Ils se cachaient à juste titre car ils étaient honnis, car ils étaient les damnés de la gauche.

Bon… Reprenons calmement ces « thèses» (sic).

Nous avons déjà mentionné l’apparition du qualificatif d’hitléro-trotskyste dès 1935, sans rapport aucun avec Déat (qui était encore considéré comme un homme de gauche), mais en rapport direct avec la volonté farouche et concrètement assassine de Staline d’en finir avec toute opposition. Le terme n’a donc pas été « forgé par le Parti (**) pour désigner etc…» (voir point 2 ci-dessus).

Ajoutons que le qualificatif « hitléro-trotskyste » a été utilisé pendant la guerre d’Espagne contre les militants du POUM, torturés et assassinés par les staliniens ;  en Algérie, les partisans de Messali Hadj (longtemps lié à Lambert) ont eux aussi été traités d’hitléro-trotskystes pour justifier les massacres de Sétif et Guelma en mai 1945.

Pierre Lambert a commencé à militer en 1934 (et non en 1940), d’abord aux Jeunesses communistes, dont il est bientôt exclu pour « trotskysme » alors qu’il ne l’est pas encore, puis dans la Gauche révolutionnaire de la SFIO avec Marceau Pivert à partir de 1935. Il rejoint les trotskystes au plus tard en 1938 (et non en 1941). Ce sont les dirigeants staliniens de la CGT, en accord avec la politique de Staline, qui ont demandé à leurs militants de faire de l’entrisme dans les syndicats « officiels » mis en place par Pétain et Déat : ils avaient ordre de ne pas combattre le nazisme à la suite du pacte germano-soviétique. Jusqu’en juin 1941, date de l’invasion de l’URSS, les staliniens soutenaient le pacte Hitler-Staline, que les trotskystes combattaient. Bien des militants socialistes ou communistes furent membres des syndicats officiels, issus des anciennes fédérations de la CGT que le régime pétainiste voulait incorporer à la Charte du travail. Pierre Lambert, alors clandestin, n’a jamais fait partie du RNP. Jamais, ni directement, ni indirectement (il fut en fait, dans son groupe politique, opposé à la position majoritaire qui supposait que l’ordre du pacte germano-soviétique pourrait durer très longtemps et qu’il faudrait dans cette sombre perspective envoyer des militants dans les deux partis susceptibles d’exister légalement ou semi-légalement dans ce cadre: le RNP… et le PCF).

Face à l’occupation nazie, fidèles à leur idéal internationaliste, les trotskystes se posent d’emblée le problème de la fraternisation avec les soldats allemands (« Il faut gagner l’Armée allemande à la lutte contre l’hitlérisme; derrière un soldat il y a un prolétaire »). Le premier numéro du journal en allemand destiné à ce travail sort en juillet 1943. Presque entièrement rédigé par Widelin, un militant trotskyste allemand abattu par la Gestapo en juillet 1944 après 4 ans de traque, Arbeiter und Soldat est publié jusqu’à cette date. Il permet par exemple de regrouper à Brest une quinzaine de soldats allemands, à l’origine eux-mêmes d’une feuille ronéotypée, Zeitung für Soldat und Arbeiter im Westen. Cette entreprise héroïque, sans aucun doute vouée à l’échec étant donné le rapport des forces, se termine dans le drame : en octobre 1943 le groupe de Brest est arrêté, le principal protagoniste de ce travail, Robert Cruau, jeune postier originaire de Nantes, meurt sous la torture, des soldats allemands sont suppliciés et fusillés. Les nazis remontent jusqu’à la direction nationale de l’organisation. Sont arrêtés le dirigeant Marcel Hic, qui meurt en déportation, David Rousset (qui fut son compagnon de déportation et lui a dédié son ouvrage, L’Univers concentrationnaire), et une centaine d’autres militants, dont le mathématicien Gérard Bloch (compagnon ensuite de Pierre Lambert jusqu’à sa mort en 1987). Laurent Schwartz qui était en contact avec Bloch évite miraculeusement l’arrestation. André Essel échappe aussi de justesse aux gendarmes venus l’arrêter.

Si les trotskystes ne peuvent donc être assimilés à la Résistance « traditionnelle », ils n’en ont pas moins été, dans la limite de leurs forces, de farouches adversaires du nazisme et de la guerre, payant cet engagement par de nombreuses arrestations, exécutions et déportations.

Les militants ouvriers victimes de la terreur nazie ne furent pas tous des membres du PCF. Ainsi Marc Bourhis et Pierre Guéguin : le premier militant trotskyste dès 1933 dans le Finistère, le second maire communiste de Concarneau en rupture de parti après la signature du pacte germano-soviétique, font partie des 27 otages fusillés par les nazis dans la carrière de Châteaubriant le 22 octobre 1941.

Les leçons de l’attitude des trotskystes pendant la guerre ont été analysées. Il y a en effet beaucoup à dire sur leur surdité à entendre ce que Trotsky lui-même avait essayé de leur transmettre avant son assassinat : « nous devrions défendre nos villes, nos villages, nos églises, toute notre vie intellectuelle, ouvrière et paysanne, contre la barbarie nazie » — en d’autres termes, il n’y avait pas identité entre les « démocraties impérialistes » et la sauvagerie nazie, et Trotsky défendait  l’idée que la guerre mondiale à venir, prolongement de la première, serait néanmoins bien différente et soulèverait la nécessité d’une lutte prolétarienne armée contre les envahisseurs fascistes. Ils n’ont guère entendu non plus ses appels pressants au sujet du sort des Juifs — mais en cela, les trotskystes ne sont certes pas les seuls. Il a fallu attendre des années pour que l’horreur de l’holocauste soit formulée, vue, reconnue. Comme l’écrit Pierre Laborie dans L’Opinion française sous Vichy« L’énormité et l’horreur des faits entraient difficilement dans ce que les esprits étaient intellectuellement capables et pouvaient moralement accepter de concevoir ». Quoiqu’il en soit, ce n’est certes pas à partir des trucages et des mensonges aussi énormes que ceux de Jacques-Alain Miller que cette analyse peut être ne fut-ce qu’évoquée.

Les staliniens ont aussi pourchassé les trotskystes dans la résistance, comme ils l’avaient fait auparavant en Espagne contre les membre du POUM, les anarchistes et les socialistes de gauche (« caballeristes »). Ainsi Pietro Tresso, dit Blasco, fondateur du PC italien, représentant de la Quatrième Internationale au sein de la section française : assassiné avec trois de ses compagnons, Abram Sadek, Pierre Salini et Jean Reboul, et très probablement le jeune communiste Paul Maraval qui « discutait » trop avec eux, en octobre 1943, sur ordre des dirigeants staliniens après avoir été libéré par le maquis de la prison du Puy avec d’autres prisonniers politiques.

Les trotskystes n’eurent nullement à subir les rigueur de l’épuration. Ils n’étaient pas « honnis ». Mais, du piolet de Ramon Mercader (***) aux dizaines de milliers d’assassinats en URSS et ailleurs, ils furent salis, diffamés, menacés, assassinés, par l’appareil international de Staline.

