Combattre le racisme et l’antisémitisme

 

L’antisémitisme est l’une des formes du racisme, ce système dont le fondement idéologique est une prétendue hiérarchie ou de supposées différences infranchissables, imposées par la « nature », entre des « races », des  « civilisations » ou des « cultures ». En réalité, l’antisémitisme est, comme toutes les autres formes de racismes, le produit d’une construction sociale, même si cette dernière est, comme pour toute forme de racisme, spécifique.

 

I-Antijudaïsme et antisémitisme

 

L’antisémitisme est apparu au XIXème siècle, en même temps que le déterminisme biologique dont la principale fonction était de justifier l’entreprise de colonisation mais, aussi, de légitimer, dans les métropoles, l’assignation de chacun et de chacune à la position sociale que la « nature » lui avait dévolue. Cet antisémitisme a pour ancêtre l’antijudaïsme religieux mais il s’en distingue fortement.

.1-L’antijudaïsme religieux européen a engendré de nombreux crimes

Les Juifs qui se trouvaient sur les chemins de la première croisade, à la fin du XIème siècle, ont subi d’odieux massacres, particulièrement en Rhénanie. N’étaient-ils pas, aux yeux des croisés, les descendants des « déicides », des Juifs qui auraient crucifié Jésus, le fils de Dieu ?

Le roi de France Louis IX, dit Saint Louis, avait frappé les Juifs de multiples interdits, ordonné que des milliers d’exemplaires du Talmud soient brûlés en place publique et obligé les Juifs, dès l’âge de 12 ans, à porter une « rouelle » jaune, les désignant à la haine publique, causant ainsi de multiples morts et mutilations.

En 1306, le roi de France Philippe Le Bel, après avoir dépouillé les Juifs de France de leurs biens, les expulsa par dizaines de milliers.

La haine des Juifs ne se limitait pas aux catholiques, Martin Luther publia en 1543 Des Juifs et de leurs mensonges. Il y affirmait : « Aussi nous sommes même coupables si nous ne vengeons pas tout ce sang innocent de notre Seigneur et des Chrétiens qu’ils ont répandu pendant les trois cents ans après la destruction de Jérusalem, et le sang des enfants qu’ils ont répandu depuis lors (qui brille encore de leurs yeux et de leur peau). Nous sommes fautifs de ne pas les tuer. »

Dans l’Espagne de la « Reconquête », les Juifs ont subi les conversions forcées, la condamnation d’au moins 120 000 d’entre eux au bannissement (avec les milliers de morts qui l’ont accompagné), après le décret du 31 mars 1492, les tortures et les exécutions des Marranes par l’Inquisition.

Cependant, la différence entre l’antijudaïsme religieux et l’antisémitisme d’Hitler est d’ordre qualitatif. Les mettre sur le même plan en viendrait à banaliser Auschwitz. 

L’antijudaïsme du Moyen Âge ou de la Renaissance était essentiellement religieux. L’antisémitisme nazi était d’une tout autre nature. Il combinait l’idéologie raciale se réclamant de la biologie et du darwinisme social (seuls les plus forts peuvent survivre), avec la froide rationalité instrumentale et la technologie meurtrière du capitalisme. L’aboutissement de cette combinaison fut le génocide de 6 millions de Juifs européens. Pour les nazis, à la différence de Torquemada, aucune conversion, même faisant l’objet d’une suspicion constante,  n’était possible : c’était la « race biologique » qui déterminait le sort des Juifs.

 

2-En France, comme dans toute l’Europe, l’antijudaïsme religieux s’est transformé en antisémitisme

  • Le rôle de certains socialistes « utopiques » et de certains anarchistes

De nombreux socialistes n’ont pas pris parti pour l’antisémitisme. Ce fut notamment le cas de Claude-Henri Saint-Simon, Étienne Cabet, Constantin Pecqueur, Louis Blanc. Mais d’autres n’y ont pas échappé. Les trois principaux furent Charles Fourrier, Pierre-Joseph Proudhon et surtout, Alphonse Toussenel.

Charles Fourrier, dans sa Théorie de l’unité universelle(1822), voyait les Juifs comme des parasites improductifs, « s’adonnant exclusivement au trafic, à l’usure et aux dépravations mercantiles ».

Dans ses Carnets de décembre 1847, Pierre-Joseph Proudhon écrivait, à propos des Juifs : « Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. »

Alphonse Toussenel reprendra dans son livre  Les Juifs rois de l’époque. Histoire de la féodalité financière, paru en 1845, en les exacerbant, les éléments antisémites disséminés dans l’œuvre de Charles Fourrier. Il écrivait, notamment : « La répulsion universelle que le juif a inspirée si longtemps n’était que la juste punition de son implacable orgueil, et nos mépris les représailles légitimes de la haine qu’il semblait porter au reste de l’humanité ».

Les écrits de Charles Fourier constituaient une critique féroce de la société capitaliste en train de naître, l’antisémitisme était très loin d’y occuper une place centrale. Il en allait de même pour Pierre-Joseph Proudhon dont les écrits avaient, avant tout, pour objet la critique de la propriété. Toussenel ne limitait pas sa critique aux Juifs mais l’étendait aux protestants : « Genevois, Hollandais, Anglais, Américains ».

Ce sont pourtant ces penseurs socialistes anarchistes, auxquels il faudrait ajouter Auguste Chirac, Pierre Leroux ou Élisée Reclus, qui créent le mythe du Juif « roi de la finance ». La gauche française, comme toute la société, baigne alors dans un imaginaire judéophobe qui trouve son origine dans la culture catholique de l’époque. Pour écrire La France Juive, Édouard Drumont puisera sans vergogne dans le brûlot antisémite de Toussenel. Michel Dreyfus le souligne : « Formulée entre 1844 et 1847, les conceptions de Toussenel et Proudhon anticipent d’une quarantaine d’année l’antisémitisme moderne[1] ».

  • L’antisémitisme d’extrême droite

A l’extrême droite, l’antisémitisme connut d’importantes poussées.

