Vite, un congrès – démocratique – du Parti socialiste !

Les débats font rage entre responsables socialistes, le congrès commence sur les chapeaux de roue mais sans que, malheureusement, aucune date officielle ait encore été fixée. Nos statuts prévoient un congrès à mi-mandat présidentiel. C’est maintenant. Alors ne tardons plus. Les militants doivent être consultés sur la ligne politique du gouvernement, de plus en plus ouvertement libérale et en contradiction avec toutes les orientations débattues et adoptées par le Parti socialiste, comme avec les « 60 engagements de François Hollande ». Jean-Christophe Cambadelis a raison : « les courants socialistes doivent débattre sans se battre. » Sans le cadre organisé d’un congrès, avec dépôt de texte de contributions puis de motions, le débat risque de ne se dérouler que par médias interposés et sans que les militants puissent y participer. Vite, vite un congrès !

Une politique gouvernementale passéiste

Manuel Valls est passé à l’offensive contre une gauche qui serait  « passéiste » , alors que lui serait un « pragmatique moderne ». Or, si l’on regarde de près, sa politique n’a rien de moderne mais reproduit, sous la pression du Medef et de la Commission européenne, presque point par point la politique qui était menée en Europe à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, notamment durant les années 1920 et 1930. Une politique qui avait mené, faut-il le rappeler, à une crise économique d’une incroyable violence et à l’arrivée au pouvoir des nazis, d’abord en Allemagne, puis sur tout le continent européen.

La confiance faite à la toute puissance des marchés, à sa « main invisible » qui produirait nécessairement l’harmonie économie et sociale redevient le dogme dominant. Il avait, en pratique, abouti à la crise de 1929 et à celle de 2007-2008 après qu’aient éclaté les bulles spéculatives que cette confiance béate avait laissées gonfler démesurément.
La bride sur le cou laissée aux banques et à la finance internationale était à l’origine de la crise de 1929 et de celle de 2007-2008. Rien n’a changé depuis cette dernière crise et tous les ingrédients d’une nouvelle crise financière se rassemblent de nouveau. Les derniers soubresauts des bourses mondiales sont l’expression de ces mouvements souterrains, prêts à produire une nouvelle irruption volcanique. Tout ce passe, en effet, comme si l’on avait recommencé à construire une nouvelle centrale nucléaire sur le site de Fukushima sans même avoir pu arrêter la fusion des précédents réacteurs. La fusion de ces réacteurs continue sous la forme d’une dette privée transformée en une gigantesque dette publique qui hypothèque gravement la possibilité de sortir de la crise économique et sociale que nous subissons aujourd’hui.
La mondialisation financière qui dominait déjà l’économie à la fin du XIXe siècle nous est, aujourd’hui présentée, après la parenthèse des « 30 glorieuses » entre 1945 et 1975, comme un horizon indépassable, qui serait, de surcroît, d’une incroyable modernité.
La politique de restriction des déficits budgétaires n’est plus aujourd’hui menée sous le fouet de l’étalon-or et du « Franc fort » mais sous celui de l’euro cher, de la Commission européenne et des ses dogmes.
La politique déflationniste de baisse des salaires (gel du point d’indice de la Fonction publique, absence de coup de pouces pour le Smic, baisse des prestations sociales) menée par Manuel Valls est dans la lignée de la politique menée dans les années 1930 par Heinrich Brüning en Allemagne et Pierre Laval en France. La politique du « New Deal » conduite par Franklin D. Roosevelt, à peu près au même moment, se situait à l’exact opposée de la politique allemande et français. C’est pourtant, sans le moindre souci de cohérence, du « New Deal » que se réclame Manuel Valls.
Débat : oui ! Invectives et menaces : non !

On a entendu des demandes d’exclusion de Gérard Filoche parce qu’il rappelle la responsabilité de Total dans les affaires et son soutien à la dictature militaire birmane. Benoît Hamon et Aurélie Filippetti reçoivent l’injonction de quitter le PS parce qu’ils se sont abstenus lors du vote du Budget à l’Assemblée. Stop ! Arrêtons ces faux procès ! Le délit d’opinion n’existe pas chez les socialistes, pas davantage que dans notre République. Ni Jérôme Cahuzac, ni Thomas Thévenoud, ni Jean-Noël Guérini n’ont été l’objet de tant d’attention !

S’agit-il de faire taire des voix de gauche et de faire diversion pour ne pas reconnaître que la majorité qui soutient la politique menée s’étiole chaque jour davantage au sein même de l’Assemblée nationale ?

Ouvrons le débat sur le fond, c’est-à-dire sur l’écart qui se creuse entre la politique mise en œuvre et les attentes des électeurs de gauche. C’est ce qu’attend la gauche ! C’est ce qu’attendent les Socialistes !

 

 

D&S

Stéphane Le Foll : « Pour Gérard Filoche, être patron veut dire qu’on n’est plus humain » (sic – sur RMC) – Réponse

Apolline de Malherbe recevait Stéphane Le Foll mercredi 22 octobre sur BFMTV et RMC. « Dans la tête de Gérard Filoche, quel est le problème ? C’est qu’être patron, ça veut dire qu’on n’est plus humain », a-t-il réagi à propos de Gérard Filoche qui a qualifié Christophe de Margerie de « suceur de sang ». « Moi je dis le contraire, il faut arrêter avec ça », a ajouté le porte-parole du gouvernement :

 

Pour Stéphane Le Foll , dés qu’on dit la vérité, c’est à dire que le principe du système actuel c’est forcément, naturellement, qu’un patron est un exploiteur de la force de travail de ses salariés, il en déduit que ça veut dire que le patron n’est plus ‘humain » !

Mais pas du tout ! ce sont bel et bien des hommes qui exploitent d’autres hommes, ils sont tout ce qu’il y a de plus humains !

N’empêche qu’ils exploitent la force de travail sinon leur entreprise ne fonctionnerait pas une seconde.

L’entreprise est un lieu d’exploitation, ou s’extraient le profit et les dividendes. Et c’est pour cela qu’il faut des lois, des protections, un ordre public social pour les salariés !

En fait c’est Stéphane Le Foll en parlant ainsi, qui permet de nier l’exploitation patronale et tous ses abus et il aboutit ainsi par la suite à diminuer le droit du travail (ANI du 11 janvier 2013, loi du 14 juin, future loi Macron…)

Au contraire, le gouvernement doit cesser de détruire le code du travail, au contraire il doit le renforcer car l’exploitation s’intensifie, la souffrance au travail aussi, les profits et dividendes augmentent, la délinquance patronale s’accroit, les salaires sont bloqués et la durée du travail s’allonge, hélas.

Et quand un patron gagne 300 à 600 smic, ou 21 millions d’euros de « retraite chapeau » comme Gérard Mestrallet, oui, c’est un voleur et un suceur de sang et de sueur !  Car ce n’est en aucun cas son travail qui lui apporte cette somme, c’est le vol du fruit du travail des autres. Nul ne gagne pareille somme par son mérite ! Il ne faut pas laisser faire les suceurs de sang et de sueur, il faut au contraire limiter les revenus à 20 fois le smic comme le revendique la Confédération européenne des syndicats. Il faut des contreparties à la subordination des salariés… Il faut imposer et protéger  l’état de droit dans les entreprises, et le moins possible de travail du dimanche, de nuit, le minimum d’heures supplémentaires, le maximum d’institutions représentatives du personnel, de justice prud’homale.

Pour Stéphane Le Foll, les patrons sont tellement « humains » qu’ils ont tous les droits et que rien ne doit les mettre en cause, il faut le maximum de flexibilité et le minimum de freins à l’exploitation (seuils sociaux…)  : en fait c’est le dada banal de tous les libéraux et patrons de combats depuis toujours. Mais c’est ça qui est inhumain, indigne. C’est ça qui depuis 1841 et le rapport du docteur Willermé, caractérise l’exploitation sans borne du travail par le capital. Et c’est ça qui, en plus d’être immoral, est inefficace : car ce sont les salariés les mieux formés, les mieux traités, les mieux payés qui sont les plus « compétitifs », les plus productifs… en restant les plus humains.