Jacques-Alain Miller n’assassine pas, aujourd’hui ; mais il diffame, très salement.

Nous voulons terminer par un texte dont la hauteur morale redonne à l’inverse, un peu d’oxygène, et ouvre l’avenir. Il s’agit d’extraits des Mémoires de Laurent Schwartz, « Un mathématicien aux prises avec le siècle » :

« Sur le plan des principes, cette action [celle des trotskystes pendant la guerre] était grandiose. Il est bon qu’elle ait été tentée et qu’on ait vu qu’elle était possible. Si un nombre plus grand s’était attaché au même but, un certain succès eût été possible. Il ne l’était pas avec si peu de militants. Le parti trotskiste fut saigné par la guerre. Notre propagande était essentiellement antinazie et jamais antiallemande. Nous étions totalement internationalistes, comme nous l’avions toujours été auparavant et comme nous le sommes restés ensuite. Je l’étais moi-même devenu en entrant dans le parti trotskiste et pour toujours. C’était si vrai qu’en parlant de la France je n’employais jamais les mots patrie, patriote, patriotisme. Ma patrie était l’humanité. Plus tard, auprès des Indochinois et des Algériens, j’eus l’occasion de m’engager dans des combats anticolonialistes conformes à cet idéal. De ce point de vue, nous étions certainement très en avance sur notre temps.

[•••]

Il faut se garder de croire que la solidarité avec des soldats allemands était invraisemblable. Les soldats allemands n’étaient pas tous des fanatiques, ni tous prêts à une guerre d’extermination. [•••] On peut ajouter qu’avec un parti communiste qui serait resté internationaliste les résultats d’une action de fraternisation auraient pu être extraordinaires. Il prit précisément le parti opposé : tuer des Allemands, souvent sans discernement. Je me rappelle encore une réunion publique du parti communiste de Grenoble, après la fin de la guerre, où l’un des responsables s’exprimait ainsi : « Nous avons adopté le principe, avec tous nos militants, de “tuer du boche – le plus possible, tuer du boche”. » C’est l’inverse de ce que nous avons fait. Je pense que nous devons le rappeler le plus souvent possible. C’était une voie qui montrait l’avenir. »

Michel Broué, mathématicien
Vincent Présumey, professeur d’histoire
Benjamin Stora, historien

–––––––

(*) Il semble que Jacques-Alain Miller considère son nom comme indissociable de l’apposition « gendre de Jacques Lacan »; soit. On croit aussi deviner qu’il serait bon d’ajouter qu’il est un ancien élève de l’École normale supérieure ; ou, encore mieux, de le qualifier d’« archicube » — mot du jargon des anciens de la rue d’Ulm pour s’auto-désigner. Bon, c’est fait. Mais la mousse, même abondante, ne suffit pas toujours à cacher la laideur morale.

(**) Ah oui, « le Parti ». Il fut membre « du » Parti (il n’y avait en effet qu’un seul parti, bien sûr, en URSS et dans d’autres pays…), puis laudateur du petit livre rouge : l’archicube gendre de Jacques Lacan a quelque peine à se défaire de ses références primaires.

(***) Jacques-Alain Miller devrait tout de même lire, par exemple, L’Homme qui aimait les chiens, de Leonardo Padura.

 

Intervention au BN du PS du lundi 29 mai 17 Mettre le paquet contre le contenu des ordonnances Macron de casse du code du travail

 

J’interviens après MNL et je dirais, en off, qu’on parle curieusement aujourd’hui de l’Histoire, il y a une ironie à fêter à Versailles, le tricentenaire du tsar Pierre Le Grand, dans l’année du centenaire de la révolution d’octobre qui est passée sous silence. En 1907, le tsar Nicolas II avait créé une « commission histoire officielle » qui fut dissoute après la révolution… et reconstituée en 2012 par Poutine ! C’est bien Macron qui a écrit  dans la « Revue des deux mondes » de Ladreyt Delacharriere, récemment mis en examen dans l’affaire Pénélope Fillon, que la France avait « besoin d’un roi » ?

Mais pour en revenir à notre campagne électorale, nous ne sommes pas nombreux ce soir, mais cela fait quand même trois semaines que nous revenons sur les mêmes sujets :

Comment clarifier par rapport à ceux des candidats membres du PS qui se prévalent (bien sottement et bien inutilement voire de façon scandaleuse) de Macron ou/et de la « majorité présidentielle » ?  Il faut qu’il leur soit clairement interdit de se réclamer du PS, du socialisme. Comment marquer notre opposition, faire comprendre le clivage droite-gauche, le seul qui existe, sinon en prenant, car c’est le plus commode, le plus évident, le plus lisible, la question des futures nouvelles ordonnances Macron contre le Code du travail ?

Car si on cherche un sujet clivant et pédagogique comme le fut la question de la TVA en 2007, il est là. Bien sur il y a l’affaire Ferrand dont la démission doit être réclamée. Mais le plus fort enjeu est la question de la casse approfondie des droits de 18 millions de salariés occupés, 93 % des actifs, de droit privé. Et le statut de la Fonction publique est tout autant menacé. On ne peut pas se contenter de dire : « On ne sait pas ce qu’il y aura dedans, dites nous-le ! ». Car on sait en gros ce qu’il y aura dedans, donc on peut attaquer sur le dur, et pas seulement sur la méthode des ordonnances en plein été.

On pourrait utiliser davantage ces images qui courent sur internet où avancent De Sarnez, Macron, Philippe et Le Drian : quand Le Drian, ex-socialiste, demande à Macron comment ça s’est passé avec les syndicats  Macron, cynique, répond « Ca s’est bien passé, je ne leur ai rien dit » ; Le Drian, inquiet de la réponse, cherche à le couvrir et dit : « Attention il y a un micro ».  Toute la France peut voir cela. Mettons-le sur nos sites.

C’est le comble du cynisme, ça dit tout. Une leçon de choses.

Le président de la République reçoit les syndicats un par un. Mais c’est pour de la frime. Il ne leur parle pas des ordonnances qu’il a annoncées et motif de la rencontre.

Non, il ne leur a «  rien dit ».

Ces ordonnances sont annoncées pour « améliorer le dialogue social » : c’est ça leur motif essentiel, mais le Président lui, ne pratique pas le dialogue social, il ne dit « rien ».

« Ca s’est bien passé » dit Macron, il ne leur a rien appris, ils ne peuvent pas critiquer, ils ont été reçus, et puisqu’il n’a rien dit,  ils ne peuvent pas protester, commenter, répondre.

Les rencontres, c’était pour de la frime. Le président frime avec les syndicats, il amuse la France à faire mine de les recevoir.

C’est occupationnel, c’est formel, ça ne sert à rien. Le « dialogue social », il s’en moque complètement. Mais il fait ces ordonnances en plein été, pour passer par-dessus le Parlement, et par-dessus toute réaction des syndicats dans la rue.

C’est méprisant ET dictatorial.

Il faut attaquer, décortiquer cela.

Le règne du secret et de l’arbitraire antidémocratique.