D’abord, lors de l’aventure du Général Boulanger, de 1885 à 1899, qui mobilisa aussi une partie de la gauche et de l’affaire Dreyfus entre 1894 et 1906.

Maurice Barrès servit de lien entre l’ancien antijudaïsme et ce nouvel antisémitisme en qualifiant la cérémonie de dégradation du capitaine Dreyfus de « parade de Judas »et en décrétant : « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race ». Edouard Drumont, auteur de l’un des livres antisémites les plus ignobles La France juive, dirigeait La libre parole qui titra, lors de la condamnation de Dreyfus « Le traître condamné – Mort aux Juifs ! ». L’auteur de la chanson Le clairon, Paul Déroulède,  tenta même de faire un coup d’État en cherchant, en vain, à faire marcher une unité de cavalerie contre le parlement de la République honnie.

La deuxième montée de l’antisémitisme, avant la Seconde Guerre mondiale, fut celle des ligues fascistes dans les années 1920 et surtout 1930 : Solidarité française du très riche parfumeur François Coty, le Francisme de Marcel Bucard, le Parti populaire français de l’ancien communiste Jacques Doriot, la Cagoule d’Eugène Deloncle, les Chemises vertes d’Henry Dorgères, le fasciste paysan…

La mobilisation des syndicats et des forces de gauche, la victoire du Front populaire et la dissolution des « ligues factieuses » donnèrent un coup d’arrêt à la montée du fascisme mais la victoire des armées hitlériennes en 1940 permit une nouvelle éclosion des partis fascistes et antisémites et la mise en place d’une politique de persécution des Juifs.

Dans la zone occupée par les nazis, le PPF de Doriot, le MSR de Deloncle, le RNP de l’ancien socialiste Marcel Déat, chacun se voulant plus antisémite que l’autre, avaient, à Paris, pignon sur rue. L’administration française, qui s’était mise progressivement sous les ordres de l’occupant à partir de l’armistice de 1940, participait activement (comme lors de la rafle du Vel d’Hiv en 1942) à la traque des Juifs et à leur envoi vers les camps d’extermination.

Dans la zone non-occupée, le gouvernement du maréchal Pétain mettait en place, dès octobre 1940, un premier statut des Juifs, sans que l’Allemagne ait même eu à en faire la demande. Un second statut, en juin 1941, aggravait le premier. Au total, les Juifs français étaient chassés de la fonction publique, de l’armée, de l’enseignement, de la presse, de la radio, du cinéma, et voyaient leur nombre limité à 3 % à l’université et à 2 % dans les professions libérales. En juillet 1941, ils durent céder les droits qu’ils détenaient sur des entreprises à des « Aryens ». Quant aux Juifs étrangers, ils furent parqués dans les camps de concentration, d’internement ou de déportation, à Gurs, à Rivesaltes ou aux Milles, avant d’être, pour la plupart, livrés aux nazis.

Plus que toute autre organisation d’extrême-droite, l’Action française de Charles Maurras, illustra la trajectoire de l’antisémitisme militant en France pendant ces presque 50 ans. Créée en 1899, au moment de l’affaire Dreyfus, cette organisation s’illustra aussitôt par son antisémitisme virulent. Le 5 juin 1936, lors de l’arrivée de Léon Blum à la tête du gouvernement, son journal titrait : « La France sous le Juif ». En 1945, condamné à la réclusion perpétuelle pour sa conduite pendant l’occupation allemande, Charles Maurras s’écriait : « C’est la vengeance de Dreyfus ». La boucle était bouclée.

3-Le mythe du « complot juif »

L’antisémitisme a, comme toute forme de racisme, une dimension systématique. Mais il est, de surcroît, lié à une forme de « complotisme » qui trouve son expression la plus achevée, dans le faux réalisé par l’Okhrana, la police tsariste, Le protocole des sages de Sion, en 1901. Ce faux prétend rassembler les  comtes rendus de plusieurs réunions secrètes visant à instaurer un pouvoir juif sur le monde et établissant les moyens d’y parvenir. Il s’agissait en fait d’un décalque, notamment, d’un pamphlet contre Napoléon III, datant de 1864. Ce fut l’une des pièces maîtresses de la propagande antisémite, tout particulièrement celle des nazis et d’Hitler lui-même, qui s’appuya sur ce faux dans Mein Kampf pour étayer ce qu’était, à ses yeux, le « complot juif ».

L’antisémitisme prétend interpréter un monde de plus en plus complexe, de plus en plus injuste et inégalitaire en identifiant les Juifs à l’argent, au capital et tout particulièrement au capital financier. Il cherche au moyen de cet imaginaire, à personnifier la domination abstraite du capital. Cette identification est évidemment fausse et trompeuse.

Fausse, tout d’abord parce qu’elle prétend faire de tout Juif un capitaliste, un financier, alors que l’immense majorité des Juifs sont, comme tout le monde, employés, ouvriers, cadres, enseignants, fonctionnaires, petits artisans ou petits commerçants, ont des professions intermédiaires, libérales…

Trompeuse, ensuite, parce cette identification du capital aux Juifs permet de laisser au second plan la quasi-totalité des capitalistes et de faire, ainsi, diversion à la lutte anticapitaliste.

4-L’antisémitisme est toujours là en France et il tue

De l’injure à la violence, en passant par la menace, il peut prendre bien des aspects dont les plus effrayants sont l’assassinat d’Ilan Halimi, le 13 février 2006, un jeune homme de 23 ans, retrouvé agonisant, brûlé et supplicié parce qu’il était Juif ; l’assassinat, le 19 mars 2012, par Mohammed Merah, de quatre personnes dont trois enfants, à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse ; le viol d’une femme sous les yeux de son mari, lors d’un cambriolage le 19 mars 2012 à Créteil (« puisqu’ils sont Juifs, ils devaient avoir de l’argent » expliquent les auteurs du viol et du cambriolage) ; l’assassinat de quatre personnes, au Musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014 par un Français, Mehdi Nemmouche ; l’assassinat, par un terroristes se réclamant de l’ « État islamique », Amedy Coulibaly, de quatre personnes dans une supérette casher de la porte de Vincennes, à Paris, le 8 janvier 2015…

 

II- Antisémitisme et antisionisme

 

La question de savoir s’il est possible d’assimiler antisémitisme et critique de la politique d’Israël se pose avec acuité dans notre pays.

