Appel : pour une grande primaire de toute la gauche et des écologistes les 4 et 11 décembre

 

Pour une grande primaire de toute la gauche et des écologistes

Plateforme commune, pour un candidat unique

 


Le social au cœur, avec Gérard Filoche

 

François Hollande, utile en 2012 pour chasser Sarkozy, a pendant ces 4 dernières années tourné le dos aux espoirs de la majorité écrasante de l’électorat de gauche. Avec Manuel Valls, il a même repris et au-delà une partie des propositions de la droite. Le bilan est hélas lourd : adoption sans réserve du traité d’austérité de l’union européenne, 1,3 million de chômeurs de plus, proposition inacceptable de déchéance de nationalité, 41 milliards donnés sans contrepartie essentiellement aux grosses entreprises, projet de casse de 100 ans de droits du travail

Les dividendes ont battu les records, la « dette » présumée a grossi de 12 points, les hyper revenus et la fraude fiscale ont bondi, les inégalités sont cruellement aggravées.

Alors que la gauche était totalement majoritaire en 2012, et détenait tous les pouvoirs, elle les a, de ce fait, perdus, en cinq élections tragiques : municipales, européennes, sénatoriales, départementales, régionales. Ce n’est pas parce que l’électorat a basculé à droite, c’est parce que la majorité des électeurs de gauche se sont abstenus, déçus par la politique droitière de Hollande et Valls.

Cette dernière année le mouvement social persistant et profond contre la loi El Khomri et son monde a rejeté cette politique. Une majorité du salariat s’y retrouve : les salariés, les jeunes, les syndicalistes, les femmes, les retraités. Cela ouvre une nouvelle chance qu’il faut saisir.

 

Dans l’unité avec tous les citoyens, les militants de la gauche et de l’écologie peut s’élaborer une base commune de mesures d’urgence sociales, écologiques, démocratiques. Une plateforme qui permette de gouverner en 2017…. à gauche.

Sans cette unité, la gauche ne peut ni gagner ni agir.

Sans choix collectif et démocratique au travers de primaires de toute la gauche, sans candidat unique, ce sera le désastre. Dès qu’il y a deux candidats nous serons éliminés du 2° tour de l’élection et devrons choisir entre droite et extrême droite.

Or, on peut et il faut gagner en 2017 pour empêcher la casse supplémentaire sociale, écologique, démocratique annoncée par la droite. Avec une participation citoyenne massive, la dynamique sera au rendez-vous, c’est possible de l’emporter.

Au cœur de tout cela, petites retraites, précaires, petits salaires doivent être défendus et représentés : chômage de masse, misère accrue, inégalités sont intolérables.

 

C’est le sens de la proposition de candidature de Gérard Filoche.

 

Nous la soutenons pour aboutir à un-e seul-e candidat-e de toute la gauche face à la droite et à l’extrême droite à la Présidentielle puis aux législatives.

 

 

Je soutiens et je signe :

 

Nom, prénom, adresse, profession, fonction, mel, téléphone

 

 

Agenda Gérard Filoche 1er semestre complet 2016

Agenda Gérard Filoche 1er semestre 2016
Tous les lundis 18 h : BN du PS
Jeudi 21 janvier : Metz 57 formation CHSCT (35)
Samedi 23 Janvier 2016 : Louviers 27 (100)
Lundi 25 janvier : Europe n°1 de 10 à 11 h
Mardi 26 janvier : conférence de presse CQFD et manif – soir France info de 20 à 21 h
Samedi 30 janvier : réunion AGPG MLG, D&S
Dimanche 31 janvier : réunion sections PS Paris Mutualité
Mardi 2 février : Lycée Agen 47 (100)
Jeudi 4 Février : Moulins UD-CGT Allier 03 14 h 21 h (150)
Samedi 6 février : + CN du PS =MLG + D&S
Mardi 9 février : Montpellier 14 h 30 + CGT Perrier 25 + Repères à Vauvert 30 (130)
Jeudi 11 février : 15 h 30 – 17 h 30 université Paris 5 (70)
Vendredi 12 février : 20 h 30 Bruyères le Châtel 91 (35)
Samedi 13 février : 20 h 30 Concarneau (300)
Lundi 15 février : France bleue Corse 12 h 10 à 12 h 58 puis BN
Vendredi 19 février : 17 h à Wizermes St-Omer (62) (35)
Lundi 22 février : RMC Bourdin 3 400 000 vues
Jeudi 25 février : Daniel Mermet ITV 300 000 vues + cinéma Louxor « merci patron » (300) Paris 19° 300
Lundi 29 février : RFI 7 h 50 + soir Bn
Mardi 1 er mars : RV gauche unitaire
Mercredi 2 mars : 20 h 30 Paris 4° cercle Utopia, CQFD (40)
Jeudi 3 mars : CR de Siné mensuel, 18 h cinéma St Michel Merci patron 21 h 30
Lundi 7 mars : BN à 18 h avec El Khomri + 20 h CQFD Bourse du travail MLG Paris
Mardi 8 mars : CQFD Morlaix 22 congrès CGT CHPM de 14 à 17 h (50)
Mercredi 9 mars : mobilisation
Jeudi 10 mars : Toulouse CGT PCF 31/ D&S 31 (250)
Vendredi 11 mars : Toulouse 31 AM Fac du Mirail (250) et le soir collectif JOB (160)
Samedi 12 mars : CQFD Tarbes 65 (9à)
Bouclage D&S 233 + Sortie du livre contre Macron el Khomri et Cie
Lundi 14 mars : BN – I télé 18 h 15 – les lundis de gauche au PCF Fabien Paris 75019 (150)
Mardi 15 mars : 12 h 13 h 30 : CE Renault-Lardy – (70) Cercle E. Pailleron Paris 19° de 19 à 21 h (15)
Mercredi 16 mars : France bleue 7 h + CQFD réunion 20 h à Sens 89 (100°
Jeudi 17 mars : 9 h 30 – 12 h congrès architectes Paris 120 19° arrêt sur image + + 18 h Le Havre 76 200
Vendredi 18 mars : CQFD Dieppe 12 h à 14 h 150 puis 18 h CQFD Sotteville les Rouen 76 150
Samedi 19 mars : CQFD Tulle Corrèze 19 à 15 h 50
Lundi 21 mars : midi Alcatel Au Ulis Essonne 91 (90) – 18 h + Bn
Mardi 22 mars : CQFD 9 h 30 à 17 h UD CGT 34 Montpellier (220) + Ps (90)
Mercredi 23 mars : 19 h meeting central parisien Montreuil 93 CQFD (350)
Jeudi 24 mars : manif + Huma Agora 120
Vendredi 25 mars : CQFD 20 h 30 Audincourt 25 PSA-Sochaux (170)
Samedi 26 mars : PS AGPG Arras Isbergues 15 h (90)
Lundi 28 mars : 20 h 30 PCF a Ivry (70)
Mardi 29 mars : 12h Meudon sur Seine Gemalco (30), CQFD soir 19 h à Aubervilliers (70)
Jeudi 31 mars : grève manifestation + 17 h 08 vers Rennes 35 (100)
Vendredi 1er avril : PS à Brest 29 (250)
Samedi 2 avril : à Margat (50) PS puis LdH à Quimper 29 (130)
Mardi 5 avril : réunion lycée Dorian, à 9 h 30 (200) puis réunion FdG à Plessis-Trevise 78 (50)
Mercredi 6 avril : ministère du travail à 17 h avec F Ruffin + réunion CQFD salle Jean Damme Paris 75 002 (50)
Jeudi 7 avril : PS Asso citoyenne à Malaucène 84 (180)
Vendredi 8 avril : CQFD à Manosque 04 Asso citoyenne (150)
Samedi 9 avril : à Péage du Roussillon (200) CQFD
Lundi 11 avril : LCP Sénat à 15 h (diffusée dimanche soir)
Mardi 12 avril : réunion midi à université de Pontoise (170) puis soir à Nanterre (40)
Mercredi 13 avril : CQFD à Clermont-Ferrand 63 (300) + Fédé PS (70)
Jeudi 14 avril : Réunion UD-CGT du Var Toulon 83 à 14 h (70)
Vendredi 15 avril : Réunion PS 13 Marseille (65)
Samedi 16 avril : de 9 h 30 à 18 h théâtre de la Porte St Martin (500)
Lundi 18 avril : réunion 12 h DRJSCS (40) + réunion PS à Vandoeuvres (57) (50)
Mardi 19 avril : CQFD PS Noailles Oise 60 (50)
Mercredi 20 avril : réunion GRDF a Nice (75) 06 puis a Menton (90) MJS
Jeudi 21 avril : Réunion PS dans les Ardennes 08 avec Christophe Léonard (100)
Vendredi 22 avril : réunion à Nantes CGT FO Solidaires FSU Unef (400) nuit debout 500
Samedi 23 avril : réunion socialistes le matin + CQFD 14 h à La Roche-sur-Yon (100)
Lundi 25 avril : midi Snecma Evry Bras de fer (50) – CQFD Chalons en Champagne 51 (130)
Mardi 26 avril : réunion 10 à 17 h UNEF Fac de Rouen 76 – 50 ans de mai 68 + PS Bosc le Roger + soir Elbeuf
Jeudi 28 soir : Metz Briey UD CGT 57 (100)
Vendredi matin de 9 à 13 h : UL CGT Metz : formation droit travail (50)
Vendredi 29 avril : nuit debout République Paris 19 h (500)
Lundi 2 mai 7 h 50 RFI + mardi 3 sur France info + mercredi 4 sur LCI
Mardi 3 mai : CQFD à Champigny 94 (80)
Jeudi 5 mai : CR sine mensuel non car Bob est parti ce matin
Lundi 9 mai à 19 h salle mairie 2° arrondissement appel des 100 (50)
Mardi 10 mai : réunion gauche avec JP Mercier Gennevilliers 93 (80)
Mercredi 11 mai : réunion à Mende 18 h annulée pour enterrement de Bob Siné
Jeudi 12 mai : réunion à Limoges (87) (600)
Mardi 17 mai : réunion 21 h CQFD à Niort 79 (300)
Vendredi 20 mai : réunion 20 h Le Mans 72 (400)
Lundi 23 mai : formation Paris 9 h-16 h Bourse du w pôle emploi FSU (400)
Mardi 24 mai : réunion à Fontenay sous Bois 94 (130)
Mercredi 25 mai : réunion à Orléans 45 (250)
Lundi 30 mai : Bn du PS
Mardi 31 mai : 17 h EHESS (50) + Fakir soir (400)
Jeudi matin à 10 h 30 : + meeting au Havre (600)
Vendredi 3 juin : 17 h 30 : UL CGT Beauvaisis (200)
Les 3, 4 et 5 juin : congrès du PCF
Lundi 6 juin : Bn du Ps
Mardi 7 juin : 11 h RATP Pavillons sous Bois (50)
Mercredi 8 juin : réunion PS D&S à Nevers (100)
Jeudi 9 juin : réunion PS Saint Paul les Dax 40 (100)
Vendredi 10 juin : réunion avec Bizi Bayonne (200)
Dimanche 12 juin : meeting Copernic au Dejazet (350)
Lundi 13 juin : de 12 a 14 h institut Gustave Roussy (30) + Mermet + Bn du PS
Mardi 14 juin : RTL 8 h + 14 h manifestation à Paris + France 24 à18 h 30 + 20 h 21 h les informés France info + BFM
Jeudi 16 juin : LCI + H Europe 1 10 h + avion pour réunion Nice 06 (200)
Vendredi 17 juin : Attac Moret 77 (60)
Lundi 20 juin : 20 h FdG Fleury-Mérogis 91 (65)
Mercredi 22 juin : Meeting à Rouen (80)
Jeudi 23 juin : Attac Gisors 27 (70)
Vendredi 24 juin : 93 unitaire gauche Saint-Ouen (100)
Lundi 27 juin : de 10 h à 18 h séminaire de la motion B (70) + BN du PS
Mardi 28 juin : manifestation puis meeting 18 h 30 Paris 10° appel des cent (35) puis 21 h tele
Jeudi 30 juin : journée avec SAF avocats Dieppe 76 (80)
Vendredi 1er juillet : UL CGT 76 Harfleur (90)
Les 2 et 3 juillet : week-end de D&S (50)

Le 4 juillet : Vacances !!!!!
Le 5 juillet : à Rivesaltes ?
Le 8 juillet : à Avignon ?

 

Brexit : un désaveu majeur pour l’Union européenne de Merkel et Hollande

par Jean-Jacques Chavigné

 

 

51, 9 % des électeurs du Royaume-Uni se sont prononcés pour le « Leave », la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) et 48,1 % pour le « Remain » le maintien dans l’Union Européenne (UE). La participation était importante : 72,2 % des électeurs inscrits. Depuis 1973, le Royaume-Uni était membre de la CEE puis de l’Union européenne, même s’il n’avait cessé d’exiger et d’obtenir des « exceptions » de l’UE. Sa sortie est donc un évènement considérable.

Le Brexit ne doit surtout pas être relativisé

Le Royaume-Uni est le premier État à quitter l’UE. Le Groenland était sorti de la CEE en 1985, mais il ne s’agissait pas encore de l’UE et surtout ce pays (qui n’est pas un État indépendant) n’avait bien sûr pas le poids économique et politique du Royaume-Uni.

Le processus d’élargissement de l’UE a pris fin alors qu’il semblait irréversible. Déjà les tergiversations face à la demande de l’Ukraine de rejoindre l’UE avait marqué un coup d’arrêt à cet élargissement. Mais là, c’est bien différent, c’est la 2ème ou 3ème économie européenne (tout dépend de la valeur de la livre qui a tendance à dégringoler en ce moment), après l’Allemagne et peut-être la France, qui rompt avec l’UE.

Le scénario de la peur utilisé par les dirigeants de l’Union, « l’UE ou le saut dans l’inconnu », ne fonctionne plus. La politique de l’Union est connue et face à ce risque connu, beaucoup ont préféré choisir l’inconnu. Même si l’on est en désaccord avec eux, il est difficile de ne pas le comprendre. Et le phrase vengeresse du Parti socialiste européen : « L’Angleterre est redevenue une île » est, de ce point de vue, inepte.