Or ces ordonnances sont la mesure phare, la première, qu’il propose.

Ce n’est pas rien.

Est ce Bruxelles ? J’ai lu les dernières recommandations de Bruxelles du 24 mai, la casse du Code du travail, n’y est pas vraiment. J’hésite avec la thèse de l’hebdomadaire Marianne, qui explique que même les libéraux de l’UE n’exigent pas cela de la France. En fait, c’est une « envie » de Macron seul : a-t-il été lésé dans l’arbitrage précédent de fin 2015 entre Valls, Hollande, Valaud-Belkacem, Imbert, et El Khomri ? Et veut-il seulement rétablir sa préséance… sur le dos des salariés, faire étalage de force contre la majorité des syndicats ?

La semaine dernière, ici, j’ai essayé d’expliquer comment prendre ces ordonnances sur le fond, mais j’ai l’impression, à moins que cela ne m’échappe, qu’on n’en fait rien.

La question du référendum heurte aussi la CFE-CGC : elle a raison d’être choquée. Le référendum dans les entreprises est présenté comme une avancée démocratique : bien sûr que non puisque les salariés sont « subordonnés »,  il n’y a pas de citoyenneté dans l’entreprise, il n’y a pas d’égalité, c’est l’employeur qui décide de la naissance du contrat, de la gestion du contrat, de la rupture du contrat, un « référendum » dans ces conditions, c’est un chantage, d’autant qu’il est organisé par l’employeur seul dans le projet Macron, pire que dans celui El Khomri. Alors que la Constitution française dit que « les salariés s’expriment par l’intermédiaire de leurs délégués et participent ainsi à la gestion des entreprises ».

Ne pas accepter des délégués au seuil de 50 salariés : cela ferait 8,5 millions de salariés sans délégués, puisque 97 % des entreprises ont moins de 50 salariés, c’est aussi inconstitutionnel.

L’idée des délégués élus, syndicaux, du personnel, est essentielle pour le dialogue social ; elle protège les salariés, leur donne une force collective, un référendum les atomise, les pulvérise dans leur solitude face à l’employeur qui menace de délocaliser ou de fermer. C’est Jupiter dans l’entreprise.

Macon se plaît à jouer les Jupiter : face a la presse, dans les décisions de l’Elysée, dans « En marche »… demain au Parlement si on le combat pas frontalement.

On pourrait revenir sur le nécessaire contrôle des entreprises, Volkswagen ? Les entreprises ont besoin d’être contrôlées, pas des zones de non-droit. Volkswagen, 11 millions de véhicules, empoisonne par la pollution de ses pots d’échappement et triche, on sait qu’il y a 48 000 morts en France par la pollution des particules fines. il y a aussi Renault condamné à 3,5 milliards d’amende, et puis Fiat-Chrysler, 110 millions de véhicules ; toutes ces grandes entreprises, on a en a mille en France qui font 50 % du PIB, doivent être sous contrôle du public, des salariés et des usagers. On ne doit pas leur faciliter d’échapper à la loi : c’est pourtant l’âme du projet d’ordonnance de Macron.

Ils pourraient même, Edouard Philipe a été menaçant à ce sujet, s’attaquer au droit de grève, comme Thatcher, tant admirée par Macron.

GM&S (La Souterraine) a échappé à la fermeture jusqu’à fin juin. Cela prouve que l’Etat a pesé. Qu’il peut peser ; mais qu’il n’a décidé de peser que pendant la période des élections, et au début de l’été, ce sera fini. Ne peut-on en revenir à une question essentielle, qui s’oppose au projet des ordonnances Macron (en faveur de laquelle nous sous sommes si souvent prononcés de 1996 à 2002) : le contrôle public des licenciements, le refus des licenciements abusifs (boursiers notamment) ?

La honteuse barémisation des sanctions contre les licenciements abusifs, l’avons-nous assez expliquée ? Il s’agit bien, de la part de ceux qui veulent rétablir des peines plancher pour les petits délinquants ordinaires, d’établir des peines plafond pour les délinquants patronaux. Ce qui n’empêche que quand ils veulent faire des transactions de départ avantageuses entre eux, ils n’ont pas de barèmes, pas de limites ; moi, j’avais vu au Crédit commercial de France une « rupture conventionnelle » de 2,3 millions avec un cadre choyé… et il y en a beaucoup, quelle injustice ! Au fait pourquoi on n’a pas mi de salaire maxima, d’indemnités maxima, de maxima aux retraites dorées ?

Pourquoi ne pas laisser au juge le soin d’apprécier ? 80 % des décisions des prud’hommes sont confirmées en appel.

On peut re-défendre idéologiquement le principe de l’état de droit dans les entreprises, de l’ordre public social, la supériorité des droits de l’homme sur l’exploitation, l’OIT, le principe d’un droit universel du travail contre le dumping social, boutique par boutique, entreprise par entreprise. D’autant que le non-droit frappe surtout les petites entreprises ainsi livrées à la pression des plus grosses… on pourrait proposer de reconstruire du droit des sous-traitants et gagner ainsi de l’audience dans la CGPME ou l’UPA.

Des millions de gens nous écouteraient à nouveau si nous tenions ce langage neuf, ferme et centré contre les ordonnances Macron. Là, comme dit Jean-Christophe, on « rentre dans le lard » de tous ceux (un millier ? ) qui nous quittent bien à tort pour Macron, El Khomri incluse ; profitons-en pour nous faire réentendre à gauche, sur ces questions de fond. A fond ! Comme dit l’autre, avec un imaginaire puissant pour un avenir désirable.

 

 

 

Reconstruire la gauche par la mobilisation sociale et le débat

Comme c’était prévisible, Macron donne tous les garanties possibles à la classe dirigeante : son gouvernement est clairement orienté à droite avec des ministères-clés pour des personnalités LR. Quant à la ministre du travail, qui a siégé dans de nombreux conseil d’administration, elle connaît bien les « relations sociales » … plus du côté patronal (Dassault, Danone…) que du côté syndical. Et qui prend-elle comme directeur de cabinet  ? Un homme qui vient du Medef.

En Allemagne, c’est aussi un DRH, celui de Volkswagen, qui a été à l’origine des réformes du marché du travail de 2003 à 2005 avec notamment les mini-jobs à 400 euros, le licenciement assoupli, la réduction des indemnités du chômage, le durcissement des conditions d’indemnisation… La hausse de la pauvreté en Allemagne est telle que même le FMI vient de s’en inquiéter dans son rapport annuel !

La flexibilité : un discours archaïque

Macron s’attaque tout de suite, comme il l’avait promis, au Code du travail en mettant en avant une vieille lune libérale : si le chômage est élevé c’est que les salariés sont trop protégés. Depuis 2002, plus d’une dizaine de réformes ont remis en cause la hiérarchie des normes et remis en cause les droits des salariés (1.) Cela n’a pas fait diminuer le chômage ! Bien au contraire !