Le 20 juillet 2014, le Premier ministre, Manuels Valls, fustigeait un antisémitisme nouveau qui se serait caché « derrière la haine de l’Etat d’Israël ». Il n’avait pas mené cette charge à n’importe quelle occasion mais lors de commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv, des 16 et 17 juillet 1942.

Lors de la cérémonie du 75e anniversaire de cette rafle,  le 16 juillet 2017, le tout nouveau président de la République, Emmanuel Macron, faisait un pas de plus dans l’amalgame en déclarant : « Nous ne cèderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ». 

Mais de quel « antisionisme » parlait-il ? Il est au moins possible d’en distinguer trois formes, si l’on ne considère pas qu’une pensée simpliste soit préférable à une pensée un tant soit peu complexe. La première forme prise par l’antisionisme est historique, les deux autres formes sont contemporaines.

1-L’antisionisme à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle

Cet antisionisme était celui qui opposait la grande majorité des Juifs de Russie et d’Europe orientale ou centrale, au sionisme à la fin du siècle dernier. Le sionisme, en effet, est un mouvement politique moderne né à la fin du XIXème siècle, alors limité à l’Europe. Il était au départ extrêmement minoritaire et se heurtait à une quadruple opposition.

D’abord, celle du Bund (Union générale juive en Russie et Pologne) qui luttait à la fois contre l’oppression nationale dont les Juifs étaient victimes et contre l’oppression sociale subie par l’ensemble du prolétariat russe et polonais.

Ensuite, celles de la très grande majorité des rabbins qui considéraient que la venue du « Messie » devait précéder le retour à « Sion ».

Puis, celle des Juifs qui se considéraient comme assimilés, en Allemagne, notamment.

Enfin, une quatrième opposition se manifestait alors, très concrètement lors du départ massif (un tiers des Juifs européens entre 1880 et 1920) pour une « Terre promise », loin des vexations, des discriminations multiples et des violences qui étaient leur lot quotidien en Europe de l’Est, culminant dans d’atroces pogroms comme ceux de Kishinev, en 1903 et 1905. Une infime minorité (3 % seulement) de ces migrants, de ces réfugiés choisirent comme destination la Palestine, malgré les exhortations du mouvement sioniste. La très grande majorité (90 %) choisit les Etats-Unis.

Ces Juifs qui s’opposaient au sionisme dans les débats d’idées et dans les faits quand ils choisissaient d’émigrer aux États-Unis ou en France et non en Palestine étaient-ils antisémites ?

2-Les deux formes contemporaines de l’antisionisme

  • Un antisionisme qui ne reconnaît pas le fait national juif et l’État d’Israël

Cette forme d’antisionismeconsidère que les Juifs n’auraient rien à faire, en tant que peuple, en tant que nation et surtout en tant qu’État, dans ce qui était la Palestine historique. Cette forme d’antisionisme n’est évidemment pas acceptable.

Il est impossible, en effet, de nier l’existence d’une nation israélienne, d’un État israélien qui a été reconnu par l’ONU, il y a 70 ans, et qui a été le refuge de populations juives persécutées par les nazis, les régimes nationalistes ou les monarchies arabes, les régimes staliniens, les militaires éthiopiens …

  • Un antisionisme qui reconnaît le fait national juif et l’existence de l’État d’Israël

Cette forme d’antisionisme n’est pas celle du refus d’un État israélien, mais celle du refus d’un État supposant un « droit au retour » pour tous les Juifs du monde en Israël.

Ce « droit au retour » implique, de facto, l’impossibilité d’un « droit au retour » pour les Palestiniens expulsés de Palestine et pour leurs descendants, contrairement aux très nombreuses résolutions de l’ONU, notamment à la résolution 194 de son Assemblée générale, adoptée le 11 décembre 1948.

Pendant des décennies, l’État d’Israël a nié l’expulsion des Palestiniens des terres qu’ils occupaient en 1948, et affirmé que la Palestine était « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». « Les nouveaux historiens israéliens », Benny Morris et Lian Pappe[1] en particulier, ont mis à mal ce mythe et établi que la guerre de 1948 avait provoqué l’expulsion de 800 000 Palestiniens d’Israël. 250 000 autres avaient, au mépris du droit international, été obligés de prendre le chemin de l’exil en 1967. En 2010, l’UNRWA (Office de l’Onu pour les réfugiés de Palestine) comptabilisait 4,7 millions de Palestiniens condamnés à l’exil.

Ce « droit au retour » de tous les Juifs, voulu par l’État d’Israël, implique également une colonisation continue des terres palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Ce n’est pas un hasard si Israël n’a pas de frontières définies : la colonisation les modifierait sans cesse.

En 2010, l’UNRWA (Office de l’ONU pour les réfugiés de Palestine) comptabilisait 4,7 millions de Palestiniens condamnés à l’exil.

Le grand historien israélien, spécialiste du fascisme, Zeev Sternhell, donnait son opinion sur cette question en écrivant, le 18 février 2018 dans une tribune du Monde[3] : « Pour les Smotrich[2], Shaked[3]et Zohar[4], un juif de Brooklyn qui n’a peut-être jamais mis les pieds sur cette terre en est le propriétaire légitime mais l’Arabe qui y est né, comme ses ancêtres avant lui, est un étranger dont la présence est acceptée uniquement par la volonté des juifs et de leur humanité. »

3-À qui profite la confusion entretenue entre ces deux formes d’antisionisme ?

La réponse est simple : au gouvernement dominé par la droite et l’extrême droite israéliennes de Benjamin Netanyahou,

Lorsque ce dernier remerciait Emmanuel Macron, le 16 juillet 2017, il précisait : « On ne peut pas dire : je n’ai rien contre les Juifs mais je ne veux pas que leur pays existe ». Tout le problème était dans la signification du mot « leur ». S’agissait-il d’un pays qui garantirait un retour pour tous les Juifs du monde, interdisant ainsi le retour des Palestiniens qui avaient été chassés ou s’agissait-il d’un pays qui accepterait l’existence d’un État palestinien indépendant et réellement viable ?

