Selon Gattaz « le code du travail est le fléau N° 1 des patrons français »

Nous le savions, le patronat est contre l’ordre public social, contre l’état de droit dans les entreprises, contre le code des lois essentielles qui protègent les salariés dans notre République.  Mais là Gattaz dit sa vérité : c’est le retour au travail sans droit et sans horaire qu’il veut.

Nous avons une des directions du patronat dans le monde, les plus anti sociales, la plus exploiteuse, la plus féroce. C’est ce qui explique les retards de la France et l’ampleur de sa crise. Si on a tant de chômeurs et si ce que fait le gouvernement en leur donnant des dizaines de milliards ne sert a rien, c’est à cause de ce patronat typique rétrograde. C’est eux le fléau du pays.

 

Ils ne veulent pas embaucher. L’embauche leur apporte moins que la spéculation.

Ils ne veulent pas sortir de la crise, ils ne produisent qu’à 70 % de leurs capacités de production.

Ils ne veulent pas investir et plus ils reçoivent de cadeaux, jusqu’ à 220 milliards d’aides au total, moins ils rendent à la collectivité, ils siphonnent, ils pompent, ils accumulent, ils détournent.

Ils n’aiment pas les salariés, ils les sous-paient, ils les précarisent, ils les licencient, ils les maltraitent et veulent leur enlever toute dignité.

 

Déjà Laurence Parisot s’esclaffait « la liberté de penser s’arrête là où commence le code du travail ». Là Gattaz s’en prend au code de lois qui est l’indice le plus élevé du degré d’une civilisation : car il s’agit de savoir comment sont traités les millions de salariés qui produisent toutes ses richesses.

 

Qu’est-ce qu’un patron sans salarié ? rien, zéro + zéro. Un patron ne donne rien à un salarié. Il lui achète sa force de travail le moins cher possible pour en tirer la plus-value la plus forte possible. Là, Gattaz exige de pouvoir le faire sans entrave, sans loi. Il veut des salariés soumis sans résistance. Car Gattaz comme ses congénères du Medef, ne cessent d’augmenter leurs biens en même temps que le chômage de masse, ils ne veulent partager ni les richesses qu’ils accaparent, ni le travail de ceux qu’ils exploitent. Tout ce qu’ils appellent « crise » est là.

N’adorez pas les entreprises où règnent de tels patrons !   Combattez les ! Luttez pour hausser vos salaires et pour un salaire maxima qui les empêche de se goinfrer sur notre dos.

Vive le droit du travail. C’est le renforcement et le respect du droit du travail qui permet le droit au travail pour tous. Plus il y a de droit du travail, moins il y a de chômage. C’est la déréglementation, la loi de la jungle qui font le chômage, les inégalités, la misère, la « crise » dont se goinfrent  Gattaz et ses épigones.

Jeremy Corbyn, ou la reconquête du Parti Travailliste britannique par ses militants

24/08/2015

 

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Depuis quelques semaines un petit vent frais souffle dans les rangs parti travailliste britannique. En pleine campagne interne pour la désignation du nouveau leader du parti, tous les militants de gauche regardent avec espoir les débats outre-Manche. Après la défaite retentissante d’Ed Miliband en mai dernier et la réélection triomphale des conservateurs à la tête du gouvernement, beaucoup de travaillistes semblent vouloir ouvrir une nouvelle période pour leur mouvement.

Le blairisme, une impasse idéologique… et électorale !

Converti aux thèses néolibérales après sa prise de contrôle par les proches de Tony Blair en 1994, le parti travailliste sort politiquement et idéologiquement essoré de ces vingt dernières années. Coupant le parti de ses racines ouvrières et populaires, Tony Blair avait fait du New Labour le parti de la City, totalement aligné sur l’impérialisme américain en politique étrangère et au service exclusif de la finance en politique intérieure. Surfant sur la démoralisation d’un mouvement social mis à genou par Margaret Thatcher dans les années 1980, Tony Blair a pu ainsi se poser comme l’incarnation d’une gauche prétendument moderne durant ses deux mandats à la tête du Royaume-Uni de 1997 à 2007. Battus par David Cameron en 2010 les travaillistes comptaient se refaire une santé en désignant à leur tête Ed Miliband. Incapable de rompre avec le blairisme, Miliband ne fut jamais en mesure d’incarner une réelle alternative. La politique d’austérité agressive de Cameron inscrivant largement ses pas dans celle de Blair et Gordon Brown, le parti travailliste dans l’opposition s’est trouvé ainsi pris à son propre piège. Lors des élections législatives du mois de mai dernier les travaillistes ont été balayés dans leurs bastions traditionnels. Les classes populaires, n’attendant plus rien de leur ancien parti, se sont réfugiées dans l’abstention dans les grandes villes industrielles du Nord de l’Angleterre tandis qu’elles basculaient massivement en faveur du SNP (Parti National Écossais) dans des terres où les travaillistes recueillaient jadis leurs meilleurs scores. Les quatre millions d’électeurs perdus sous le gouvernement Blair ne sont pas retournés aux urnes. Le SNP, mouvement indépendantiste et récemment converti à l’anti-austérité n’a laissé au parti travailliste qu’un seul siège sur ses terres. Après un telle claque électorale, l’interrogation semble donc de mise dans les rangs de la gauche britannique.

Le retour du mouvement social

Ne nourrissant plus aucune illusion à l’égard de Blair et de ses successeurs, et en l’absence d’un réel parti de gauche alternatif, beaucoup d’électeurs de gauche ont longtemps continué d’apporter leurs suffrages au New Labour, mais l’argument de l’efficacité électorale vient de tomber. En parallèle, le mouvement social britannique s’est réveillé ces dernières années. Les coupes drastiques dans les budgets publics, les menaces du gouvernement d’interdire le droit de grève dans la fonction publique, les privatisations et l’état de délabrement des écoles et hôpitaux publics ont conduit les salariés à reprendre le chemin de la lutte sociale. Travailleurs du métro de Londres en lutte contre le travail de nuit, cheminots en grève pour de meilleures conditions de travail, fonctionnaires défilant par milliers contre les coupes massives en juin 2014, mouvements réguliers dans les petites entreprises pour de meilleurs salaires : la classe ouvrière a montré que son cadavre, que Thatcher et Cameron croyaient avoir piétiné pour toujours, bougeait encore.

Jeremy Corbyn, ou le chemin vers la gauche ?

Cherchant une issue politique à ce regain de combativité beaucoup de militants travaillistes déçus ou résignés se sont saisis de la candidature de Jeremy Corbyn. Élu député en 1981 dans une banlieue ouvrière du nord de Londres, jamais lâché par ses électeurs depuis, ce partisan d’un travaillisme traditionnel a su saisir cette opportunité et remobiliser la base sociale de la gauche. Faisant résonner dans ses meetings des accents d’un discours que l’on entendait plus depuis des lustres en Grande-Bretagne, sa campagne pour prendre la tête du parti travailliste rencontre un écho grandissant. Syndicalistes, jeunes précaires, fonctionnaires paupérisés, travailleurs sacrifiés sur l’autel des cours de Bourse c’est à eux que Corbyn s’adresse en priorité. Défendant une hausse des salaires et une grande réforme fiscale frappant les plus riches, prônant la fin des privatisations et la renationalisation des postes et des chemins de fer et rappelant son attachement et sa volonté de redonner toute sa place au système de santé public et gratuit mis en place par le gouvernement travailliste en 1945, Corbyn puise ses références et son discours dans la longue et riche tradition du socialisme de gauche britannique. Laminé par Blair, la gauche travailliste relève la tête et des milliers d’anciens militants écœurés se sont réinscrits pour participer à la victoire de Corbyn. Dans son film L’esprit de 45 le grand cinéaste militant Ken Loach avait admirablement rappelé en 2012 les grandes conquêtes sociales obtenues par les travailleurs britanniques après la seconde guerre mondiale dans la foulée de la victoire électorale travailliste.