Le discours est archaïque, le même depuis 30 ans : on va d’abord « flexibiliser » , puis on développera le volet « sécurité ». Or fait remarquer Patrick Artus, économiste de Natixis :  « comme il sera plus facile de licencier, les entreprises vont commencer par ajuster leurs effectifs et on va perdre des emplois…il faut prévenir les français que l’on aura d’abord une montée du chômage et une rotation vers des emplois bas de gamme » (2.) Avec les économistes atterrés, nous disons :  « si les entreprises n’embauchent pas suffisamment, c’est faute de demande. Les salaires stagnent, or l’activité et la croissance économique dépendent des salaires. Ce n’est pas en précarisant davantage les salariés qu’on remplira les carnets de commande des entreprises ». (3)

Macron trouve que la loi El-Khomry n’allait pas assez loin. Le Medef, par la voix de l’un de ses vice-présidents appelle à donner une majorité à Macron  « pour que les ordonnances puissent passer. Le débat a assez duré » (4.) Macron et ceux qui veulent s’inscrire dans la majorité présidentielle candidats du Medef ? Oui assurément.

Se mobiliser aujourd’hui pour reconstruire la gauche

La reconstruction d’une gauche sociale passera d’abord par la participation aux mobilisations initiées par les organisations syndicales de salariés : dès le mois de juin en défense du Code du travail et pour une protection accrue des salariés déjà fragilisés par la montée de la précarité.

Il faudra aussi débattre, entre toutes les sensibilités de la gauche : de l’analyse du capitalisme contemporain, de l’actualité de l’opposition Capital-Travail, des formes actuelles de la lutte des classes, tout en y intégrant pleinement la question écologique.

Dans l’immédiat, nous lançons un appel pour que pas une voix de gauche n’aille vers les candidats qui soutiennent ou s’apprêtent à soutenir la politique du gouvernement ou qui se cachent derrière le « ni-ni » : ni dans la majorité présidentielle, ni dans l’opposition.

Pour nous, c’est clair ! Nous sommes résolument dans l’opposition à ce gouvernement. Nous appelons à ce qu’il n’ait pas de majorité à l’Assemblée en votant pour les candidat-e-s clairement positionnés à gauche contre les attaques contre le droit du travail et pour le social au cœur, la transition écologique et des avancées démocratiques.

La Gauche démocratique et sociale, le réseau militant construit dans la foulée de la campagne Filoche2017 et regroupé autour de la revue Démocratie&Socialisme, prendra tout sa place dans les semaines et mois à venir aux mobilisations ainsi qu’aux débats à gauche. Elle propose à tous ses sympathisants de préparer son Conseil national qui se tiendra à Paris les 24 et 25 juin.
Ce Conseil national est ouvert à 2 représentants par départements, adhérents à GDS. Inscriptions, renseignements : bernard@democratie-socialisme.org

(1) Anne Frétel : La réforme du droit du travail : le nouvel impératif économique
(2) Juliette Collen AFP 19 mai
(3) Anne Eydoux du collectif des économistes atterrés (source AFP)
(4) Thibault Lanxade France Inter le 21 mai

 

Du contenu scélérat des nouvelles ordonnances de Macron anti code du travail

MACRON, derviche tourneur autour d’un axe fixe

Du contenu social de son programme écrit

« En même temps » ; « Je suis d’accord avec vous » … et ses allers retours sur la plupart des questions importantes, le tout noyé dans un verbiage technocratique. Avec Macron, on pourrait penser que rien n’est figé et partant que quelques progrès pourraient être grappillés sous la présidence d’un président si ouvert à tous les changements.

Oui, on pourrait sauf si l’on n’est ni amnésique ni analphabète.

Tous les actes politiques de Macron, sans exception, sont ceux de la régression sociale.

Et ils ont l’autonomie de pensée d’une photocopieuse délivrant à tour de bras des copies des exigences du conseil d’administration des multinationales (la Commission Européenne) et de son bras local (Le Medef et l’Institut Montaigne) : de la co-rédaction du rapport Attali qui faisait pour Sarkozy la liste des dérèglementations, demandées par la dite Commission, à la loi qu’il a signée directement (loi Macron) et à celles qu’il a dû par souci de faisabilité politique laisser signer à Rebsamen (https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/260515/rebsamen-jusquau-bout-de-lani) et à El Khomri (https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/120616/loi-uberel-khomri-48-reculs-avant-le-senat),

Macron force le respect, à voir tant d’énergie et de constance déployées au service de ses commanditaires.

On ne peut d’ailleurs attribuer à rien d’autre qu’à cet attachement à ne pas les décevoir l’annonce tactiquement risquée de faire passer par ordonnance en trois mois une loi travail puissance dix.

Ceux qui ont suivi l’histoire et le contenu des lois précitées (lois ANI/Sapin, Macron, Rebsamen et El Khomri) n’ont aucun mal à décrypter le programme de Macron apres les présidentielles, celui qui est écrit, et à y distinguer ce qui n’est que la reprise de régressions déjà intervenues dans ces lois (une photocopieuse manque de mémoire), ce qui relève de dispositions prévues par les projets de loi mais que la lutte avait permis de faire retirer, et enfin de nouvelles et très importantes régressions.

La grille de lecture de ce programme est la même depuis les débuts du capitalisme : on retrouve invariablement les trois mêmes objectifs TGV, Travailler plus longtemps (faire travailler plus longtemps), Gagner Moins (raboter les salaires), Virer plus vite et à pas cher. Le tout en s’assurant la plus grande impunité.

Quel sera le contenu de l’ordonnance, déjà écrite, qui doit intervenir dès le mois de juillet ? On peut imaginer que, compte tenu du délai, l’essentiel tiendra dans la reprise des grands « principes » de la commission Badinter, destructeurs du droit existant (https://blogs.mediapart.fr/richard-abauzit/blog/280116/rapport-badinter-peine-de-mort-pour-le-droit-du-travail), que la lutte contre la loi travail avait permis de faire retirer.

 

  1. A. TRAVAILLER PLUS

1/ Reprendre la tentative inachevée de la loi travail sur la durée légale

Le programme Macron reprend l’idée qui structure toutes les règlementations urbi et orbi depuis que le capitalisme financiarisé étend son règne sur l’ensemble de la planète :  une loi floue, réduite à quelques grands principes n’induisant aucune obligation, des règles fixées par accords (si possible par accord collectif d’entreprise plutôt que par accord de branche et mieux encore par « accord » individuel du salarié), et à défaut d’accords, un plancher bien bas de droits minima qu’on qualifiera volontiers d’ « universels » pour transformer un recul en progrès.

Sur la durée légale (35 h), la lettre de mission d’El Khomri pour Badinter insistait bien sur le grand soin qu’il devait prendre à ne pas entrer en contradiction sur ce point avec les volontés gouvernementales.

L’affaire était délicate car il fallait à la fois mettre à bas la durée légale du travail tout en affirmant le contraire. Le résultat fut, dans les premières moutures de la loi travail jusqu’au mois d’avril 2016 où il fut retiré, un projet d’article de loi maintenant la durée légale et une introduction au code du travail faite de grands principes destinés à structurer toute sa réécriture (prévue pour deux années) qui supprimait la durée légale discrètement : elle était remplacée par une « durée normale » que des accords d’entreprise pourraient modifier (« La durée normale du travail est fixée par la loi. Celle-ci détermine les conditions dans lesquelles les conventions et accords collectifs peuvent retenir une durée différente. Tout salarié dont le temps de travail dépasse la durée normale a droit à une compensation »).