En fait c’est Stéphane le Foll qui en revient implicitement à défendre le patronat de droit divin (a croire ou faire croire que c’est lui qui va sauver l’économie, et qu’il faut donc lui donner 41 milliards sans contre parties) c’est ça qui est archaïque et intolérable du point de vue des droits humains !

 

 

 

 

ré éedition opportune d’une tribune dans l’Humanité Dimanche début 2014

 

L’entreprise est un dancing

« L’entreprise, ce n’est pas un lieu d’exploitation, ce n’est pas un lieu d’accumulation de profits, de richesses » a affirmé de façon assez novatrice, le ministre du budget, Bernard Cazeneuve inaugurant brillamment l’an 2014 alors que le « pacte de responsabilité » surgissait et remplaçait le « pacte de compétitivité »

C’est bien connu, l’entreprise est un dancing, un club de rencontre, un centre de repos, un institut de thalasso, Pâques tous les jours et le soleil y brille.

Ne le dites pas aux 98 % de salariés qui gagnent moins de 3200 euros nets, aux 50 % d’actifs occupés qui gagnent moins de 1680 euros, ne répétez pas les propos du ministre aux 10 millions de travailleurs pauvres en dessous de 900 euros : dans l’entreprise on n’est pas là pour faire des profits mais pour se marrer

Ne le dites pas aux 20 millions de salariés dont les heures supplémentaires ne sont pas payées, mais c’est pour leur bien, ils en ont de la chance de rester plus longtemps que payés dans un chouette lieu où on rigole tous, matin, midi et soir. Vivement les 39 h payées 35.

Ne le dites pas aux 4 millions de temps partiel subis, aux CDD renouvelés, aux contrats « atypiques », aux 3 X 8, aux 4 X 8, aux 5 X 8, aux travailleurs de nuit et du dimanche, aux femmes pauvres et précaires, aux étudiants désargentés, ils douteraient de tout.

Ne le dites pas aux accidentés, handicapés, aux discriminés et harcelés, aux malades, tués ou suicidés du travail. La souffrance au travail ça n’existe pas. En fait l’entreprise, c’est le paradis, c’est désintéressé, on a la chance d’y être tous copains et copines.

Ne le dites surtout pas aux patrons qui se sont octroyés 210 milliards de dividendes ce sont tous des altruistes, ils savent, eux, combien l’entreprise est généreuse. Arrêtez de croire que le travail n’enrichit personne et que ce qui enrichit c’est l’exploitation du travail des autres, c’est un radotage dépassé.

Ne dites plus que votre patron est un taulier, c’est un bienfaiteur. Cessez de croire aux vieux clichés selon lesquelles les salariés sont obligés de vendre leur force de travail : ils le font avec enthousiasme. En fait vos heures de boulot, c’est ça le vrai bonheur. Ce sont les patrons qui vous aident à vivre et non pas vous qui les faites vivre.

Et puis c’est vrai, ce qu’on vous ôte de vos salaires n’est pas ré investi. Ce n’est pas dans l’entreprise que « s’accumulent les richesses »,  c’est dans la spéculation sur l’argent dérivé de votre travail, dans les casinos des paradis fiscaux et les caves à subprimes : ça découle de ce que Bernard Cazeneuve, nouveau théoricien de l’Entreprise vous enseigne.

 

 

Entre les deux T : le T de Total et un Tweet, c’est Total qui compte

Le premier T, un tweet suivi de milliers d’autres, pas du même genre

Mardi 21 octobre, je rentre à Paris après une séance de dédicace de mon dernier livre en défense du droit du travail, à la librairie les Volcans, à Clermont-Ferrand et d’une réunion de militants socialistes, qui s’est tenue la veille au soir.

A 5h 58, à peine installé sur mon iPhone et sur mon ipad, j’apprends la mort de Christophe de Margerie, dans un accident d’avion à Moscou, avec trois autres personnes qui seront, par la suite, le plus souvent ignorées.

Je réfléchis donc, et je m’attends à ce qui va se passer dans la journée, je devine les hommages, les louanges, l’encensement du « grand patron » etc. La propagande pour faire croire que ces gens-là nous sauvent alors que ces puissants-là nous coulent, siphonnent nos salaires, bloquent nos emplois, polluent, détruisent l’environnement,  tournent le dos aux choix citoyens…

Je pense, aussi, à toux ceux qui, dans le monde ont été victimes de la politique de Total, notamment aux milliers de morts causés par la junte dictatoriale Birmane dont Total a été le soutien financier pendant tant d’années. Je me remémore des films, des livres, des articles, de Péan, d’Eva Joly, des enquêtes, et tout défile dans ma tête.

Je ne connais pas l’homme ni son entourage, même s’il était plus que célèbre. Il ne m’était pas sympathique. Je ne pouvais ni ne voulais le dissocier de la politique du groupe pétrolier qu’il dirigeait. Je ne pouvais pas, non plus oublier qu’il gagnait environ 300 Smic par an et que personne ne peut gagner une telle somme aussi choquante sans exploiter violemment le travail des autres.

Je pense bien sûr aux quatre familles endeuillées. Mais je ne vais pas communiquer là-dessus par tweet, support totalement inapproprié, car que dirais-je ? Je ne suis pas ministre ni député et je n’ai aucune autorité pour envoyer des condoléances aux familles de ce tragique accident. Cela aurait même semblé très déplacé et impudique. « Filoche qui envoie sa compassion a la puissante famille Margerie » :  aucun sens. J’ai choisi, en quelques mots, de parler politique, à la fois du passé et du futur de la multinationale du CAC 40 : Total. Car tel est mon rôle et je suis persuadé d’avoir eu raison de le faire. Cela concerne des millions de nos concitoyens.

Les tweets qui se sont, alors, multipliés venaient, en formation serrée, de militants et sympathisants de l’UMP à l’initiative de Eric Ciotti. Ils répandaient non pas le contenu de mes propos mais inventaient, dénaturaient en se faisant la courte-échelle les uns les autres, prétendant que je m’étais «  réjoui »  (sic) de la mort de Margerie et autres délires… Des FN se sont joints à la fête pour défendre l’entreprise, la grosse entreprise, et le grand patron… Pour couvrir Total, ils instruisaient un procès…  en bienséance.

En trois heures de Clermont-Ferrand à Paris, j’ai vu le rythme des attaques s’accélérer jusqu’à ce que le dirigeant UMP Eric Ciotti demande carrément au PS de m’exclure. Le Premier ministre, Manuel Valls, s’est alors empressé de saisir la balle que lui lançait aussi opportunément l’UMP. Quelques uns de ses proches s’y sont mis : la cabale s’appuyait sur celle de l’UMP. Il m’a mis en cause à l’Assemblée nationale, dans un jeu de rôle où il répondait aussi  à la demande d’un député UMP. Il osait affirmer que je n’étais pas digne d’être dans « son » parti. L’accord entre le Premier ministre socialiste et l’UMP pour défendre Total, la multinationale pétrolière, était parfait. Manuel Valls avait bien besoin, aussi, d’une diversion pour tenter de faire oublier la marge très étroite dont disposait le vote de la partie « recettes » de son budget et le fait que 3 de ex ministres, expulsés par lui, refusaient de le voter.

Sur les réseaux sociaux, c’est alors que la tendance s’est inversée, et que la gauche, toute la gauche, socialiste, verte et Front de gauche a commencé à réagir. Une sorte de grande barrière protectrice s’est opérée, des milliers d’internautes me défendant. Cela s’est fait spontanément quand ils ont compris ce qui se passait. Et là, la qualité des arguments, le sérieux des citations était beaucoup plus élevé.