Angela Merkel évacue ses responsabilités

Angela Merkel estime que le Brexit est un désastre. Elle a raison ; mais pourquoi oublie-t-elle que la responsabilité de ce Brexit incombe avant tout à la politique néolibérale européenne dont elle est le fer de lance ?

L’UE néolibérale a imposé des désastres financiers, économiques, sociaux aux peuples et en premier lieu à ceux de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, des pays de l’Europe centrale et orientale.

Totalement aveuglée par son idéologie ordo-libérale, Angela Merkel s’étonne maintenant que les crises économiques et sociales qu’elle a créées trouvent leur expression sur le terrain politique !

Les partis d’extrême droite ou de la droite de la droite sont à la manœuvre !

En Italie, la Ligue du Nord estime que les Britanniques ont donné « une grande leçon à l’Europe ».

Aux Pays-Bas, le dirigeant de la droite de la droite, Geert Wilders, propose le « Nexit» : « Hourra pour les Britanniques ! Maintenant c’est à nous. Il est temps d’organiser un référendum aux Pays-Bas ! » 54 % des Néerlandais aimeraient s’exprimer par voie référendaire et 48 % seraient en faveur d’un Nexit.

En France, le vice-président du FN, Florian Philippot exige : « François Hollande doit annoncer un référendum en France sur notre appartenance à l’Union européenne ». Le résultat serait-il différent du référendum britannique ? Il est possible d’en douter, tant est grande l’exaspération contre l’UE d’Angela Merkel et de François Hollande. Un sondage réalisé par Odoxa pour iTélé et Paris Match indique, certes, que 64 % des Français souhaitent le maintien de la France dans l’Union européenne. Mais ce chiffre est le même que le chiffre du « oui » un an avant le référendum français de 2005, qui avait vu la victoire du « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen avec 54,7 % des suffrages. Et surtout, toujours selon le sondage Odoxa, seul un quart des Français voient dans l’Union européenne une source d’espoir !

De quelle UE le RU est-il sorti ?

Le Royaume-Uni n’est pas sorti d’une Union européenne démocratique où la réalité du pouvoir appartiendrait au Parlement, élu au suffrage universel dans le cadre d’élections européennes. Le Parlement européen n’est que la 5ème roue de la charrette de l’UE. Le pouvoir est aux mains des Chefs d’État ou de gouvernement réunis dans le Conseil européen, et d’institutions qui n’ont qu’un très lointain rapport avec le suffrage universel : la Commission, la Cour de Justice, la BCE …

Le Royaume-Uni n’est pas sorti d’une UE sociale avec un salaire minimum européen de haut niveau, un droit du travail européen réellement protecteur et instaurant un « principe de faveur » qui permette aux États-membres de voter des lois protégeant mieux leurs salariés que le droit européen. L’UE a accepté, au contraire, que le patronat britannique puisse, par une clause d’ « Opt out », faire travailler leurs salariés 65 heures par semaine, alors que le maximum autorisé par l’UE était de 48 heures par semaine.

Le Royaume-Uni n’est pas sorti d’une Union européenne luttant contre les inégalités, instaurant une fiscalité frappant les hauts revenus et les profits des grands groupes, combattant l’évasion fiscale, mettant les banques et la finance sous le contrôle des citoyens et édifiant des services publics de qualité.

Non : le Royaume Uni est sorti d’une Europe libérale qui s’oppose avec virulence à tout ce qui précède. Une UE dans laquelle la politique est totalement évacuée. Seuls sont pris en compte les intérêts de la Finance et des patronats européens. La possibilité d’une autre orientation politique, économique et sociale n’existe pas. C’est la définition même du néolibéralisme : « There is no alternative », le TINA de Margaret Thatcher.

La démocratie n’a plus d’existence pour cette UE néolibérale. A quoi bon, de toute façon,  puisqu’ IL N’Y A PAS D’ALTERNATIVE ! Le président de l’Eurogroupe l’avait parfaitement exprimé lors de la victoire de Syriza aux élections grecques : « Il n’est pas question de changer les traités européens à chaque élection ». L’avertissement de Jean-Claude Juncker, actuel président de la Commission européenne, allait dans le sens de cette négation de la démocratie : « Un vote ne peut aller contre les traités ». La nouvelle cure d’austérité imposée à un pays, la Grèce, rendu totalement exsangue par cinq ans d’austérité, a manifesté crument le mépris de la souveraineté populaire par des institutions qui n’ont souvent qu’un rapport très lointain avec le suffrage universel.  La façon dont les gouvernements français et néerlandais s’étaient délibérément assis sur les « non »  au référendum de 2005, l’obligation imposée à l’Irlande de revoter jusqu’à ce qu’elle vote « oui » étaient d’autres manifestations de cette dictature de l’oligarchie qui considère l’UE comme sa propriété privée.

Il n’est qu’à lire les recommandations plus qu’appuyées de la Commission européenne sur le droit du travail dans les États européens pour comprendre que le projet de loi El Khomri est une parfaite émanation des exigences de cette Commission. Non pas que la Commission européenne ait imposé quoi que ce soit au gouvernement français ou au Medef : elle n’est en l’occurrence que l’instrument des volontés de la Finance et du Medef,  et le Président et le Premier ministre français n’en sont que les exécutants.

L’Europe sociale  a toujours été repoussée à des lendemains qui chantent. Au milieu des années 1980, il fallait d’abord assurer la libre circulation des capitaux, initiée par l’« Acte unique ». En 1992, la priorité était à la création de la monnaie unique européenne. Au début des années 2000, elle était à l’élargissement de l’UE. A chaque fois l’Europe sociale devait suivre, promettaient les dirigeants sociaux-libéraux dont l’un des lors, Jacques Delors avaient pourtant présidé la  Commission européenne pendant 10 ans. Or cette Europe sociale n’a jamais vu le jour. Au contraire, avec les cures d’austérité imposées aux pays du Sud et de l’Est de l’Union, les droits sociaux ont été écrasés. Avec le projet de loi El Khomri en France et son équivalent belge, la loi Peters, l’UE continue son œuvre de démolition des droits sociaux. Matteo Renzi, en Italie, avec son « Jobs act » tant vanté par François Hollande, vient de perdre Rome et Turin. Les  candidats du Parti démocrate ont été battus, aux dernières élections municipales, par ceux du Mouvement 5 étoiles (M5S).

C’est cette Europe là, celle d’Angela Merkel et de François Hollande, qu’il est nécessaire de radicalement changer si nous voulons sauver l’Union européenne. Les États européens, pris isolément n’ont pas un poids suffisant pour s’opposer à la mondialisation libérale. Seuls, le poids économique de l’UE, la taille de son marché des capitaux impossibles à contourner, l’importance de son marché intérieur, peuvent permettre de résister à la mondialisation libérale. À une condition toutefois, c’est qu’elle n’en soit pas, comme aujourd’hui, le vecteur.

Le Brexit va-t-il améliorer le sort des salariés du Royaume-Uni ?

Le vote des salariés du Royaume-Uni (plus de 90 % de la population active, comme en France) est compréhensible, et il serait erroné de le ramener à un « vote anti immigration »,  à un seul « vote de repli sur soi ». Cependant, cette dimension a malheureusement sans doute été déterminante, même si les salariés britanniques qui ont vu en l’immigré plutôt que dans leur patronat les responsables de leurs problèmes se sont trompés de cible.

Les salariés britanniques qui ont voté pour le « Leave » ont, en grande partie, voté pour sortir de l’étau de l’UE libérale, mais ils se retrouvent, aujourd’hui, dans l’étau de la mondialisation libérale. Ils sont sous la coupe de la City, de Conservateurs à la Boris Johnson, partisans d’une politique ultralibérale et de la destruction des derniers droits sociaux qui subsistent au Royaume-Uni. Ils subissent également l’influence de l’UKIP de Nigel Farage et de son discours anti-immigration. Leur vote n’apporte pas de solution, au contraire, aux problèmes auxquels ils sont confrontés.

La même question se poserait en France, Allemagne, Italie, Espagne, bref dans tous les États-membres de l’UE.

Une chance pour les nations qui souhaitent leur indépendance tout en restant dans l’Union européenne

Les électeurs d’Écosse et d’Irlande du Nord ont voté en majorité (62 % en Écosse, 56 % en Irlande du nord) pour le maintien dans l’UE.  C’est aussi parce qu’ils voyaient dans le vote contre le Brexit, un moyen de parvenir à l’indépendance, si le Brexit l’emportait.

La Première ministre de l’Ecosse, Nicola Sturgeon, déclare que l’Écosse voit « son avenir au sein de l’Union européenne » et souhaite réorganiser un second référendum sur l’indépendance écossaise. En Irlande, le Sinn Fén a aussitôt appelé à un référendum sur une Irlande unifiée, dans le cadre de l’UE, après la victoire du Brexit.

Le président indépendantiste de l’Assemblée nationale de Catalogne, Jordi Sanchez, s’est appuyé sur la demande de Nicola Sturgeon pour réclamer une nouvelle fois la tenue d’un référendum sur l’indépendance catalane : « Alors que l’Écosse se prépare pour discuter avec l’UE d’un second référendum, nous devons dire sans peur que l’heure de NOTRE référendum est arrivée aussi« .

Le président de la République appelle à un « sursaut »

Il est vrai qu’il est obligé de tenir compte d’un sentiment largement partagé « Il n’est pas possible de continuer comme avant », mais c’est pourtant ce qu’il est en train de faire, en pire.

Le « sursaut » en question ressemble plutôt à une convulsion. Ce qu’il propose, une nouvelle fois, c’est de différer l’Europe sociale. Ce coup-ci, ce sera au nom de la sécurité européenne et de la protection des frontières contre l’immigration. Sa priorité est clairement exprimée : « la sécurité et la défense de notre continent pour protéger nos frontières et pour préserver la paix face aux menaces ». « L’investissement pour la croissance et l’emploi » n’arrive qu’en 2ème position et « l’harmonisation fiscale et sociale » en 3ème position seulement. Les deux dernières ne sont là, comme d’habitude, que pour le décorum.

Rien décidément ne peut servir de leçon à François Hollande : le refus de l’UE d’assumer un minimum d’humanité lors de l’arrivée de millions de réfugiés à ses frontières, sa propagande contre les « passeurs » qui n’étaient que le produit de la fermeture des frontières, tout cela a encouragé les Britanniques à voter pour le Brexit. L’alignement de François Hollande sur les positions sécuritaires du FN (déchéance de la nationalité) ne cesse de faire progresser l’organisation d’extrême droite, mais il continue de plus belle. En essayant de donner une réponse aux préoccupations de ceux qui sont de plus en plus tentés par un vote xénophobe ou un repli identitaire, sa politique renforce leurs convictions.

Alain Juppé affirme : « Faire entrer aujourd’hui la Turquie dans l’Europe, c’est la disloquer définitivement ». Nicolas Sarkozy demande un « nouveau traité » européen, qui prévoit notamment le rétablissement des contrôles aux frontières et l’arrêt du processus d’élargissement de l’Union européenne. Avec ses déclarations sur la sécurisation des frontières de UE, François Hollande participe activement au « concours Lépine » sécuritaire de la droite.  

Dans son discours du 24 juin, Jean-Christophe Cambadélis appuie cette orientation suicidaire : « Recommencer l’Europe, c’est concentrer son action sur les questions qui nécessitent la mutualisation des nations : la sécurité, la défense face au terrorisme ». Il ne dit pas un mot, lui non plus, sur l’Europe sociale, mais ajoute : « Nous voilà instruits, en revanche, de ce qui arrive lorsqu’on sème le vent du populisme, on récolte la tempête du nationalisme. Lorsqu’on agite l’immigration on récolte la xénophobie. L’expérience des conservateurs britanniques devrait inspirer la droite française ». Il devrait expliquer tout cela à Manuel Valls et à François Hollande.

JJC

 

 

Parabole sur le dumping social El Khomri

 

Voyons ce que serait l’application de la loi EL Khomri, dans 3 entreprises d’habillement du 3° arrondissement de Paris.

La première entreprise est rue St Martin :  45 salariés, patron de combat, il a jamais voulu dépasser 50 pour ne pas avoir de comité d’entreprise, l’atelier c’est 4 rangées de 10 femmes, chacune travaille nez baissé sur les machines, la contremaîtresse les surveille sur une estrade, pas le droit de parler, il faut lever le doigt pour aller faire pipi… Dans cette boite, avec la loi El Khomri, le patron va monter sur l’estrade, à côté de la contremaîtresse et va dire : « Nous ne pouvons plus payer les heurs supp’ 25 % ; dorénavant, ce sera 10 % ». Et il va « négocier » : « Y’a quelqu’un qui est contre ? ». Personne ne va broncher, évidemment. Elles vont toutes baisser le nez sur leur machine. Elles vont calculer dans leur tête : elles en ont énormément besoin de ces heures supp’ à cause de leur petit salaire mais elles ne vont rien dire.

La 2° entreprise est rue Meslay, habillement aussi, 35 salariés, patron plus empathique, pas de délégué du personnel pour autant, il décide de rester à 25 %, il dit qu’il a assez de marge et que ses salariées, qu’il aime bien, en ont besoin. Mais, dans ce cas, c’est le banquier qui va arriver et dire au patron que son « ratio » salaire/emploi ne dégage pas suffisamment de marges. Or, le banquier aime les entreprises qui ont des marges fortes comme rue St Martin. Il va rappeler au patron, qu’à la fin de ce trimestre il a des difficultés de trésorerie, qu’il a besoin de lui, banquier, pour passer ce cap. Il veut bien l’aider mais s’il s’aide lui-même. Avant El Khomri, le patron pouvait dire « non » au banquier ; car c’était la loi qui fixait le taux des heures supp’ à 25 % ; mais après la loi El Khomri, désormais, ça se négocie. Le « patron gentil » va voir ses salariées et leur dire « - On est obligés sinon le banquier nous lâche ; si je ne vous mets pas à 10%, on est tous foutus, je ferme la boite. Ça me fend le cœur, mais …10% ».