Sentant la situation leur échapper et la dynamique en faveur de Corbyn irrésistible, alors même que la réforme de la place des syndicats dans le parti au profit d’un fonctionnement « un homme, une voix » avait précisément pour but de favoriser les candidats les plus centristes, la vielle garde blairiste met en garde les militants contre « l’archéomarxisme » et tente désespérément de mobiliser ses réseaux, suscitant une campagne « all but Corbyn » mobilisant jusque Blair lui-même, sorti de sa retraite pour l’occasion. Une victoire de Corbyn le 10 septembre prochain serait une lueur d’espoir dans un contexte européen morose après le mémorandum imposé par les institutions européennes au peuple grec. Bien que cette possible victoire reste limitée et partielle par bien des aspects elle n’en marque pas moins le réveil de la gauche au cœur d’une grande puissance économique continentale.

La reconquête du parti travailliste par d’authentiques militants de gauche serait le signe que l’austérité est contestée du sud au nord de l’Europe et qu’une alternative politique s’enracine dans tous les pays européens. Dans un récent meeting tenu aux Pays de Galles Corbyn s’exprimait ainsi : « Je n’ai aucune honte à me dire socialiste, je n’ai aucune honte à être lié au mouvement syndical. C’est juste la première page d’un nouveau chapitre qui commence ». Nous soutenons d’ores et déjà Corbyn dans sa volonté de reprendre le drapeau d’un socialisme retrouvant enfin toutes ses couleurs.

Julien GUERIN (République et Socialisme 77)

 

 

 

PS :

 

Pour plus d’informations sur la campagne de Corbyn, sur la bataille du leadership au Parti Travailliste et sur la vie politique et sociale au Royaume-Uni en général, n’hésitez pas à visiter l’excellent blog Grey Britain.

 

La corde autour du cou de la Grèce continue de se resserrer !

Pendant les négociations qui ont conduit à l’accord du 12 juillet, le nœud coulant était tenu d’une main ferme par la BCE qui asphyxiait les banques grecques. C’est sous la menace d’une faillite de ces banques qu’Alexis Tsipras a été obligé de signer un accord qu’il qualifiait pourtant d’ « absurde ».

La Grèce ne sort pas de la zone euro mais c’est au prix de la poursuite de son effondrement
En 5 ans, les remèdes de la Troïka (BCE, FMI, Commission) ont plongé la Grèce dans une triple catastrophe. Une catastrophe économique : le PIB de la Grèce a diminué de plus de 26 % depuis 2009. Une catastrophe sociale : le chômage frappe 27 % de la population active. Une catastrophe financière : la dette publique grecque (dont la réduction était pourtant le prétexte du « remède » de cheval imposé par la Troïka) est passée de 120 % à 180 % du PIB grec entre 2009 et 2014.

Visiblement, aucun bilan n’a été tiré d’une politique aussi néfaste et c’est le même « remède » de cheval qui est, de nouveau imposé à la Grèce.

 

L’ « accord » du 12 juillet exige un litre de sang supplémentaire d’un malade déjà saigné à blanc

Les Grecs n’ont jamais vu un seul euro des soi-disant « plans d’aide ». Ces prêts allaient alimenter les comptes des banques européennes, au fur et à mesure de l’arrivée à échéance des titres de la dette publique grecque qu’elles détenaient.  En contrepartie, la Grèce a subi une politique d’austérité et de « réformes structurelles » qui l’ont saignée à blanc.

L’ « aide » à la Grèce, après l’accord du 13 juillet, poursuite toujours un seul et même objectif : rembourser ses créanciers. Les prêts accordés par l’Union européenne permettront uniquement de rembourser les prêts du FMI, de la BCE et des Etats européens. Les Grecs doivent, de nouveau, se saigner aux quatre veines (nouvelles baisses du montant des retraites et des salaires, expulsion des débiteurs des banques, biens publics bradés, recapitalisation des banques…) pour permettre au serpent de continuer à se mordre la queue !

 

François Hollande a remporté une victoire à la Pyrrhus

Le « Grexit » a été évité, mais c’est reculer pour mieux sauter car les mêmes causes produiront les mêmes effets. Les « réformes structurelles »  exigées de la Grèce la plongeront dans une récession encore plus profonde et les objectifs fixés par l’accord du 12 juillet ne pourront pas être tenus.

La droite allemande aura, alors, beau jeu, d’exiger que la Grèce soit expulsée de l’euro.

Un boulevard sera, ainsi, ouvert à l’extrême-droite, non seulement en Grèce, mais dans toute l’Union.

 

Il est grand temps, pour François Hollande de tenir son engagement de « réorienter l’Union européenne » !

Il a, aujourd’hui, la possibilité de rattraper son refus, à l’automne 2012, d’essayer de changer un seul mot du traité Merkel-Sarkozy (le TSCG), qu’il s’était pourtant engagé à renégocier.

Beaucoup de citoyens, dans toute l’Union européenne, ont été scandalisés par la brutalité de l’ « accord » imposé par la force au peuple grec, au mépris de la volonté populaire, clairement exprimée lors du référendum du 5 juillet qui avait donné 61 % au « non ».

François Hollande peut s’appuyer sur ce revirement de l’opinion publique pour exiger une restructuration de la dette grecque (le FMI reconnaît, lui-même, qu’elle n’est pas soutenable sans une profonde restructuration), pour exiger que les « remèdes » absurdes imposés à la Grèce prennent fin et que l’Union européenne qui avaient su trouver 1 616 milliards d’euros entre 2008 et 2011 pour sauver les banques privées puisse dégager 200 milliards pour permettre à la Grèce de reconstruire son économie.

 

Cela permettrait de sauver, du même coup, l’Union européenne

L’Union aurait toutes les peines du monde à  survivre à une expulsion de la Grèce de la zone euro. Les marchés financiers, constateraient que l’euro n’est plus une monnaie unique mais un conglomérat de monnaies portant le même nom, sans le moindre lien de solidarité entre elles. Ils en tireraient aussitôt les conclusions et se mettraient à spéculer sans retenue contre tous les maillons faibles de cette zone : le Portugal, Chypre, l’Espagne, l’Italie et, finalement, la France.

 

Jean-Jacques Chavigné

Rentrée : la quadrature du cercle

 

Notre pays est plongé dans un profond sentiment d’impasse. Comment voulez vous approuver la proposition politique présidentielle qui consiste à baisser le déficit, baisser les dépenses publiques, baisser les impôts et augmenter la croissance ? C’est la quadrature du cercle.

1°)-       Baisser les déficits de 3,8 % à 3,3 % c’est assécher notre économie déjà en panne. C’est donner 55 milliards aux banques pour  les intérêts d’une dette qui ne sera jamais remboursée et qui augmente au fur et à mesure, justement de la saignée que cela impose au pays. C’est comme un jardinier qui arrose la rivière pendant que son jardin dépérit : la dette est passée de 86 pts/Pib en 2012 à 97 pts/Pib en 2015.

2°)-       Baisser les dépenses publiques, c’est nuire à la sécurité sociale, aux retraites, aux collectivités territoriales, aux services publics, et du même coup affaiblir l’activité et l’emploi. Enlever 11 pts aux collectivités territoriales c’est fermer l’activité de milliers d’entreprises et supprimer des dizaines de milliers d’emplois. Supprimer 22 000 emplois dans les hôpitaux qui en manquent, quand on a 6 millions de chômeurs au total, est folie. Au moins pourrait-on créer de l’emploi public puisqu’avec 41 milliards de niches fiscales, le patronat licencie encore !

3°)-       Baisser les impôts alors que justement on a un problème de recettes, quel sens cela a-t-il ? Car baisser les impôts de ceux d’en bas peut se comprendre mais à condition, ce qui serait juste, de hausser massivement les impôts de ceux d’en haut. Les grandes multinationales et l’oligarchie richissimes paient des impôts dérisoires et la fraude fiscale est géante. Il faut prendre des dizaines de milliards aux 1 % et baisser la TVA pour les 99 %.

4°)-       La croissance vient de stagner à 0 au dernier trimestre et quand bien même elle atteindrait 1 %, l’emploi ne suit pas, on a 1 075 000 chômeurs de plus depuis mai 2012 et les inégalités s’accroissent, productrice de paralysie économique accrue

On sait que cette politique ne marche pas et encore une fois en cette rentrée pour le dernier budget utile de ce quinquennat, pour 2016, l’entêtement est de poursuivre dans la même erreur.

