Cinq jours dans l’Oblast de Leningrad ville de St-Petersbourg

 

En cinq jours, on a généralement tout juste le temps de commencer à s’imprégner d’une ville. Mais on peut en ressentir assez pour saisir ce qu’elle est dans sa profondeur.

C’est le cas pour « Sankt Pieter Burkh », Saint-Pétersbourg puis Petrograd, puis Leningrad, puis Saint-Pétersbourg, actuellement dans l’« Oblast de Leningrad ».

 

La ville est groupée autour de la forteresse Pierre et Paul et du croiseur Aurora, c’est la seconde ville de la révolution mondiale après la Commune de Paris.

 

On le sent dans sa disposition, dans son histoire,  quand on monte dans le croiseur Aurora restauré. Il est là, dominant, puissant, ses canons imposants encore pointés sur le Palais d’Hiver qui ne pouvait y résister en Octobre 17. C’est en lui-même un musée historique.

 

 

 

En parcourant en octobre 2017, en bateau,  les canaux et la Neva, vous imaginez les quartiers ouvriers de Vyborg déferlant dés février 1917 sur le fleuve gelé pour exiger la paix, le pain, et la terre.

 

Vous êtes « soufflé » quand vous marchez sur la grande perspective Nevski, et que vous vous dirigez tout au bout vers l’institut Smolny, la ou siégeaient Lénine et Trotski pendant l’insurrection racontée dans « Dix jours qui ébranlèrent le monde » de John Reed (Cf. « Reds »)

Vous êtes « soufflé » en passant sous l’arche de triomphe du bâtiment de l’Etat-Major, projeté sur la grand’ place occupée par l’élégante façade du Palais d’Hiver et toutes ses annexes.

 

Puis où que vous vous tourniez vous percevrez la rigueur des constructions à quatre étages, le plan des grandes rues parallèles et se croisant angle droit, arrachées aux marécages par décision de Pierre Le Grand (« grand » car il mesurait 2 m, dit on).

 

Et là, il faut remonter à ce tsar, grand despote, qui a vaincu et chassé les armées suédoises de Charles XII de cette rive de la Baltique, puis dessiné de toutes pièces « sa » capitale autour de sa forteresse militaire.

 

Pour assécher les marais, installer les fondations, les digues et les canaux, les palais,  églises et prisons, éclairé par les « Lumières » et en quête d’Occident, il lui a fallu 15 ans, 30 000 serfs, 100 000 morts artisans et maçons pour l’imposer comme capitale de toute la Russie dés 1712. (Ce que fêta récemment Macron avec Poutine… à Versailles)

 

Construit (par Bartolomeo Rastrelli), entre 1754 et 1762, le Palais d’Hiver est plus tard, occupé par la tsarine , la « grande » Catherine II qui installa « Le cavalier de bronze », relança la construction de la ville (220 000 habitants en 1800…) et commença à acheter des toiles aux collectionneurs. Ce qui fut la première pierre de ce qui est devenu le musée actuellement le plus important du monde.

 

La première « grande guerre patriotique » de 1812, avait permis de vaincre les armées envahisseuses de Napoléon,  et donné au tsar Alexandre 1er l’occasion d’installer la colonne à son nom au milieu de la grand’ place du palais et dans l’enfilade de l’Arche.

 

Mais dans un pays qui prolongeait le servage, écrasait les tentatives démocratiques comme celle des « décembristes » (1825), un retard économique et industriel considérable a été pris. Les premiers trains (1836) entre Petrograd et la résidence d’été du tsar, sont tirés par des chevaux et il faudra attendre 1881 pour les débuts du transsibérien.

 

Incendié en 1837, le Palais d’Hiver et ses annexes furent reconstruits et c’est vers lui que le peuple russe une première fois en 1905 et une seconde fois en 1917 se rua pour mettre bas, la dictature tsariste arriérée, barbare et honnie.

 

Le premier dimanche de janvier 1905 ( nous avions en France, le bloc des gauches, la séparation de l’Eglise et de l’état, et la naissance du droit du travail…) un pope qui était aussi agent de la police, Gueorgui Gapone, dirigea vers ce Palais d’Hiver, en chantant, « Dieu protège le tsar » une manifestation de  200 000 travailleurs qui demandaient par grève et par « supplique à Nicolas II », la journée de 8 h, une hausse des salaires, le suffrage universel, et la fin de la guerre avec le Japon. Les troupes du tsar tirèrent et firent plus de mille morts.

 

Ce fut la première révolution russe écrasée.

 

On la sent là, quand est sur la grande place entre l’Arche, la colonne Alexandre et les portes du Palais. On entend les cris, les fusillades, on voit la foule déferler, puis brisée.

1905 puis 1917 vivent encore, on croit les voir courir puis refluer, puis courir encore et prendre le pouvoir directement par les soviets.

Saint-Pétersbourg compte  alors 1 440 000 habitants au début du XX° siècle. La Russie a 158 millions d’habitants dont 4 millions d’ouvriers et le reste de paysans.