La 3° boite est rue Notre-Dame de Nazareth, 15 salariées, patron voyou, il emploie déjà des clandestins, ne paie pas les heures, le comptable est aussi voyou que lui, l’inspection du travail a déjà dressé plusieurs procès verbaux. Le comptable fait remarquer au patron que, selon la nouvelle loi, les heures supp’ peuvent être soit « majorées » soit « compensées ». Alors il vont « compenser » et donner un blouson à leurs salariés à la fin du mois.

Tel sera le dumping social organisé par la loi El Khomri quand la négociation aura remplacé la loi. Dans une même branche, dans 3 entreprises situées à 3 rues d’intervalle du même arrondissement de Paris, la concurrence déloyale défavorable organisée fera baisser les salaires. Et ce qui vient d’être dit pour les heures supp’ se produira ensuite dans tous les domaines.

Gérard Filoche

 

 

(chaque semaine chronique « au boulot » dans l’Humanité dimanche depuis 5 ans, celle ci est la n°298)

 

Brexit : communiqué de presse Gérard Filoche

 

Les électeurs du Royaume uni ont décidé de sortir de l’Union européenne. Déjà, les marchés financiers essayent de faire payer son vote au peuple britannique. « Il faut que cette rupture soit rendue douloureuse » explique un journaliste français pro européen intégriste.

Le temple du libéralisme tremble à la City, les bourses dévissent mais déjà les requins sont à l’affut d’une nouvelle place forte financière en Europe à Francfort, à Paris …  Les banques agissent comme des tanks contre les peuples : elles  veulent tirer parti du Brexit avec encore moins de contraintes moins d’impôts sur les capitaux.

C’est l’inverse qu’il faut préparer. La réorientation de l’Europe s’impose.

L’Europe que nous voulons n’a rien a voir avec l’UE ordolibérale, elle doit être sociale et écologique, avec un droit du travail universel et protecteur, le partage des richesses accumulées. Elle doit assurer le plein emploi avec la réduction du temps de travail.

L’Espagne, l’Italie, la Grèce, le Portugal … ont besoin d’une Europe protectrice, pas d’une Europe comptable, imposant l’austérité, l’abaissement des droits de tous au nom de traités budgétaires concoctés pour la finance.  C’est le principe de faveur qui devrait s’appliquer en Europe et non pas le dumping social !

Il faut assurer la souveraineté de la puissance publique.

L’économie européenne a besoin d’une banque centrale au service des Etats, pour régler la question des dettes et des investissements d’avenir, pour soutenir des politiques publiques !

Il faut en finir avec une BCE au service de la finance et des gros actionnaires qui engloutissent les milliards distribués plutôt que de les investir. La BCE doit prêter directement aux Etats.

Il faut prendre des initiatives en ce sens notamment avec les pays du Sud de l’Europe. Elles doivent être à la hauteur des défis et rencontrer l’assentiment des peuples.

C’est la seule manière de combattre réellement l’idéologie de l’extreme droite et le nationalisme de toutes celles et tous ceux qui imaginent une dislocation de l’Europe.

L’Europe ne peut vivre dans une cage de fer ordo-libérale. Jean-Claude Juncker président de la Commission européenne avait osé dire qu’ « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » (28-01-2015). Le même Juncker estimait récemment que la casse de 100 ans de nos droits du travail, était encore insuffisante, n’était qu’un début. Il va bien falloir que cette morgue oligarchique soit ravalée, car sans démocratie l’Europe périra.  Valls affirme sur le ‪#Brexit : « … Il faut rebâtir une Europe en écoutant davantage les peuples ». Qu’il commence donc par écouter le sien : loi El Khomri exit !

Oui à une Europe sociale et écologique au service des peuples et pas des marchés financiers.

Après les refus répétés de prendre en compte le référendum sur le TCE en 2005, la renégociation des traités européens en 2012, ces questions sont partie prenante des débats pour  la base commune qui doit unifier la gauche (écologistes inclus) pour 2017.

 

 

Pourquoi exiger « jusqu’au bout » le retrait du projet de loi El Khomri conférence faite à Nice jeudi 16 juin, retranscription

Rencontre de la Pensée Critique à Nice le 16 juin 2016 : 220 personnes dans la salle place garibaldi, maison des associations,
1 kilo 400…


On a presque tous vu Pujadas présenter le Code du travail au journal télévisé.
1 kilo 400 ! 6 millions de personnes regardent cela, et on leur présente le Code du travail, 1 kg 4

de cette façon ; pas par les idées qu’il contient, ni par l’intérêt qu’il revêt pour elles, mais par son poids.

1 kilo 400 ! Du point de vue de la propagande, c’est terrifiant parce qu’on arrive à dire aux gens, en une seule image, un seul geste : vous croyez que c’est votre code ? Mais non !

1 kilo 400 ! Vous ne l’avez jamais lu, vous ne le lirez jamais. L’avez-vous ouvert ? Non ! Ils ont bien raison ceux qui veulent le diminuer.

C’est vrai que la plus part des gens ne savent pas ce qu’il y a dans le Code du travail, il est le moins enseigné des Codes, et pourtant cela conditionne leurs vies. Le Code du travail, c’est sûrement le texte le plus intime pour les 18 millions de salariés du privé et les 850000 salariés du public qui sont de droit privé. C’est le code le plus vital. Même ceux qui ne le connaissent pas auront besoin de lui un jour. C’est le code le plus essentiel parce que, finalement, notre travail en dépend ; notre salaire ; « si vous avez un booon code, vous aurez une garantie pour votre boulot ! Et vous aurez peut- être un bon salaire. Si vous avez un mauvais code, vous n’aurez rien ».

Le Code, c’est une construction d’un siècle d’histoire. Il y en a 27 en tout. Tous aussi gros.

1 kilo 400. Le Code allemand ? 1 kilo 700. Code des affaires maritimes. Code du commerce. Code civil. Code pénal. Code des impôts. Pourquoi ne se sont-ils pas attaqués à celui-là ? Ils auraient pu mettre un chapitre sur Panama. Ça aurait été « réforme » populaire, celle-là. Il n’y aurait pas eu de manif’ contre. Frapper ceux qui spéculent. Faire rentrer 80 milliards de fraude fiscale ; 100 milliards d’optimisation fiscale. C’était facile. Politique de gauche populaire faisant litière des déficits. Mais ce n’est pas ce qu’ils ont fait.

L’origine du Code du travail c’est la catastrophe de Courrières, dans le Pas-de-Calais, en 1906. Coup de grisou. 1099 mineurs vont mourir. Et le patron se comporte comme un salopard. Il refuse qu’on parte à la recherche des survivants et fait reprendre le travail tout de suite. Son argument : ne laissons pas la place au charbon polonais, auquel cas je n’aurais plus de sous, je fermerais la mine et mettrais la clé sous la porte. Autant d’arguments qui ont toujours cours aujourd’hui. Oui, mais il va y avoir des survivants. Treize jours plus tard, des mineurs parviennent à s’échapper des galeries par leurs propres moyens et à revenir au jour. Le choc dans l’opinion est terrible. Il n’y a ni BFMTV ni iTélé, mais la colère contre le patron qui avait voulu les laisser mourir est si forte qu’une décision historique va être prise par Clémenceau (« que Valls connaît bien ») : la création du Ministère du travail CONTRE  le Ministère  de l’économie.

Voilà l’origine du Code du travail : « défendre les droits des humains qui sont au travail contre les exigences de la productivité, de la rentabilité, de la compétitivité, de la flexibilité ». Pas Code des entreprises : mais Code du travail. Pas Code des patrons, Code du travail. Il nait vraiment quatre ans plus tard, en 1910. Trois lois en décembre. 80 décrets. Il n’y a que 3 millions de salariés à l’époque. En 2002, au moment des 35 heures, le salariat c’est 18 millions de salariés. Dans l’intervalle, le Code du travail passe de quelques pages à 600-700 pages. Les luttes ont imposé des précisions, que ce soit sur les chaussures de sécurité, les gardes corps, le calcul des heures de travail dans des conditions correctes, fiables et transparentes. C’est un code vivant, qui s’enrichit au fil des grèves, des occupations, des manifestations, des négociations, des batailles d’amendements au coeur de la nuit à l’Assemblée nationale. Texte vivant. Ce Code, qui est le produit des luttes sociales, n’est pas tout à fait un texte comme les autres. Il est l’expression des rapports de forces sociaux. Il les incarne à sa façon. Des universitaires ont dit, ces derniers temps, qu’ils allaient faire un séminaire et réécrire le Code ; apprécier, devant une tasse de thé, jusqu’où il faut aller dans la protection du licenciement ; mais ce n’est pas comme cela que ça se fait un Code du travail. Cela se fait parce qu’il y a une bagarre, que l’on gagne ou que l’on ne gagne pas. Le Code représente les rapports de forces et leurs évolutions. Ce ne sont pas des universitaires qui vont faire un Code !

L’histoire du Code est celle de la réduction du temps de travail. G. Filoche remonte à 1840. Le docteur Villermé fait la première étude sérieuse sur la condition des ouvriers, des ouvrières, des enfants, des femmes qui travaillent dans ce qu’on appelait à l’époque les fabriques. Dans les vingt villes de France qu’il a choisies pour son étude, il voit des gens qui travaillent 15, 16, 17, 18 heures par jour, et qui meurent au travail. Sa conclusion : il-faut- travailler-moins. Il faudra 80 ans pour passer de la journée de 17 heures à la journée de 10 heures… Ce n’est inscrit dans les textes qu’en 1919… Dans les textes seulement, parce que la disposition n’est pas respectée… À l’époque, nos grands parents se battaient pour les « 3 x 8″ : 8 heures de travail, 8 heures de loisirs et 8 heures de sommeil. Mot d’ordre génial pour G. Filoche. Parce que le corps humain n’est ni « semainisable », ni mensualisable, ni annualisable. Dans la loi El Khomri, au contraire, il est prévu de calculer les heures supplémentaires sur trois ans ! Pour G. Filoche, la durée du travail doit être liée à la vie des humains, pas aux besoins de la production. Il faut protéger les humains des exigences de la production. Il faudra encore 70 ans pour passer de la semaine de 40 heures à la semaine de 35 heures.

G. Filoche fait remarquer que pendant cette période nous avons fait quatre choses en même temps :

On a produit plus : entre 1936 et 2002, le produit intérieur brut a sans doute été multiplié de 6, 7 ou 8 fois. En fait, on ne sait même pas calculer exactement l’augmentation.

On a gagné plus : même si on ne sait pas le calculer précisément non plus, on sait que notre niveau de vie s’est développé considérablement. 5 fois ? 6 fois ? 7 fois ?

On a doublé le nombre d’emplois : 9,5 millions de salariés au temps du Front populaire, 18 millions au moment du passage aux 35 heures.

Et on a fait tout ça en travaillant moins puisque nous sommes passés de 40 heures à 35 heures !

On peut donc le faire ! Qu’est-ce qui imposerait aujourd’hui de faire tourner la roue de l’histoire à l’envers ?! De réaugmenter la durée du travail ?! De travailler plus et gagner moins ?! Il n’y a pas d’argument ! D’autant que pendant ces 70 ans notre pays a connu une Guerre mondiale et deux guerres coloniales, ce qui est autre chose que la crise prétendue dont o nous rebat les oreilles tous les matins sur France inter. Ici, G. Filoche ne peut se retenir d’avouer qu’il a un faible pour… Dominique Seux (rires).

Aujourd’hui, il faut passer à 32 heures. Si on a 6.125.000 chômeurs, toutes catégories confondues, Outre-mer inclus, c’est parce qu’on est en retard sur la réduction du temps de travail. Il faut redéfinir le partage du travail. Cette problématique est présente dans toutes les sociétés, de tous temps. Chez nous, en ce moment, le travail est partagé sauvagement : 6 millions de chômeurs et 6 millions de gens qui travaillent 50 heures. Nous voulons un partage civilisé, organisé socialement, maîtrisé. Au passage, c’est pour cela qu’il faut un Code du travail. Ou c’est Mad Max ou c’est l’organisation sociale. Durée du travail calculée, respectée, contrôlée, -et partagée. Nous avons d’autant plus intérêt à le faire en France que nous sommes en plein boom démographique. Depuis l’an 2000, en France, il y a eu 850.000 naissances par an, c’est-à-dire 2,5 fois plus que ce qui avait été projeté. Dans deux ans, le bébé de l’an 2000 aura 18 ans, et il arrivera bientôt sur le marché du travail. Cela veut dire que si rien n’est fait il faut s’attendre, chaque année, à des centaines de milliers de chômeurs en plus. Ce ne sont pas les emplois jeunes ou les contrats nouvelle génération qui sont susceptibles de régler ce problème. Il faut un partage du travail, une réduction du temps de travail. Veut-on d’une société avec 10 millions de chômeurs en 2030 ? Pour le coup, ça sera vraiment Mad Max…

Pour continuer la réduction du temps de travail, il faut un Code du travail. Cela ne se fera pas entreprise par entreprise. Il faut des lois. S’il n’y avait pas eu de lois après les accords de 36, les 40 heures n’auraient pas duré une semaine ! C’est parce qu’elles ont été inscrites dans la loi que les 40 heures sont restées. C’est la loi qui compte. Et la loi, c’est le Code du travail.

Autre point avant d’entrer dans le vif du sujet : qu’est-ce qui caractérise un contrat de travail ? C’est-un-lien-de-subordination-juridique-permanent. Dans l’entreprise, on est sub-or- don-né. C’est l’employeur qui décide la naissance du contrat, la gestion du contrat, la rupture du contrat. Et en contrepartie de la subordination, nous avons des droits. C’est parce que nous sommes subordonnés qu’il y a un Code du travail. Il n’y a pas de liberté dans l’entreprise, pas de citoyenneté, pas d’égalité. Nous sommes soumis, mais nous avons des droits. Ne succombons pas à leur propagande, dit G. Filoche. « Un patron nous donne du travail » qu’ils disent, mais un patron n’a jamais rien donné à un salarié ! Nous vendons (le plus cher possible) notre force de travail à des patrons qui nous l’achètent (le moins cher possible). C’est pour cela qu’il faut un Code, faute de quoi le contrat se conclurait au couteau. Ce n’est pas Ghosn et Tabarès qui font vivre 50.000 personnes, c’est 50.000 personnes qui les font vivre. Il y a bien exploitation de l’homme par l’homme. Et c’est encore pour cela qu’il faut un Code du travail, pour réduire l’exploitation de l’homme par l’homme, pour régir le partage des fruits du travail, pour améliorer les conditions de travail, pour lutter contre les accidents du travail.

