Collaborateurs ?…

Au boulot n°25

La DRH : – « Bonjour Monsieur l’inspecteur, je vous présente mes collaborateurs… »
- Ah, vous avez des gens extérieurs à l’entreprise, ils ne sont pas déclarés ?
- Mais non, bien sûr, ils sont salariés. Ici, dans l’entreprise, bien sûr
- Pourquoi vous les appelez collaborateurs ?
- Mais on les appelle comme ça, ce sont des collaborateurs…
- Mais, Madame, vous savez ce qui caractérise un contrat de travail, c’est un « lien de subordination juridique permanente ». Je parle en droit. Tout salarié est « subordonné ». On ne peut à la fois, être « collaborateur » et « subordonné ».
- Monsieur l’Inspecteur on les appelle ainsi, par respect, pour les associer…
- Madame, le mot « collaborateur » n’existe pas une seule fois dans le Code du travail, restez donc sur un plan juridique, c’est clair : un « salarié » !
- Mais enfin monsieur l’Inspecteur, on a le droit d’appeler nos… nos collaborateurs comme on veut.
- Madame, vous faites de l’idéologie. S’il vous plait, pas avec moi.
- Comment ça ?
- C’est de l’idéologie que d’appeler un salarié « collaborateur ». Ça peut faire croire, qu’il est sur un pied d’égalité avec vous dans son contrat mais ce n’est pas le cas. C’est parce qu’il est subordonné qu’il a des droits. Le code du travail, c’est la contrepartie à la subordination. Supprimer la notion de subordination, ça enlève la contrepartie. Ça fait croire que dans l’entreprise, tous ont le même « challenge », le même « défi », sont dans le même bateau. Jusqu’à ce que le patron parte avec le bateau et que le salarié reste amarré sur le quai au Pôle emploi, et il s’aperçoit alors qu’il n’était pas collaborateur mais bel et bien subordonné… Le patron et le salarié n’ont pas les mêmes intérêts. L’un cherche à vendre sa force de travail le plus cher possible, l’autre veut la lui payer le moins cher possible.
- Là, monsieur l’inspecteur, c’est vous qui faites de l’idéologie !
- Vous croyez ? Bon alors, je propose d’arrêter tous les deux, et pour nous départager, de nous en tenir au droit, au seul droit, donc on parle de « salariés » désormais. Uniquement.
- Bien mais c’est dommage, j’utilise « collaborateur » parce que c’est valorisant…
- C’est vous qui le dites ! Vous ne vous demandez pas pourquoi on n’a pas mis le mot « collaborateur » en 1945-46 dans le code du travail ?
- C’est une question de génération…On n’a pas le même sens pour le même mot…
- C’est certain. « Collaborateur », c’est marqué d’infamie. On n’a donc pas la même approche. Allez, n’en parlons plus, mais encore une fois, soyez correcte : appelez vos salariés des salariés…

Gérard Filoche

6 Commentaires

  1. NAUDIN Eric
    Posted 10 septembre 2013 at 10:09 | Permalien

    Bonjour

    J’ai trouvé votre site suite a une discussion sur le terme collaborateur.
    Vous défendez le fait qu’il n’existe pas dans le code du travail, je cite : « le mot « collaborateur » n’existe pas une seule fois dans le Code du travail, »

    Pourriez-vous corriger votre article afin d’indiquer qu’il est cité au moins dans les articles ci-dessous du code du travail :
    Article L6331-53
    Article L7111-4
    Article L3312-3
    Article R7123-11
    Article L6331-48
    Article L3324-2
    Article L3323-6
    Article R6331-48
    Article R6331-55
    Article R6331-59
    Article R6331-60
    Article L3332-2
    Article R7123-10-1
    Article L2315-8
    Article R3324-22
    Article L2325-1
    Article R4623-15
    Article R4623-25
    Article L1441-5
    Article L2327-12

    Je pense que cette démarche permettrait a vos lecteurs de disposer d’une lecture plus complète et documentée de votre article.

    Cordialement

    Eric NAUDIN

  2. Alexis Martinez
    Posted 25 septembre 2013 at 17:26 | Permalien

    Eric Naudin > La phrase de Gérard Filoche est en effet un peu rapide… mais il suffit d’y rajouter « pour qualifier un salarié » pour devenir parfaitement correcte. En effet, en se référant à la liste des articles que vous donnez en exemple, on peut constater que le terme « collaborateur » y est employé… pour désigner une personne non salariée ayant signé un contrat de collaboration et non un contrat de travail. Ce qui est parfaitement logique.

  3. Posted 25 septembre 2013 at 21:58 | Permalien

    c’est absurde votre truc… le mot collaborateur ne qualifie en effet jamais un salarié.. jamais.. pas une seule fois…
    là il s’agit de non salariés…
    vous me permettrez d’en rester aux termes de mon article initial

  4. hebert
    Posted 30 octobre 2013 at 19:09 | Permalien

    Bonjour,
    je souhaite dans le cadre de mon mandat au CHSCT , diffuser le plus largement possible cette question , certes sémantique mais essentielle? je vous demande donc votre consentement.
    Cdt,

  5. Posted 31 octobre 2013 at 1:33 | Permalien

    oui

  6. Pierre
    Posted 31 octobre 2016 at 1:21 | Permalien

    Génial article. Meme si je trouve ça a gerber de parler de patron qui se barre avec un bateau ou de pole emploi ou meme de lutte sur le payment du salarié (bcp de patron s’entre déchire pour payer les salarié le plus possible, pour les garder, certe pas en France…), c’est encore plus gerbant de dire collaborateur à tout bout de gens sans vraiment le penser. C’est extremement condescendant et on n’est pas plus associé aux decisions. J’ai quitté la france pr un pays capitaliste en partie à cause de ce vocabulaire « camaradisant » qui fait froid dans le dos.

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