Cela n’a pas empêché Jean-Christophe Cambadélis de faire deux choses, lors de la réunion du Bureau national du Parti socialiste, à 17 h, le 21 octobre :

1°) de désavouer le Premier ministre en soulignant que lorsque celui ci s’en était pris a moi à l’Assemblée nationale, il n’avait pas applaudi. Il avait désapprouvé, considérant que c’était à lui, le Premier secrétaire du Parti socialiste, de traiter la question, pas au Premier ministre.

2°) de prendre lui, Premier secrétaire, l’initiative de saisir la « Haute autorité du parti » pour examiner mes propos et voir ce qu’il convenait de faire.

Sans doute n’a-t-il pas bien compris que ce ne serait pas un mauvais procès à Gérard Filoche qui se tiendrait, en dissertant sur des normes très subjectives de « bienséance », mais bien le procès public de la politique de Total et du soutien sans faille que lui apporte le gouvernement de Manuel Valls.

Nous en sommes là pour le moment.

Mais la vérité, c’est que c’est le débat du congrès du Parti socialiste qui commence, sans même que nous sachions la date de celui-ci. Nous l’exigeons tôt, pour des raisons démocratiques, ils le veulent tard pour des raisons antidémocratiques.

Et ils annoncent la couleur sur la façon dont la minorité de Valls entend essayer de s’imposer dans ce débat de congrès : de force. C’est donc le tour de Benoit Hamon : il lui est aussi demandé de quitter le parti. Si toute la gauche socialiste ne fait pas bloc, elle sera battue séparément. Macron avait qualifié le Parti socialiste « d’étoile morte ». Valls n’hésite pas pas à le traiter de « gauche passéiste » et demande qu’il abandonne l’étiquette « socialiste ». C’est historique  ce qui se passe, on est bien au delà d’un artificiel procès en bienséance.

 

 

 

Le deuxième T : Total

La carrière de Christophe de Margerie est entièrement liée au groupe Total dans lequel il est entré en 1974.

Le concert de louanges qui a entouré la mort tragique de celui qui était devenu le PDG de Total remplit une double fonction : encenser ces « héros modernes » que sont devenus (pour la droite comme pour le gouvernement de Manuel Valls) les PDG ; éviter que des questions gênantes soient posées à propos de la politique suivie par ce groupe.

Il n’est, heureusement, pas évident, pour tous ceux qui subissent la crise économique et sociale causée par les banques et les multinationales, de faire des PDG leurs « héros modernes ».

Par contre, les questions portant sur la politique de Total et donc sur le rôle de Christophe Margerie, qui est très vite devenu l’un de ces principaux dirigeants, puis son PDG, ont déjà commencé à émerger. Elles ne peuvent que provoquer de profondes interrogations sur les tombereaux de louanges déversées sur ce « chevalier blanc » des temps modernes, sur ce « père » dont les salariés de Total seraient aujourd’hui « orphelins ».

L’ONG américano-thaïlandaise EarthRights international (ERI), dans son rapport de juillet 2010, portait des accusations très précises contre Total. Elle accusait Total, pièce centrale de l’’exploitation du gisement gazier sous-marin de Yadana,  d’être la « principale source de revenus d’une dictature militaire notoirement répressive » et de « complicité d’assassinats ciblés, de travail forcé ». En 2006, la justice avait reconnu la réalité de ce travail forcé mais Total avait échappé à la condamnation, les faits n’étant pas sanctionnés en droit français !

En 2009, ERI écrivait déjà que « Yadana  a été un élément décisif permettant au régime militaire birman d’être financièrement solvable ». Pour ERI, cette manne financière lui aurait permis « à la fois d’ignorer la pression des gouvernements occidentaux et refuser au peuple birman toute demande démocratique ». La France de Monsieur Sarkozy avait d’ailleurs fait tout ce qu’elle pouvait pour atténuer ces pressions.

Le cyclone « Nargis » avait provoqués la mort de 80 000 Birmans et la disparition de 50 000 autres, en 2008. Les Etats-Unis, l’Union européenne ont débloqué des fonds importants pour venir en aide aux populations dévastées. Ces fonds ont, en grande partie, été détournés par la junte militaire qui empêcha les secours internationaux d’avoir accès aux zones dévastées et de pouvoir, ainsi, vérifier l’utilisation qui était faite de l’aide internationale.

C’est cette loi de la junte que Total a maintenu sous perfusion financière pendant des années.

Il n’est sans doute pas difficile de comprendre que mes toutes premières pensées aient pu aller aux innombrables victimes de la junte birmane.

Dans sa lettre à Christophe de Margerie, publiée dans Le Monde du 13 avril 2012, Eva Joly qui était alors la candidate de EELV à l’élection présidentielle accusait le groupe Total d’être « devenu une arme de corruption massive ». Elle écrivait « Vous polluez les rues des villes où je respire, vous empoisonnez les côtes de l’Atlantique où j’aime vagabonder. Vous soutenez des régimes, en Birmanie ou en République du Congo, que je combats ». Elle accusait Total de n’avoir payé aucun impôt sur les sociétés en France en 2011, sous prétexte que ses activités françaises étaient « déficitaires », alors que Total avait engrangé 12 milliards d’euros de bénéfices.

Total avait été condamné en septembre 2012 par la Cour de Cassation qui avait confirmé sa responsabilité dans le naufrage de l’Erika et de la marée noire qui s’en était suivie sur 400 kilomètres de côtes bretonnes, causant des milliards de dégâts.

La Cour d’appel de Toulouse avait mis Total hors de cause après l’explosion de l’usine AZF qui avait causé la mort de 31 personnes. Pourtant cette usine appartenait jusqu’en 2005 à la société Grande Paroisse qui regroupait depuis la fusion de Total et d’Elf Aquitaine une partie des activités chimiques du groupe Total. Pourtant, le directeur de la société Grande Paroisse avait été déclaré coupable d’homicides involontaires « par négligence et imprudence ».

L’Association des familles endeuillées, dénonçait « la volonté du groupe Total de (…) troubler la manifestation de la vérité (…) Total s’est épuisé à camoufler la vérité ».

Il n’est, sans doute, là encore, pas très difficile de comprendre que mes pensées soient, d’abord, allées à ces « familles endeuillées ».

Christophe de Margerie, en tant que PDG de Total, avait, également, été mis en examen pour « corruption d’agents publics étrangers » et « abus de bien sociaux » dans le cadre du programme « pétrole contre nourriture » avec l’Irak de Saddam Hussein. En juillet 2013, le Tribunal correction de Paris avait relaxé Total et Charles Pasqua. Mais le parquet de Paris a fait appel et Total devra répondre de ces accusations, en 2014 ou 2015.

Christophe de Margerie, à la tête de la plus grande entreprise française, n’avait pas hésité à faire  pression sur François Hollande pour qu’il change sa politique fiscale et qu’il épargne les grands groupes. L’adoption des « pactes » de « compétitivité » et de « responsabilité » qui accordent une gigantesque niche fiscale de 41 milliards d’euros annuels aux entreprises, particulièrement aux plus grandes, indique qu’il avait su, avec ses compères du CAC 40, être persuasifs. Tant pis pour les services publics et la Sécurité sociale puisqu’il fallait bien économiser de ce côté-là ce qui était, de l’autre, distribué aux actionnaires des grandes entreprises et à leurs dividendes.

Il n’est, sans doute, là encore, pas très difficile de comprendre que mes pensées soient d’abord allées à tous les salariés victimes de ce capitalisme cynique et prédateur dont Total est l’un des plus beaux fleurons.