Si le Premier ministre israélien avait choisi la deuxième option, il aurait cherché à bénéficier de la neutralité (même très vigilante) d’une partie des antisionistes, ceux qui reconnaissent le fait national israélien et son droit à disposer d’un État. La confusion qu’il a soigneusement entretenue entre les deux formes d’antisionisme indique clairement que la solution qu’il retenait était celle du « droit au retour » de tous les Juifs du monde en Israël. Un « droit au retour » qui interdit l’existence d’un État palestinien indépendant et viable. Une solution parfaitement conforme, d’ailleurs, à la politique menée par tous les gouvernements que Benjamin Netanyahou a dirigés ou auxquels il a participé depuis 2002, l’année où il devint le ministre des Affaires étrangères d’Ariel Sharon.

  • Empêcher toute critique de la politique d’Israël

La confusion entre les deux formes d’antisionisme et leur assimilation à l’antisémitisme a une fonction précise : empêcher toute critique de la politique d’Israël.

Dominique Vidal, collaborateur du Monde diplomatiqueécrit dans Médiapart : « L’antisionisme critique l’idéologie sioniste selon laquelle les Juifs, inassimilables dans les pays où ils vivent, devraient être rassemblés dans un État qui leur soit propre. Il s’agit donc d’une opinion, qu’on peut approuver ou rejeter, mais qui ne saurait constituer un délit. » Il ajoute : « D’ailleurs, imagine-t-on les communistes demander l’interdiction de l’anticommunisme, les gaullistes celle de l’antigaullisme, les néolibéraux celle de l’altermondialisme ? »

Fallait-il renoncer à critiquer l’agression israélienne contre Gaza durant l’été 2014 ? D’un côté, 2 143 tués palestiniens dans la bande de Gaza, selon les chiffres du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. 70,3 % des Palestiniens tués sont des civils, dont 250 femmes et 480 enfants et adolescents de 10 jours à 17 ans, selon l’Unicef. De l’autre côté, 64 soldats israéliens ont été tués ainsi que 4 civils, dont un enfant de 4 ans. 375 civils palestiniens tués pour un civil israélien.

Fallait-il renoncer à critiquer la nomination d’un dirigeant d’extrême droite, Agvidor Liebermann, au poste de ministre de la Défense ? Un individu qui, selon Marianne (30/05/2016) considérait que la bombe nucléaire serait une solution lorsqu’il déclarait : « Nous devons combattre le Hamas comme les Etats-Unis ont combattu les Japonais. Les Américains ont vaincu le Japon sans invasion terrestre, rendant une occupation militaire absolument superflue. »

Zeev Sternhell devait-il se taire ou critiquer la politique d’Israël, pour tenter d’éviter sa dérive vers un régime d’apartheid, comme il l’a fait dans sa tribune du Monde, le 20 février 2018 ?  Il a choisi de ne pas se taire et de critiquer la politique israélienne. Qui oserait, cependant,  prétendre que ce grand historien, membre de l’Académie israélienne des sciences et lettres, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, est un antisémite ?

4-Ne pas banaliser l’antisémitisme

Pascal Boniface écrit[2] : « Il y a des antisémites qui s’opposent à Israël, c’est-à-dire des gens qui s’opposent systématiquement à Israël parce que – et uniquement parce que – c’est un État juif. Il ne faut pas nier l’antisémitisme. Il faut le combattre encore et toujours parce qu’il n’a pas disparu. Mais il ne faut pas non plus l’instrumentaliser ». D’autant, ajoute-t-il, que cette instrumentalisation est dangereuse car elle « revient à banaliser l’antisémitisme. Si tout le monde est antisémite, alors personne ne l’est ».

Pierre Vidal-Naquet, l’historien qui a été le fer de la lutte contre le négationnisme, contre ceux qui « assassinent la mémoire » en niant la réalité du génocide juif pendant la Seconde Guerre mondiale écrivait, en 1995 : « Si une pierre jetée par un garçon ou une fille des territoires occupées (…), si même une bombe jetée sur un bus par un terroriste palestinien est la continuation du génocide, le résultat immanquable de ce type d’affirmation est que certains de ceux qui estiment que les Palestiniens ont de bonnes raisons de se rebeller penseront tout naturellement que la Shoah elle-même n’a pas été la terrifiante tragédie que nous connaissons.[5]»

 

5-La gauche, l’antisémitisme et l’antisionisme en France

  • L’antisémitisme ne fait plus, depuis l’Affaire Dreyfus, partie du programme de la gauche

Depuis la bataille menée par Jean Jaurès, l’antisémitisme est désormais clairement classé à droite et à l’extrême-droite. L’antisémitisme n’est plus considéré comme le « socialisme des imbéciles » (selon la formule du président de la IIème Internationale, August Bebel), mais comme le masque de la droite, de l’extrême droite, du capitalisme catholique.

L’antisémitisme, à gauche, ne sera plus repris que par des groupes marginaux, tels les partisans de Georges Sorel, l’auteur de Réflexions sur la violence.

Cependant, dans les années 1930, la SFIO sera divisée entre sa majorité, dirigée par Léon Blum, et une minorité de pacifistes qui renoue avec l’antisémitisme en même temps qu’elle dénonce le « bellicisme » de Léon Blum, accusé de vouloir précipiter la France dans une guerre contre Hitler dans le seul but d’aider les Juifs allemands.

  • Les procès antisémites en URSS et dans le « bloc de l’Est » avant la chute du mur de Berlin

Lors du « procès Slansky » dans la Tchécoslovaquie de 1952, 11 des accusés sur 14 étaient Juifs. La très grande majorité de ceux qui ont été condamnés l’étaient également, notamment l’ancien secrétaire général du parti communiste tchécoslovaque, Rudolf Slansky.