Une grossière manœuvre que le Conseil d’Etat avait relevée mais non censurée.

On verra dans l’ordonnance express prévue par Macron pour cet été si la manœuvre revient. La chose est probable car Macron a déjà annoncé que l’ordonnance édicterait les grands principes du droit du travail destinés à être mis en musique par des accords.

2/ Des apprentis à vie

Le contrat d’apprentissage sera supprimé (« le contrat d’apprentissage est trop rigide ») et fusionné avec le contrat de professionnalisation.

A quel âge ? Tout petits déjà : « nous développerons les périodes de pré-apprentissage ».

A quel niveau ? Toute la fac : « Demain, l’alternance pourra se faire sur les trois années de la licence professionnelle »

Et jusqu’à quand (la limite aujourd’hui est de 25 ans et, à titre « expérimental » depuis la loi travail, de 30 ans) ?

No limit : « Nous ferons converger les deux contrats d’alternance qui existent aujourd’hui en un contrat unique, souple, adapté à la demande des entreprises et des branches, sans borne supérieure d’âge ».

 

3/ Plus d’heures supplémentaires

« Nous rétablirons les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires »

4/ Des services publics extensibles

« Nous élargirons les horaires d’ouverture des services publics pour les adapter aux contraintes des usagers : certains services publics ouvriront le samedi et en soirée »

« Nous ouvrirons les bibliothèques en soirée et le week-end »

 

  1. B. GAGNER MOINS

1/ Avancer sur la suppression des salaires minima de branche

Dans les grands principes qui doivent continuer à relever de la loi, le programme Macron ne cite dans la partie « Dialogue social » de son programme que « durée légale du travail, salaire minimum, égalité professionnelle… ». Les salaires minima conventionnels au dessus du SMIC qui sont la hantise de l’Union européenne (conventions collectives supprimées en Grèce, décimées en Espagne) ne sont pas mentionnés. Mais le programme Macron prévoit de passer de 700 conventions collectives actuellement à un nombre compris entre 50 et 100 (« nous pouvons viser d’en avoir entre 50 et 100 »). Et il semble bien que, contrairement à aujourd’hui, les salaires minima seront fixés par accord d’entreprise, la branche n’intervenant qu’à défaut : « C’est seulement à défaut d’accord d’entreprise que la branche interviendra. Ainsi, les conditions de travail et lessalaires notamment seront négociés au plus près du terrain ».

2/ Avancer sur la dilution du SMIC

La formulation utilisée pour la définition du SMIC par la commission Badinter (« Un salaire minimum est fixé par la loi »), retirée discrètement en avril 2016 lors de l’examen de la loi travail, pourrait revenir. Elle faisait l’impasse sur les critères actuels de fixation : l’obligation de le réévaluer en fonction du coût de la vie, et celle de garantir une augmentation au moins égale à la moitié de celle des salaires réels moyens (sans même parler des « coups de pouce » annuels que le gouvernement, bras courts et poches profondes, oublie depuis des lustres).

3/ Des apprentis à vie (voir A 2) à pas cher

« Nous unifierons la grille de rémunération des alternants et confierons aux branches le soin d’augmenter par accords les montants des planchers fixés par la loi »

4/ Des chômeurs moins indemnisés

Plus de radiation :

« Si plus de deux emplois décents, selon des critères de salaire et de qualification, sont refusés ou que l’intensité de la recherche d’emploi est insuffisante, alors les allocations seront suspendues »

Des indemnités chômage dont le montant ira decrescendo au fur et à mesure de la reprise de l’assurance chômage par l’Etat, privé des cotisations sociales destinées à son fonctionnement, le début de la fin de l’assurance chômage solidaire :

« Parce qu’il assume en dernier ressort la responsabilité du chômage et de la précarité, l’État prendra en charge le système d’assurance-chômage »

 

Une prise en charge supplémentaire, les démissions de salariés (sous certaines conditions) :

« Ce droit ne sera utilisable qu’une fois tous les cinq ans. En contrepartie, l’insuffisance des efforts de recherche d’emploi ou le refus d’offres raisonnables entraîneront la suspension des allocations »

Une autre prise en charge supplémentaire, l’assurance chômage pour tous :

« Les artisans, les commerçants indépendants, les entrepreneurs, les professions libérales, et les agriculteurs disposeront, comme les salariés, de cette protection »

 

5/ Une Sécurité sociale en miettes

Des salaires socialisés (cotisations sociales versées à la Sécurité sociale) qui retournent par dizaine de milliards d’euros dans les poches des patrons :

« Aujourd’hui, pour beaucoup d’employeurs, il est difficile d’embaucher parce que le coût du travail pour les salariés peu qualifiés est trop élevé »

« Nous rétablirons les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires »

« Nous simplifierons la vie des entreprises, en transformant le CICE en allégement permanent de cotisations sociales de 6 points »

 

« Nous faciliterons l’embauche des salariés peu qualifiés, en atteignant zéro charge générale au niveau du SMIC » « Pour les entreprises, c’est une baisse de charges de près 1800 euros par an et par salarié »

« La majeure partie des contributions actuelles des entreprises pour la formation sera progressivement converti en droits individuels pour les actifs »

 

Des salaires socialisés (cotisations salariales) qui ne seront plus versés à la sécurité sociale, non totalement compensées par une hausse de la CSG :

 

« Demain, nous ferons moins peser la protection sociale sur le travail pour soutenir leur pouvoir d’achat » « Nous augmenterons le revenu net de chacun, en réduisant les cotisations sociales » « Ces mesures seront financées par une hausse de moindre ampleur de la CSG »

 

Le début de la fin des régimes de retraites spécifiques et l’instauration d’un régime unique (par points) beaucoup moins favorable aux salariés du privé et du public, injuste, non solidaire, totalement individualisé, et ouvrant la voie à un régime de retraite par capitalisation :

 

« Nous créerons un système universel de retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé » « Il faudrait regrouper l’ensemble des régimes sociaux en un seul, commun aux salariés, employeurs et indépendants » « Les cotisations, aux régimes de base comme aux régimes complémentaires, qu’elles soient versées sur les bases de revenus ou acquises au titre de la solidarité (pour les chômeurs par exemple) seront inscrites sur un compte individuel et revalorisées chaque année selon la croissance des salaires. Ainsi, chaque euro cotisé accroîtra de la même manière la pension future »

« Le total des droits accumulés sera converti au moment de la retraite en une pension, à l’aide d’un coefficient de conversion fonction de l’âge de départ et de l’année de naissance. L’allongement de l’espérance de vie est donc pris en compte en continu »

« On saura que, quand des personnes ont une retraite plus élevée, c’est qu’elles-mêmes, leurs employeurs, ou l’Etat au titre de la solidarité, ont cotisé davantage »