Au cœur des prud’hommes : élections democratiques des conseillers

Tous les journalistes qui ont essayé ce reportage en sont revenus transformés et leurs lecteurs ont été médusés. C’est un lieu méconnu, inouï, incroyable, dont vous n’entendrez jamais parler sur TF1. C’est une justice paritaire, de proximité, pauvre, longue, lente, en principe orale, elle est proscrite, dénigrée, négligée, grinçante, cruelle, elle n’intéresse pas les grands médias, pas même les romanciers ou les conteurs. Il s’agit de la justice du droit du travail..

« Des tribunaux qui insécurisent les employeurs » comme aime à dire Laurence Parisot. Des Cours de justice (élues par tous les salariés, y compris les immigrés) dont il faut limiter l’audience et l’accès selon les ministres Sapin et Rebsamen qui ont raccourci les délais de saisine, instauré des plafonds de réparation des dols et qui veulent en supprimer les élections.

Dans un temps ancien, Libération eut une chronique judiciaire sur les prud’hommes. Puis Siné hebdo et mensuel en ont publié une avec Véronique Brocard, (ex de « Libé », ex de « Télérama ») laquelle vient d’en faire un livre au Seuil : elle s’est installée pendant deux ans dans les salles d’audience et en 45 histoires triées,  elle vous fait tout revivre.

Chaque année, prés de 200 000 apprentis, salariés, en CDI, en CDD, intérimaires, ou licenciés, saisissent les 210 conseils de prud’hommes répartis sur le territoire français et leurs 14 512 conseillers. (Un tiers des conseils prud’hommes ont été supprimés par Rachida Dati, sous Sarkozy). 200 000 c’est peu, vu la fréquence réelle de la délinquance patronale, de l’exploitation et l’arbitraire qui règne. La justice du travail ne connaît pas de répit, elle rame, faute de moyens, de reconnaissance, elle est reléguée et maltraitée, à l’écart, aux confins des cités judiciaires. Pas de sang, pas de hurlement, pas d’assassin mais ça n’empêche pas la douleur, l’angoisse, la détresse face à un licenciement abusif, face à une sanction disciplinaire injuste, au non-paiement d’éléments de salaires ou de primes  indispensables à la vie au jour le jour. On y réclame des gros ou des petits dommages et intérêts, des jours de congés ou des heures supplémentaires impayées, parfois le simple paiement d’une carte Navigo (ce qui fut rendu impossible quand Sarkozy obligea le 1er octobre 2011 tout plaignant à payer une taxe préalable de 35 euros… pour accéder au tribunal. Ce qui a été heureusement supprimé par Christiane Taubira le 1er janvier 2014).

Véronique Brocard (1) raconte ces audiences, pour tous ces anonymes, manutentionnaires, chef-coiffeuse, plongeur, prothésiste dentaire, masseuse, gardiens de musée,  prof, attachée de direction, représentants de commerces, femmes de chambre, maitres chiens, bonne de curée, nounou, artiste, maçon, employé ou cadres…  Plongez-vous vite dans ces bonnes pages … de la vie de notre salariat, vous savez, cette grande classe sociale qui produit toutes les richesses et qui n’en reçoit pas la part qu’elle mérite ! Car elle mérite de bons emplois solides, de bons salaires… et de la dignité.

Gérard Filoche

« Au cœur des prud’hommes » Véronique Brocard, Stock, 160 p, 18 euros

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Les 316 « décisions » de la Commission Attali… et Macron (2008)

Étonnant comment ces 316 « décisions » émises pour Sarkozy sont les unes après les autres reprises par Hollande. Même si avec le « pacte de responsabilité » Hollande est allé nettement plus loin que ce qu’Attali proposait à Sarkozy.

Le pot-pourri du libéralisme

Nous reproduisons ici l’article de JJ Chavigné du jeudi 24 janvier 2008  –   Comme quoi il faut lire et garder les revues D&S qui depuis 21 ans font la critique du libéralisme et proposent une voie socialiste.

La Commission « Pour la libération de la croissance française » mise en place par Nicolas Sarkozy, présidée par Jacques Attali ancien conseiller de François Mitterrand et nouveau transfuge socialiste a rendu sa copie, un pavé de 334 pages.
Censée être « composée de 43 personnalités de différentes sensibilités », cette commission représentait surtout (à de très rares exceptions près) les différentes sensibilités libérales. Elle ne compte pas moins de 17 PDG ou anciens PDG (AXXA, Nestlé, Crédit Agricole SA, Essilor, Volvo, Areva, Orange, Cetelem…). Des ultralibéraux comme les anciens commissaires européens Mario Monti et Ana Palacio, les journalistes Eric Le Boucher du Monde et Yves de Kerdrel du Figaro ou Michel de Virville, maintenant DRH de Renault. Jean Kaspar, présenté comme ancien secrétaire général de la CFDT, est le seul qui ait ou ait eu des liens avec le mouvement syndical, même s’il « gère depuis dix ans son propre cabinet de conseil ».

Laissant entendre que ce rapport était équilibré, Attali s’est empressé d’affirmer : « Aucune des mesures qui est là ne peut s’appliquer sans être fait dans un ensemble. On ne peut pas supprimer les freins sur la roue gauche d’une voiture sans supprimer les freins sur la roue droite ». L’image est doublement erronée. D’abord parce qu’il paraît pour le moins inepte de recommander de rouler dans une voiture sans frein. Ensuite, parce que si l’on voit bien les freins qu’Attali préconise de supprimer sur la « roue gauche », il est difficile, même avec une loupe, de percevoir les freins qu’il propose de supprimer sur la « roue droite ». La dérèglementation tous azimuts des professions juridiques (avoués, notaires….) ne doit pas faire illusion, elle n’a qu’un objectif : permettre la concentration du capital dans ce secteur. Aucune proposition (sur 316) n’est faite pour diminuer la précarité du travail ou améliorer le pouvoir d’achat des salariés.

Nicolas Sarkozy d’accord avec l’essentiel

Nicolas Sarkozy a aussitôt déclaré : « Si certains sont été effrayés par le contenu de vos propositions, moi je les trouve plutôt raisonnable dans l’essentiel ». Le contraire eût étonné tant ces propositions reprennent tous les poncifs, toutes les idées reçues du sarkozysme à l’exception de la recommandation de ne pas respecter le « principe de précaution » et la suppression progressive des départements avec lesquelles le président de la République a pris ses distances. Il s’est donné bien garde, par contre, de commenter l’idée que 250 000 nouveaux immigrés par an pourraient donner à notre pays 0,5 % de croissance en plus.

Abaisser le « coût du travail ». Déréglementer. Retirer le maximum de protection aux salariés. C’est le modèle anglais-saxons. Une catastrophe pour les salariés anglais ou américain. Le paradis pour le patronat des deux pays. C’est la direction que nous indique Attali dans un geste de ciment armé. Car la commission Attali ne propose pas, elle décide ! Cet aréopage de libéraux, de technocrates et de quelques autres n’a que faire du suffrage universel : elle décide et veut nous imposer ses 316 « décisions ».

Le florilège du libéralisme

Beaucoup de commentateurs de ce rapport se sont contentés des 20 propositions phares mises en avant par la Commission. Il n’était pourtant pas intéressant de lire l’intégralité du rapport. .

Education

Permettre aux parents de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants (décision 6). C’est la fin de la carte scolaire, sereinement assumée par la commission.