 

Le tsar plongea à nouveau son pays dans la boucherie de la « grande » guerre de 1914 laquelle fit 7,5 millions de morts russes. Plus que les « alliés » réunis.

 

1905 n’était pas oublié dans les têtes des dizaines de milliers de femmes qui défilèrent avec des casseroles à nouveau le 23 février 1917 (8 mars). Puis des centaines de milliers de manifestants vinrent des quartiers ouvriers de Vyborg, les troupes du tsar en massacrèrent 1450 en cinq jours avant que les soldats ne se retournent contre leurs officiers, que les cheminots arrêtent le tsar et qu’un gouvernement provisoire le remplace.

Voyez le Palais Tauride où siégeaient à la fois les soviets d’ouvriers, paysans et soldats, dans l’aile la moins luxueuse et le gouvernement provisoire dans l’aile plus riche :  ce dernier promettait la paix mais mentait et poursuivait la guerre.

Le plus grand nombre de morts de toute l’année 1917, c’est Kerenski qui en est totalement responsable en imposant la « contre offensive » contre l’Allemagne et provoquant ainsi 70 000 morts. Mieux vaut clairement la révolution pacifique que la guerre barbare !

 

On imagine sur place tout autour des palais d’Hiver et de Tauride et de Smolny, l’évolution des manifestations de mars 17, d’avril 17, de mai juin 17, les « journées de juillet 17 » puis l’arrestation des 800 bolcheviks  dont Léon Trotski, emprisonnés à la forteresse Pierre et Paul, puis le coup d’état de Kornilov fin aout 17, puis l’effondrement des fauteurs de guerre jusqu’aux-boutistes, la prise du pouvoir enfin démocratique par les Soviets où les bolcheviks étaient élus et devenus majoritaires.

Et la paix enfin signée à Brest-Litovsk.

L’espoir d’avoir du pain et de distribuer la terre.

 

 

Depuis, la révolution d’Octobre et les bolcheviks ont été écrasés, il y a eu la guerre civile contre révolutionnaire (1918- 1924 lire Jean-Jacques Marie, « La guerre des Blancs ») et la contre révolution stalinienne ( Lire « la révolution trahie » Léon Trotski).

 

Leningrad manque d’être prise deux fois par les « blancs » puis perd son statut de capitale et il ne reste que 720 000 habitants en 1924.

 

Serguei Kirov leader du parti communiste de Leningrad, est assassiné en 1934 et c’est le début des purges, procès, assassinats, tortures, obscurantisme, liquidations staliniennes. « il était minuit dans le siècle ». Tandis qu’hitler l’emporte en Allemagne, la terreur contre révolutionnaire frappe Leningrad entre 1935 et 1938 ou la majeure partie des bolcheviks est liquidée … alors que la ville était parvenue à compter à nouveau plus de 3 millions d’habitants et produisait 11 % de la production soviétique.

 

Puis de 1941 à 1944, pendant 900 jours, la ville est assiégée par les nazis, il ne survivra que 600 000 habitants. Plus d’un million sont morts de faim et de maladie rassemblés dans 186 fosses communes dans le nord de la ville…

 

 

Il nous reste quoi ?

La ville compte aujourd’hui a nouveau près de 5 millions d’habitants (Moscou avec plus de 10 millions est redevenu la capitale). Les 7 premières lignes de métro n’ont ouvert qu’en 1955.  Des grands monuments de l’époque bureaucratique. (Le seul projet de gratte-ciel a échoué en 2010).  Il reste aussi la cathédrale de Kazan, celle du « Sang versé », (en mémoire de la famille du tsar !) la cathédrale Pierre et Paul, l’église Smolny, et des « auto-entrepreneurs » qui vendent du café dans leur voiture garée au bord des trottoirs des monuments où se pressent surtout des touristes japonais et chinois. Toutes les chaines capitalistes sont là : de Zara à Mac Donald. Avec des magasins de souvenirs qui vendent des objets devenus « kitchs », des t’shirt Gagarine ou des jeux de cartes, des montres bolcheviques avec faucilles et marteaux…

 

En tout cas, pas de trace voyante ni spectaculaire de la commémoration du centenaire de la Révolution d’octobre.

 

Exceptés des « colloques » restreints à multiples visages comme celui ou nous avons participé, organisé dans  l’immense Bibliothèque municipale, sous couvert universitaire, avec des responsables de ce qui survit du Parti communiste à travers les âges récents.

 

 

 

On y parle encore du « socialisme dans un seul  pays », de l’influence du Kominterm en Amérique latine ou en Bulgarie, du poids respectif des « missiles « entre USA et URSS, de la politique internationale de la Russie depuis 17, de la défense du socialisme au pays dominé par Poutine, de la place des femmes dans la révolution, ou du rôle des masses et des cheminements de leurs prises de conscience et de leurs luttes pour le droit du travail en France.