L’autre jour, à Asnières, dit G. Filoche, un jeune de 19 ans est tombé d’un échafaudage ; il avait un baudrier, pourtant ; mais il n’y avait pas de point d’ancrage à son baudrier… « Je ne veux pas moins de Code du travail, dit-il ; je veux plus… Pas moins de contrôles, plus… Pas moins de sanctions, plus… ». Il y a 500 morts par an au travail. 4500 handicapés. Des dizaines de milliers de maladies professionnelles, la France étant d’ailleurs le pays en Europe qui les recense le moins et où leur reconnaissance est la plus difficile. 100.000 morts par l’amiante. 650.000 arrêts du travail pour blessure. Si les coups de grisou sont terminés, ils ont été « remplacés » par les accidents cardiaques (150.000) et les AVC (100.000), dont la moitié est liée au travail.

Un dernier mot de préambule, dit G. Filoche, sur cette idée selon laquelle on serait à égalité dans l’entreprise. Co-partenaires. Il raconte cette scène mille fois vécue de la DRH qui, lors de son arrivée dans l’entreprise, lui dit : « Mr l’inspecteur, je vous présente mes collaborateurs ». « Ah bon, ils sont clandestins ? Vous ne les avez pas déclarés ? Ils ne sont pas sur le registre du personnel ? ». On ne peut être à la fois subordonné et collaborateur. Ce mot ne figure pas dans le Code du travail. Il parle de salarié. Ces pratiques langagières cherchent à nous faire croire que dans l’entreprise tout le monde est dans le même « challenge », le même « défi ». Nous sommes tous « co-responsables » de l’entreprise. À égalité, et non pas subordonnés donc. Le patron et nous sommes dans le même bateau, sous le régime, -comme dit si bien le MEDEF, -de « la soumission librement consentie » (« compliance whithout pressure »). Jusqu’à ce qu’il parte avec le bateau… Nous laissant sur le quai… Au Pôle Emploi… Ce jour-là, nous comprenons que nous n’étions pas « collaborateurs », mais bien subordonnés… Ce jour-là aussi, on peut se demander si on a des droits face au licenciement… Ah tiens, que dit le Code du travail ?… Pour mon salaire… Pour mes indemnités…

Le MEDEF. Parlons du MEDEF. Il dit qu’il faut en finir avec le Code du travail. Mme Parisot dit que la liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail. Elle a dit aussi : la vie, la santé, l’amour sont précaires ; pourquoi le travail ne le serait-il pas ? On ne peut pas être plus barbare que ça. Si on dit que l’humanité c’est la précarité, on la trahit dans toute son histoire. Dès l’âge des cavernes, on luttait contre la précarité. On ne voulait pas avoir mal. On voulait boire, manger, vivre. On a inventé l’agriculture pour lutter contre la précarité de la cueillette ; l’élevage pour lutter contre la précarité de la chasse. Et nous luttons tous même contre la précarité de nos amours. Mais Mme Parisot ne voit là que cinquante siècles d’erreur. Vive Cro-Magnon. Soyons tous précaires ! Quand Gérard Larcher était ministre du travail il a dit qu’il y en avait « assez que les Ayatollah de la Cour de cassation donnent des interprétations salafistes des temps forts du Code du travail ». Au mois d’août dernier, enfin, Gattaz a dit : « Le Code du travail est l’ennemi n° 1 des patrons ». Pas le chômage, le Code du travail. La vraie phrase importante et signifiante c’est Hollande qui l’a prononcée dans sa conférence de presse de septembre 2015 : « Nous allons adapter les droits du travail aux besoins des entreprises ». En une seule phrase, c’était la mise à mort de cent ans de notre histoire. Ça fait cent ans qu’on se bat pour adapter les entreprises au droit du travail, et voilà Hollande qui dit qu’on va faire le contraire ! Et c’est d’ailleurs l’article 1er de la loi El Khomri. Article essentiel, qui marque une rupture historique, juridique, théorique, pratique avec un siècle d’histoire. G. Filoche insiste : c’est vraiment la casse de cent ans de Code du travail. Ils ont essayé de banaliser, bien sûr : la loi n’est pas si grave que ça, on a enlevé beaucoup de choses, on a atténué. Mensonges ! Ils n’ont rien enlevé, rien atténué. Ils ont même ajouté des choses. Le MEDEF, tout en disant qu’il n’y a plus rien dans la loi, implore le gouvernement de ne pas céder. Mais s’il n’y a plus rien dans la loi, quelle importance ?… Jeu de rôles ! En fait, la loi est très contre-révolutionnaire. Valls l’avait d’ailleurs annoncé : pas de réformette, mais une révolution. Oui, contre-révolution. Ce que des millions de gens ont compris instinctivement, même s’il y en a d’autres millions qui, en raison de la propagande acharnée, sont incertains. 1 kilo 400. Mais les gens qui disent ce genre de chose savent bien qu’ils trompent leur auditoire. Ils savent bien que dans le Code il n’y a que 675 pages de lois (250 grammes ?…) et que tout le reste, -3300 pages, -est constitué des commentaires. C’est comme si vous éditiez Françoise Sagan amendée par Marcel Proust…

« Regardons donc maintenant ce qu’il y a dans cette loi !, lance G. Filoche ». On parle souvent de l’article 2, qui inverse la hiérarchie des normes, mais il faut bien voir que le Code va être restructuré dans son architecture même. Première partie : le préambule et les principes. Deuxième partie : le champ de la négociation. Troisième partie : les lois supplétives. Celles-ci – qui doivent être réécrites jusqu’en 2019 – sont destinées à intervenir dans les domaines où la négociation n’aura pas tranché. Avec cette méthode, le futur nouveau Code sera un résidu, un complément, qui interviendra là où la négociation n’aura pas fait son oeuvre.

Le préambule – Il est dû à Robert Badinter. Voilà un homme pour qui on peut avoir beaucoup de respect ; qui a honoré l’humanité en luttant contre la peine de mort ; mais qui s’est déshonoré sur la question du droit du travail ; et ceux qui ont utilisé son nom également.

Badinter a fait un travail absolument scandaleux. Plus de durée légale du travail. Elle devient la « durée normale ». Annulées les 40 heures, les 39 heures, les 35 heures ; exit Villermé. Plus de durée maximale. Plus de repos quotidien. Tout est discutable dorénavant. Hollande et Valls cassent ainsi ce qu’ont fait Blum, Mitterrand et Jospin.

Le titre de la loi dit d’ailleurs beaucoup de choses : Loi pour les entreprises et les actifs. Pourquoi les entreprises d’abord ? Pourquoi mettre sur le même plan les entreprises et les actifs ? Pour les raisons évoquées plus haut : c’est pour mettre salariés et patrons sur le même plan, celui de « collaborateurs ». Cette loi aurait ainsi pu s’appeler : Loi pour les entreprises et les collaborateurs. Pourquoi les actifs ? Parce qu’ils veulent mêler plus tard le Code du travail, le Code civil et le Code commercial. Parce que – TAFTA aidant – on va changer de nature de contrat. On va nous « Taftaïser ». Badinter dit encore que le travail des enfants sera interdit en- dessous de 16 ans… sauf si la loi en décide autrement. C’est rassurant… Badinter encore : la rémunération sera versée avec périodicité et régularité. La mensualisation, qui existe depuis 1971, n’est pas mentionnée. Elle pourra être remise en cause. On pourra nous payer tous les quinze jours, tous les mois, tous les trois mois, ou à la tâche, ou pour une mission, ou pour un chantier.

Sur les discriminations aussi Badinter a fait fort. Toutes les discriminations (par l’âge, le sexe, le handicap, l’origine, l’orientation sexuelle…) sont très bien énumérées dans le Code actuel. Dans le texte de Badinter il est seulement question « des discriminations, notamment religieuses », ce qui revient à suggérer que le législateur place au premier rang ce type de discrimination, et ne peut qu’ouvrir un boulevard, devant les tribunaux, aux avocats qui voudront plaider dans ce sens.

D’une manière générale, le texte de Badinter renvoie la plupart des questions à la négociation.

Deuxième partie : le champ de la négociation – G. Filoche aborde pour commencer la question de la hiérarchie des normes, souvent évoquée dans le cadre du débat en cours. Cette polémique est sans aucun doute importante, mais la formule à travers laquelle elle est portée dans le débat public est, -il faut bien l’avouer, -absconse. « Imagine-t-on, demande G. Filoche, des manifestants défiler derrière une banderole Contre la hiérarchie des normes ? ». La hiérarchie des normes est la suivante : au sommet les lois-cadres, puis les lois, les accords interprofessionnels, les accords de branches, les accords d’entreprises. Jusqu’à présent, l’ordre public social se diffusait de haut en bas, de sorte que les lois de la République viennent à s’appliquer « chez le boulanger du coin ». Le droit universel se développait et s’installait partout pour protéger l’ensemble des salariés. C’est un ordre où la République l’emporte sur le contrat et le marché.

Ce qu’annonce la loi, c’est comme si on mettait un morceau de sucre en position verticale dans notre café ; au début, le haut du morceau de sucre est visible à la surface du café ; mais, petit à petit, le morceau va s’affaisser ; à la fin, le sucre a disparu, et on se retrouve avec un café bien sucré. C’est ce qui va arriver à la hiérarchie des normes ; elle va disparaître ; les lois de la République vont disparaître comme le sucre dans la tasse de café.

G. Filoche prend l’exemple concret des heures supplémentaires. Elles vont pouvoir passer de 25% à 10%, voire être compensées. Le texte dit, en effet, qu’elles peuvent être majorées ou compensées. Jusqu’à présent les HS étaient majorées à 25%. On peut discuter de ce taux, et juger que s’il était à 50% cela rendrait les HS plus chères et favoriserait l’emploi, mais ce n’est pas le sujet ici. Avec la loi, les HS ne sont plus d’ordre public ; elles peuvent être négociées. C’est en cela que les 35 heures disparaissent.

G. Filoche se fait encore plus précis, et évoque des situations d’entreprises du IIIè arrondissement de Paris qu’il a connues.

1) Rue St Martin – Habillement – 45 salariés – Patron de combat – Pas de délégué chez lui – Quatre rangées de dix femmes chacune qui travaillent sans arrêt sur les machines – La contremaîtresse est sur une estrade – Il faut lever le doigt pour aller faire pipi – Dans cette boite, avec la loi El Khomri, le patron va monter sur l’estrade, à côté de la contremaîtresse, et il va dire : « C’est simple, nous ne pouvons plus payer les HS 25% ; dorénavant, nous allons les payer 10% ». Et il va demander : « Y’a quelqu’un qui est contre ? ». Personne ne va broncher, évidemment. Elles vont toutes baisser le nez sur leur machine. Bien sûr, elles vont faire le calcul. Elles en ont besoin de ces HS avec le petit salaire qu’elles ont. Elles vont calculer fissa ce qu’elles perdent, mais elles ne vont rien dire.

2) Rue Meslay – Habillement – 35 salariés – Patron plus sympa – Pas de délégué du personnel pour autant – Le patron décide de rester à 25%, considérant qu’il a assez de marge et que ses salariées, qu’il aime bien, en ont besoin – Mais, dans ce cas, c’est le banquier qui va arriver et qui va dire au patron que son ratio de charges salariales ne permet pas de dégager suffisamment de marge. Or, les banquiers aiment bien les entreprises qui ont des marges fortes. Il va lui rappeler qu’à la fin de chaque trimestre il a des difficultés de trésorerie ; qu’il a besoin de lui, banquier, pour passer ce cap ; que lui, banquier, veut bien l’aider à passer ce cap difficile et périodique, mais s’il s’aide lui-même. Avant El Khomri, le patron pouvait dire non au banquier ; lui rappeler que de par la loi les HS sont à 25% ; mais avec El Khomri, le « patron gentil » va aller voir ses salariées et leur dire qu’il va bien falloir passer à 10%, sinon le banquier menace de le lâcher ; si je ne vous mets pas à 10%, on est tous morts qu’il va dire ; je ferme la boite. Ça me fend le cœur, mais …10%. Et il va faire comme celui de la rue St Martin.

3) Rue ND de Lazareth – Habillement – 15 salariées – Patron voyou – Le comptable est aussi voyou que lui – Des emplois non déclarés – Ne paye pas toutes les HS – L’inspection du travail à déjà dressé plusieurs procès verbaux – Le comptable fait remarquer au patron qu’il y a moyen d’échapper à l’augmentation des HS : en les compensant. « On leur donne un blouson à la fin du mois ».

Telle est la vérité de la loi El Khomri. Dans une même branche, dans trois entreprises situées à trois rues d’intervalle du même arrondissement de Paris, la concurrence déloyale défavorable fera baisser les salaires. Et ce qui vient d’être dit pour les HS se produira ensuite sur tous les sujets. Par exemple, le congé pour le décès d’un proche fera aussi l’objet de pratiques diversifiées. La loi El Khomri n’avance pas de chiffre sur ce sujet ; il sera donc réglé par les lois supplétives. Deux jours, peut-être, c’est-à-dire la moitié de ce qui était prévu avant… G. Filoche martèle : « Ça se passera comme ça sur tous les sujets avec la nouvelle architecture du texte en trois parties ».

Autre exemple : Airbus à St Nazaire. Grosse boite. Syndicats forts. Le patron fait déplacer les pointeuses du vestiaire au local des machines, ce qui décale la prise effective de poste d’une vingtaine de minutes (le temps de traverser la cour et divers ateliers). Les syndicats protestent. Le patron leur dit : on négocie. Résultat : les heures sont payées maintenant 6 € pour 10 heures au lieu de 18 €, ce qui fait 2/3 de perdus sur ces heures. C’est négocié ! Voilà de la pure loi El Khomri.

Toulouse. Centre d’appel « Téléperformance ». 400 salariés. Le patron informe ses salariés que, dorénavant, les pauses pipi seront demandées par courrier électronique. Les salariés s’insurgent. Le patron, qui-reconnaît-qu’il-a-un-peu-exagéré, concède une négociation. Tout y est passé : les pauses, le nombre d’appels par heure, etc., etc. Dans des conditions toujours plus défavorables puisque maintenant on peut négocier en-dessous de la loi.