Développer le tutorat des élèves des ZEP par des étudiants (dans le cadre d’un service civique hebdomadaire : le travail non rémunéré obligatoire) et des enseignants retraités. (décision 151)

Renforcer les formations en alternance (décision 13)

Renforcer l’autonomie des universités et faire émerger 10 grands pôles universitaires de niveau mondial (décision 19)

Développer les financements privés pour l’Université (décision 22) Etendre le modèle de l’alternance à tous les niveaux de formation. Et développer les formations professionnalisantes à l’université (décision123)

C’est la reprise de la vieille lune libérale qui voudrait que le chômage des jeunes soit du à une inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi alors que la réalité est toute autre : notre pays ne crée pas suffisamment d’emplois et le surtravail des uns (les heures supplémentaires) crée le chômage des autres. La preuve : les 400 000 emplois supplémentaires créés par la diminution du temps de travail en 2000 et 2001. Mais pour la commission Attali, cette période n’a jamais existé.

Les PME

Toutes les solutions préconisées sont tournées contre les salariés. Mais le fait que la grande majorité des PME fassent partie d’un grand groupe ou soient sous-traitantes d’entreprises donneurs d’ordre (qui dans les deux cas siphonnent leurs bénéfices) disparaît complètement du paysage.

La commission « décide » d’assouplir les seuils sociaux, de doubler pour 3 ans les seuils de 10 et 50 salariés en les faisant passer respectivement à 20 et à 100. Elle « décide » également de mettre en place dans les entreprises de moins de 250 salariés une représentation unique sous la forme d’un conseil d’entreprise exerçant les fonctions du comité d’entreprise, des délégués du personnel, du CHSCT, des délégués syndicaux. (décision 37)

La prévention en matière de santé

Développer massivement la prévention (décision 66) mais à budget constant et sans revenir sur le passage, imposé par la Droite et le Medef avec l’accord de la direction de la CFDT, de la visite médicale obligatoire dans les entreprises non plus tous les ans, mais tous les deux ans.

La représentativité syndicale

Fonder la représentativité syndicale sur les résultats aux élections professionnelles. Ce qui est positif mais aussitôt assorti d’une condition qui retire beaucoup d’intérêt à cette mesure : la représentativité d’un syndicat national serait liée à l’obligation d’être signataire d’au moins un tiers des 50 conventions collectives les plus importantes. (décision 116).

Réduction de la dépense publique (20)

Réduire dès 2008, la part des dépenses publiques dans le PIB. Cette réduction devra atteindre 1 % du PIB par an et à partir de 2009, soit 20 milliards d’euros de réduction par rapport à la tendance par an pendant 5 ans (décision 20).

Emploi des « seniors »

Faire sauter le verrou de la retraite à 65 ans (décision 121) avancé sous la forme plus prudente de « permettre à chacun de retarder, s’il le désire, son départ à la retraite ». Lever toutes les interdictions au cumul emploi-retraite. (décision 134) Dans les deux cas, tant pis pour les jeunes qui ne trouvent pas de travail !

Durée du travail

Permettre aux entreprises de déroger à la durée légale du travail par accord de branche ou accord majoritaire d’entreprise (décision 136) Autoriser plus largement le travail du dimanche (décision 137)

La Sécurité sociale

Supprimer, dans la Constitution, la distinction entre le PFLSS (Loi de financement de la sécurité sociale) et la loi de finance (décision 224). Nous n’aurions plus alors aucune garantie que les sommes collectées pour l’assurance-maladie ou les allocations familiales ne soient pas utilisées à la construction, par exemple, d’un deuxième porte-avions.

Conditionner les prestations familiales aux revenus des ménages (décision 268). C’est la méthode en deux temps pour en finir avec les prestations familiales : attaquer d’abord le salariat à plein temps, ensuite le salariat pauvre.

Moduler la franchise médicale en fonction du revenu (décision 269). C’est la même méthode en deux temps pour en finir avec une bonne partie de l’assurance-maladie obligatoire.

Organiser une gestion régionale de la carte sanitaire (décision 273). Cela signifie que la carte sanitaire nationale supprimée par le plan Hôpital 2007 ne serait pas rétablie et que l’inégalité sanitaire entre régions aurait de beaux jours devant elle.

Fusionner la part salariale et la part patronale des cotisations sociales (décision 299)

Supprimer 3 points de cotisations sociales en les finançant par 0,6 point de CSG et 1,2 point du taux normal de TVA (décision 300). Non seulement il n’y a rien pour augmenter le pouvoir d’achat mais la commission « décide » de le diminuer en augmentant la CSG et en instaurant la TVA sociale.

Supprimer le numerus clausus à l‘installation des pharmaciens. (décision 212). Malgré la présence de la social-démocrate allemande Evelyne Ghebhardt, parlementaire européenne et rapporteur de la directive « Mac Creevy », la commission Attali ignore que cette disposition est déjà contenue dans cette directive et sera applicable en France dans moins de deux ans. Curieusement, la commission ne s’intéresse pas au numérus clausus des professions médicales, pourtant cruciales pour l’avenir.

Fonction publique

Mettre en œuvre de façon systématique le principe du non-remplacement de deux fonctionnaires sur trois partants à la retraite (décision 252) Augmenter la part des promotions au choix dans la fonction publique (décision 253).

Mettre en place des primes liées à la performance (collective et individuelle) des agents (décision 254).

Retraites

Non seulement le rapport accepte tous les allongements (venus et à venir) de durée de cotisations mais il en tire la conclusion chère à tout libéral en estimant : « La montée en puissance de l’épargne retraite individuelle ou collective est donc nécessaire » (décision 305)

La méthode Coué poussée à son comble

De l’ensemble des ces 316 décisions, la commission Attali attend une croissance de 1 point supplémentaire chaque année. C’est la méthode Coué dans toute sa splendeur. Le simple fait, par exemple, de diminuer de 1 point par an la dépense publique alors que s’annonce une récession ou au moins un fort ralentissement de la croissance américaine ne pourrait avoir que des effets négatifs sur la croissance.

« Ce point de PIB pourrait signifier chaque année, par exemple, tout à la fois, 500 euros de pouvoir d’achat en plus par ménage, 150 000 créations d’emplois supplémentaires, 90 000 logements sociaux de plus, 20 000 enfants handicapés scolarisés, 20 000 place d’hébergement d’urgence créées en plus pour les sans abris…. » ajoute la commission.

Elle a raison d’écrire « pourrait signifier » car le plus probable est que, si la potion amère de la commission aboutissait par quelque miracle, à une augmentation de la croissance, ce même remède de cheval permettrait aux profits de confisquer l’essentiel de ce surcroît de croissance

La droite à l’affut avec sa loi de « modernisation économique »

Ce pot-pourri des idées libérales pourrait paraître un laborieux exercice d’école. Il n’en est rien. La loi de « modernisation économique » qui sera présentée par Christine Lagarde, ministre de l’Economie, s’appuiera sur ces 316 propositions pour amplifier l’offensive contre le salariat.

Sarkozy ne reprendra que ce qui l’intéresse, que ce qu’il estime pouvoir faire passer en fonction de l’état de l’opinion, du rapport de forces social, du rapport de force électoral. Pour freiner, stopper l’offensive de la Droite, la mobilisation sociale mais aussi victoire de la gauche dans une grande majorité de municipalités et de cantons sont donc décisives.

Jean-Jacques Chavigné

 

Emmanuel Macron, le banquier qui ne veut pas qu’on l’appelle banquier, n’était -il pas le rapporteur de la Commission Attali ? En tout cas il met tout cela allégrement en oeuvre…

« Totem » et « tabou »

« Procès en sorcellerie » ?

Il ne manquait plus que ça : le religieux envahit maintenant le discours du gouvernement de Manuel Valls et de la direction du Parti socialiste.

Emmanuel Macron refuse les « tabous » qui pourraient empêcher un gouvernement de gauche  de discuter de l’opportunité de baisser le montant des allocations-chômage, de les rendre dégressives et d’en réduire la durée.