 

 

Mais nous avons aussi la statue de Pouchkine et « La dame de pique », « la Mouette » de Tchekhov, le quartier de Dostoïevski où se joue « Crime et châtiment », « Lolita » de Nabokov, le célèbre « Carré noir » de Malevitch (1915), la 7° symphonie de Dmitri Chostakovitch et… les plus grands musées du monde.

 

 

 

Car l’Ermitage EST le plus grand musée du monde. J’ai comparé avec le Louvre, le Prado de Madrid, le Musée d’Espagne de Barcelone, les Offices de Florence, ceux de Vienne, de Rome, d’Athènes, d’Istanbul, de Bruxelles, Lisbonne, d’Amsterdam, le Mauristhuis de La Haye, le British Museum, le Métropolitain de New York, c’est l’Ermitage qui fait le plus impression.

 

Etendu sur neuf édifices. Tout est à voir et à revoir. On n’a pu y passer que deux fois six heures, en dépit des files d’attente et des foules. La première journée dans le Palais principal et ses dépendances. La seconde journée dans le bâtiment de l’Etat-Major où se situent maintenant tous les impressionnistes. Et ensuite une journée dans le fabuleux « Musée russe ».

 

Impossible de vous raconter ici Cranach, Gainsborough, Reynolds, Rembrandt, De Hooch, Ruysdael, Van Goyen, Halls, Jordaens, Snyders, Van Dyck, Rubens,  Goya,  Murillo,  Zurbaran,  Velasquez,  de Rivera, le Greco,  Fragonard,  Chardin,  Watteau, Boucher,  Poussin,  Bruegel, Guardi, Tiepolo, Canal, Michel-Ange, Caravage, Véronèse, Tintoret,  Titien,  Palma le vieux,  Raphaël, de Vinci, Lippi, Fiesole…

 

 

Ni, si vous voulez, par ordre alphabétique : Bonnard, Boudin, Cézanne, Corot,  Courbet, Daubigny, David, Degas,  Chirico,  Delacroix,  Derain, Doré, Dufy, Fantin-Latour, Gauguin, Ingres, Kandinsky, Léger, Maillol, Manet, Marquet, Matisse (cinq salles !) Monet, Picasso, Pissarro, Puvis de Chavannes, Redon, Renoir, de Rivera, Rodin, Rouault, Rousseau, Seurat, Signac, Sisley, Soutine, Toulouse-Lautrec, Utrillo, Vallotton, Van Dongen, Van Gogh, Vernet, Vlaminck, Vuillard.

 

Enfin : Warhol, Segall, Picasso, Korjev, Nesterova,  Steinberg,  Boulgakova, Plastov, Deineka, Rodtchenko, Tatline, Rozanova,  Filonov, Malevitch, Kandinsky, Chagall, Larionov, Gontcharova, Kontchalovski, Machkov, Gregoriev, Iakovlev,  Borissov-Moussatov, Golovine, Bakst,  Benois, Korovine,  Serov,  Vroubel,  Koustodiev, Maliavine, Riabouchkine, Vasnetsov, Levitan, Kassatkine,  Vassiliev,  Savrassov,  Chrichkine,  Repine,  Iarochenko,  Sourikov,  Perov, Ivanov..

 

Trois jours sur cinq, il restait une journée pour les canaux, la citadelle Pierre et Paul, le croiseur Aurora, et une journée pour la commémoration conférence sur Octobre 17 (Cf. vidéo).  On y retourne si ça vous donne envie…

Ci-joint l’intervention de Gérard FILOCHE lors de la conférence sur le centenaire de la révolution d’Octobre 1917 à Saint-Pétersbourg

C’est ici : https://youtu.be/l6yADQgbYyw

 

Celles et ceux qui voudraient la télécharger via wetransfer, c’est ici : https://we.tl/VKFl0L2s8l

Lire aussi : « le voyage en transsibérien » en 2006

« La russie sous Poutine » de Jean-Jacques Marie

 

merci a Ruslan Kostiuk notre invitant (photographie ici sur le lac Baikal ):

 

 

 

One Commentaire

  1. aubrat
    Posted 10 octobre 2017 at 13:43 | Permalien

     » Il nous reste quoi ?  » Pour la France, ça :

    Le totalitarisme commence toujours par la tentative de contrôler le territoire idéologique et linguistique. Les termes de l’idéologie du genre qui ont étés inventés par des personnes qui font précisément cela.
    Un professeur fait fléchir Google à propos de l’utilisation des termes de l’idéologie du genre.
    https://www.kla.tv/11254

    France : Des spécialistes mettent en garde contre l’éducation sexuelle selon l’OMS. « les normes de l’OMS pour lesquels ni des experts médicaux reconnus, par exemple des pédopsychiatre et des thérapeutes, ni des experts juridiques reconnus n’ont étés consultés à l’avance. Il n’y a pas eu de discutions contradictoires, c’est à dire de controverse entre spécialistes et la population a également été exclue. C’est une procédure totalitaire »
    https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr&id=11211&category=bildung&date=2017-10-03

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