La droite veut d’ailleurs accroitre cette erreur, l’aggraver, l’amplifier, faire encore plus reculer les droits sociaux, les salaires, les droits du travail

La gauche se désespère d’avoir gagné tous les pouvoirs en 2012 dans le pays et de les perdre les uns après les autres, renoncements, déceptions, découragements, divisions.

Même en matière de politique écologique, notre pays organise la « COP21 » tout en donnant scandaleusement priorité à la route contre le rail et en renversant tous les choix antérieurs. On marche sur la tête.

En droit du travail, le gouvernement qui affichait encore en 2013 sa volonté de freiner la précarité, a…  fait voter la possibilité de 3 CDD de suite pour les jeunes.

Parlons de l’effroyable question des migrants où les drames atteignent des proportions sans précédent, le gouvernement Valls étant celui qui a refusé de partager en Europe un plancher d’accueil reparti par pays

Enfin le féroce coup d’état du 13 juillet de ce qui s’appelle « l’Eurogroupe » contre la démocratie, contre l’économie et les intérêts du peuple grec, a obligé le gouvernement Tsipras à plier devant d’inacceptables, indéfendables et inapplicables diktats. Il impose même la vente des ports, aéroports, d’iles, des télécoms… La droite qui avait été balayée le 29 janvier et encore plus le 5 juillet 2015 tente de revenir et Syriza s’est malheureusement, de façon regrettable mais explicable, divisée. Les partants minoritaires d’Unité populaire se prononcent désormais pour la sortie de l’euro.  Estimant n’avoir plus de mandat, dans ce contexte, Alexis Tsipras reconvoque démocratiquement des élections législatives : reste à ce que celles-ci confirment le 20 septembre une nette majorité de gauche et permettent suffisamment d’unité en son sein pour gouverner au plus près des intérêts du peuple grec et au plus loin de l’austérité scandaleuse imposée par la dictature des banques et des libéraux de la troïka.

La Grèce ne pèse que 2 % du Pib européen et dispose de moins de moyens de résister que la France si elle voulait le faire, avec 20 % de ce même Pib. Mais la logique Schauble de l’ordo-libéralisme (cf. « la cage de fer » in Monde diplomatique août 15) est à l’œuvre partout, même si les voies et moyens de la résistance bougent et différent : la direction de Podemos, alliée au PSOE en Espagne semble suivre Tsipras, tandis qu’en Grande-Bretagne, la défaite cuisante du Labour faire surgir en son sein un renouveau de gauche radicale avec Jeremy Corbyn.

La direction du PS a voté le 29 juillet des propositions d’infléchissement de la fameuse « politique de l’offre ». Car, selon François Rebsamen, qui quitte le navire gouvernemental, « quand on fait une politique de l’offre on est dans les mains du patronat ». Le PS a voté une autre méthode d‘attribution des 12 milliards  – sur  41 milliards-   qu’il est encore prévu de distribuer, sans résultat au patronat. C’est un évènement. Cela impliquerait une amélioration du budget 2016, des contrôles, d’autres choix sociaux : eh bien non, le gouvernement Valls-Macron refait un coup de force façon 49-3, et il a refusé toute amélioration préférant devenir ouvertement minoritaire, « frondeur » à son tour, par rapport au parti majoritaire au Parlement. Que va faire le groupe parlementaire : suivre son parti ou suivre un gouvernement qui n’a pas de majorité dans le parti ?

Du coup toute la gauche se divise davantage pour les régionales de décembre, alors qu’elle devrait faire liste commune partout.

Et 2017 se présente ensuite comme un grand trou noir où la droite risque de s’affronter à l’extrême droite au second tour.

Nous, la gauche socialiste, la motion B, unie, nous devons nous mobiliser et tenter de sauver le navire de la gauche pour qu’il ne coule pas.

Appeler à un programme de gauche de sursaut,

appeler à une unité de la gauche de sursaut,

appeler à des primaires pour un candidat de sursaut,

on ne peut pas se résigner à perdre sans tenter jusqu’au bout d’inverser le cours des choses.

Le temps du sursaut se compte désormais en mois.

Simplifier le bulletin de paie ?

Au boulot n°254

Ils nous prennent pour des ignares. Leur dernière trouvaille est de « simplifier le bulletin de paie » le 1er janvier 2016. Comme si c’était trop difficile à lire pour nos trop petits cerveaux de salariés (voir le sketch de l’humoriste Franck Lepage qui explique cela avec le sourire : https://www.youtube.com/watch?v=OSNkk3j_JFw).

Alors depuis 2 ans ils préparent leur sale coup, ils appellent ça un « choc de simplification » : « faciliter la lecture du bulletin de paie pour les salariés » et « permettre une économie considérable pour les employeurs ». Le rapport d’un DRH,  de Solvay, JC Sciberras, propose, au lieu de 30 à 40 lignes, un bulletin de 15 à 25 lignes. Ils envisagent même sa dématérialisation en supprimant le support papier. D’un côté ils enlèveront une grande part des informations indispensables aux salariés (taux et base des calculs, détails relatifs aux retraites) pour comprendre leur « salaire brut » et « salaire super brut ». De l’autre, ils espèrent économiser 5,50 euros par bulletin soit 2 milliards pour les caisses patronales.

 

Depuis des années, ils parlent, à tort juridiquement, de « charges » au lieu de « cotisations ». Les voilà qui espèrent fusionner les « cotisations » et « l’impôt » à la source ce qui serait une des plus grandes contre-révolution budgétaire depuis 1945. Ils fusionneraient ainsi deux budgets, celui pré-affecté à la protection sociale, la part de nos salaires mutualisés (450 milliards), et celui de l’état, qui n’est pas pré-affecté mais débattu chaque année (300 milliards) et répartit l’argent de la guerre ou celui des aides au patronat. Evidemment cette « fusion » sera au détriment de la protection sociale.

 

Leur premier objectif est de supprimer, en les masquant, puis dans la réalité, les cotisations patronales, le « salaire super-brut » : ils ont baissé les cotisations patronales d’allocations familiales de 1,8 points (35 milliards en 5 ans) désormais modulées en fonction du revenu, avec l’intention de les supprimer. Ils les rendront invisibles entre temps. Ils ont fusionné les cotisations d’aide au Fonds national d’aide au logement (FNAL) pour mieux les baisser. La contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) va disparaître aussi. A cela s’ajoute le dispositif « zéro charge » au Smic étendu jusqu’à 1,6 smic, qui rend opaque le « brut » et les aides aux employeurs. Les cotisations seront redécoupées et apparaitront selon le « risque » (individualisé) et non plus selon les organismes gestionnaires les caisses maladie, chômage, accidents, logement, famille, retraite, formation. Temps d’habillage, de pause et de casse-croute seront effacés. Ce n’est pas une simplification, c’est une complexification orientée, un enfumage.

 

Gérard Filoche

 

Il y a 75 ans, l’assassinat de Trotsky

Mémoire.

(texte de Daniel Bensaïd)

Dimanche 5 Septembre 2010, mise à jour Vendredi 6 Juin 2014, 09:27

Le 20 août 1940, l’agent stalinien Ramón Mercader assénait un coup mortel à Léon Trotsky dans son refuge mexicain de Coyoacán. À l’occasion de cet anniversaire, il faut repenser l’horizon de notre lutte socialiste et sauvegarder la mémoire que l’infamie prétend parfois inhumer. L’article de Daniel Bensaïd ci-dessous a été écrit il y a dix ans pour l’hebdomadaire Rouge. Sa lecture garde toute sa validité.