Najat Vallaud-Belkacem affirme qu’on fait à Emmanuel Macron «  beaucoup de procès en sorcellerie. (…) Il ne compose pas, il parle avec clarté et il appelle un chat un chat »

Jean-Christophe Cambadélis répond à Emmanuel Macron : «La gauche n’a pas de tabous, mais elle a quelques totems, en particulier le fait que quand le président de la République s’exprime, les ministres appliquent».

Malgré les affirmations d’Emmanuel Macron et de Jean-Christophe Cambadélis, les « tabous » pullulent à la direction du Parti socialiste et au gouvernement : ils s’opposent, en rangs serrés, à toute proposition de gauche sur des sujets essentiels.

 

Lors de la réforme des retraites, en 2013, tout devait « être mis sur la table » mais jamais la la possibilité d’une importante augmentation des cotisations sociales patronales n’a été opposée à l’allongement de la durée de cotisation. C’était « tabou » !

Un « tabou » encore plus fort interdit tout débat sur la réduction du temps du temps de travail pour lutter contre le chômage de masse.

Un « tabou » tout aussi lourd empêche de poser une question pourtant simple : comment la dette publique et le déficit public pourraient-ils ne pas augmenter avec une politique d’austérité qui étouffe la croissance ?

Un autre « tabou », tout aussi résistant, interdit de discuter des milliards d’euros de « niches fiscales » qui transforment l’impôt sur les sociétés en passoire.

Un « tabou », aussi pesant, impose l’idée néolibérale que les seuls « vrais » emplois sont les emplois privés et frappe d’excommunication toute discussion sur la possibilité de créer un million d’emplois publics pour deux à trois fois moins chers que les 41 milliards d’euros accordés à des entreprises qui se refusent de garantir qu’elles créeront un seul emploi supplémentaire.

Un autre « tabou » s’oppose à toute discussion sur l’opportunité de coups de pouce au Smic et de la fin du blocage du point d’indice dans la fonction publique pour relancer la croissance et, tout simplement, permettre aux gens de vivre.

Un « tabou » de première importance car il protège le « Saint des saints », la Finance, conjure toute proposition de séparation, autre qu’homéopathique, entre les activités spéculatives des banques (80 % du total de leurs bilans) et leurs activités utiles à l’investissement productif.

Un autre « tabou » interdit de poser la question du bienfondé de l’intervention d’institutions européennes non-élues (Commission européenne, Cour de justice européenne…) pour censurer les décisions d’institutions élus aux suffrages universels, comme l’Assemblée Nationale française…

Jamais, en fait, un gouvernement de gauche n’a eu autant de « tabous » !

 

Le « totem » que Jean-Christophe Cambadélis tente d’opposer à Emmanuel Macron n’est pas de gauche.

Il lui oppose la Constitution de la Vème République qui donne un pouvoir quasi monarchique à un seul homme, le président de la République et qui tend à tout caporaliser, du Parlement au Conseil des ministres.

Les seuls « tabous » que François Hollande et Manuel Valls ont fait ou proposent de faire tomber sont ceux qui séparent la gauche de la droite.

Ces « tabous » concernent l’augmentation de la TVA, la diminution des allocations-chômage, la facilitation des licenciements et de la précarité du travail, l’allongement de la durée de cotisation pour la retraites, la diminution des prestations sociales, la mise sous condition de ressources des allocations familiales, la stigmatisation des Roms, les milliards de cadeaux fiscaux accordés au patronat, l’assurance-maladie réduite à rembourser uniquement les pathologies importantes, comme vient de la proposer Pascal Terrasse, la suppression des « seuils sociaux », la suppression des élections prud’hommes, la facilitation des licenciements, l’explosion des CDD,  la mise en question du repos du dimanche, la fin de l’indépendance de l’inspection du Travail…

Najat Vallaud-Balkacem a raison, « il faut appeler un chat un chat » : un banquier d’affaires reste un banquier d’affaires et « ne compose pas », même s’il est ministre de l’Economie d’un gouvernement de gauche.

Il faut, aussi, constater que les seuls « tabous » que le gouvernement Valls appelle à faire sauter sont ceux qui protègent le salariat de l’avidité des 0,1 % de la population qui détiennent le pouvoir économique et qu’un autre « tabou », le plus inflexible de tous, ne permet surtout pas de leur disputer.

Jean-Jacques Chavigné

 

D&S 218 septembre 2014 est paru

 

Les banquiers n’aiment pas les bébés, le gouvernement non plus.

Veulent-ils casser le boom démographique ?  (une part de ce texte a été publiée dans Marianne)

Derrière l’odieuse proposition de division par trois de la prime de naissance pour le deuxième enfant que se cachait il ? Elle a été retirée mais remplacée par une  « conditionnalité » ( que le couple gagne moins de 6000 euros… ça baissera ensuite) pour les allocations… qui  cessent d’être « universelles », et basées sur l’enfant. Un symbole de 1945 tombe.

En France, toute famille avec enfants touchait une somme mensuelle, quel que soit son revenu : 129 euros pour deux enfants ; 295 pour trois ; 460 pour quatre ; et 165 euros par enfant supplémentaire, le tout majoré à 14 ans. Désormais, un couple avec deux enfants, dont les parents gagnent plus de 6 000 euros net par mois, ne touchera plus que 65 euros,  50 % de la somme actuelle. Au-delà de 8 000 euros net, ce ne seront plus que 32,5 euros mensuels, soit 1/4. Ces seuils sont majorés de 500 euros par enfant supplémentaire. 13 % des familles seront touchées. Un couple avec deux enfants touchait jusqu’ici 1 548 euros par an d’allocations, il n’aura plus que 780 euros, soit une perte de 768 euros. Effet de seuil, sans réelle progressivité, (en ces moments ou le même gouvernement veut hausser les seuils sociaux des entreprises), il suffira d’ 1 euro de trop pour une division par deux des allocations

Qui va croire les grandes déclarations de Marisol Touraine sur le fait qu’elle « aime la famille » ? Quant elle proposait de faire fondre la prime de naissance de 930 à 310 euros, que faisait-elle ? Et quand elle s’interrogeait sur la diminution des allocations à 14 ans – même si c’est reporté.

Et les députés qui s’y sont justement opposés sont tombés dans un autre travers.

Car c’est la remise en cause d’un principe fondamental, prélèvements progressifs, et redistribution égalitaire.

Quand le congé parental des femmes est diminué de 30 à 24 mois sous le prétexte que les hommes puissent en prendre la moitié, de quoi s’agit il ?  Quand le gouvernement a fait « cadeau » aux patrons de 35 milliards d’allocations familiales, quelle était déjà le sens à peine caché de cette mise à mal de notre politique familiale depuis 1945  ?

« Les allocations familiales sont un des derniers piliers de la solidarité. Si on commence à introduire des conditions de ressources, alors on n’y échappera pas non plus pour les soins et la retraite par répartition pourrait aussi être remise en cause », prévient l’UMP Christian Jacob.

D’abord cela retire encore des liquidités qui iraient à coup sur dans la consommation immédiate, ce qui est plus que souhaitable en période de récession et de quasi déflation. La mesure, effective à compter du 1er juillet 2015, retire 400 millions d’euros aux couples en 2015, puis 800 millions par an, de quoi compenser le maintien de la prime de naissance,

Mais pas seulement, car il y a un sens caché profond derrière la recherche de toutes ces mesures et leur adoption progressive en “crabe”.