Comme l’a montré la suite de l’histoire et le récit de d’Arthur London, l’un des rares accusés à avoir été gracié, le procès contre ces « trotskistes-sionistes-titistes », était été monté de toutes pièces et les aveux arrachés par la torture et le chantage. Le film de Costa-Gavras, L’Aveu (1970), avec Yves Montand et Simone Signoret en rend lumineusement compte.

La dénonciation d’un « complot des blouses blanches » dans l’URSS stalinienne entraîna l’arrestation de plusieurs centaines de Juifs, médecins et pharmaciens. La mort de Joseph Staline, le 1ermars 1953, leur permit d’avoir la vie sauve et d’être réhabilités.

Dans un cas comme dans l’autre, les responsables de ces attaques antisémites étaient la bureaucratie stalinienne qui avait réussi sa contre-révolution à la fin des années 1920 en URSS et liquidé les acquis démocratiques de la révolution d’Octobre 1917. Cette caste bureaucratique n’était pas de gauche. Elle n’eut d’ailleurs aucune difficulté, après l’éclatement de l’URSS, à se transformer en un classe de capitalistes dirigeant la Russie. L’ancien officier du KGB, Vladimir Poutine, en est un parfait exemple.

En dehors du bloc de l’Est, les partis de gauche qui, tels le PCF, avait soutenu les accusations portées contre les accusés de ce procès et de ce « complot » ont tous reconnu, depuis, qu’ils avaient fait là une terrible erreur.

  • La question du négationnisme

Certains des négationnistes (ceux qui nient l’existence de la Shoah, de l’existence des chambres à gaz dans les camps d’extermination nazi) étaient au départ des militants de gauche ou d’extrême gauche.

Paul Rassinier fut communiste, socialiste, résistant, déporté à Buchenwald. Serge Thion fut militant du PSU. Roger Garaudy fut un dirigeant important du PCF. Alain Soral fut adhérent du PCF pendant un peu plus de trois ans.

Mais ils avaient coupé tout lien avec le Parti socialiste, le Parti communiste ou le PSU quand ils se mirent à développer leur théorie négationniste. Robert Faurisson fut soutenu par la Vieille Taupe mais c’était une secte de l’ultragauche, totalement marginale et comptant au plus une vingtaine de militants que son soutien au négationnisme fit rapidement passer du côté de l’extrême droite.

Le chef d’orchestre des négationnistes fut, en fait, un homme d’extrême droite, Maurice Bardèche. Il en avait été, en France, leur précurseur lorsqu’il publia en 1948 Nuremberg ou la terre promise. Il dirigeait une revue néo-nazie Défense de l’Occident, dans laquelle il donnait la parole aux négationnistes venus de la gauche mais surtout aux négationnistes d’extrême droite : lui-même, Richard Harwood, Ties Christophersen, François Duprat…. Il sut parfaitement instrumentaliser Paul Rassinier et son livre Le mensonge d’Ulysse ainsi que les autres négationnistes venus de la gauche. Il édita leurs écrits et fit en sorte que ce soit les groupes d’extrême droite et leurs organes de presse qui se chargent de faire leur publicité et de les utiliser à leurs fins.

Les négationnistes venus de la gauche, n’avaient plus rien à voir avec la gauche ou l’extrême gauche. 

  • Les mobilisations en défense des Palestiniens

Laurent Mucchielli, sociologue et directeur de recherche au CNRS, constatait en 2009 : « L’hypothèse d’une « nouvelle judéophobie » qui permettrait un retour de l’antisémitisme sous couvert de critique de la politique israélienne, et qui traduirait un déplacement de l’antisémitisme de l’extrême droite vers l’extrême gauche, est invalidée également par les travaux scientifiques. Ces derniers montrent en effet que, dans les opinions d’extrême droite, on observe bien une conjonction ou un amalgame entre antisémitisme et anti-israélisme, mais que c’est le contraire dans les opinions de gauche et d’extrême gauche : les plus hostiles à la politique de l’Etat d’Israël sont souvent en même temps les moins antisémites.[4]»

Le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Israéliens et Palestiniens organisait une série de manifestations, notamment à Paris le 23 juillet 2014, qui ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ce collectif réunissait de nombreuses organisations de gauche (dont 33 députés socialistes), antiracistes ou de défense des Palestiniens (dont l’Union des Juifs français pour la paix). Toutes ces organisations se s’étaient prononcées pour la création de deux États indépendants et viables : un État israélien et un État palestinien Ces organisations s’opposaient à l’agression israélienne contre la population de Gaza, mais aucune d’entre elles ne remettait en cause l’existence d’un État israélien.

6-Antisémitisme et antisionisme dans la jeunesse des quartiers populaires

Le soutien de ces jeunes Français à la cause palestinienne ne serait pas, pour certains, politique mais « religieux », « culturel » ou « communautariste », ces jeunes ne pouvant accéder à la pensée politique.

Le soutien au peuple palestinien n’est pas une nouveauté. Le début de la décennie 1970 avait vu son développement dans l’immigration. Les « Comités de soutien à la résistance palestinienne » alors créés, étendirent rapidement leur lutte à celle contre le racisme en France et liaient, ainsi, la défense des travailleurs immigrés et celle des Palestiniens.

Les jeunes des quartiers populaires comprennent aisément les similitudes, même si elles sont d’un autre degré, entre les discriminations qu’ils subissent et celles dont souffrent les Palestiniens. Ils comprennent aussi, intimement, ce que peut signifier la colonisation infligée aux Palestiniens car chacune de leurs familles continue à en porter la douloureuse mémoire.

Le rapport « Un refus croissant de l’autre[5] », rédigé par d’éminents chercheurs, notamment Nonna Mayer et Vincent Tiberj, considère cependant que « le rejet des Juifs est plus structuré par les stéréotypes classiques du pouvoir, de l’argent, l’accusation de communautarisme que par les perceptions d’Israël » Un antisémitisme qui a donc moins à voir avec la politique d’Israël qu’avec Charles Maurras, Edouard Drumont ou certains fondateurs du Front national.