Smart. Daimler. Moselle. Ils ont expérimenté la loi El Khomri avant tout le monde. Le patron dit : vous allez travailler 39 heures (au lieu de 35) payées 37, sinon j’emmène l’entreprise en Slovénie. 56% du personnel a voté pour, mais 62% des ouvriers ont voté contre. Les syndicats majoritaires – CGT et CFDT (dont la fédération métallurgie est contre la loi El Khomri nationalement) – n’ont pas signé. Qu’a fait le patron ? Il a convoqué chaque salarié et lui a fait signer un contrat individuel avec un avenant prévoyant de travailler 39 heures (au lieu de 35) payées 37. 90% ont accepté. Pour que la boite ne parte pas en Slovénie.

La FNAC. Les salariés ne veulent pas travailler le dimanche. Les organisations majoritaires refusent le travail du dimanche. Pour ces cas-là, la loi El Khomri invente le référendum d’entreprise contre les syndicats majoritaires. On pourrait être tenté de penser que c’est démocratique, puisque c’est un référendum ; non : voter avec un pistolet sur la tempe (du genre : si tu ne viens pas travailler le dimanche, je te vire le lundi), ce n’est pas démocratique. Oui, mais si des gens sont volontaires ? On l’entend souvent cet argument. G. Filoche martèle encore : en droit du travail, le volontariat n’existe pas. « Essayez de travailler le dimanche si votre patron ne veut pas… Essayez de ne pas travailler le dimanche si votre patron veut… « . Mais enfin, entend-on encore, dans le contexte où les syndicats n’ont plus de syndiqués, le référendum peut redonner du souffle à la représentation ? Erreur là encore : G. Filoche indique que pour être un syndicat majoritaire il faut être un peu plus fort que les députés et les élus politiques en général. Une députée a été élue récemment à Nantes avec 12,4% des inscrits. Ce n’est pas possible, cela, dans le monde professionnel car il y a un quorum ; il faut 50% des inscrits, et 50% des 50%. Chapeau les syndicalistes ! Qui connaît ces dispositions ? On dit aussi : ils n’ont pas beaucoup d’adhérents… C’est vrai : 8%. Mais, en France, nous n’avons pas un syndicalisme d’adhésion. Cela n’empêche pas que ce soit un syndicalisme de lutte, capable de jeter des millions de personnes dans la rue, ce que ne parviennent pas à faire, dans d’autres pays, des syndicats qui ont pourtant des millions d’adhérents. Bref : pour contourner des syndicats dont la représentativité est incontestable, on invente un référendum qui pourra être enclenché par un syndicat qui a 30%. Celui-ci pourra demander à l’employeur de soumettre une question au référendum, contre les syndicats qui auront eut plus de 50% ! Il fallait le trouver ! Qui plus est, le référendum ne comporte pas de quorum. Il peut se faire le samedi matin avec 20% de votants, et il sera valable, y compris contre ceux qui auront été élus avec un quorum de 50%. Le référendum n’est donc pas une formule démocratique.

Dans les entreprises de moins de 50 salariés (97% du total), la loi prévoit deux modalités : la décision collective, la meute autrement dit (cf. supra les entreprises de l’habillement), et le mandatement. Kézako ? Un mandaté, ça peut être le neveu du patron ou le comptable ; qui va signer le passage des HS de 25 à 10% ; pas besoin de parler ; même pas besoin d’en parler aux salariés ; le mandaté le fait. Bien sûr, il faut que le mandaté soit accrédité par un syndicat. Mais il n’y a pas d’ »inquiétude » à avoir à ce sujet : il y en aura bien des syndicats « bienveillants » qui accepteront de prendre des mandatés… On l’a vu pour les 35 heures : même sans syndicaliste, les petites entreprises – qui avaient trouvé des mandatés – ont reçu les subsides publics prévus par le dispositif.

G. Filoche, qui n’a pas la mémoire courte, rappelle qu’avant même la loi El Khomri d’autres lois ont dégradé les institutions représentatives du monde du travail : la loi Rebsamen a affaibli les CHSCT, la loi Sapin a diminué le droit d’information des représentants du personnel dans les comités d’entreprise, sans compter l’ANI du 11 janvier 2013. On assiste à un recul de tout ce qui permet de faire fonctionner les institutions représentatives du personnel, pour le remplacer par des mandatés ou des référendums bidons ou des soi-disant « décisions collectives ».

Pourquoi tout cela est-il si important ? parce qu’il s’agit de protéger le niveau des salaires ; celui des HS, après lesquelles des millions de salariés courent parce qu’ils ont de petits salaires. En France, ne l’oublions pas, 9 millions de personnes sont en-dessous de 900 € par mois. Le salaire médian est à 1670 €, c’est-à-dire que la moitié des salariés sont en-dessous. Et ce qui va se passer c’est que les gens vont gagner encore moins ! « Ce n’est pas une loi pour négocier ; pas une loi pour plus de démocratie ; c’est une loi pour vous piquer votre fric ; pour vous prendre votre salaire ! Pour baisser le coût du travail ! pour augmenter la marge des actionnaires ! ».

« Savez-vous, dit encore G. Filoche, que les patrons vont pouvoir négocier le jour par lequel commencera la semaine ? ». On se demande bien pourquoi… C’est que dans les textes, à propos des majorations, on ne parle pas du dimanche mais du 7è jour… Alors, si la semaine commence le mercredi, le 7è jour est le mardi, et le dimanche n’est que le 5è, et donc on ne le majore pas… Il fallait y penser ! Dans le même ordre d’idées, tous les jours fériés vont être remis en discussion. Les lois supplétives vont s’en occuper.

On va aussi pouvoir travailler 12 heures par jour, 60 heures par semaine. Le repos quotidien pourra être fractionné. Les femmes de la rue St Martin pourront faire 60 heures en trois jours avec des HS à 10%. Et le travail de nuit ? La tranche horaire est resserrée sur 0 heures-5 heures. On n’en finit plus de faire la liste des tours de passe-passe contre les salariés ! Fonctionnaires compris ! Il n’y a qu’à se reporter à ce qui s’est passé pour les retraites des fonctionnaires après 2003. Des gens comme Macron sont pour une société sans statut ; ni Code du travail ni statut de la Fonction publique ; d’ici à ce qu’on voit des fonctionnaires se reconvertir comme auto-entrepreneurs il n’y a pas loin.

G. Filoche continue sur le licenciement. On va en arriver au licenciement non motivé. Comme aux Etats-Unis : affaire réglée en deux minutes, pas d’écrit, pas de motif, pas de procédure. La France, qui, à la différence des Etats-Unis, est signataire de la convention n° 158 de l’OIT (qui promeut un droit universel du travail s’attachant aux humains et non à l’entreprise, proscrit le travail des enfants, favorise les droits syndicaux, la durée maximale du travail, la protection des salariés, etc.), respecte encore un minimum de choses. El Khomri va- t-elle dire qu’il faut basculer tout cela du côté de la négociation ?… Elle va le dire !… Elle le dit !… C’est une sacrée régression qui nous attend. La convention 158 dit 1) que le licenciement doit être écrit, 2) motivé, 3) prévoir la possibilité pour le salarié de se défendre, 4) prévoir une possibilité de recours et 5) prévoir une indemnisation ou une réintégration.

En France, le licenciement est encore écrit. Sur la motivation, il y avait déjà des brèches (cf. Villepin : pendant deux ans, le licenciement dans le cadre d’un Contrat Nouvelle Embauche n’était pas motivé ; cf. aussi X. Bertrand, qui a fait la rupture conventionnelle (300.000 par an)) que la loi El Khomri confirme (plus de motivation pour le licenciement). Sur le droit de se défendre, les protections sont déjà largement réduites (plus droit au comité d’entreprise depuis la loi Sapin). Pour (ou plutôt contre) les recours, ils mettent en place des barèmes (ils seront certes indicatifs, et non impératifs, mais devant le juge cela ne changera pas grand-chose : les avocats plaideront en s’appuyant sur le barème indicatif et le juge, sur la défensive, aura finalement du mal à ne pas l’utiliser). L’indemnisation ou la réintégration, enfin, sont déjà supprimées en vertu de la loi Macron du 8 août 2015. « Tout cela pour vous dire, martèle encore et encore G. Filoche, la gravité de tout ce qu’on est en train de vivre ! ». « Je veux alerter ; je veux expliquer ; expliquer, alerter ; alerter, expliquer ; ce n’est pas une petite affaire qu’on est en train de vivre ! Ce n’est pas une petite affaire de routine ! C’est la vie intime de millions de gens qui va changer ! ».

Chaque article de la loi El Khomri – il y en a 52 – mériterait d’être décortiqué. Ce n’est pas possible, évidemment. Mais G. Filoche renvoie au petit livre qu’il vient de publier, dans lequel il se livre à ce travail.

Il faut quand même parler, dit-il, de deux articles en particulier, « qui devraient vous faire frémir ». Le premier, c’est un article qui s’attaque non pas au salariés mais au salariat. Article 27. Chauffeurs de VTC. Voilà des gens qui peuvent rouler 20 heures par jour, 110-120 heures par semaine ; qui dorment dans leur voiture ; ne versent aucune cotisation sociale ; doivent supporter les frais de carrosserie quand ils surviennent. Et Uber ? Il ne fait que donner la course et empocher 25% de la course. Le chauffeur VTC n’a pas d’autre relation. Pas de salaire, pas d’horaire, pas de médecin du travail, pas d’inspection du travail, pas de contrat de travail, aucune obligation. Le chauffeur VTC paye sa voiture, son essence, son assurance, et gère ses clients. C’est du post-esclavage. À Paris, les URSSAF sont d’ailleurs en train de requalifier en contrats de travail nombre de situations de chauffeurs VTC. Eh bien ce ne sera plus possible avec l’article 27 de la loi El Khomri… Vive la rémunération à la tâche ! « À quand des CRS auto-entrepreneurs payés à la tâche ? », demande G. Filoche. Ghislaine Oppenheimer, du magazine Challenges, rêve de ce statut pour les jardiniers du Sénat… Il faut savoir que, d’ores et déjà, les hôpitaux ont largement recours à cette technique. Il n’y aucune raison pour qu’elle ne s’étende pas à de nombreux autres secteurs, y compris les plus inattendus. « C’est grave ! », tonne G. Filoche. « Je veux faire peur ! ». « Je ne veux pas qu’on dise, comme Hollande, que c’est équilibré ». « Ce texte est entièrement pour les patrons ».

G. Filoche veut terminer par l’article 52, sur les chômeurs. « Carrément …dégueulasse ». Les syndicats ont obtenu récemment devant la justice (arrêt du Conseil d’Etat du 15 octobre 2015), après presque deux ans de procédure, que Pôle Emploi ne puisse plus siphonner d’autorité les allocations pour récupérer des trop perçus (G. Filoche évoque à ce propos une situation dramatique qui a conduit à ce qu’une personne s’immole par le feu à Nantes en 2013 devant une agence de Pôle Emploi). Eh bien l’article 52 de la loi El Khomri casse l’arrêt du Conseil d’Etat…

« Je suis indigné contre cette loi, dit G. Filoche. Mais totalement indigné. Elle nous ramène au XIXè siècle. Un siècle de droits sont balayés ».

Mais on va gagner. On est en train de gagner. 1,3 million au bout de 9 manifs. Obligés de dire qu’on était 80.000 ! Quand on en est là, c’est que quelque part on commence à paniquer. L’opinion est toujours contre la loi. Les jeunes itoo. Ça remue pas mal au sein de la CFDT et de l’UNSA. L’opposition à la loi est majoritaire dans le pays.

Le plus raisonnable pour préserver les apparences serait sans doute de suspendre la procédure parlementaire.

Interdire les manifs ? On croit rêver ! Ils perdent pied ! « La promotion Voltaire est encerclée à l’Elysée ! ».

« Le degré de trahison est inattendu. Il est plus élevé que tout ce qui s’est passé au nom de la gauche auparavant ».

Daniel Amédro (d’après un enregistrement audio)

 

1800, 60, 32, 20, 5… Premièrement : le Smic à 1800 euros

Proposition

Smic brut à 1 800 € par mois pour un travail à temps plein et donc un Smic net de  1 386 € par mois.

Aujourd’hui, le Smic brut s’élève à 1 467 € par mois : il augmentera donc de 333 € (22,7 %)

Aujourd’hui, le Smic net s’élève à 1 129 € par mois : il augmentera donc de 257 € (22,7 %)

Constatation

Le Smic n’a pas eu de coup de pouce depuis 10 ans, à l’exception de celui, dérisoire, de 0,6 % au 1er juillet 2012 : 6,46 € par mois et l’équivalent de moins de deux baguettes de pain par semaine.

Le pouvoir d’achat du Smic n’a pas augmenté depuis 2007.

depuis 30 ans la part des salaires a diminué de 10 % environ par rapport aux dividendes qui ont augmente de 10 % environ.

Entre juin 2012 et mai 2016, le Smic au augmenté de 11,5 %, quasiment la même évolution que celle de l’indice des prix à la consommation : + 10,5 %.

pour mémoire, en juin 1968, le Smig avait augmente de 33 % et le Smag de 55 %… on n’est pas oblige d’attendre un nouveau mai 68 pour l’augmenter

le retard des derniers années doit être rattrapé.

Ceux qui produisent les richesses sont loin d’en percevoir les fruits mais François Hollande et le Medef font en sorte que tous les gains de productivité soient captés par les seuls détenteurs de capitaux.

Objectif

Permettre, tout d’abord, aux salariés de vivre décemment s’ils travaillent à temps plein mais aussi s’ils travaillent à temps partiel. Pour un seuil de pauvreté égal à 60 % du revenu médian, soit 975 euros par mois pour une personne seule, 1,9 millions de travailleurs sont, dans notre pays, des travailleurs pauvres.