Car la France, notre pays est en plein « boom démographique » depuis l’an 2000 ! Les rapports de type « Charpin » qui, à la fin des années 90, prévoyaient « qu’il n’y aurait plus assez de jeunes pour payer nos retraites », ont été totalement démentis. Alors qu’ils prévoyaient de 250 à 350 000 naissances par an, il y en a 850 000 par an depuis 14 ans

Alors que l’Allemagne connaît à peu prés 1,4 naissance par femme, nous en avons 2,01 par femme. Dans les décennies qui viennent, nous allions connaitre plus de Français que d’Allemands. Ce boom démographique était largement du à la politique familiale, or c’est ce que les mesures du gouvernement Hollande, Valls, Touraine sont en train de remettre en cause. On aurait pu croire que l’échec du « modèle » allemand sur cette question de la politique familiale conforte l’exécutif français actuel, dans la protection et la confirmation de ce qui réussissait chez nous : mais pas du tout, les financiers ne sont pas patriotes, leurs subordonnés français sont donc prêts à casser ce qui réussit, si cela devient un danger pour leurs profits et dividendes à l’avenir. Mme Merkel emporte encore une victoire.

Car chacun sait l’importance pour un jeune couple qui souhaite un deuxième enfant, des aides qui lui sont apportées. Il faut se réinstaller, et les presque mille euros versés ne sont pas de trop. Envisager le signal que la prime de naissance était abattue d’un tiers, était lourd de conséquences pratiques. Quand au congé parental, sachant que les femmes gagnent en moyenne 27 % de moins que les hommes, croit on qu’on va facilement remplacer le congé de la femme par celui de l’homme (qui passe de 6 à 12 mois) ? Quant aux 35 milliards de cotisations allocations familiales patronales supprimées, qui va les payer ?

On devine d’avance le début de la mort programmée de la politique qui a permis le boom démographique

Evidemment, 850 000 bébés par an, c’est énorme de conséquences prévisibles : dés 2018, les premiers d’entre eux arriveront sur « le marché du travail ». A raison de 350 000 nouveaux jeunes demandeurs d’emplois supplémentaires par an, il sera totalement impossible de ne pas baisser massivement la durée du travail afin de le partager vers les 32 h et les 30 h par semaine. Il sera encore plus absurde qu’aujourd’hui de reculer l’âge de départ en retraite. Voila pourquoi les banquiers auxquels se soumet ce gouvernement n’aiment pas les bébés.  Il faudra partager le travail sur la semaine, l’année, la vie.. et forcément partager en même temps les richesses produites ! Il sera impossible, explosif, de maintenir le taux de pillage du travail réalisé par les dividendes

Alors ces gens-là, les Medef, les Macron, les Jouyet, et autres Boone, quand il s’agit de leurs taux de marges, ont le sens de la planification et calculent : ne vaut il pas mieux des maintenant freiner cette expansion démographique impétueuse ?

Vive la gauche ! 220 au banquet républicain de St Etienne du Rouvray – après le Cantal, la Somme, les Pyrénées atlantiques, ça bouge dans le parti

lu dans médiapart (mais j’y étais)

03 octobre 2014 |  Par Stéphane Alliès

L’initiative “Vive la gauche”, lancée par les députés “frondeurs” fin août, se prolonge localement. À Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), dans la circonscription ouvrière de Laurent Fabius, plus de deux cents militants se sont réunis pour demander à leur tour un changement de cap au gouvernement, et un congrès à la direction du PS.

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Au milieu des assiettes de couscous et d’une chorale gospel chantant Bella ciao, la « salle festive » de Saint-Étienne-du-Rouvray a accueilli jeudi soir une des premières répliques de la fronde socialiste, qui n’agitait jusqu’ici que le groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Dans cette ville de l’agglomération rouennaise, administrée par des communistes alliés au PS, la petite centaine de militants de la section locale a fait de son traditionnel banquet républicain annuel un rendez-vous labellisé « Vive la gauche », du nom de ce collectif militant créé lors des dernières universités de La Rochelle (lire ici) par les députés de « l’Appel des cent ». Alors que ceux-ci n’ont plus été que trente-trois à s’abstenir lors du vote de confiance au gouvernement Valls 2 (lire ici), le 16 septembre dernier, leur initiative se relaie peu à peu sur le territoire.

Le lieu de la soirée n’est pas anodin. En plein cœur de la circonscription de Laurent Fabius, dans une fédération de Seine-Maritime « tenue » depuis une quarantaine d’années par l’actuel n° 2 du gouvernement, et votant au canon, congrès après congrès, pour le courant fabiusien ou celui qu’il soutient. Le ministre des affaires étrangères et ses proches et relais au niveau fédéral ne sont pas là, rares sont les élus présents, d’ailleurs. Tout juste aperçoit-on quelques conseillers généraux et régionaux, ainsi que la députée Estelle Grelier (pourtant pas une frondeuse), au milieu des 220 militants présents, venus de tout le département, dont un « petit tiers » de l’aile gauche du parti, assure un bon connaisseur local.

Gérard Filoche, Laura Slimani, David Fontaine, David Cormand, à Saint-Etienne-du-RouvrayGérard Filoche, Laura Slimani, David Fontaine, David Cormand, à Saint-Etienne-du-Rouvray © S.A

 

En guise d’apéritif, les interventions des socialistes et écologistes invités tirent toutes dans le même sens, celui d’un quinquennat qui n’est pas fini, d’un souhait que le gouvernement ne soit pas en échec, mais aussi d’une nécessité de rompre avec l’idée qu’il n’y aurait qu’une politique possible. Pour le jeune secrétaire de la section stéphanaise, David Fontaine, les militants présents sont « singuliers, car fidèles à (leurs) valeurs, le discours du Bourget et les soixante engagements de François Hollande ». Lui ne semble pas séduit par les états-généraux du PS (« C’est d’un congrès dont nous avons besoin ! ») lancés par Jean-Christophe Cambadélis et sa volonté de « changer la carte d’identité du parti », car « nous ne voulons ni changer notre identité, le socialisme, ni de pays, la gauche », dit Fontaine.

À sa gauche, l’écologiste David Cormand (président de groupe à la région de Haute-Normandie, et n° 2 d’EELV au plan national) embraye : « La compétitivité, ça passe par le renouvellement d’un modèle, pas par la baisse des droits sociaux. Jusqu’ici, la différence entre la gauche et la droite se faisait sur la redistribution de quelques points de croissance. Désormais, comment fait-on la différence quand il n’y a plus de croissance ? »

Autre « locale de l’étape », Laura Slimani, présidente du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) et adjointe au maire de Rouen, a elle plaidé pour « le rassemblement de la gauche face au sectarisme », allusion aux punitions ayant sanctionné les députés frondeurs (lire ici). Avant d’estimer, devant un auditoire qui assiste à la montée du FN dans un département populaire où la droite républicaine est très faible, que « c’est quand la gauche va sur le terrain de la droite qu’elle favorise la montée du FN ».

Un message vidéo de Jérôme Guedj plus tard, où le président du conseil général de l’Essonne et figure de l’aile gauche du PS note que « les sujets qui divisent sont précisément ceux qui ont été débattus en amont et collectivement », et l’invité de la soirée, Gérard Filoche, autre figure de l’aile gauche du PS, conclura les prises de parole, avec le mérite de résumer les désarrois. « Comment s’est-on retrouvé dans une situation où toute la gauche se dit “ce n’est pas notre politique qui est menée” ? », lâche l’inspecteur du travail à la retraite et membre du bureau national du parti. Avant de répondre lui-même à sa question : « Parce qu’on ne veut pas prendre l’argent où il est, parce qu’on ne veut pas taxer les 440 milliards des 500 familles les plus riches du pays, ni récupérer les 600 milliards d’évasion fiscale. »

Banquet républicain de « Vive la gauche », à Saint-Etienne-du-RouvrayBanquet républicain de « Vive la gauche », à Saint-Etienne-du-Rouvray © S.A