Trotsky, un passeur du siècle
Pourquoi cet assassinat ? Si on laisse de côté la personnalité perverse de Staline, il faut repartir des  derniers combats de Trotsky, c’est-à-dire, toute la période mexicaine durant laquelle il mène principalement trois grandes luttes dans une phase d’effondrement de l’espérance.
Il veut d’abord empêcher toute confusion possible entre révolution et contre-révolution, entre la phase initiale d’Octobre 1917 et le Thermidor stalinien. Il le fait notamment en organisant dès son arrivée au Mexique (janvier 1937), au moment du deuxième procès de Moscou, la commission d’enquête internationale présidée par le philosophe américain John Dewey. Cinq cents pages de documents démontent le mécanisme de la falsification, des amalgames politiques. Le deuxième combat est la compréhension des enchaînements vers une nouvelle guerre, dans une phase où allaient s’exacerber les chauvinismes et s’obscurcir les enjeux de classe. Enfin, le troisième combat, lié aux précédents, c’est celui de la fondation d’une nouvelle internationale, – proclamée en 1938, mais projetée au moins cinq ans auparavant, dès la victoire d’Hitler en Allemagne – qu’il ne concevait pas comme le rassemblement des seuls marxistes-révolutionnaires, mais comme un outil tourné vers les tâches du moment. C’est dans ce travail que Trotsky a pu, à ce moment, se vivre comme « irremplaçable ».

Temps des défaites
Il se trompe dans ses pronostics, lorsqu’il fait un parallèle entre les évènements qui ont suivi la Première Guerre mondiale et ceux qui pourraient résulter de la deuxième. L’erreur réside dans le fait que les mouvements ouvriers se trouvent alors dans des situations très différentes. Dans la Seconde Guerre mondiale se cumulent beaucoup de facteurs ; mais ce qui est majeur, c’est sans doute, la contre-révolution bureaucratique en URSS dans les années 1930. Avec un effet de contamination sur l’ensemble du mouvement ouvrier et sa composante la plus révolutionnaire. Il y a une sorte de quiproquo, dont la désorientation de beaucoup de communistes français devant le pacte germano-soviétique est la plus parfaite illustration. Mais se rajoutent des défaites majeures, comme la victoire du nazisme en Allemagne et du fascisme en Italie, la défaite de la guerre civile espagnole, l’écrasement de la deuxième révolution chinoise. Une accumulation de défaites sociales, morales et même physiques, que nous avons du mal à imaginer. Mais on ne peut jamais considérer que tout est joué d’avance.
Une des erreurs importantes de Trotsky, c’est d’avoir imaginé que la guerre signifierait de manière inéluctable la chute du stalinisme, comme la guerre franco-allemande de 1870 avait signifié l’arrêt de mort du régime bonapartiste en France. Nous sommes en 1945 au moment du stalinisme triomphant, avec ses aspects contradictoires. Tout cela est très bien illustré dans le livre de Vassili Grossman, Vie et destin, autour de la bataille de Stalingrad. À travers les combats, on y voit la société s’éveiller, et même échapper en partie à l’emprise bureaucratique. On peut envisager l’hypothèse d’une relance de la dynamique d’Octobre. Les vingt ans écoulés depuis les années 1920 sont un intervalle court. Mais ce que dit le livre de Grossman ensuite est imparable. Staline a été sauvé par la victoire ! On ne demande pas de comptes aux vainqueurs. C’est le gros problème pour l’intelligence de cette époque.
Les implications théoriques sont importantes. Dans sa critique du totalitarisme bureaucratique, si Trotsky voit très bien la part de coercition policière, il sous-estime le consensus populaire lié à la dynamique pharaonique, même au prix fort, conduite par le régime stalinien. C’est là un point obscur qui mériterait d’être repris.
Cela dit, après la guerre, il y a des responsabilités spécifiques des partis. Dans le cadre du partage du monde – la fameuse rencontre Staline Churchill, où ils se partagent l’Europe au crayon bleu –, il y a eu des poussées sociales importantes, ou pré-révolutionnaires ; en France, avec des forces en partie exsangues, mais davantage en Italie et en Grèce. Et là, on peut franchement parler de trahison, de subordination des mouvements sociaux aux intérêts d’appareils. Cela ne veut pas dire automatiquement une révolution victorieuse, mais une dynamique de développement et une culture politique du mouvement ouvrier à coup sûr différentes. Ce qui ménage d’autres possibilités. Il faut quand même rappeler le fameux « il faut savoir terminer une grève » du secrétaire général du PCF Maurice Thorez, où l’attitude du PC italien au moment de l’attentat contre Togliatti. Mais le pire et le plus tragique ont été la défaite de la révolution espagnole et le désarmement de la résistance et de la révolution grecque. Puis, le vote stalinien au projet de fédération balkanique, pourtant la seule solution politique, et qui le demeure, face à la question des nationalités dans les Balkans.

Le nécessaire et le possible
Au total, le destin tragique de Trotsky illustre la tension entre le nécessaire et le possible. Entre la transformation sociale répondant aux effets d’un capitalisme pourrissant, et les possibilités immédiates. On trouve cela déjà en lisant la correspondance de Marx. Quant à l’apport théorique et stratégique, il est considérable. Notamment dans l’analyse du développement inégal et combiné des sociétés, en commençant par la Russie dès 1905, ou la perception des modalités actuelles de l’impérialisme. Mais là où il est irremplaçable, malgré des lacunes, c’est dans l’analyse du phénomène inédit à l’époque, et difficilement compréhensible, de la contre-révolution stalinienne. De ce point de vue, Trotsky est un passeur. Ce qui ne signifie pas une référence pieuse ni exclusive. Nous avons au contraire pour tâche de transmettre une mémoire pluraliste du mouvement ouvrier et des débats stratégiques qui l’ont traversé. Mais dans ce paysage et ce passage périlleux, Trotsky fournit un point d’appui indispensable.
Daniel Bensaïd (1946-2010)

 

21 aout : assassinat de Trotsky

Publié le 24 août 2014 par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

21 aout : assassinat de Trotsky

Il prétendait être Belge et s’appeler Jacques Mornard. Il était Catalan et s’appelait Ramon Mercader, Staline guidait son bras.

Le 22 août 1940, un piolet d’alpiniste fracassait le crâne de Léon Trotsky, réfugié au Mexique depuis 1937. Le meurtrier déclara aux policiers qu’il s’appelait Jacques Mornard et était citoyen belge. Acteur de l’assassinat, il n’en était pas le seul organisateur. Grâce à sa liaison avec la jeune trotskyste Sylvia Ageloff, le futur assassin de Trotsky était parvenu à gagner la confiance de ceux qui veillaient sur la sécurité du célèbre exilé. Sous le nom de Franck Jacson, il fut reçu plusieurs fois dans la maison fortifiée de Coyoacan (un faubourg de Mexico).

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Quelques mois avant l’assassinat, une première tentative avait échoué. Le 24 mai 1940, à 4 heures du matin, un commando d’une vingtaine d’hommes était parvenu à pénétrer dans la demeure: pendant plusieurs minutes, ils arrosèrent la chambre de Trotsky à la mitraillette et lancèrent deux grenades incendiaires ainsi qu’une bombe à retardement. Miraculeusement, il n’y eut ni mort ni blessé. Trotsky et sa femme s’étaient jetés sous le lit, leur petit-fils Siéva avait fait de même.

Qui était Jacson? La presse stalinienne se déchaîna et répandit la thèse de l’auto-attentat monté pour faire parler de lui et calomnier le PC mexicain et Staline. Un mois après les événements, trente personnes étaient sous les verrous, la plupart membres du PC et anciens d’Espagne. Le responsable était en fuite: il s’agissait du célèbre peintre David Alfaro Siqueiros, ancien colonel en Espagne, dont Trotsky pensait qu’il servait le GPU depuis 1928. Ultérieurement, l’enquête prouvera que Siqueiros et Franck Jacson se connaissaient depuis l’Espagne.

L’identité de Franck Jacson

Qui était donc ce Franck Jacson? Il faudra près de dix ans pour percer sa véritable identité. Dans sa poche, on devait retrouver une lettre expliquant les mobiles de son acte: trotskyste déçu, il aurait été écoeuré par l’homme et par sa proposition de l’expédier en URSS pour faire des sabotages, démoraliser l’Armée Rouge et essayer de tuer Staline. Pour accomplir tout cela, il bénéficierait de l’appui d’une grande nation (il s’agissait des Etats-Unis, car Trotsky ne pouvait plus être un agent hitlérien en raison du Pacte germano-soviétique).