L’élément moteur de la croissance économique, ensuite, reste l’augmentation de la consommation malgré la pression ininterrompue sur les salaires. L’augmentation du Smic mettrait de l’essence dans ce moteur et permettrait aux PME, notamment à celles qui sont indépendantes des grands groupes, de trouver un débouché à leur production et d’embaucher. Calculer le coût de l’augmentation du Smic sans tenir compte de la dynamique qu’elle entrainerait est un calcul à court terme dont nous avons pu mesurer le résultat tout au long des 4 dernières années.

Permettre, enfin, d’aider à l’équilibre des comptes de la sécurité sociale car une partie de l’augmentation du salaire brut va alimenter les caisses de retraite ou d’assurance-maladie.

Arrêter de remplir un tonneau percé

Le taux de marge des entreprises (leurs bénéfices) continue d’augmente et atteint avec un taux de 31,4 % son plus haut niveau depuis 2011.

Les dizaines de milliards d’euros accordés aux entreprises par le CICE et les allégements de cotisations sociales ont avant tout servi à augmenter ce taux de marge.

L’augmentation des taux de marge des entreprises françaises, dont s’est félicité François Hollande, ne va pas à l’investissement productif (une augmentation de 1 % seulement en 2015) mais va financer les dividendes, la spéculation financière et finit en partie dans les paradis fiscaux. L’évasion fiscale représente une ponction considérable, de l’ordre de 60 milliards d’euros tous les ans, pour les ressources de l’État.

La concurrence

  • . Les salaires minimum dans l’Union européenne et aux Etats-Unis

Dans l’Union européenne, 4 pays ont, aujourd’hui, un salaire minimum supérieur au Smic français : le Luxembourg (1923 €), l’Irlande (1 546 €), le Royaume-Uni (1 502 €) et l’Allemagne (1 473 €).

Le Premier ministre britannique, David Cameron, le successeur de Margaret Thatcher a, le 1er avril 2016, augmenté de 7,5 % le salaire minimum au Royaume-Uni. Son objectif déclaré est que cette augmentation atteigne 40 % en 2020.

La Chancelière allemande, Angela Merkel a introduit un salaire horaire minimum depuis 2015.

Les récentes élections en Italie, Espagne, Portugal ou Irlande, les mobilisations en France contre le projet de loi El Khomri, sont le signe que quelque chose est en train de changer en Europe et que la tentative de recycler le vieux théorème d’Helmut Schmidt « Les profits d’aujourd’hui, sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain » est en train de faire long feu. Dans ce contexte, l’augmentation du Smic en France aura un effet stimulant sur la mobilisation de tous les salariés européens qui ne supportent plus l’austérité sans fin et l’accroissement inouï des inégalités.

Aux Etats-Unis d’Amérique, la Californie (devenue, en 2016, la 6ème puissance économique mondiale, devant la France) a décidé d’augmenter son salaire minimum de moitié, à 15 euros de l’heure à l’horizon 2022. L’État de New-York s’est fixé le même objectif pour 2018.

  • La compétitivité ne se limite pas au coût du salaire

La compétitivité par les coûts des produits ne se limite pas au coût du salaire, elle doit intégrer le coût du capital, celui des dividendes distribués.

La compétitivité est liée, également, à la qualité, au niveau de gammes des produits et donc aux investissements de recherche et développement réalisés par les entreprises. Et, de ce point de vue, notre pays est très en retard sur l’Allemagne. En 2010, les entreprises allemandes ont consacré 31 milliards d’euro à la recherche-développement, les entreprises française seulement 15 milliards. Entre 2001 et 2010, trois fois plus de brevets ont été déposés en Allemagne qu’en France. Les grandes sociétés françaises ont fait le choix d’augmenter la distribution de dividendes plutôt que d’augmenter la recherche-développement. Cette dernière s’élevait à 42 % des dividendes versés en 1992 et seulement à 25 % en 2010. Comment s’étonner, dans ces conditions,  du manque de compétitivité de l’économie française ? Le rôle de l’État est déterminant pour remédier à cette situation.

La compétitivité « hors coût » est, enfin, très importante. Cette compétitivité passe par les infrastructures, les transports, l’enseignement, les services publics et donc par les investissements publics. Le rôle de l’État, là encore, est déterminant.

 

 

Un Président et un gouvernement aux abois

Quant un pouvoir est dans l’impasse, tout ce qu’il fait se retourne contre lui. Il peut nommer Necker, le renvoyer, le rappeler comme l’avait fait Louis XVI, la solution adoptée n’est jamais la bonne. Après 4 ans de reniement de ses engagements électoraux, de tentatives dérisoires de « triangulation » de la droite sur la déchéance de la nationalité ou sur la casse du  Code du travail, François Hollande est dans la nasse.

Le projet de loi est minoritaire au parlement, nul ne  l’a voté , il est passé par coup de force 49 3. Nous sommes majoritaires, dans le pays, dans le salariat, dans les syndicats, dans la gauche, dans la jeunesse, quand nous manifestons contre la casse de 100 ans de code du travail par le projet de loi El Khomri. Le pays est paralysé par cette situation : une loi que personne n’a demandé, qui n’a fait objet d’aucune concertation ni préparation préalable :  à part le medef et l’UE, personne ne la soutient. Quand la direction de la CFDT le 12 mars a essayé de mobiliser « pour » quelques centaines de personnes l’ont suivie, alors q’une pétition contre obtenait 1,3 million de signatures et que la jeunesse, à 78 %, s’y opposait.

Apres 5 mois de mobilisation sans précédent depuis le début du quinquennat, le gouvernement est donc au bout du rouleau, enfermé dans son bunker. Dans des situations similaires, en 1994, Balladur, puis en 2006, Chirac avaient su a temps retirer des projets (CIP, CPE..) contestés. Pourquoi l’Elysée et Matignon s’entêtent ils à ce point cette fois aujourd’hui ?

Le tango de l’interdiction de la manifestation intersyndicale à Paris, le 23 juin a laissé le gouvernement et le Président de la république comme des poissons hors de l’eau. Ils ont réussi à dresser tout le monde contre eux après avoir menacer d’interdire, voulu imposer un rassemblement statique, interdire et, au final, autoriser.

Ils ont exaspéré les syndicats

Ils ont mis l’intersyndicale CGT, FO, Solidaires, FSU, UNEF, Fidl, Unl devant le choix de baisser pavillon ou de se battre. L’intersyndicale a choisi de se battre et c’est François Hollande et Manuel Valls qui ont été obligés de baisser pavillon. Ils ont dû accepter que la manifestation puisse se dérouler, même s’ils ont tenté de sauver la face en imposant un parcours très court (1,6 kilomètre aller-retour), particulièrement dangereux puisque la tête du cortège reviendra à son point de départ alors que la queue de la manifestation n’aura pas encore pu démarrer. C’est une situation propice à tous les débordements, à toutes les « violences ».

Dans de telles circonstances, la CGT, Solidaires, la FSU, l’UNEF, la FIDL, l’UNL, la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat des avocats de France ont eu raison d’exiger l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les «dysfonctionnements» du maintien de l’ordre et «les choix opérés par le ministère de l’Intérieur» lors des manifestations contre la Loi Travail. »  Ils précisent dans leur communiqué du 22 juin : «De nombreux manifestant-tes sont victimes de graves dysfonctionnements: délogés, pourchassés, blessés, interpellés par les forces de police alors même qu’ils n’ont commis aucune infraction ! (…) Dans le même temps, certains individus responsables de «casse» sont contenus en tête de cortège sans jamais être neutralisés par les forces de police».

François Hollande et Manuel Valls ont, à leur corps défendant, renforcé l’intersyndicale qui a montré qu’il était possible de faire plier le gouvernement et amènent beaucoup de gens à se mobiliser à Paris mais aussi en province contre le projet de loi El Khomri et la défense de la liberté de manifester.

Ils ont même réussi à recréer, ponctuellement, l’unité de tous les syndicats que la direction de la CFDT et de l’UNSA avait rompue il y a plus de trois mois. La CFDT et l’UNSA ont condamné l’interdiction de manifester. La CGC qui s’était déjà prononcé contre le projet de loi El Khomri s’est, elle-aussi, prononcée contre cette interdiction.

Ils ont mécontenté la gauche

De nombreux députés de gauche ont protesté contre l’interdiction de manifester et certains avaient annoncé qu’ils participeraient à la manifestation même si elle était interdite.

L’ex-ministre de la Justice Christiane Taubira a estimé que les libertés publiques étaient un «bien précieux» méritant «plus d’efforts pour être sauvegardées».

Cécile Duflot condamnait une décision « aberrante sur le plan du droit et des valeurs ».

Les élus du PCF comme une dizaine de députés du PS annonçaient qu’ils participeraient à la manifestation. Le Parti de Gauche a condamné l’interdiction.

Beaucoup, à gauche, qui restaient dans l’expectative quant au projet de loi El Khomri ont vu le danger que présentait l’interdiction de cette manifestation pour les libertés publiques et regardent maintenant le projet de loi El Khomri d’un autre œil.

Ils ont parfaitement compris que c’était la 1ère fois sous la Vème République qu’une manifestation syndicale, sur un objectif social, était interdite et qu’il ne fallait pas laisser passer une telle régression. « La liberté individuelle, la liberté d’aller et venir et le droit d’expression collective des idées et des opinions » sont des « libertés constitutionnellement garanties », déclarait le Conseil constitutionnel le 18 janvier 1995.

La manifestation interdite du 8 février 1962, alors que Maurice Papon (condamné en 1988 pour avoir organisé sous Vichy la déportation de 1 690 juifs) était préfet de police avait coûté la vie à 9 manifestant, au métro Charonne. Cette manifestation était, certes appelé par la CGT, la CFTC et l’UNEF, aux côtés du PCF et d’autres forces de gauche, mais son objet était politique : manifester contre les crimes de l’OAS et pour la paix en Algérie.

La dernière interdiction d’une manifestation syndicale, sur un objectif syndical (la grève des mineurs) remontait à 1948 et à la « guerre froide ».

Ils ont mortifié la police

Le gouvernement a voulu maintenir l’organisation de l’euro de football alors qu’il savait qu’après les attentats de novembre, les forces de police étaient harassées. Les hooligans ont fait, sous les yeux du monde entier, en quelques jours à Marseille, à Nice, à Lille, des « casses » encore plus spectaculaires que celles qui étaient, à tort, attribuées aux manifestants.

Depuis 4 mois, le gouvernement, minoritaire dans le pays et au Parlement continue à vouloir imposer le  projet de loi El Khomri. Il entraîne ainsi blocages, grèves et manifestations alors qu’il lui suffirait de retirer ce projet pour que le mouvement social prenne fin.

Les forces de police et de gendarmerie sont mobilisés depuis maintenant 7 mois. 18 millions d’heures supplémentaires, nous dit-on, sont impayées. Deux policiers viennent d’être victimes d’un assassinat revendiqué par Daesh. Des syndicats de policiers s’interrogent sur les consignes ou l’absence de consignes face aux « casseurs ». On voit aussi des policiers civils habillés et mêlés aux casseurs : dans quel but ? Si des centaines de blessés ont été relevés dans les forces de l’ordre il y en bien plus, et plus sérieusement parmi les manifestants, et même les journalistes.

Pour tenter d’étouffer la mobilisation sociale et pour donner satisfaction aux forces de police et de gendarmerie qui ne supportent plus d’être constamment sur la brèche, le gouvernement avait décidé d’interdire la manifestation du 23 juin. Les forces de maintien de l’ordre auront donc beaucoup de mal à comprendre cette volte-face. Or, Manuel Valls avait donné la preuve spectaculaire de la fragilité du pouvoir politique face aux forces de police quand il avait affirmé que l’attitude du policier qui avait refusé de lui serrer la main, ainsi que celle de François Hollande, n’était pas « irrespectueuse » Il avait eu une toute autre attitude vis-à-vis du sapeur pompier qui avait refusé de lui serrer la main le 21 mars 2014, alors qu’il n’était pourtant que ministre de l’Intérieur. Il avait explosé : «  Vous n’êtes pas un gamin (…) Vous exercez des responsabilités. Quand vous avez le ministre de l’Intérieur, un représentant du gouvernement, un représentant de l’Etat, un représentant de la République, vous vous comportez comme un sapeur-pompier (…) Il y a une hiérarchie chez les sapeurs-pompiers. Vous devez la respecter ! » Pourtant, 110 « soldats du feu » étaient morts en service depuis 2005.

Ils sont devenus la risée de la droite

« Une manifestation interdite à 10 h et autorisée à 13 h, c’est le résumé d’un quinquennat calamiteux », affirme François Fillon.

Alain Juppé enfonce le clou en déclarant que cette volte-face est la « démonstration de l’incurie du gouvernement ».

Il est vrai que quand la droite se moque du gouvernement, c’est la poêle qui se moque du chaudron, puisque Nicolas Sarkozy, toujours à l’affût d’un coup politique avait  affirmé, le 21 juin, devant la presse à Berlin, qu’il n’était « pas raisonnable d’interdire aux syndicats de défiler ».

Jean-Jacques Chavigné

 

«Le pouvoir politique est affaibli face au pouvoir policier» 21 juin 2016 | Par Joseph Confavreux

 

Le préfet de police de Paris a décidé, mercredi 22 juin, d’interdire la manifestation du 23 juin contre la loi sur le travail. Les blessés lors des défilés précédents donnent le sentiment que la France, qui a fait figure de modèle en matière de maintien de l’ordre, est aujourd’hui débordée dans la gestion des foules. Et que se révèle une situation où le policier prend le pas sur le politique. Entretien avec le sociologue Fabien Jobard.

  • Le préfet de police de Paris a finalement décidé, mercredi 22 juin, d’interdire la manifestation de jeudi contre la loi sur le travail. Après une journée de discussions avec les syndicats et d’atermoiements du pouvoir politique, la décision a été annoncée mercredi matin dans un communiqué de la préfecture (il est à lire intégralement ici). «Après examen attentif, ces propositions alternatives (les centrales syndicales ont proposé plusieurs parcours – ndlr) ne permettent en aucune façon de répondre à la nécessaire sécurité des personnes et des biens , ni aux exigences de mobilisation maximale des forces de police et des forces mobiles contre la menace terroriste qui se situe à un niveau élevé imposant des sollicitations exceptionnelles sur le territoire national. Dans ces conditions le Préfet de police considère qu’il n’a pas d’autre choix que d’interdire la tenue de la manifestation», indique le communiqué.