Tous ces gens-là ayant, eux-mêmes, beaucoup plus à voir avec l’extrême droite nationaliste israélienne qu’avec la cause de ces jeunes prolétaires exploités des quartiers populaires de notre pays. Des jeunes prolétaires dont les conditions de travail et de vie ne sont guère éloignées de celles de certains Juifs salariés et pauvres d’Israël, exploités eux aussi par le capitalisme, comme les autres salariés du monde entier.

 

III- La dangereuse articulation des racismes

Lors de la manifestation « Jours de colère » le 26 janvier 2014, l’alliance entre les racismes, s’était affichée sans la moindre retenue. Les partisans de Dieudonné et de ses provocations antisémites défilaient aux côtés d’une ultra-droite identitaire qui hurlait (entre autres slogans) « Najat à la batte », « Taubira casse-toi » mais aussi « Israël hors d’Europe », « Faurisson a raison, la Shoah c’est bidon ».

A Varsovie, lors des manifestations de novembre 2017 contre les quotas de réfugiés de l’Union européenne, une banderole fixée sous l’un des ponts de la ville, faisait une ignoble synthèse entre l’antijudaïsme religieux, l’antisémitisme et le racisme anti-musulmans : « Priez pour un holocauste musulman » ! Les Tsiganes n’étaient, bien sûr, pas oubliés dans ce sinistre paysage raciste.

« Ceux qui dénoncent les actes antisémites (…) mais ne disent rien des exactions anti-arabes portent une part de responsabilité dans la communautarisation des esprits et dans le renforcement de l’antisémitisme, car ce n’est pas le racisme, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, qu’ils combattent, mais uniquement le racisme de l’autre », affirmait, en 2003, Michel Warscharsky (6)

Le professeur de philosophie de Frantz Fanon à Fort-de-France avertissait ses élèves martiniquais : «  Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous. » La réciproque est vraie, quand on dit du mal d’un Martiniquais ou d’un Maghrébin, c’est aussi des Juifs dont on dit du mal.

L’antisémitisme doit être fermement combattu partout, et par toutes et tous. Les combats antiracistes, cependant, ne se hiérarchisent pas. Les statistiques des violences racistes, recensées depuis des années par la Commission nationale consultative des droits de l’homme, indiquent, d’ailleurs, une progression et une régression simultanées des actes de violences racistes, anti-juifs et anti-maghrébins.

 

 


[1] Lian Pappe « Le nettoyage ethnique de la Palestine » Fayard – 2004.

[2] « Est-il possible de critiquer  Israël ? » – Éditions Robert Laffont – 2003.

[3]  Zeev Sternhell : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts » – Le Monde 18/02/2018.

[4] Laurent Mucchielli « Le pseudo retour de l’antisémitisme : un rituel du diner annuel du CRIF » – Rue 89 – 06/03/2009

[5] « Un refus croissant de l’autre » – In « La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobieAnnée 2013 ». Commission nationale consultative des droits de l’homme – La Documentation française – 03/2014.

[6] Michel Warscharsky – « Antisémitisme » – Mai 2003 – Site de la LDH de Toulon.

 


[1]Michel Dreyfus L’antisémitisme à gauche. Histoire d’un paradoxe- Ed La Découverte – 2009.

[2]Bezahel Smotrich, élu à la Knesset, membre du «  Foyer juif », une organisation religieuse, d’extrême-droite participant au gouvernement de Benjamin Netayahu.

[3]Ayet Shaked, membre du «foyer juif », ministre de la Justice du gouvernement Netanyahou.

[4]Miki Zohar – Élu du Likoud, le parti de Benjamin Netanyahou, à la Knesset.

[5]Pierre Vidal-Naquet : Réflexions sur le génocide. Les juifs, la mémoire et le présent. Qui sont les assassins de la mémoire ? La Découverte 1995.

 

 

in « Manifeste contre le racisme et l’antisémitisme » G Filoche avril 2018

8 Commentaires

  1. MB
    Posted 15 février 2019 at 16:42 | Permalien

    Bravo pour cet article exposant avec simplicité et précision le problème de l’antisémitisme. Sa réalité, sa perception, et son instrumentalisation. Il y a dans ce débat beaucoup de personnes brillantes et instruites qui font preuve d’une malhonnêteté et d’un cynisme parfaitement écœurant et criminel. En science, ils seraient la risée des plus ignares. Malheureusement, en matière de religion et de géopolitique le débat se concentre autour de la manipulation dialectique, de prises de positions opportunistes et de calculs financiers ou carriéristes.

    Les états religieux, basé sur le dogme et les états communautaires basé sur l’ethnicité ne peuvent être que violent. A moins de vivre dans une parfaite autarcie, ils sont tous esclavagistes, expansionnistes, ou dictatoriaux. Le cumul de ces qualificatifs n’est pas interdit.

    Israël est un état expansionniste qui pratique une forme d’apartheid. Ce n’est pas une opinion, c’est factuel. Seule les manipulations dialectiques, historiques et religieuses peuvent conduire à le nier. Le même phénomène se produit au Tibet sans que cela ne provoque la moindre contestation autres que celles de l’état chinois.

    Le sionisme est une doctrine qui a des origines et des interprétations tellement diverses que prétendre s’y opposé est presque aussi vain que de vouloir définir le beau ou le laid, chacun pourra y trouver la référence qui confirmera ou infirmera sa position. Quand à la torah, sa connaissance et son interprétation fait partie d’un exercice qui occupe toute la vie des religieux juifs sans espoir de parvenir à la moindre conclusion définitive. Fonder ses décisions au nom de l’un ou de l’autre permet de justifier toutes les actions, fussent t’elles contraires.

    Mon père était catholique et ma mère juive. Je suis pour ma part agnostique et bien que je revendique avec fermeté mon droit à l’indifférence religieuse et ethnique, je suis considéré par la communauté juive comme juif. J’accepte bien volontiers de souscrire à cette affirmation devant un parterre de crétins antisémites mais je refuse cette assimilation forcé avec un peuple originel, une religiosité supposé ou une quelconque doctrine. S’il faut absolument se définir d’un point de vu historique, alors je suis africain comme l’ensemble de l’humanité.