« Les taux de cotisation pourront rester différents. Par exemple, les indépendants pourront continuer à cotiser moins que les salariés et à avoir en conséquence une pension de retraite moindre : ils ont souvent constitué, en parallèle, une épargne qui peut être par exemple leur fonds de commerce et servira à leur assurer un revenu »

 

 

Diminution des cotisations versées par les indépendants et petits entrepreneurs qui passeront du RSI à la Sécurité sociale (« Nous supprimerons la caisse qui gère le Régime Social des Indépendants (RSI) pour l’adosser au régime général ») :

 

« Nous réduirons nettement les cotisations sociales qui pèsent sur les indépendants (professions libérales, commerçants, artisans, agriculteurs…) : 500 euros de moins par an pour un revenu de 3000 euros nets par mois »

« Nous supprimerons les charges des micro-entreprises (nouveau nom des auto-entrepreneurs) la première année et doublerons les plafonds pour permettre à plus d’entreprises de bénéficier de cette mesure et du régime fiscal de la micro-entreprise »

 

 

  1. C. VIRER PLUS VITE et À PAS CHER

1/ Le rêve patronal enfin à portée

Une mesure déjà tentée par Macron ministre, mais si scandaleuse qu’elle avait été annulée par le Conseil constitutionnel :

« Nous réduirons l’incertitude sur les coûts de licenciement » « Nous instaurerons un plafond et un plancher pour les indemnités prud’homales pour licenciement sans cause réelle et sérieuse »

2/ Une dissolution de la procédure prud’homale

« Nous créerons, dans chaque département, un tribunal de première instance qui fusionnera l’ensemble des tribunaux locaux spécialisés de première instance. Ce tribunal traitera l’ensemble des matières dans des pôles dédiés : pénal, social, affaires familiales, commercial, civil »

« Nous ramènerons le nombre de modes de saisine de 15 à 2 pour les procédures civiles. Aujourd’hui, chaque juridiction, chaque contentieux, a sa propre procédure. Cette complexité ne permet pas un accès fluide au juge. Elle génère des lenteurs, et peut même être source de nullités. Nous fusionnerons donc les procédures civiles en deux : une avec avocat obligatoire pour les affaires complexes, et l’autre sans avocat obligatoire pour les contentieux du quotidien »

 

« Nous favoriserons la création de plateformes de règlement amiable des litiges qui lorsqu’elles seront tenues par des professionnels associant avocats huissiers ou notaires pourront conclure des accords ayant la force d’un jugement »

 

3/ Des démissions bienvenues

Les salariés démissionnaires pourront toucher le chômage. Que du miel pour les employeurs qui devaient dépenser énergie voire monnaie pour se débarrasser de salariés refusant de céder aux pressions pour obtenir cette démission.

 

  1. D. MILLE SUCRERIES

ET AUTRES MESURES DE DESARMEMENT DES TRAVAILLEURS

1/ Sous couvert d’ « égalité des chances »…

« Lorsqu’une entreprise, où qu’elle soit située, embauchera un habitant des quartiers prioritaires de la politique de la ville en CDI, elle bénéficiera d’une prime de 15 000 euros, étalée sur les trois premières années : ce sera comme si elle ne payait plus de charges. En CDD, la prime sera de 5000 euros sur les deux premières années »

2/ Une formation professionnelle sous totale dépendance patronale :

« Nous ferons converger les contrats existants et impliquerons pleinement les branches professionnelles dans la définition des programmes et l’organisation des formations »

« Les formations professionnelles doivent être davantage basées et conditionnées par les exigences des métiers et filières professionnelles et l’excellence de celles-ci porter sur  l’employabilité »

« Nous rendrons publics les taux d’insertion professionnelle et le salaire à l’issue des formations en apprentissage en vue d’une labellisation des CFA et des lycées professionnels »

3/ Dissolution des représentants du personnel

Toutes les entreprises (les moins de 200 salariés avant la loi travail, les moins de 300 salariés après la loi travail) pourront, sur décision de l’employeur, réduire le nombre de représentants du personnel, le nombre de réunions, le nombre d’heures de délégation et dénaturer leurs anciennes attributions en fusionnant délégués du personnel, comité d’entreprise et comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail dans une délégation unique du personnel :

« Une instance unique de représentation reprenant l’ensemble des attributions des comités d’entreprises, délégués du personnel et CHSCT sera mise en place dans toutes les entreprises et tous les groupes sans limitation de plafond »

Les employeurs pourront contourner entièrement les organisations syndicales majoritaires en décidant seuls de recourir à un référendum auprès des salariés :

« Tout accord d’entreprise résultera soit d’un accord majoritaire avec les syndicats, soit d’un référendum à l’initiative de l’employeur ou des syndicats sur la base d’un accord minoritaire »

Des représentants des salariés désarmés idéologiquement :

« Nous renforcerons la formation des représentants des salariés. Au-delà des compétences en droit social, ces formations doivent aussi porter sur les enjeux spécifiques de la gestion d’une entreprise, pour que syndicats et employeurs parviennent à mieux se comprendre et aboutir à des solutions communes plutôt que de confronter des positions stériles »

Des syndicats dépendants financièrement :

« Nous permettrons à chaque salarié d’apporter des ressources financées par l’employeur au syndicat de son choix »

4/ Dissolution de l’inspection du travail

A la longue liste des mesures de casse de ce service public (loi et décret Sapin du 14 juin 2013 et du 30 mars 2014, loi Macron du 6 août 2015, loi Rebsamen du 17 août 2015, loi travail du 8 août 2016, ordonnance du 7 avril 2016, décret du 12 avril 2017 qui créé un « code de déontologie pour les inspecteurs du travail), Macron ajoute le déclin de son rôle dans la  sanction des discriminations :

« Nous demanderons au Défenseur des Droits, en partenariat avec des associations et les partenaires sociaux, de favoriser des campagnes de testing, de contrôles aléatoires et imprévus à grande échelle, et de rendre publics les résultats » « Nous renforcerons les prérogatives du Défenseur des Droits en matière d’accompagnement des personnes discriminées afin qu’il assure pleinement son rôle de médiateur entre la victime et l’entreprise pour une résolution plus rapide du litige »

5/ Une haute administration triée par le CAC40

« D’ici la fin 2017, les directeurs d’administration centrale et les principaux dirigeants des organismes publics seront nommés ou confirmés au terme d’une procédure transparente, après revue de compétences et entretien »

« Nous recruterons un quart au moins des directeurs d’administration centrale en dehors de la fonction publique sur la base d’appels à candidatures ouverts visant à identifier les meilleures compétences techniques et managériales »

6/ Des services publics définitivement transformés en entreprises et voués à la désespérance

« Chaque service accueillant du public (hôpital, école, tribunal, caisse d’allocations familiales…) devra afficher, trimestriellement au moins, ses résultats en termes de qualité de service sur la base d’indicateurs concrets (délai de traitement d’un dossier, qualité de l’accueil au guichet, taux de remplacement des enseignants à l’école…). Les usagers seront associés à leur définition »