Dans la journée de mardi, le ministre de l’intérieur avait réitéré son appel aux syndicats à renoncer à une manifestation, leur suggérant d’organiser un « rassemblement statique », vu le « niveau de menace extrêmement élevé avec un niveau de sollicitation extrêmement fort depuis plusieurs semaines des forces de l’ordre » mobilisées « sur l’Euro » et « aux frontières dans un contexte migratoire particulier » ainsi que « dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre ».

Après des blessés graves lors des manifestations contre la loi travail ou entre supporteurs lors du premier tour de l’Euro 2016, cette crispation est-elle le signe que la police française, qui a longtemps fait figure de référence en matière de maintien de l’ordre, ne sait plus gérer les protestations politiques et les foules ?

 

Éléments de réponse avec Fabien Jobard, chercheur au CNRS, Centre Marc-Bloch (Berlin), coauteur avec Jacques de Maillard de Sociologie de la police. Politiques, organisations, réformes (Armand Colin, 2015) et, avec Olivier Fillieule, d’un article publié sur le site La Vie des idées, intitulé « Un splendide isolement. Les politiques de maintien de l’ordre ».

Interdiction d’organiser une manifestation le 23 juin prochain, blessés graves lors des manifestations contre la loi travail, affrontements violents entre hooligans… La police française est-elle dépassée en matière de gestion des foules ?

Ce que l’on peut dire, c’est que l’histoire rattrape la police par le col. Le hooliganisme, dont l’Euro 2016 signe le retour, fut dans les années 1980 la locomotive d’un basculement des polices européennes vers l’action préventive : on identifie, on fiche, on partage les fichiers à l’échelle européenne, on empêche les éléments jugés dangereux de sortir de chez eux, avec des assignations à résidence ou des obligations de pointer au commissariat le plus proche, ou bien on les empêche de quitter le territoire (et pour eux on ré-érige des frontières intra-européennes). Quelques décennies après le Heysel, la violence supporteuriste avait quasiment disparu.

Que disait alors Bernard Cazeneuve en 2015 devant la commission d’enquête parlementaire formée après la mort de Rémi Fraisse ? Entonnant l’argument du saut qualitatif des manifestations en France (« de nouvelles formes de contestation sociale… d’une extrême violence… qui posent des problèmes inédits »), il déclare « étudier la possibilité d’interdire à des manifestants violents multirécidivistes de manifester sur la voie publique ». Ce « à partir de cette expérience encadrée par le droit » qu’est… l’interdiction de stade contre les supporteurs estimés dangereux.

Le préfet de police, à Paris, fait part de ses doutes. Le défenseur des droits est hostile. Le rapporteur de la commission parlementaire (socialiste) adopte la proposition destinée à nourrir une proposition de loi, mais le président (écologiste) la refuse.

Mais en novembre 2015, l’état d’urgence permet à Bernard Cazeneuve d’assigner 24 militants à résidence, peu avant la COP21. En mai 2016, lors des manifestations contre la loi travail, une cinquantaine de personnes se voient interdire de paraître dans différents lieux, ce que le tribunal administratif qualifie nettement d’interdiction de manifester – sans toutefois casser plus de 10 arrêtés. Et en cette veille de manifestation du 23 juin, c’est cette fois l’interdiction de tout un rassemblement qui est envisagée.

Ironie ou ruse de l’histoire : au moment même où la violence des hooligans se manifeste à nouveau, on applique à des contestations sociales, des manifestations politiques, la logique préventive anti-hooligans, en arguant de son efficacité ! Sans compter bien sûr qu’assister à un match de foot n’est pas une liberté fondamentale. Certes, l’élévation de la liberté de manifester au statut de liberté fondamentale fut très tardive en France, puisqu’elle ne date que de 1995, alors qu’elle se trouve depuis 1949 dans la loi fondamentale allemande. Mais domestiquer la protestation politique en interdisant les manifestations ou assignant des contestataires à domicile sur le modèle de la réponse au hooliganisme soulève une difficulté constitutionnelle majeure.

L’État est-il en train de bâtir un parallèle entre la violence à proximité des stades de football et la protestation politique ?

Disons que les violences des hooligans et leur gestion par les polices européennes rappellent très opportunément le paradoxe bien connu des juristes : la répression, c’est la liberté, la prévention, l’oppression. La « prévention », qui relève de ce que l’on appelle la « police administrative », revient à prendre des mesures au préalable, pour empêcher l’événement, avant que tout délit ne soit commis. Dans le cadre d’une manifestation, quel meilleur mécanisme d’empêchement des violences que celui d’interdire aux gens de se rendre sur les lieux ? Alors, il ne s’agira jamais d’interdire « aux gens » bien sûr. Mais regardons de plus près.

Si je reprends les personnes que visait M. Cazeneuve devant la commission parlementaire, il est improbable qu’une telle disposition législative vise seulement les « manifestants violents multirécidivistes ». On trouvera en effet bien peu de personnes au casier national judiciaire maintes fois condamnées pour violences au cours de manifestations. Et celles et ceux visés par les arrêtés du printemps 2016 sont bel et bien des militants contestataires de l’ordre et des pouvoirs établis qui, loin d’être des « manifestants violents multirécidivistes », sont plus prosaïquement… connus des services de renseignement. Documentée par la surveillance policière (ou les récits de soi sur Facebook et autres), la simple participation à des actions contestataires non conventionnelles (occupation d’une agence Pôle emploi, bousculades dans la salle des pas perdus de tribunal, sit-in, die-in, et bien sûr toute dégradation, destruction, violence contre les biens et les personnes) devient motif à interdiction préalable.

Il y a quelques années, je m’étais intéressé au « maintien de l’ordre » dans les régimes autoritaires, en RDA plus précisément. Ce qui était fascinant dans ce pays, des années 1960 à la fin des années 1980, c’est que la « répression » s’exerçait essentiellement par la prévention ; la prévention des troubles, de la déstabilisation, des menées anti-socialistes ou ennemies. Le vocabulaire ne manquait jamais, mais le quotidien de la surveillance était toujours le même : l’écoute, le fichage, l’assignation à domicile, l’éloignement. Le but était que la voie publique ne laisse jamais paraître la moindre banderole, ne laisse jamais entendre la moindre parole contestataire.

Cette histoire est importante. Car nous vivons en France dans une société dans laquelle, sur le long terme, la violence dans les rapports humains décline, et donc l’intolérance à la violence augmente. Dans une société comme la nôtre, voir tous les jours à la télévision le spectacle de violences de toutes natures, des massacres de populations festives aux violences supportéristes ou protestataires, en passant bien sûr par les violences des forces de l’ordre elles-mêmes, est éminemment nocif. Entendre des discours qui toujours évoquent des « violences intolérables », des « violences extrêmes », des « nouvelles formes de violences radicales », et j’en passe ; qui mêlent sans mesure des destructions de biens ou des simples dégradations, toutes couvertes par les assurances (une loi le prévoit explicitement), et des massacres à grande échelle, perturbe le sens commun.

Dans une société où la violence réelle est résiduelle et intolérable, une telle sur-exposition aux images et aux discours de violence favorise l’idée que tout risque de violence, et il faut dire : tout risque de toute violence, doit être étouffé, et qu’il revient à la puissance publique de l’empêcher absolument.

Voilà le danger que portent toutes ces propositions qui sont fondées sur l’idée que, au fond, dès lors qu’il y a risque de violence, il y a déjà rupture du contrat social ; et peu importe que l’on soit hooligan ou manifestant. Plus que les violences elles-mêmes, si diverses, si inégales, leur spectacle permanent fait peser sur la société française le spectre d’une police administrative étendue, assise sur une opinion publique saturée des images et des discours de la violence, à qui l’on ne donne plus que le choix entre des manifestations violentes parce qu’on ne sait plus ou on ne veut plus les maîtriser, et des manifestants interdits de manifester. L’incantation permanente à la « violence extrême » (dans un billet pour Mediapart il y a 2 ans j’évoquais cette « violencextrême » toujours prononcée en un seul mot et d’un seul souffle) s’incarne ensuite dans tous ces projets, désordonnés mais constants, d’extension de la police préventive.

La France semblait être un modèle européen en matière de doctrine et de pratique du maintien de l’ordre. Comment a-t-elle pris du retard ? Pourquoi a-t-elle notamment manqué la politique dite de « désescalade » mise en place dans de nombreux pays européens, l’Allemagne en premier lieu ?

La police française a été innovante en matière de maintien de l’ordre et a géré la contestation de mai-juin 68, puis des années 1970, avec une doctrine neuve et sûre : présence dissuasive et distante, contact permanent avec les organisateurs, évitement puis gradation de la force, unités spécialement dédiées au maintien de l’ordre et très bien entraînées… Puis le modèle s’est figé. Je ne sais pas exactement pourquoi, même si, en 1995 déjà, quand, avec Olivier Fillieule, on conduisait une campagne d’entretiens avec les responsables policiers du maintien de l’ordre, on sentait un certain désarroi, notamment face aux groupes mobiles de « jeunes violents », comme ils disent – comme quoi le problème n’est pas neuf.

Ce qui est certain, c’est que la police française a raté quelques trains, notamment dans l’échange avec les polices européennes. J’ai le sentiment que police et gendarmerie se sont trop longtemps repues d’un prestige international ancien ; parce que des délégations étrangères séjournent au centre d’entraînement de la gendarmerie mobile à Saint-Astier, le monde entier envierait le « modèle français de maintien de l’ordre ».

Pendant ce temps, ce modèle changeait partout ailleurs, avec notamment une révolution autour de la conception de la foule. Au lieu de la considérer comme un élément un et indivisible, l’idée a été de la considérer comme un ensemble de groupes distincts, pour mieux diviser la foule, la fractionner, l’individualiser, non bien sûr sans un certain cynisme, mais aussi avec un meilleur étagement de la force employée.

Vous évoquez l’Allemagne et ses politiques de « Deeskalation ». Il est clair que le contraste avec la France est manifeste, et d’ailleurs la presse internationale, présente à l’occasion de l’Euro 2016, le signale à son tour. Cela dit, les stratégies du maintien de l’ordre sont toujours le produit d’histoires nationales singulières. Il y a quelques décennies, les confrontations avec les polices allemandes étaient vraiment très violentes. Ces polices ont lentement rompu avec les manières de faire des années 1950, où la contestation de rue était vue, en pratique, comme le prolongement de l’agitation communiste de la période 1918-1933. De l’autre côté, pour les militants des années 1970, la République n’était que le cache-sexe d’un État allemand demeuré fasciste, qu’il fallait amener à la confrontation afin qu’il révèle son vrai visage, sa vraie nature. Nés dans les années 1950, ces contestataires voyaient (non sans raison) dans le personnel politique allemand une formidable machine à recycler les anciens cadres nazis, si bien que la violence de rue jouissait d’une légitimation à la fois pratique et idéologique.

Les nouvelles générations qui protestent dans les années 1980, notamment le mouvement écologique et féministe, n’ont plus le même rapport à l’État et à la violence. D’abord parce que tout au long des années 1970, peu ont adhéré à la violence terroriste issue des mouvements de gauche. Ensuite parce que, précisément, l’État a su maîtriser cette violence terroriste sans basculer dans l’état d’exception permanent : la vraie nature de la République fédérale fut en réalité démocratique.

En outre, après la chute du Mur, les militants de gauche affrontent une violence d’un autre genre, qui est la violence d’extrême droite. Dans le courant des années 1990, l’extrême gauche juge sans doute moins nécessaire de se battre contre la police que contre les néonazis. Dans les années 1990 et 2000, et à nouveau aujourd’hui avec l’agitation entretenue autour des réfugiés, les attaques contre les foyers de demandeurs d’asile ou les militants antifascistes se comptent par centaines – et les morts par dizaines. Le rapport de la gauche radicale à l’État et à la police s’en trouve pour le moins changé, ce qui facilite les politiques de désescalade engagées par les divers gouvernements locaux.

En France, l’histoire est différente. La jeunesse de nos banlieues fait l’objet d’une attention continue et brutale. La tentative de créer une police de proximité s’est soldée par un échec en rase campagne. En somme, la droite portée par Nicolas Sarkozy a construit une formidable hégémonie culturelle sur la manière de voir la police en France. Celle-ci est nécessairement virile et chevaleresque, faite de force et de bravoure. C’est une police-forteresse, une police du « dernier rempart », celle qu’on appelle aux États Unis The Thin Blue Line : si la police cède, la société s’écroule.

Cette rhétorique est omniprésente. On s’en rend compte depuis l’intérieur même de l’institution. Les policiers qui consacrent leur temps à faire de la médiation dans des conflits conjugaux ou de voisinage, le policier réserviste de la police nationale qui fait un travail de délégué à la cohésion police-population (DCPP) ou l’officier qui décide d’ouvrir une permanence d’écoute au sein du commissariat ou bien de faire des réunions avec les parents d’élèves dans les collèges… Ils et elles ne peuvent s’inscrire aujourd’hui dans aucun récit. Ils traversent l’institution comme des ombres.

Aucune autre police possible n’est imaginable, aucune autre police n’est possible. Une hégémonie culturelle pure et parfaite, en somme : on ne pense plus l’institution que dans la langue qui a été fabriquée par les politiques à des fins de conquête du pouvoir, et qui est aujourd’hui la seule disponible à tous les locuteurs.

Que peut-on dire de l’armement de la police française et notamment de certaines grenades qui ont causé un mort à Sivens et des blessés graves à Paris ? Est-il comparable à ce qui existe dans les autres pays européens ?

Il ne faut pas fétichiser la question des armes. Une grenade de désencerclement lancée de manière opportune et sur ordre de l’autorité légitime peut être une réponse utile et proportionnée à un danger ou une menace. On entend souvent dire que la police française pourrait davantage utiliser les canons à eau, comme elle l’a fait lors des protestations contre le CPE en 2006, ou lors de la manifestation du 14 juin dernier contre la loi travail. Mais, en Allemagne, où le recours aux canons à eau est plus fréquent, un manifestant a perdu définitivement la vue sous l’action d’un canon à eau. Lors des protestations contre la construction d’une nouvelle gare à Stuttgart, en septembre 2010, la puissance du jet a été telle que ce manifestant a perdu ses deux yeux. Tout dépend donc des conditions d’emploi de telle ou telle arme, qui doit toujours être proportionnelle au danger encouru.