Toutes ces accusations furent reprises par les divers PC pendant près de quarante ans. En 1969, le dirigeant du PCF Léo Figuères y avait encore recours, dans son livre « Le Trotskysme, cet Anti-léninisme ». Lorsque les photos du meurtrier parurent dans la presse, plusieurs anciens d’Espagne (beaucoup s’étaient réfugiés au Mexique) crurent reconnaître le militant communiste Ramon Mercader. Il faudra pourtant attendre 1950 pour en avoir l’absolue certitude: profitant d’un congrès en Europe, un criminologiste du gouvernement mexicain alla enquêter en Espagne. Il comparera les empreintes digitales de Jacson avec celles du jeune communiste catalan Ramon Mercader arrêté en juin 1935: c’étaient les mêmes.

En 1953, l’année de la mort de Staline, sur toutes les pièces officielles, le nom de Mercader remplaça celui de Jacson-Mornard. La mère de l’assassin, Caridad Mercader, était une militante en vue du Parti Socialiste Unifié de Catalogne, rattaché au Komintern. Elle fut recrutée pour le GPU par Gerö, le futur dirigeant stalinien hongrois qui officiait alors en Espagne. Par son intermédiaire, elle devint la maîtresse de Léonid Eitingon, général du GPU, spécialiste dans la liquidation des diplomates soviétiques suspects et des militants douteux. Ramon Mercader purgea, au Mexique, une peine de vingt ans de prison, le maximum qu’autorisait la loi. A sa sortie, en 1960, il se rendit en Tchécoslovaquie via Cuba, puis à Moscou où il avait été fait « héros de l’Union Soviétique » et titulaire de « l’ordre de Lénine ». Il a été enterré à Moscou, en 1978, sans avoir jamais parlé.

21 aout : assassinat de Trotsky

L’ordre de Staline

La paternité de Staline dans le crime est maintenant reconnue par tous, y compris par les Soviétiques et par le PCF. En 1978, Valentin Campa, ancien dirigeant du PC mexicain, publiait ses mémoires. Il avait été remis à la base en 1940, car il ne montrait pas assez d’enthousiasme dans la participation de son parti à la préparation de l’assassinat. L’Humanité des 26 et 27 juillet 1978 en fit paraître quelques extraits où Campa confirme que c’est bien Staline qui a donné l’ordre de tuer Trotsky. Mais il ne révèle rien qui ne soit déjà connu: en particulier, il ne dit pas qui a été le principal organisateur. Comble d’ironie: c’est le vieux stalinien Georges Fournial qui est chargé de présenter le document. Or, dès février 1938, « le jeune instituteur Georges Fournial » était dénoncé par la presse trotskyste en tant qu’agent du GPU: il venait d’obtenir un congé de six mois pour aller représenter au Mexique l’Internationale des travailleurs de l’enseignement…

Malgré tout, grâce à Valentin Campa, les vieux militants ont pu apprendre, avec trente-huit ans de retard, que leurs dirigeants aimés étaient non seulement des menteurs mais aussi des assassins. D’un tout autre intérêt sera le livre sur Trotsky que s’apprête à faire sortir, à Moscou, le général Volkogonov, directeur de l’Institut d’histoire militaire de l’URSS et récent biographe de Staline. Interviewé par le correspondant de la Stampa (N° du 26 juillet 1990), il affirme avoir eu accès à de nombreuses archives dont celles de Trotsky, de Staline et du NKVD. Il déclare posséder la plus riche collection de documents concernant Trotsky: quarante mille pièces, des milliers de photos, des dizaines de témoignages. Il en publiera certains, notamment l’ordre de tuer Trotsky, daté de septembre 1931 et signé par Staline, Vorochilov, Molotov et Ordjonikidze. Il sera renouvelé en 1934.

Volkogonov révélera enfin le nom de l’organisateur de l’assassinat, sous les ordres de qui il travaillait, Eitingon (le général du GPU dont Caridad Mercader était la maîtresse). Cet homme est âgé de quatre-vingt cinq ans et a fait quinze ans de prison à l’initiative de Krouchtchev. Volkonogov est parvenu à le faire parler. La première décision de tuer Trotsky a été prise au mois de septembre 1931, mais elle avait un caractère général, alors qu’en 1934 fut créé un groupe spécial pour faire la chasse à Trotsky… Le groupe spécial s’occupait de la liquidation des adversaires politiques à l’étranger, et pas seulement de Trotsky. La pieuvre du NKVD avait ses tentacules partout. C’était un service secret dans le service secret, créé pour lutter contre les exilés qui, à leur tour, luttaient contre le régime de Staline. Ces personnes étaient dangereuses pour Staline, parce qu’elles savaient beaucoup de choses.

21 aout : assassinat de Trotsky

« Une tragi-comédie « 

Fidèle à la pensée gorbatchévienne, Volkogonov, qui ne cache pas son admiration pour plusieurs aspects de la personnalité de Trotsky (et notamment son anti-stalinisme dès les années vingt), porte contre lui un grief essentiel. « Il fut prisonnier d’une grande idée fausse, l’idée de la révolution mondiale. Même une semaine avant sa mort, il écrivit qu’il croyait à la victoire de la révolution mondiale. » Eh oui, camarade général, il avait cette faiblesse coupable qu’il partageait d’ailleurs avec Lénine, objet de votre prochain livre. Par contre, dès 1935, Staline déclarait à Roy Howard que l’idée que l’URSS pouvait encourager la révolution socialiste mondiale relevait de la « tragi-comédie ». Peut-être comprendrez-vous un jour que, si vous pouvez maintenant vous féliciter d’écrire librement, si les émules de Staline ont été balayés presque partout en Europe, c’est que la « grande idée fausse » tragi-comique n’a pas fini de faire parler d’elle.

Ernest Mandel, La Gauche 19 sept 1990

21 aout : assassinat de Trotsky

Dans les Inrocks, interview : « Internet, c’est merveilleux ce truc là »

01/08/2015 | 13h17

Gérard Filoche le 21 janvier 2015 dans l’émission « Là-bas si j’y suis » (capture d’écran)

Chaque semaine, nous interrogeons une personnalité sur son rapport au web. Ancien inspecteur du travail, aujourd’hui membre du bureau national du PS, Gérard Filoche n’a pas peur de critiquer durement le gouvernement qu’il a pourtant soutenu. Très prolixe sur Twitter, pédagogue sur son blog, il a fait d’internet un outil central au service de son combat politique.

Quel est votre premier grand moment avec internet ?

Gérard Filoche – J’approchais la fin de ma carrière d’inspecteur du travail, c’était en 2004, j’avais eu un litige avec l’entreprise de cosmétique Guinot-Mary Cohr. Une femme avait été mutée dans des conditions discriminatoires à son retour de maternité, alors que le code du travail stipule bien qu’après cette période, un salarié retrouve un contrat de travail identique ou similaire, à celui qu’il avait avant son départ. Je m’étais rendu au CE de l’entreprise, la direction m’a reproché de l’avoir entravé et m’a poursuivi en justice.

Durant le procès, on a lancé une pétition sur internet qui a récolté 62 000 signatures. J’ai reçu des milliers de messages de soutiens. En 2012, le dernier jugement a été rendu. J’ai gagné l’ensemble des procès, 14 à 0. Je les ai gagnés en grande partie grâce à internet. A ce moment-là, je me suis rendu compte de la puissance de cet instrument pour le militantisme.

Avec internet, on peut aussi retrouver des émissions de télé qui ont déjà été diffusées. En 2013 sur LCI, j’étais invité sur le plateau de Michel Field (avec qui j’avais tracté dans les années 1970 d’ailleurs) pour parler de l’Accord national interprofessionnel (ANI). Au dernier moment, le programme change et je dois m’exprimer sur l’affaire Cahuzac. La vidéo a été beaucoup regardée en replay. Le lendemain ma boîte mail était bloquée, je ne comprenais pas pourquoi. J’ai demandé à mon fils d’essayer de regarder, il m’a dit qu’elle était saturée, j’ai dû racheté du stockage. J’avais reçu 25 000 mails, je n’ai évidemment pas pu répondre à tous.