« Nous demanderons à chaque lycée professionnel et université de publier ses résultats(débouchés, salaires, etc.) sur les 3 dernières années »

« Nous mettrons fin à l’évolution uniforme des rémunérations de toutes les fonctions publiques afin de mieux prendre en compte les spécificités de chacune »

« Les ministres seront comptables du respect des objectifs de dépense publique qui leur auront été assignés. Ils auront le choix des moyens pour les atteindre (investissement, réorganisations, évolution des effectifs, rationalisation des achats…). Une loi fixera pour la durée du quinquennat les objectifs de dépense de chaque grand secteur d’administration. Les ministères qui dépassent leurs objectifs se verront reverser une partie des gains réalisés »

« …le secteur public est trop fermé sur lui-même. L’action publique gagnerait à s’ouvrir beaucoup plus à l’expérience de profils variés issus de la sphère de l’entreprise, du monde associatif, de la recherche ou des organisations internationales »

« Nous introduirons plus de souplesse dans la gestion des carrières avec des rémunérations plus individualisées et la promotion des mobilités »

Des services publics réduits à des interfaces informatiques :

« D’ici 2022, 100% des démarches administratives pourront être effectuées depuis Internet »

« Nous redéploierons les effectifs de la fonction publique pour créer des postes dans les services qui répondent à l’évolution des besoins des citoyens. Nous les réduirons là où des réorganisations et le numérique permettent de rendre le même service avec un moins grand nombre d’agents »

« Nous réduirons le nombre d’agents publics de 120 000 emplois sur la durée du quinquennat. Cela correspondra à un volume de 50 000 postes non-renouvelés dans la fonction publique d’Etat et d’environ 70.000 dans la fonction publique territoriale »

« Nous lancerons un plan pour la justice numérique. Nous permettrons notamment de dématérialiser toutes les procédures concernant des litiges inférieurs à 4000 euros »

« Nous établirons dans chaque département un tribunal de première instance qui sera le guichet unique permettant un accès facilité au juge »

« Les procédures en matière pénale seront progressivement numérisées du début de l’enquête jusqu’au jugement définitif »

« Nous mettrons à la disposition des gestionnaires publics les moyens de financer et de conduire des réorganisations génératrices de gains d’efficacité et de qualité de service »

Des services publics transformés en fournisseurs d’études de marché :

« Les administrations chargées d’autoriser des activités (l’ouverture d’un hôtel, ou l’obten­tion d’une licence de chauffeur privé, …) devront mettre à disposition leurs données. Face aux géants étrangers, des nouvelles start-ups pourront ainsi s’adresser par exemple à tous les hôteliers pour leur offrir de nouveaux services »

Des universités toujours plus « autonomes » :

« Elles pourront recruter leurs enseignants et définir leurs formations »

7/ Hormis la retraite, un statut des fonctionnaires prétendument non touché… mais « en même temps »… :

« Nous renforcerons la mobilité dans et vers la fonction publique » « Le statut des fonctionnaires ne sera pas remis en cause, mais il sera modernisé et décloisonné, par un assouplissement du système rigide des corps » « Nous mettrons en particulier fin au système des grands corps en les rapprochant de corps existant et exerçant des fonctions similaires »

Fin progressive du statut de fonctionnaire pour ceux qui ne sont ni soldat, ni flic, ni juge :

« Nous développerons le recrutement sur contrat dans les fonctions non-régaliennes, afin de permettre au service public d’attirer des professionnels d’expérience en fonction des besoins »

8/ Suppression du statut de contractuels de la fonction publique

Pas pour les titulariser… :

« Nous alignerons le statut des contractuels publics sur le droit du travail commun »

9/ Institutionnalisation de la guerre de tous contre tous

Tout à sa campagne électorale, Macron n’a peut-être pas vu qu’une de ses propositions était déjà mise en œuvre par le gouvernement auquel il a participé, pendant sa présence (loi Rebsamen et loi El Khomri) et tout récemment (décret n°2017-351 du 20 mars 2017) : le fichier de données personnelles « Compte Personnel d’Activité » est déjà logé auprès de la Caisse des dépôts et consignations et celui dénommé « Portail numérique des droits sociaux » l’est auprès de la Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole. Ces fichiers organisent le marché des travailleurs, leur mise en concurrence et la destruction progressive de la Sécurité sociale, en individualisant les droits (https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/201216/le-compte-personnel-d-activite-lurgence-du-debat-citoyen).

« Nous créerons un compte citoyen en ligne (site et application), qui rassemblera sur une même interface tous les droits, notamment ceux liés à la santé, à la trajectoire professionnelle, à la formation, à la situation fiscale, aux droits civiques »

10/ Des départements supprimés ou rendus exsangues

« Nous supprimerons au moins un quart des départements, là où ils peuvent être rapprochés de l’une de nos grandes métropoles »

« En concertation avec les élus, nous simplifierons l’administration territoriale en confiant aux services des métropoles les compétences des conseils départementaux où elles se situent »

« Nous apporterons un soutien à la performance des collectivités locales et un appui à leur modernisation »

11/ Des services publics-privés pour les employeurs

La mise en œuvre d’une disposition déjà prévue dans la loi travail… :

« Un site Internet unique donnera à chaque TPE ou PME les obligations légales et conventionnelles qu’elle doit respecter en fonction de sa situation »

… avec une nouveauté, l’assurance impunité :

« Les réponses fournies en ligne seront valables face à l’administration »

12/ ISF maintenu, mais plus pour tous

L’Impôt Sur la Fortune devient « Impôt sur la Fortune Immobilière », les revenus mobiliers échapperont demain à cet impôt. Enfin !

« L’Impôt de Solidarité sur la Fortune ne concernera plus l’investissement qui sert l’économie (actions, parts, titres d’entreprises) »

13/ Un Impôt sur les sociétés réduit

Il passera de 33 à 25 %. Aujourd’hui les grandes entreprises qui optimisent ne paient en réalité que 8%. Combien paieront-elles demain ?

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PS : les extraits du programme de Macron, disponible sur Internet (http://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme), sont en italique

 

 

Richard Abauzit

 

 

Intervention au BN du PS lundi 22 mai Comment mener campagne contre Macron-Philippe ?

Il ne faut pas laisser dire « donnons leur une chance » ou « attendons de voir ce qu’ils vont faire ». Ils ne connaissent aucun état de grâce, ils commencent avec des sondages très bas.

Pourquoi ? Parce qu’en fait seulement 6 % des gens ont voté en positif « pour » la personne illuminée de Macron, et 16 % pour ce que les gens croyaient être son programme. La vérité c’est que la majorité des gens ont voté pour lui « contre » Fillon puis pour lui « contre » Le Pen. Par défaut, mais pas par adhésion.

Et évidemment, ceux qui n’avaient bien compris, ouvrent les yeux devant Philippe, Lemaire, Darmanian, Blanquer, et Cie… C’est un gouvernement de droite à 100 %. Et tout le monde sait ce que ca veut dire un gouvernement de droite, qui annonce des ordonnances en plein été contre le droit du travail, pour éviter le débat au Parlement et la mobilisation sociale.