    Le racisme, l’antisémitisme et toutes les expressions de discrimination et d’ostracisme sont liées à des enjeux de pouvoir. Qu’il s’agisse de le combattre ou de le justifier, c’est toujours la lutte pour le pouvoir et les avantages supposés ou réels qu’il procure qui en sont les vrais raisons.
    De ce point de vue la plupart des intervenants se trompent de combat et prétendent agir sur les causes sans s’attaquer à la racine du mal. La vrai, la seule et unique question : celle du partage des richesses et du pouvoir.

  2. Posted 15 février 2019 at 23:46 | Permalien

    Bonjour,

    voici la vidéo du reportage consacré à l’affaire Wolters Kluwer / Cour de cassation qui est passée hier au Journal de 20 h de France 2.

    Pour (re)voir et partager le reportage diffusé hier soir sur l’ « affaire Wolters Kluwer », c’est par ici :
    https://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/jt-de-20h-du-jeudi-14-fevrier-2019_3160955.html (ça commence à 25’53’’)

    Contrairement à ce qui est affirmé dans le reportage (les journalistes ne sont pas des juristes !), nous avons trouvé le moyen de faire payer la société Wolters Kluwer France pour la fraude qu’elle a réalisée. Mais nous devons auparavant attendre la condamnation des magistrats par le conseil de discipline du Conseil supérieur de la Magistrature. Cette décision devrait intervenir dans un délai relativement court.

    Cette affaire Wolters Kluwer a aussi été l’occasion de créer un groupe de travail à l’Ugict-Cgt sur la « financiarisation de l’entreprise ». Nous réunissons des élus de CE ou CSE, des avocats, des professeurs de droit et des experts-comptables et travaillons sur les montages financiers et trouvons les failles juridiques. Analyser, comprendre, expliquer, dénoncer et faire condamner. Nous intervenons soit pour dénoncer une fraude ou une optimisation fiscale, recouvrer une réserve de participation ( l’évitement fiscal a comme conséquence de faire disparaître ou de réduire à quasi rien la participation), soit pour intervenir dans les plans sociaux lorsque l’entreprise a été siphonnée par des montages financiers agressifs.

    Bientôt, je vous parlerai de l’affaire McDonalds, notre second dossier qui va donner lieu à une amende record du parquet national financier, puis de l’affaire Lapeyre (groupe Saint Gobain) où 1800 salariés ont attaqué leur entreprise pour récupérer leur participation.

    Nous travaillons aussi sur le Carlton de Cannes (la cgt est majoritaire dans tous les palaces de la Côte d’azur !), où le CE vient d’attraire devant le tribunal de commerce de Paris les 14 qataris propriétaires du palace.

    Et pour conclure, nous allons, avec la Filpac, sérieusement nous investir dans la situation de l’usine ArjoWiggins de Jouy-sur-Morin en Seine et Marne. Cette entreprise est en liquidation judiciaire alors que l’activité, unique en France, consiste à fabriquer le papier filigrané des cartes grises, des passeports et des billets de banque de 150 pays. Propriété du groupe Sequana, puis d’un fonds d’investissement suisse (genre fossoyeur d’entreprises). Cette activité a reçu 250 millions d’euros de la BPI ( C’est E. Macron qui commence les perfusions quand il est ministre des finances) sans que la situation ne s’améliore et sans que personne ne comprenne où est passé l’argent. Le groupe ArjoWiggings, c’est 900 salariés en France et 238 salariés à Jouy sur Morin. Déjà la menace des licenciement qui seront prononcés le 20 février a fait des ravages : deux infarctus au travail et plusieurs salariés ont parlé de se suicider. Ils vont avoir besoin de soutien.

    Jouy-sur-Morin c’est la cambrousse seine-et-marnaise, là où les gps ne retrouvent jamais leur chemin. Mais le délégué syndical est motivé et veut tenter la reprise de l’activité par les salariés. Ce sont des salariés hyper qualifiés, dont des graveurs qui ont de l’or dans les mains. Ils ont une grande salle de CE et sont prêts à accueillir Gérard Filoche, et tous ceux qui voudront.

    A très bientôt

    Bon week-end et bonne manif.

    Anne de Haro

  3. Posted 16 février 2019 at 11:38 | Permalien

    Tu trouveras ci-dessous le lien pour télécharger l’extrait du JT de 20H de France 2 qui traite des « ménages » faits par les hauts magistrats dans les entreprises, dont la tienne, et qui ensuite ont à traiter un litiges avec ces mêmes entreprises.

    Le lien à télécharger est ici : https://we.tl/t-Yg4qmlkBtV

    J’ai envoyé le lien à d’autres camarades de façon à ce qu’ils puissent l’enregistrer, mettre cette vidéo directement sur leurs pages Facebook ou de l’envoyer à tous les autres.

  4. Gilbert Duroux
    Posted 17 février 2019 at 20:53 | Permalien

    Les décodeurs de Libération ont analysé les enregistrements des insultes adressées à Finkielkraut. Contrairement à leurs nombreux confrères, qui ont repris à leur compte ce qu’aurait entendu Griveaux (qui prétend avoir entendu « sale juif »), les décodeurs de Libé n’ont pas entendu « sale juif ». Cependant, ils reprennent à leur compte l’idée que « sale sioniste » est l’équivalent de « sale juif ». Ce qui va au delà d’un simple décryptage factuel. Ça avait commencé avec les accusations contre Gérard Filoche, il semble qu’on assiste en ce moment, avec cette affaire et avec un sondage qui montrerait une augmentation de 74 % des actes d’antisémitisme (un chiffre qu’il faudrait analyser) à une instrumentalisation, par les politiques et aussi par de nombreux journaux, de la question de l’antisémitisme. Cet instrumentalisation fait le jeu des véritables antisémites.
    https://www.liberation.fr/checknews/2019/02/17/qu-entend-on-sur-la-video-de-l-altercation-entre-finkielkraut-et-des-gilets-jaunes_1709882

  5. Gilbert Duroux
    Posted 17 février 2019 at 20:58 | Permalien

    Dans le même sens que mon commentaire précédent, un appel lancé par le parti prétendument socialiste vient de forcer la main de LFI pour qu’il rejoigne l’ensemble des partis qui signent cet appel et manifesteront mardi contre l’antisémitisme. Un piège infernal dans lequel il est difficile de ne pas tomber. Dans un premier temps, LFI n’avait pas forcément l’intention de se joindre à cette initiative, mais ne pas le faire c’est se faire accuser d’être du côté des antisémites.

