100 ans après « La révolution russe racontée aux ados » (et à leurs parents)

« S’il n’y avait pas eu le communisme, il n’y aurait pas eu l’anticommunisme, donc le fascisme », déclara le directeur du Figaro sur France 3, le lundi 2 janvier 2017, inversant 100 ans après l’arbre des causes. Car s’il n’y avait pas eu la victoire des Bolcheviks, il y aurait eu celle des fascistes blancs, dont on peut craindre qu’elle ait précédé et surpassé le fascisme et le nazisme.

 

Pourquoi incriminer ceux qui ont essayé de sauver le peuple russe de la guerre barbare du tsar et de ses tragédies ?

 

Pourquoi la majorité des États capitalistes du monde ont-ils aussitôt attaqué militairement, dénoncé, isolé, saboté, boycotté, ruiné la jeune révolution russe ? Parce qu’ils étaient complices dans la guerre de 1914-18, dans l’épouvantable boucherie mondiale, parce qu’ils préféraient cela et toutes les formes d’exploitation et de violence contre les peuples. Tout, plutôt que d’accepter une tentative révolutionnaire, pacificatrice, libératrice, qui avait comme conséquence possible de redistribuer les terres et les richesses aux masses. La révolution d’Octobre était un exemple pour les peuples du monde entier. Celle-ci devenait en conséquence intolérable pour ces États réactionnaires, ils craignaient la contagion, comme ils l’avaient craint pour la Révolution française en 1793 et pour la Commune de Paris en 1871.  Ils voulurent l’empêcher d’exister, ils voulurent la détruire et c’est pour cela qu’ils encouragèrent le fascisme mussolinien en Italie, puis hitlérien en Allemagne, puis franquiste en Espagne.

 

 

 

 

 

2 Commentaires

  1. Posted 2 août 2017 at 19:34 | Permalien

    Révolution ? Certainement pas.

    Un coup d’état assurément ! Et en prime, une mortelle régression dont les peuples de la Fédération de Russie ne se sont jamais relevés.

  2. GREG
    Posted 3 août 2017 at 18:42 | Permalien

    Jean-Jacques Marie :

    Octobre 1917 : Révolution ou coup d’État ?

    Ou est le « coup de force » ?

    Dans combien de manuels ne lit-on pas, à la suite du Livre noir du communisme, qu’octobre 1917 a été un coup d’état et non une révolution ? Les bolcheviks auraient renversé ce mois-là le gouvernement démocratique en place à la fois légal et légitime…C’est ce qu’on lit dans Hachette, Bréal (« un coup d’état »), dans Magnard (« un coup de force »). Chez Nathan/Le Quintrec et Hatier, elle est présentée comme une simple  »insurrection ».

    Qu’en est-il réellement ?

    Le gouvernement renversé en octobre 1917 s’intitulait lui-même gouvernement provisoire.

    D′où venait-il ?

    Il avait été installé le 2 mars par un organisme intitulé Comité provisoire de la Douma (l’assemblée élue créée au lendemain de la révolution de 1905) après tractation de ce dernier avec le soviet de Petrograd, organisme de délégués des soviets (conseils) de soldats et d’ouvriers.

    La Douma était un organisme parfaitement antidémocratique : Le tsar Nicolas II avait dissous les deux premières, élues en 1906, puis 1907 (au bout de trois mois chacune), parce que leur majorité ne lui convenait pas. Puis, son premier ministre, Stolypine, avait changé le mode de scrutin pour avoir une Douma à sa botte. Elle était élue par curies en violation du principe démocratique élémentaire : un homme = une voix. En conséquence, aux élections de 1912, pour la quatrième Douma, la voix d’un propriétaire terrien valait plusieurs centaines de voix de paysans et d’ouvriers. La Douma en exercice en 1917 avait été élue pour quatre ans en 1912. Son mandat s’achevait donc en 1916. Pour éviter des élections en pleine déroute militaire, qui aurait débouché, vu son impopularité, sur une déroute politique, Nicolas II propose alors son existence par décret. Cette assemblée n’a donc plus comme « légitimité » que celle d’un décret arbitraire du tsar omnipotent, qui, balayé par la révolution, abdique le 2 mars.