Qu’est-ce qu’internet vous apporte dans votre combat politique ?

J’ai près de 52 ans de militantisme derrière moi. Dans les années 1960, on imprimait des tracts sur une ronéotype Gestetner (ancêtre de l’imprimante, ndlr). On retranscrivait nos textes sur des papiers translucides, des stencils, ensuite on les déposait sur le rouleau encreur, puis ça imprimait les tracts. Au mieux, on faisait 1 000 versions d’un même tract, mais le plus souvent autour de 800, pas plus, sinon le stencil s’abimait. Si jamais ça se cassait, il fallait tout reprendre, re frapper, re imprimer. Pour les recto-verso, une fois un côté effectué, on devait retourner la ramette et faire dans l’autre sens. On passait une journée entière pour imprimer un tract de 4 pages. Il fallait des dizaines de centaines d’heures pour s’exprimer et parvenir à toucher un millier d’étudiants. La photocopie est arrivée au début des années 1970, mais c’était cher.

A l’université de Rouen, avec des camarades, on avait imprimé le livre de Wilhelm Reich La lutte sexuelle des jeunes, censuré sous de Gaulle. Il faisait une quarantaine de pages, à reproduire et à assembler. On a mis une quinzaine de jours. on avait fait pareil pour le massacre d’un million de communistes en Indonésie en 1965. Vous comprenez maintenant ma fascination lorsque je vois qu’un tweet peut être relayé 13 000 fois en seulement quelques instants. Ça demandait tellement de travail, on traitait de tous les sujets : de la guerre au Viêt-Nam, de la sélection à l’université, des entreprises en grève avant Mai 68. Il y avait tant de difficultés à l’époque, aujourd’hui on peut réagir en un flash.

Vous vous êtes inscrit sur Twitter en 2009, au même moment que la plupart des personnalités politiques françaises. On vous a conseillé de le faire ?

Oui, des camarades de Démocratie & Socialisme (revue dont il a la rédaction-en-chef, 23° année, ndlr) m’ont conseillé de m’y inscrire. Sur Facebook aussi, mais j’aime moins, on est limité à 5 000 « amis », je suis brimé (rires). L’avantage de Twitter, c’est la rapidité, et je suis pas mal suivi (27 800 followers, ndlr). Dans les années 1970, lorsqu’on envoyait un communiqué à l’AFP, il était peut-être relayé une fois sur 100. Aujourd’hui on le fait soi-même, en un tweet. D’ailleurs, il arrive que des médias m’invitent au sujet d’un post.

Sur Twitter, je suis traqué par les libertariens, ceux qui veulent une société sans intervention de l’État, autrement dit tuer la sécurité sociale, le système de retraites, etc. Je les appelle les “fachos cro-magnons”, parce qu’ils veulent nous faire retourner à l’âge de pierre. Je réponds à leurs commentaires. Ça me met en jambe. J’apprends à condenser mon propos en 140 signes, c’est un bon exercice pour répondre aux questions des journalistes, quand je suis invité à BFM TV ou à la radio. Le temps imparti est court, les questions sont toujours les mêmes, on peut les anticiper. Avec Twitter, je m’entraine à trouver des slogans, des tournures efficaces. “Ubériser”, “macroniser”, ce sont des expressions que j’ai inventées en tweetant.

capture d’ecran GF parle de Cahuzac sur LCI, 2 avril 2013

Justement en termes de slogans, vous n’y allez pas de main morte…

C’est ce qui fait mon charme. Il y a de ça deux étés, j’ai posté un tweet à propos du pape qui a généré beaucoup de réactions. « des femmes voilées en cornette dansent sur la plage à Rio pour le pape ».

Puis il y a ce fameux tweet sur la mort de de Margerie, le patron de Total. Je prenais le train à Clermont-Ferrand, pour Paris, à 5 h 58, j’ai publié ce petit tweet où je disais que c’était “un coup dur pour l’oligarchie”, en une heure c’était le déferlement. Bernard Maris est d’ailleurs le seul à m’avoir soutenu (numéro de Charlie Hebdo du 29 octobre 2014, ndlr). Ciotti (député Les Républicains, ndlr) avait crié au scandale. Tout ça débouche sur Valls qui en début d’après-midi, annonce à l’UMP de l’Assemblée nationale que je ne « méritais » plus d’être au parti socialiste…

J’ai d’ailleurs eu des centaines de tweets lors de la fausse annonce de la mort de Martin Bouygues, des gens qui s’attendaient à une réaction de ma part. Je leur ai répondu que je me réservais pour Serge Dassault (rires).

Ces chose-là, c’est pour le plaisir de provoquer. J’aime mieux les vraies batailles idéologiques. Par exemple ça fait maintenant huit mois que je fais du Macron matin, midi et soir, que je critique son projet de loi indigne qui veut nous ramener au XIXe siècle. « Rien n’est bon dans le Macron ».

capture d’écran GF parle de Macron en 10′ chez Daniel Mermet là bas si j’y suite

On vous fait des reproches à ce sujet au bureau national du PS ?

Je n’ai même pas de remarques. Macron n’est même pas au PS, si ça loi devait être votée au bureau national elle serait minoritaire. Je l’attaque sur les 106 sujets que peu de gens connaissent, en particulier sur le droit du travail. Je fais même des formations au PS sur ces sujets. Je discutais avec un membre de son cabinet la dernière fois, qui ne connaissait même pas l’article 2064 du code civil (article qui renvoie la procédure de gestion des litiges entre salariés et employeurs aux dispositions du code du travail, et que le projet de loi pour la croissance et l’activité vise à modifier), alors que c’est une menace terrifiante, c’est le virus Ebola de la loi Macron.

Un autre exemple, le bulletin de paie. J’ai fait beaucoup de tweets à ce sujet ces derniers jours. On veut faire moins de lignes, on veut nous faire croire que les gens ne savent pas lire, qu’ils n’y comprennent rien. Alors que sur la feuille d’impôts il y en a bien plus et pourtant ça ne gêne personne. C’est juste un moyen de masquer le salaire brut, alors que c’est le plus important, puisqu’il contient les cotisations sociales !

En-dehors du gouvernement, vous n’épargnez pas les dirigeants européens. Vous traitez Jean-Claude Juncker de “corrompu”, accusez Wolfgang Schäuble de “pinochetiste” …

Il y a des faits derrière ces réactions. Lorsque je dis que Juncker est un “mafieux”, je parle de Luxleaks, qu’il a encouragé, ça représente 2 400 milliards d’euros d’évasion fiscale ! Avec ça la crise est réglée. 340 multinationales sont « mouillées » dont 58 françaises et Total en premier. Quand on voit que l’Union européenne refuse les propositions de commission d’enquête sur “Luxleaks” et “SwissLeaks”, Junker cherche à les entraver. Schäuble aussi est un corrompu (impliqué dans l’affaires dîtes des “boîtes noires de la CDU”, concernant le financement illégal du parti dans les années 1990, ndlr), celui qui a fait les lois anti-social, Hartz, pareil il s’est fait épinglé (condamné pour faits de corruption lorsqu’il était DRH de Volkswagen, ndlr). Il faut le dire.

Les corrompus ce ne sont pas les Grecs, les corrompus ils sont à la tête de l’Europe. Après on me dit “trop à gauche”, mais je suis un social démocrate modéré. Quand Schäuble demande que « des administrateurs » viennent diriger la Grèce à la place du gouvernement, il veut mettre en place une dictature à la Pinochet. A côté de ces gens là, de Macron, Sigmar Gabriel, Martin Shultz, je suis gentil et modéré. Quand j’entends certains dire que le droit du travail est une entrave à l’emploi, je me dis que je suis un pâle social-démocrate.