  6. Posted 19 février 2019 at 13:47 | Permalien

    Chers tous,

    Poursuivant la mobilisation et tenant compte des premières décisions de justice qui se multiplient, le SAF a mis à jour l’argumentaire élaboré collectivement par les avocats de sa commission de droit social et diffusé il y a un an, pour demander au juge prud’homal d’écarter le plafond instauré par le nouvel article L. 1235-3 du code du travail issu des Ordonnances Macron du 22 septembre 2017.

    L’inconventionnalité de ce plafonnement de l’indemnisation du préjudice des salariés licenciés sans motif réel ni sérieux a été reconnue déjà par plusieurs conseils des prud’hommes depuis décembre (Troyes, Lyon, Amiens, Angers, Grenoble, Agen).

    L’argumentaire mis à jour est prêt à être inséré dans les requêtes et conclusions des salariés, après la contestation du/des motifs de licenciement, et avant la présentation des préjudices et demandes chiffrées.

    La lutte continue et nous tenons à la poursuivre ensemble, en ripostant aux arguties patronales qui ne parviennent pas à fragiliser la démonstration de l’inconventionnalité de cette réforme.

    Vous trouverez également le communiqué de presse qui accompagne cette mise à jour et évoque aussi le projet du Gouvernement de fusionner les greffes des Conseils de prud’hommes avec les greffes des autres juridictions civiles, ce qui constitue, comme le plafonnement des indemnités, une attaque de plus à l’encontre de la juridiction du travail et des salariés, glissée subrepticement à l’occasion des débats sur le projet de Loi Justice, contre lequel le SAF reste très fermement mobilisé.

    Le lien vers le communiqué de presse et l’argumentaire est le suivant (et les documents peuvent ensuite être téléchargés) :
    http://lesaf.org/plafonnement-des-indemnites-et-greffe-des-conseils-de-prudhommes-le-gouvernement-sacharne-contre-les-salaries-et-les-juges-mais-ils-resistent/

    Nous vous remercions de contribuer à la diffusion de cette mise à jour et de ce communiqué autour de vous, auprès des défenseurs et militants syndicaux, des avocats, et des salariés.

    Nous souhaitons le succès à chacun de ceux qui y puiseront des ressources, et nous vous remercions par avance en retour, de partager avec nous les décisions de justice dont vous aurez connaissance, concernant cette quête qui nous réunit.

    Bien à vous,

    Judith Krivine

    Responsable de la Commission Sociale du SAF

    _____________________________________
    Judith KRIVINE
    Avocat Associé
    DELLIEN ASSOCIES
    48, rue Vivienne – 75002 PARIS
    Tél : 01 77 37 36 47 / Fax : 01 77 37 36 48
    Ce message et toutes les pièces jointes peuvent contenir des informations confidentielles et/ou couvertes par le secret professionnel. Si vous n’en êtes pas le destinataire, merci de contacter l’expéditeur et d’en supprimer toute copie.

  7. Posted 19 février 2019 at 13:52 | Permalien

    Contre les actes antisémites,
    Contre toutes les formes de racisme
    Déclaration commune de Ensemble! et de la Gauche Démocratique et Sociale – Béarn
    Nous sommes toutes et tous activement impliqués dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes. La lutte contre l’antisémitisme fait partie entière de notre combat antiraciste. Nous condamnons fermement les actes antisémites, qui surgissent dans un contexte social et politique particulier.
    Malgré l’ampleur du dispositif de répression policière et judiciaire déployé contre les Gilets jaunes par l’État, le mouvement continue de bénéficier d’un fort soutien populaire. Il n’est pas homogène et révèle une effervescence sociale. Face à un gouvernement déterminé à ne pas répondre aux attentes sociales, il reflète la société française et ses contradictions et a largement évolué dans ce qu’il porte depuis le mois de novembre.
    Les tags antisémites du week-end du 9 février comme la dégradation du lieu de mémoire d’Ilan Halimi s’inscrivent dans le contexte de cette période de brouillage politique et informatif. Une période qui favorise la résurgence d’un racisme identitaire rappelant celui de l’entre-deux guerres. Ces actes antisémites portent bien la signature idéologique de l’extrême-droite (croix gammées, croix celtiques, « juden » etc.). Ils témoignent de la progression de l’idéologie d’extrême droite dans un contexte d’aggravation des inégalités sociales.
    Or le gouvernement et ses alliés ont choisi d’instrumentaliser ces actes contre les Gilets jaunes, dénonçant leur supposée violence, antiparlementarisme et antisémitisme.Nous dénonçons ces manœuvres irresponsables d’un pouvoir aux abois !
    Pourtant, c’est bien ce gouvernement qui, récemment, entreprenait de réhabiliter le Maréchal Pétain, chef du régime collaborationniste de Vichy. Le sommet du cynisme est atteint lorsque, déjà, nous pouvons percevoir le glissement dangereux consistant à attribuer la montée de l’antisémitisme au « communautarisme musulman », comme n’a pas manqué de s’y adonner un député.
    Le mouvement antiraciste ne servira pas de caution pour salir les Gilets jaunes.
    Les mobilisations exigent des réponses sociales et démocratiques. La responsabilité gouvernementale est totalement engagée.

  8. H.
    Posted 20 février 2019 at 4:55 | Permalien

    Pour bien comprendre les enjeux politiques en cours et la grossière récupération politicienne d’un juste combat, je recommande l’article de Claude Askolovitch publié le 26 décembre 2018 sur le site Slate.fr.

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