    L’abdication de Nicolas II le 2 mars 1917, le refus de son frère d’accepter le trône suppriment de fait la monarchie. Le plus sourcilleux juriste en déduira que la Douma et son comité provisoire, outre leur absence de légitimité, n’ont plus la moindre ombre de légalité, puisque l’auteur du décret qui la prorogeait a abdiqué. Le comité provisoire de la Douma et la Douma elle même vont d’ailleurs purement et simplement disparaître de la scène politique au bout de quelques semaines. Le gouvernement provisoire, qui s’attache à respecter les traités secrets signés par le tsar avec Londres et Paris, obéissant ainsi aux instructions des ambassadeurs français et britannique qui le surveillent de près, a donc besoin d’une autre source de légitimité.

    Au début de mai 1917, les dirigeants du soviet (mencheviks et socialistes-révolutionnaires) entrent dans le gouvernement provisoire. Ce dernier tire sa légitimité du premier congrès des soviets, qui le soutient avec plus de 80 % des voix. La poursuite de la guerre ruinant le pays et dressant des masses de plus en plus nombreuses de soldats, ouvriers et paysans contre elle, une majorité croissante de soviets se tourne vers les bolcheviks, qui deviennent majoritaires dans nombres d’entre eux, à commencer par ceux des deux capitales du pays, Petrograd et Moscou. Pour poursuivre sa politique qui ruine le pays, le chef du gouvernement provisoire, Kerenski, désigne un Directoire de cinq membres, ombre impuissante de dictature…vu la décomposition de l’armée et de l’État, mais tentative quand même.

    Le monarchiste Oleg Volkov se rappellera plus tard :  »Des profondeurs des masses populaires montait quelque chose d’effrayant, qui réveillait le souvenir des jacqueries vécues par nos aïeux. » Un banquier, avant de fuir la Russie, déclare au père du jeune Volkov :  »En Russie éclate un incendie à côté duquel la révolte de Pougatchev, les jacqueries, 1793 apparaîtront comme des troubles insignifiants » (cité avec les références in Jean Jacques Marie, Trotsky, p. 144). « Profondeurs des masses populaires », « incendie »…on est là aux antipodes du coup d’État.

    Lorsque le deuxième congrès des soviets se réunit les 25 et 26 octobre, les bolcheviks et leurs alliés sont majoritaires. Les dirigeants mencheviques et socialistes-révolutionnaires, comprenant qu’il s’agit de la seule source de légitimité, tentent de liquider cette dernière en appelant leurs partisans à quitter le congrès. Si ce dernier n’avait réunis qu’une minorité des délégués élus, sa légitimité aurait été ébranlée. Mais l’appel des partisans du gouvernement provisoire failli et la poursuite de la guerre est un fiasco. Seuls une cinquantaine de délégués sur environ six cents suivent l’appel de leurs dirigeants. Neuf délégués sur dix restent au congrès, qui désigne le nouveau gouvernement, intitulé Conseil des commissaires du peuple, après la prise du palais d’Hiver où se terraient les ministres du gouvernement resté à jamais provisoire, à peu près sans effusion de sang. L’effusion de sang commence deux jours plus tard quand les adversaires de la révolution organisent un soulèvement d’élèves officiers à Petrograd…

    A la veille de la guerre, l’ancien ministre de l’intérieur de Russie, Dournovo, avait prévenu Nicolas II :  »La révolution politique est impossible en Russie et tout mouvement révolutionnaire dégénérera inévitablement en mouvement socialiste. » Le mot « dégénérer » mis à part, on ne peut que donner raison à l’ancien homme fort du régime tsariste. C’est cette réalité que les adversaires de la révolution tentent de masquer en prétendant la réduire à un coup d’État. Les auteurs de L’Utopie au pouvoir, Nekritch et Heller, qui parlent eux aussi bien sûr de  »coup d’État d’octobre » (p. 34 ) et du  »coup de force d’octobre » (p. 35) — comme si le vrai coup de force ce n’était pas d’imposer la guerre à un peuple qui n’en veut plus ! —, écrivent pourtant :  »Depuis plus de soixante ans, l’historiographie soviétique entretient la légende d’un coup d’État d’octobre qui aurait été une opération soigneusement planifiée, un modèle de l’art insurrectionnel, légende qui ne tient aucun compte des faits » (p. 30). Ils illustrent fort bien le sens profond de l’hostilité à la révolution d’octobre 1917 en écrivant :  »Les bolcheviks offrirent l’illusion : la paix, la terre, le pain » (P. 41). Si ces trois revendications élémentaires sont une illusion, c’est dire que le réalisme, c’était d’accepter la faim et la guerre sans rien tenter pour y mettre fin.

    Jean-Jacques Marie

     

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