Mais c’est à nous d’aller chercher au fond ce que leur projet cache… à peine. Prenons des exemples concrets, fouillons les argumentaires :

1°) On ne souffre pas en France de trop de droit du travail, au contraire, ce qui existe est inappliqué, il y a un milliard d’heures supplémentaires fraudées, dissimulées, non payées, non majorées, c’est l’équivalent de 600 000 emplois, c’est la principale délinquance patronale de masse, ce n’est pas en les payant pas, en ne les contrôlant pas, c’est à dire en appauvrissant les salariés les plus exploités, que ca se règle ! Au contraire contrôlons le travail dissimulé,  et donnons nous de meilleurs outils pour le sanctionner

2°) La France bat les records européens d’accidents mortels du travail, le chiffre est de 547 en 2015,  il faut davantage de regels, de contrôles et de sanctions. D’ailleurs de façon générale les pourfendeurs des prétendues rigidités du code du travail ne font jamais rien en matière de sécurité, hygiène, et conditions de travail, ils n’en parlent jamais, pire ils affaiblissent  les protections, les CHSCT, on a 4500 handicapés du travail en plus chaque année, il y a 650 000 accidents du travail avec arrêt chaque année, les maladies professionnelles augmentent en nombre de façon spectaculaire parce qu’on ne contrôle pas assez les entreprises, lesquelles sont motivées par les profits/dividendes et pas par l’intérêt général ( Volkswagen, Samsung, Fiat, Chrysler…). Par exemple formulons une proposition phare : interdire l’intérim dans le bâtiment et dans les 1200 entreprises Seveso. Interdire l’intérim dans le bâtiment comme en Allemagne (ou le code du travail est plus gros et plus précis que le notre). Les intérimaires, sont, en France ceux qui ont le plus d’accidents en proportion, et dans le bâtiment encore plus. Pas d’intérim dans le bâtiment ! Comme en Allemagne ! C’est une façon de contre attaquer toutes leurs théories contre le droit du travail

3°) Ils veulent un referendum partout dans les entreprises : il faut démontrer pourquoi c’est anti démocratique. D’abord parce que dans les entreprises, les salariés sont subordonnés. Un contrat de travail est un lien de subordination juridique permanent. Il n’y a pas d’égalité, de citoyenneté, dans les entreprises. C’est l’employeur qui décide unilatéralement de la  naissance du contrat de la gestion du contrat, de la rupture du contrat. Un référendum dans ces conditions ce n’est pas démocratique. Et, par exemple, les syndicats pour être élus au premier tour, doivent obtenir un quorum de 50 % de votants. 50 % ! Faire comprendre aux gens que ce n’est pas le cas des politiques ! S’il fallait un quorum de 50 % dans les élections politiques, il n’y aurait pas beaucoup d’élus. Donc les syndicalistes sont bien élus. Mais pour un referendum, il n’y a pas de quorum ; le patron organise lui même le referendum comme il veut, exemple le samedi matin et tant pis s’il y a 20 % de participants.

4°) La constitution prévoit que  « les salariés s’expriment par l’intermédiaire de leurs délégués et participent ainsi à la gestion des entreprises ». Or, dans les faits, 80 % des salariés n’ont pas d’IRP, pas de délégués, pas de syndiques, pas d’élus. Il faut renforcer l’application de la constitution, pas l’affaiblir.

5°) Pourquoi un « barème aux prud’hommes » : le principe de la justice c’est que ce sont les juges qui fixent les pénalités, c’est anticonstitutionnel d’enlever aux juges prud’hommes le droit de juger, d’apprécier les peines. Et puis la droite réclame de la sévérité contre la délinquance, elle a même inventé des « peines planchers » conte les petits délinquants, pourquoi inventer des « peines plafonds » pour la délinquance patronale, deux poids deux mesures ?

6°) Rappeler que le droit du travail est un droit fondamental de l’homme et de la femme. Il ne se négocie pas. C’est l’état de droit dans l’entreprise. C’est l’ordre public social. C’est la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. C’est la déclaration de Philadelphie. C’est la charte européenne des droits humains de 1999. Il existe l’OIT : elle incarne le droit universel du travail, le droit planétaire. On ne veut du travail des enfants nulle part, ni chez nous  ni au Portugal, ni au Bangladesh. Ca ne se négocie pas boutique par boutique. Le droit du travail est d’essence supérieure aux intérêts des entreprises, boite par boite. Idem pour les durées du travail, pour les salaires minima. Idem, les conventions collectives de branches l’emportent sur le dumping social à l’intérieur des branches et même la majorité du congrès de Poitiers avait appelé à restaurer la hiérarchie des normes.

 

Nous avons à faire, de façon démonstrative, convaincante, dans la campagne législative pour dénoncer l’offensive n° 1 de ce gouvernement de droite, du Medef, et ainsi opposer concrètement nos candidats socialistes aux sombres projets réactionnaires de Macron-Philippe-Pénicaud. Pourquoi Macron veut il commencer par cette loi phare scélérate ?  Pour se venger de n’avoir pu l’imposer totalement à Hollande et Valls à travers la loi El Khomri qui ne s’est pas appelée « Macron 2 » ? C’est la réalité. Mesquine. Menaçante. Absurde. Intolérable. On peut faire un « carton » contre ces ordonnances si on concentre nos coups contre elles.

Mais aussi contre les 120 000 fonctionnaires en moins : qu’est ce que ca veut dire dans les hôpitaux, les écoles, la police, la justice, les contrôles d’application des lois  ? L’autre jour, j’étais dans une réunion avec des camarades socialistes, une femme s’effondre en pleurs, elle nous explique « – excusez moi, je suis infirmière, j’ai failli laisser mourir deux personnes aujourd’hui, ça me prend comme ça ». Tout le monde sait qu’il manque des dizaines de milliers de personnels dans les hôpitaux.

Alors évidemment ça ne peut pas aller du tout, entre autre, par exemple, avec les candidatures de Marisol Touraine et de Myriam El Khomri. Elles ont été particulièrement hypocrites, elles ont sollicité l’investiture socialiste et après, elle se réclament sur leurs tracts et affiches de la « majorité présidentielle de Macron » qui ne met pas de candidat en face d’elles. Il y a une certaine honte à cela.

Non seulement il faut leur interdire de se réclamer du PS, mais puisqu’il est trop tard, à cause de leur manœuvre, pour leur envoyer un candidat socialiste, il faut appeler à les faire battre, et soutenir des candidats de gauche en face, qui, eux s’opposent aux ordonnances, et s’opposent à la suppression des 120 000 fonctionnaires et de l’ISF, et du tiers payant, etc.

Non seulement on combat la politique de la majorité Macron, mais on doit appeler clairement à battre celles et ceux qui veulent y participer et  la soutenir, qu’ils aient été ministres n’est surtout pas une excuse, au contraire,  c’est une exigence encore plus forte. Car si on ne fait pas ça clairement, ça sabote les campagnes positives de nos camarades socialistes, qui eux défendent la gauche contre Macron.

Gérard Filoche