Entre Twitter, votre blog, le site www.démocratie & socialisme, vous devez passer vos journées devant votre ordinateur…

C’est vrai que j’y passe beaucoup de temps, mais il faut voir les choses comme un enchaînement d’étapes. Twitter c’est de la musculation. Sur Facebook le propos est déjà un peu plus développé, puis je peux ajouter des illustrations. Sur mon blog, là les sujets sont beaucoup plus détaillés, j’essaie de faire de la pédagogie. Sur le site de Démocratie & Socialisme aussi les articles sont plus importants, et on publie des petites vidéos entretien qui font pas mal de vues. On partage aussi les vidéos des émissions dans lesquelles on apparaît en public, notamment celle d’Un soir à la tour Eiffel sur France 2 à laquelle j’ai participé et qui a fait près de deux millions de téléspectateurs.

Depuis l’automne dernier, j’ai fait une centaine de meetings à travers la France sur le projet de loi Macron. Je prends beaucoup le train, j’en profite pour tweeter, écrire des articles. C’est un tout. Une fois accumulés tweets, posts facebook, les articles sur mon blog et sur Démocratie & Socialisme, tout ceci s’emboîte et donne un livre. Dans ma vie, j’en ai écrit 31. Depuis 2010, j’en ai publié 5 et en ce moment j’en ai trois en préparation. L’un sur la loi Macron, mais j’attends l’avis que doit rendre le Conseil constitutionnel pour le terminer, l’autre le tome 2 de « mai 68 histoire sans fin » sur l’histoire de la gauche socialiste de 1994-2014, le dernier ce sera un polar « Cerium ». Je prévois aussi de publier quelque chose en 2017. Ce ne sera pas seulement la date de la présidentielle, c’est aussi le centenaire de la Révolution russe.

Quand ce n’est pas pour votre activité politique, comment utilisez-vous internet ?

Quand je m’exprime sur Twitter, ce n’est pas uniquement sur des sujets politiques. J’aime beaucoup la littérature américaine, notamment James Ellroy. Je me suis permis un petit commentaire quand j’ai fini cet été de lire Perfidia.

Sur internet, je fais comme tout le monde, je vais voir des trucs qui m’intriguent, ou alors j’y vais pour contacter des personnes qui me manquent. J’ai accumulé des tonnes de brochures, de livres politiques, depuis le début de mon militantisme, chez moi, ça monte jusqu’au plafond d’archives. Mais je ne les consulte plus. Tout est sur internet, en plus complet.

Quand je travaillais comme inspecteur du travail, tous les matins j’avais un tas de revues sur le droit social et je faisais ma revue de presse. Aujourd’hui je ne les reçois plus, mais je continue à les consulter grâce à internet. Je tiens aussi une rubrique dans L’Humanité dimanche intitulée “Au boulot”. J’écris dans Siné mensuel. Je me sers d’internet pour tout ça. C’est merveilleux ce truc-là.

Propos recueillis par Jean-Christophe Catalon

 

En avant vers l’individualisation du contrat de travail et le « livret ouvrier » ?

La plus grande des contre-révolutions anti-code du travail à la rentrée dans la commission Valls Combrexelle ?

« Mon job n’est pas de protéger les emplois existants » disait Emmanuel Macron. Depuis 3 ans ce gouvernement développe le chômage de masse: 1 325 000 chômeurs de catégories A, B et C de plus en 3 ans ! 6,1 millions au total toutes catégories confondues outre mer inclus

Il travaille depuis l’ANI du 11 janvier et la loi du 14 juin 2013 à faciliter les licenciements : il a donné ordre aux 100 DIRECCTE réunies en juillet 2013 : « l’objectif est zéro refus d’homologation des plans sociaux ».

La nouvelle loi Macron en facilitant encore plus les licenciements, facilite le chômage de masse : Macron a supprimé toute possibilité de ré-intégration et d’indemnisation collective même quand le PSE est retoqué par un tribunal sur un recours des syndicats. Elle revient à une appréciation des licenciements au niveau de l’établissement plus au niveau du groupe. Elle supprime tout critère collectif au choix des licenciements individuels.

Lors des licenciements, le droit du patron remplace celui du salarié : en cas de faillite, la loi Macron prévoit désormais que la résidence principale du patron est protégée et pas celle du salarié.  Au moment du licenciement c’est le patron qui devient protégé et non plus le licencié : le patron est garanti contre les sanctions de l’autorité judiciaire si ses licenciements sont boursiers, abusifs ou sans cause réelle et sérieuse. Et même les prud’hommes seront remplacés peu à peu par des « commissions arbitrales » patronales.
Le contrat de travail était passé entre deux parties inégales. Il se caractérisait par un « lien de subordination juridique permanent » lequel engendrait, en faveur des salariés, des contreparties juridiques incarnées par le code du travail. Il s’agit dorénavant de passer de ces contrats entre deux parties manifestement inégales, à des contrats entre deux parties prétendument « égales » : puis de conforter la partie patronale, d’accroitre ses prérogatives.

Les nouveaux contrats « libres », individualisés de gré à gré, décidés par l’employeur au niveau de chaque entreprise, se substituent au droit collectif et aux accords collectifs de branche, interprofessionnels et au Code du travail. Toutes les récentes mesures dites de « rupture conventionnelle » de « volontariat », d’individualisation de la formation, des durées du travail, des temps de repos, de pénibilité, vont dans ce sens.

La loi Macron remplace le lien de subordination avec la contrepartie du code du travail, par un lien de « soumission librement consenti » sans contrepartie (« compliance without pressure » thème d’un colloque du Medef en mars 2011 à Paris). Ces nouveaux contrats de travail relèvent du code civil (pour ce faire, Macron modifie l’article 2064 du code civil et la loi annexe du 8 février 1995) : la relation de travail est remplacée par une relation commerciale, le statut de salarié devient type « auto-entrepreneur », les tâches sont « au sifflet » à « zéro heure » et la référence à un « ordre public social » ou à un « état de droit dans l’entreprise » disparait. « Uberisation » du droit du travail dit Jacques Attali (Attila en l’occasion).

Tous les droits du Code du travail s’en trouvent écartés : durées légales et maxima du travail 35 h et 48 h, Smic, heures supplémentaires, cotisations sociales, protection santé, hygiène sécurité, représentants du personnel, inspection du travail, médecine du travail, prud’hommes… C’est la plus grande contre-révolution jamais imaginée et commencée à être mise en oeuvre depuis un siècle : le droit civil vise à remplacer le droit du travail.

Mais ce n’est pas tout, encore faut il enchaîner le salarié « libéré »

(regardez un film de Gilles Pontecorvo qui s’appelle « Queimada » avec Marlon Brando, sur la situation des salariés sans droits dans l’immédiat après esclavage)

Le retour du livret ouvrier ? un « Compte personnel d’activités » selon Valls ?

Fiché  ?

Le livret ouvrier existait au XIX° siècle pour contrôler les troubles sociaux et ficher la main d’œuvre.

La future offensive de propagande du Medef ne sera plus seulement pour faciliter les licenciements sans motif, elle sera de réclamer le tri à l’embauche.

Le rêve ancien des patrons – savoir qui ils embauchent et ne choisir que ceux qui sont dociles et costauds, formés et  « attachés » – est en train de resurgir. Mais cette fois  pour favoriser la mobilité et l’employabilité géographique de la main d’oeuvre « détachée » mise en concurrence en Europe.

Déjà la loi du 24 novembre 2009 relative à l’ « orientation et à la formation tout au long de la vie » avait institué un « livret de compétences », expérimental jusqu’en 2012 avec une dénomination standard européenne : le « passeport orientation et formation ». (art L.6315-2 du Code du travail).

Ainsi renommé et prolongé pour la vie, le « livret de compétences » du « compte personnel de formation » sera utilisé pour l’embauche et la carrière. Une rédaction, retorse, du nouvel article L. 6315-1 du Code du travail fait magnifiquement le lien avec l’embauche : « L’employeur ne peut exiger du salarié qui répond à une offre d’embauche qu’il lui présente son passeport orientation et formation. Est illicite le fait de refuser l’embauche d’un salarié en raison de son refus ou de son impossibilité de présenter son passeport orientation et formation ». Pourquoi cette précision toute négative ? Ce risque existera donc ? Qui empêchera l’employeur de l’exiger ?