Je me permets toutefois de signaler, au passage, une vraie différence entre l’Allemagne et la France. Les responsables policiers ont été condamnés par la justice et le pouvoir politique, en l’occurrence le ministre-président du Bade-Wurtemberg, a pris ses responsabilités en payant le dédommagement civil du manifestant énucléé. On est là dans une autre culture juridique, où les responsables politiques et policiers prennent acte des décisions de justice.

Les violences policières sont-elles la marque d’un pouvoir politique fort qui exige de la police de ne pas se retenir pour mater la protestation sociale, ou au contraire d’un pouvoir politique faible ?

Plutôt la marque d’un pouvoir politique faible. Mais il s’agit de ma part d’une intuition plus que d’une certitude. Pour répondre à la question, il faudrait pouvoir observer en salle de commandement, là où se rencontrent le préfet et les chefs policiers, c’est-à-dire le politique et le technique.

Je fais l’hypothèse que les violences qu’on a pu observer, les flottements tactiques, où on nasse les manifestants sans trop savoir pourquoi, où on observe des dérives individuelles, avec des compagnies ou des sections laissées à leur libre arbitre – je pense notamment au jet de cette grenade de désencerclement à Paris, qui a blessé gravement un manifestant – sont la marque d’un pouvoir politique affaibli par rapport au pouvoir policier.

Sur quoi étayer cette hypothèse ? La relation entre police et politique est une histoire à la fois ancienne et complexe en France. Pour donner quelques points de repère : la chute de la IVe République a été directement provoquée par les manifestations policières du 13 mars 1958, durant lesquelles les policiers entreprennent de marcher sur le Palais Bourbon, avec des slogans très anti-parlementaires, en sachant qu’ils sont soutenus à l’intérieur de l’Assemblée nationale par les troupes de Poujade et une fraction de la droite UNR. Le syndicat de police obtient, sur un coin de table, des avantages catégoriels substantiels qui ramènent les policiers dans leurs commissariats ; mais on date de cette manifestation le moment où les parlementaires comprennent que le régime ne peut plus être sauvé et où l’option De Gaulle apparaît la seule crédible, en dépit de toutes les incertitudes qu’elle porte.

En octobre 2001, après que Jean-Claude Bonnal, tout juste sorti de prison, tue deux policiers, les importantes mobilisations de policiers et, pour la première fois, de gendarmes, dans une période de cohabitation tendue, scellent le sort du gouvernement de gauche et la campagne de 2002, lors de laquelle le thème de l’insécurité devient omniprésent. Lorsque Sarkozy arrive au ministère de l’intérieur, il obtient d’amples moyens pour les policiers, restaure la puissance des syndicats et fait en sorte que la police acquière une puissance considérable. Il se dit « premier flic de France », une formule reprise ensuite par tous ses successeurs. Une formule qui signifie, si on l’écoute attentivement, que le politique n’est plus extérieur à l’institution policière, mais qu’il fait partie d’elle.

« Oui, être le premier flic de France, c’est décider, c’est assumer, et c’est être aux côtés des forces de l’ordre », disait en tribune Manuel Valls, le 30 septembre 2013. Sous une allure affirmative et tranchante, cette déclaration signe que le ministre de l’intérieur se voit comme celui qui accompagne les policiers et non comme celui qui les dirige. Sous des tonalités martiales, une déclaration de subordination.

Alors, dans un moment d’agitation sociale aiguë, où les policiers sont surmenés et astreints à des missions dures, longues et pénibles, ils savent qu’ils sont en position de force vis-à-vis du politique. On ne leur fera pas avaler la première réforme venue. Il faut bien prendre la mesure de ce qui se joue. Après Charlie, la police a été présentée comme l’incarnation de la nation, dans un geste de sacralisation qui n’est pas sans rappeler le « Poilu » après la Guerre de 14. Après la guerre, l’armée pouvait être critiquée. Mais le Poilu non. La police après les attentats n’a pas été épargnée par les critiques, mais le policier mythologique est intouchable.

Cela fait plus d’un an que les policiers voient le politique leur rendre hommage sur hommage, se lever en leur honneur, observer des minutes de silence, etc. Alors, après Charlie et les meurtres répétés des leurs, les policiers ne comprennent très sincèrement pas qu’on puisse s’en prendre à eux. Ils et elles voient les autonomes qui les attaquent et veulent leur fracasser le crâne comme des déviants totalement obliques à la société, comme des gens qui ont rompu avec la société.

On comprend dans ces conditions que lorsque Valls explique qu’il n’y a pas « de consigne de retenue », c’est la seule chose qu’il puisse dire de toute façon. Il ne s’agit pas d’une inclination personnelle envers la force et l’affirmation virile. C’est le résultat d’un processus continu, décuplé par les attentats, d’élévation symbolique de la police, et de dépréciation du politique – et ce par le politique lui-même.

« Tout le monde déteste la police », affirme la tête de cortège des manifestations contre la loi travail. Est-ce davantage vrai aujourd’hui qu’hier ?

C’est totalement faux, et plus encore aujourd’hui qu’hier. Les Français aiment leur police. Deux tiers d’entre eux disent « avoir confiance » ou « totalement confiance » dans leur police, et cette proportion est montée à quatre cinquième depuis Charlie. Mais ces deux tiers d’approbation de fond sont l’un des scores les moins élevés d’Europe de l’Ouest. Et un tiers des Français estiment que les policiers ne traitent les gens que « rarement » ou « très rarement » « avec respect ». C’est l’un des scores les plus élevés d’Europe de l’Ouest.

Sur les slogans en circulation, on remarque un certain renouvellement. À l’ancien mais durable « CRS=SS » succède celui que vous évoquez. C’est un slogan qui, à mon avis, vient d’Allemagne, qu’on a vu là-bas apparaître sous la forme de banderoles ou de petits autocollants. Sauf qu’en Allemagne, bien sûr, il est décentralisé. On a ainsi « Ganz Berlin hasst die Polizei », « Ganz Stuttgart… », « Ganz Hamburg… », ou avec une touche ironique de bien plus petites villes (« Ganz Schweinfurt hasst die Polizei » !). Puis « Die ganze Welt hasst die Polizei », ce qui est devenu chez les Français « Tout le monde déteste la police ». Ce doit être un produit de l’internationalisation des mouvements contestataires, notamment via les sommets européens ou mondiaux, et de la circulation des slogans, notamment ceux qui visent la police. C’est vrai aussi pour ACAB (All Cops Are Bastards) qu’on ne voyait guère en France jusque-là…

 

 

Les primaires de TOUTE gauche sont un besoin irrépressible et grandissant. Car sinon TOUTE la gauche va au désastre.

« Le PS reste disponible pour une primaire de toute la gauche les 4 et 11 décembre comme cela avait été envisagé » Unanimité du CN du PS du 18 juin

 

 

 

87 % des sondés de gauche sont pour des primaires. C’est énorme !  Ce sondage démontre que cette exigence qui était de 75 % il y a peu, grandit.

 

C’est normal, car sans primaires et donc sans candidat unique , la gauche va connaitre un désastre  sans précédent. Et  au fur et a mesure que l’échéance se rapproche, instinctivement des millions d’électeurs et militants le comprennent.

C’est incontournable : s’il y a deux candidats de gauche, deux gauches irréconciliables comme Valls les décrit et les veut, c’est la défaite assurée. Imaginez Hollande et Mélenchon se tenant à hauteur de 12 ou 13 ou 14 % et c’est fini, on n’a plus que le choix entre LR et FN et le cortège de misère qui suivra.

Il restera 25 députes socialistes en juin et zéro EELV et zéro Fdg.

Alors en même temps que la mobilisation contre la loi El Khomri s’étend et monte en puissance ( 1,3 million de manifestants le 14, une colère accrue, enracinée, forte et profonde devant le mépris du gouvernement) se pose la question du débouché politique.

Cette recherche d’un débouché politique qui transforme en positif la mobilisation anti El Khomri et qui évite le désastre de la division va devenir une force irrésistible : d’un  torrent ca va devenir un fleuve, la crue va être énorme dans les semaines et mois qui viennent au fur et a mesure que l’envie de gagner et le sentiment d’urgence vont s’étendre.

Chaque jour depuis le 9 mars et tout au long de ce combat de 100 jours pour le retrait de la loi Uber El Khomri, les forces vives de la gauche se sont réveillées, se remobilisées, renouvelées et fortifiées.

Le degré de mensonges et d’avilissement du gouvernement augmente chaque jour lui aussi. Le trio Hollande, Valls, Macron prétend que la loi Uber El Khomri a été « équilibrée » et rendue « juste », il multiplie les provocations, les diversions, alimente les vrais faux « casseurs », Valls est même allé ignominieusement « poser à Necker »,  : tout ça relève du mensonge cynique d’état, alors que la loi El Khomri n’a fait l’objet d’aucune concession, d’aucune négociation, d’aucun débat, elle a même été aggravée dans la dernière semaine à l’Assemblée nationale toujours en faveur du seul patronat – avant et après le coup de force du 49 3.

La majorité du pays, du salariat, de la gauche, continue de se soulever, et le gouvernement commet la folie de refuser  d’entendre et de retirer ce projet archi minoritaire.

Ce combat anti el khomri est décisif et façonne l’avenir.

En même temps, la gauche doit chercher l’issue, elle revit, donc c’est nécessaire de travailler à un  projet de plateforme commune,  et d’organiser des primaires larges démocratiques, et ouvertes, pour se doter d’un candidat  unique.

Tout le monde, sans exception va être soumis à cette pression fantastique et puissante :  un candidat unique de toute la gauche est le seul moyen d’accéder au 2° tour de la présidentielle. Il n’y a aucun autre moyen

Si des appareils ou des appareillons s’y opposent ils seront interrogés, contredits, et balayés. Le candidat autoproclamé Melenchon devrait y réfléchir.

Nous avons unitairement travaillé depuis janvier, à un « appel des cent » et à un brouillon-projet de plateforme « texte d’urgence pour gouverner »  dès juin 2017 afin de dire et de faire ce qui n’a pas été fait depuis 5 ans : redistribuer les richesses, immédiatement, pour faire reculer le chômage de masse, en relançant notre pays.

Ce projet de plateforme d’urgence  a été élaboré, il va être proposé, publié, en cours de diffusion, il devra être commenté, amendé,  enrichi, et autant que possible devenir le bien commun de millions de salariés, du maximum de nos concitoyens. C’est à eux d’en dégager la mouture finale

Les primaires doivent avoir lieu comme prévu les 4 et 11 décembre. Cambadelis en est explicitement d’accord si ce sont des grandes primaires. (Mais a poker menteur, il préfere des petites primaires en fin janvier)

Le parti socialiste ce samedi 18 juin, apres avoir essaye d’éviter les primaires et apres avoir essayé d’en restreindre le champ, s’est vu contraint sous cette pression irrésistible – et aussi, par nous, la gauche socialiste – de relance une deuxiéme fois un appel a toute la gauche d’y participer :

évidemment les dirigeants autour de Cambadelis préféraient un refus pour mieux limiter le périmètre et faire passer le candidat de leur appareil quelqu’il soit (c’est dans ce cas là, qu’ils espèrent des petites primaires « socialiste socialiste », fin janvier) Mais leurs manipulations ne font pas loi : des lors q’urls lancent un « appel » et qu’elles sont ouvertes, l’appel d’air va se faire, et plus elles seront ouvertes, moins il y a de chances que ce soit le candidat de l’appareil, même s’il s’agit  (ce qui n’est pas sur) d’Hollande, qui l’emporte.

Cet appel lance aux Verts et au PCF est donc à prendre au sérieux, les primaires peuvent toujours être co organisées les 4 et 11 décembre et non pas en fin janvier. Elles peuvent être ouvertes et non pas fermées. Elles peuvent faire l’unité et non pas consacrer la division. On peut ainsi éviter le désastre en 17. C’est la seule chance. La seule.

Plus la primaire sera large  plus la gauche aura des chances d’avoir un candidat unique qui lui convienne et incarne la suite du combat contre la sale loi el khomri. Et gagne en 17

Nous pensons, a notre niveau, que tous les candidats de gauche devraient se référer à la plateforme  commune discutée par ailleurs qui circulera et sera amendée , et sans doute de nombreux candidats se présenteront aux millions d’électeurs de gauche qui auront à choisir entre eux. S’il en est qui le refusent cela se saura et posera sur les votes des 4 et 11 décembre.

Les candidatures, seront à déposer publiquement entre le 15 septembre et le 30 octobre. Un mois de débat public dans des conditions similaires a celles de 2011, c’est ce qui a été précisé. Il y a accord sur ce calendrier si ce sont des primaires larges ouvertes de toute la gauche

La campagne sera en novembre. Surement de nombreux candidats seront au premier tour le 4 décembre. Seuls deux resteront en lice le 11 décembre.  Nous avons une absolue confiance dans la majorité de la gauche qui viendra voter ce jour là. Nous savons qu’elle tire un bilan sévère du quinquennat finissant.

Tous les candidats se seront engagés à soutenir celui ou celle qui arrivera en tête et qui, des lors se verra investi d’un immense soutien populaire et sera suffisamment charismatique de ce fait, pour aller au 2° tour et gagner la présidentielle.

Les candidatures, c’est un conseil, un souhait, devraient être humbles et éviter le barnum, être fiables et n’avoir pas été compromises dans le grand échec du quinquennat Hollande,  elles devraient insuffler confiance en la parole donnée,  elles devraient être très pratiques et très sociales. Elles ne devraient pas susciter la polémique ni le règlement de comptes mais au contraire, le rassemblement et l’unité de toute la gauche.

Il faut plutôt chercher et trouver une sorte de Bernie Sanders français – mais serait gagnant ici.

Un sondage récent vient de dire quelque chose qui semble vrai : « 78 % des Français prêts à voter pour un candidat ni issu ni soutenu par un parti et 66 % pour un candidat en dissidence avec le sien. Par ailleurs, pour 59 % des Français, le programme est l’élément-clé pour leur vote en 2017 ». C’est de bon augure.