Par ailleurs le nouvel article L.6321-1 du code du travail prévoit que les entreprises de plus de 50 salariés devront obligatoirement faire passer un « entretien professionnel » à tous les salariés « dans l’année qui suit leur quarante-cinquième anniversaire » et qu’à cette occasion, les salariés en question auront « accès à un bilan de compétences ». Bonjour le contrôle patronal de l’embauche des seniors !

Le projet de loi Macron rajoute maintenant une « carte professionnelle » – prétendument pour lutter contre le travail dissimulé. Mais qui la contrôlera ? Surement pas l’inspection du travail faute d’effectifs : donc bel et bien le patron !

Est annoncé comme un grand projet pour 2017 un « compte personnel d’activité » (CPA) : on imagine la carte à puce qui intégrera les « droits – rechargeables et déchargeables – à formation, à pénibilité, à chômage et à compte épargne temps ». Ce qui est mis en  oeuvre c’est la mort progressive pas seulement du code du travail mais celle des conventions collectives.

Car vous avez bien sur remarqué que la mesure de la pénibilité sera individuelle et ne sera plus collective. Vous avez remarqué que la formation est un « compte personnalisé de formation » (et non plus un droit). Vous avez remarqué que le compte chômage est déchargeable individuellement. Vous avez remarqué que le « compte épargne temps » est individuel. Vous avez remarqué que le travail le dimanche était un « choix volontaire ». Vous avez remarqué que la « rupture conventionnelle » était paradoxalement individuelle.

« L’idée est de rassembler et articuler ces droits, en les rendant fongibles et en organisant des passerelles, décrypte l’entourage de Manuel Valls. Des jours de congés pourraient par exemple devenir des jours de formation » se réjouissent les Echos. «Occasion de s’attaquer aux freins à la mobilité, en particulier géographique, via des dispositifs d’aides au déménagement ou à la garde des enfants » rajoute la CFDT.

En route vers l’individualisation du contrôle du « passeport professionnel » le « compte personnel d’activités » d’autant que les droits des salariés seront entre temps devenus non collectifs.

Gérard Filoche

Coups durs de l’été avant ceux de la rentrée

Au boulot n° 253

 

Le salariat a l’expérience : l’été est le temps des coups durs contre ses droits du travail. Patrons et pouvoir profitent de ce qu’ils appellent la « trêve estivale », c est à dire de nos congés payés si durement acquis par nos grèves, pour nous reprendre tout ce qu’ils peuvent. Mais d’habitude c’est la droite qui fait ça ! Cet année à contre courant, c’est un gouvernement d’une partie de la gauche, hélas, qui le fait ! Il promulgue les deux lois Macron et Rebsamen que l’on peut qualifier de pro-Medef.

Certes le conseil constitutionnel  a cassé l’article qui voulait imposer aux juges prud’hommes des barèmes fixes à l’avance. Macron voulait mettre un « plafond » de sanctions pour protéger les patrons licencieurs abusifs de leurs turpitudes. Ca ne sera pas possible ! Tant mieux.

Mais il reste dans la loi le fait que les recours qui seront gagnés par des salariés contre des « plans sociaux » ne donneront lieu ni à réintégration ni à indemnisation ! C’est pourtant discriminatoire et contraire à la convention 158 de l’OIT !

Les licenciements seront donc facilités encore plus par la loi Macron que par l’ANI de janvier et la loi Sapin du 14 juin 2013 ce qui est un drame qui va augmenter le chômage. La  » bombe thermonucléaire » contre le code du travail modifiant l’article 2064 du code civil est passée aussi hélas et permet des  » contrats civils » uberisés…  Quand à la loi Rebsamen, elle affaiblit les institutions représentatives du personnel en profondeur de cent manières. Elle fait reculer terriblement les CHSCT, c est-a-dire la santé, l’hygiène, la sécurité ce qui est purement criminel en ces temps de souffrance accrue au travail.

Et rappelons qu’on nous annonce encore pire à la rentrée avec le rapport de la commission Valls-Combrexelle « ré écrivant » encore et encore le code du travail  jusque dans ses fondements théoriques et historiques  les plus précieux

 

Gérard Filoche

 

Au boulot n° 251

 

Voyagez dans le temps avec Valls et Combrexelle

 

En France, qui n’a jamais été aussi riche, la moitié des salariés seulement partent en vacances. Mais en cet été 2015, pendant ce rare temps de congé, une menace renouvelée se prépare contre le Code du travail. Une commission commanditée par Valls, Rebsamen, Macron, dirigée par un certain Jean-Denis Combrexelle, réécrit encore les lois de la République pour y substituer les desiderata du MEDEF. Combrexelle, cela fait 15 ans, sous la droite comme sous la gauche, qu’il « recodifie » : ça consiste à faire reculer pas à pas le droit du travail.

 

Le 15 septembre, quand vous serez rentré, ils auront écrit un « nouveau Code ». Tel est leur devoir de vacances. Donner les possibilités à chaque entreprise d’adapter votre activité physique et mentale aux impératifs des marges bénéficiaires. Plus question de protéger les licenciés ; il s’agit de donner tout pouvoir au licencieur. Droit individuel contre droit collectif : adaptabilité contre sécurité, flexibilité contre santé, productivité contre bien-être, accords d’entreprise aléatoires contre protection égale du droit, labeur contre bonheur, victoire du capital contre le travail. Profit maximal contre salaire.

 

Retour avant 2006 et le rejet du contrat première embauche (CPE) cher à Dominique de Villepin ; avant l’hiver 1995 et le mouvement contre la réforme de la retraite de François Fillon ; avant mai 1968 ; avant la Libération et le programme du Conseil national de la Résistance ; avant juin 1936 et le Front populaire ; avant 1919 et les premiers pas de l’Organisation internationale du travail ; avant 1910 et la création du Code du travail, avant le bloc des gauches (1899-1906) ; avant 1892 qui vit naître l’inspection du travail et la médecine du travail ; avant la Commune.

 

Vous aurez même droit à 3 CDD de suite…

 

Revenez en forme : en septembre, nous empêcherons ce bond en arrière d’un siècle et demi ! Le Code du travail vivra !

 

 

 

a lire chaque semaine dans l’Humanite Dimanche   rubrique « au boulot »   Gérard Filoche

Reversion

Au boulot n°251

 

Un de nos bons voisins de vacances de Sainte Marie la Mer plage, Alain, 70 ans, nous a quitté le 12 juin, emporté par un cancer foudroyant. Nous avons été ravagés par la nouvelle alors que débutaient nos vacances de juillet. Alain était un homme bien, adorable, il avait travaille 35 ans à la Mairie comme mécanicien, agent polyvalent au service de la collectivité. Bon vivant, bon ami, serviable, nous nous réjouissions chaque année depuis plus de 20 ans, dans ce petit village, de se faire fête ensemble.

Sa femme Andrée, 68 ans, mariée avec lui depuis 1988,  inconsolable, en plein dans son deuil, vient de découvrir amèrement ce que c’est qu’une « pension de réversion ».

Depuis 2005, Alain touchait 1300 euros de retraite, soit 68,66 % de son salaire après 141 annuités de cotisations plus 128 euros de la Carsat. Andrée, elle, n’a cotisé que 7 ans, son pécule n’est que de 238 euros et le RSI ne lui verse que 2,05 euros par mois. Hé oui, toutes les femmes ne travaillent pas, et y’a pas de boulot en Roussillon. La lointaine CNRACL, rue du Vergne depuis Bordeaux, vient de lui signifier qu’elle recevra a partir du 1 juillet 2015 une pension de reversion égale a 28,93 % de 50 % des1300 euros d’Alain… si elle reste seule. Soit autour de 250 euros. Au total moins de 500 euros.

Moins encore dans ce cas que les 664 euros de retraite moyenne en Grèce. Car c’est ca les petites retraites de tant de femmes en France ce que Gattaz, Valls, Macron et Cie ignorent chaque jour. Ils ont le culot de dire qu’il n’y a pas d’austérité. Sur 14 millions de retraites, 50 % touchent moins de 1000 euros ! Pas de boulot, boulot de misère, puis retraite de misère.

 

Gérard Filoche (chronique humanité dimanche n°251)