Dans la salle, beaucoup de cheveux blancs acquiescent, les yeux parfois dans le vide, comme incapables de s’avouer qu’ils ne se reconnaissent plus dans un parti pour lequel ils militent depuis si longtemps. « On ne sait pas bien si les abstentions des frondeurs servent à quelque chose, explique un vieux militant rouennais, mais cela permet aux militants de s’accrocher, de ne pas partir. » Un autre, la trentaine, est plus désabusé : « Notre dernière réunion de section était une succession de monologues sur la situation de sa rue, de son boulot, des discussions au marché… Il n’y a plus de réflexion collective, c’est comme si on avait appuyé sur le bouton « pause », sans savoir si on réappuierait dessus. »

Jacques, agriculteur à la barbe foisonnante, est tout aussi consterné. « Aujourd’hui, les élus encalminent le parti avec leur carrière politique, sans savoir de quoi est fait le quotidien des gens et de leurs intérêts, se désole-t-il. Ici, les maires sont désignés, les cadres du parti sont interchangeables. On est arrivé à une situation où être socialiste est devenu un métier, où cadres, élus et conseillers ne travaillent plus qu’au parti. C’est normal qu’il y ait des permanents, mais c’est comme s’il n’y avait plus que cela parmi ceux qui nous représentent. » Un autre, Patrick, délégué syndical CFDT, espère toutefois que « ce type de soirée permettra d’adresser un message à nos dirigeants ». Il l’explicite : « On ne demande même pas de coup de barre à gauche, juste qu’on redresse la barre et qu’on reprenne les promesses de François Hollande. »

Sur le parking de la salle des fêtes, Léa se réjouit de l’affluence nombreuse de la soirée. « On voulait montrer la base et sa colère, dit cette doctorante en histoire de 23 ans. Sans nous, il n’y a plus d’élus, il n’y a plus rien. Nous, on milite, on croit en ce qu’on fait, et il faut nous écouter. » À La Rochelle, elle dit avoir crié son exaspération : «  »J’aime les entreprises, j’aime les entreprises… » C’est compliqué de dire, une fois, j’aime les salariés ?! » Ce jeudi soir, à Saint-Étienne-du-Rouvray, elle lâche un dernier soupir, avant de quitter la fête. « Quand des électeurs et des sympathisants viennent me demander ce que je pense de la situation, ils me disent toujours après ma réponse : « Ouf, je suis pas tout seul. » J’ai les boules quand je revois les amis que j’ai convaincus de ne pas voter Mélenchon… »

appel de 159 socialistes dans le 76

Pour une commémoration militante du centenaire de la mort de Jaurès.

Il y a cent ans, était assassiné Jaurès, un homme qui n’eut de cesse de mobiliser la conscience de l’humanité contre la domination du capital et pour ce faire, de tendre tous les ressorts de la démocratie hérités de la révolution française.

Cent ans plus tard, La libre circulation des marchandises et des capitaux ne garantit ni la satisfaction des besoins humains fondamentaux, ni la pérennité des ressources naturelles. Le libre jeu démocratique s’avère impuissant quand la rage déborde des espérances brisées, des promesses non tenues, des institutions obsolètes. Le laissez-faire détruit et désespère.

La gauche vient de subir une grave défaite électorale. Femmes et hommes de tous les courants de la gauche, nous considérons qu’il faut cesser de reculer. Si mille débats et combats sont à mener pour laver l’affront et éviter une catastrophe politique, il est en même temps nécessaire de relever le drapeau de la gauche et le nom de Jaurès y est brodé tout en haut. Peut-on admettre que l’anniversaire de sa mort soit simplement coincé entre deux parades militaires commémorant la grande boucherie qu’il a cherché à éviter jusqu’à son dernier souffle ?

Jaurès soutint les grèves ouvrières et défendit le capitaine Dreyfus comme l’ouvrier Jules Durand. Nul doute qu’il ne séparerait pas gauche sociale et gauche morale, réalisme et radicalité, réforme et révolution comme il n’aurait pu imaginer que le socialisme coupât lui-même son lien avec les ouvriers. Jaurès défendit la séparation de l’Eglise et de l’Etat sans hostilité pour les croyants d’aucune religion. Jaurès réalisa l’unité des socialistes et la collaboration avec le syndicalisme pour créer les conditions de la transformation sociale. Jaurès ne négligeait nulle avancée ni réalisation concrète sur la voie de la justice et de l’égalité, en leur insufflant toujours le sens du combat général. Jaurès se passionnait pour l’éducation et l’enseignement, confiant dans les capacités des jeunes générations. Jaurès transmettait l’héritage de la France révolutionnaire à une plus large humanité de peuples européens et coloniaux. Jaurès dénonçait la diplomatie secrète, celle qui se fait dans le dos des peuples et à leur détriment.

Nous militants de gauche, syndicalistes, socialistes, écologistes, communistes, artistes, historiens et citoyens engagés, souhaitons organiser une commémoration militante de la mémoire de Jaurès. Nulle intention de canoniser Jaurès, simplement souligner l’actualité de ses combats et de sa pensée, nous envisageons donc d’inviter un historien qui décrira avec toute sa rigueur scientifique ce que fut cet homme au-delà des mythes. Si les morts ne parlent pas aux vivants, leurs écrits et la mémoire de leurs actes peuvent éclairer les nôtres.

159 signatures    le 15 Septembre 2014

 

Les premiers signataires

Julian Alvarez, Jean-Louis Amans, Laurent Anquetil, Diana Armengol Markarian, François Auber, Valérie Auvray, Franck Baguet, Myriam Bakkali Prusinowski, Delphine Balidas, Jean-Luc Ballester, Jean-Marie Barbazanges, John Barzman, Emmanuèle Beaudouin, Jean-Michel Bérégovoy, Véronique Bérégovoy, Christophe Bernier, Isabelle Berteloot, Bruno Bertheuil, Philippe Besnard, Jean-Claude Biard, Françoise Blanchard Seïssan, Hervé Blanchetierre, Anne Blanchetierre, Annick Bonneau, Yann Bonnin, Thomas Bourreau, Jean-Claude Branchereau, Christophe Buisson-Simon, Marie Anne Burel, Marc-Olivier Caffier, Christophe Callay, Eric Canehmez, Marianne Canehmez, Matthieu Charlionet, Dominique Chauvel, Franck-Olivier Chauvin, Antoine Chicha, Franck Cœur d’Acier, Jean Paul Commare, Florence Cordonnier Rosée, Ange Couppey, Joseph Cuvier, Jean-Pierre Degris, Barta Dekkiche, Ludovic Delesque, André Delestre, Denise Delestre, Jean-Philippe Depaquis, Rodolphe Devaure, Yves-Marie Devillers, Pierre Dieulefait, Christophe Duboc, Jean-Numa Ducange, Marc Dupuy, Fatima El Khili, Michelle Ernis, Jean-Yves Flaux, Alain Floch, David Fontaine, Guy Gaillard, Jean-Loup Gervaise, Valérie Gibert-Thieulant, Colette Gluck, Gérard Gonac’h, Clara Gonac’h, Jeanne Gonac’h, Christian Goubin, François Grébonval, Laurent Guerbeau, Ludovic Hanivel, Hélène Hatinguais, Elisabeth Haw, Florence Hédouin-Léautey, Marc Hedrich, Jacky Héloury, Marcel Hodiesne, Sara Horchani, Patrick Jeanne, Michel Juhel, Hélène Klein, Philippe Koechlin, Elisabeth Labaye, Manuel Labbe, Denis Lacaille, Olivier Lainé, Frédéric Lamblin, Pascal Langlois, Olivier Latron, Benoît Leclerc, Pierre Leconte, Jean-Marie Leduc, Daniel Legendre, Jean-Luc Leriche, Loïc Leroi, Françoise Lesconnec, Alain Létuvé, Nadine Lorentz, Pierre Louvard, Albane Louvet-Duboc, Marie Mabille, Cécile Madeline, Andrée Mahay, Jean-Louis Maillard, Jean-Claude Malo, Anne Manzano, Pascale Marchal, Jean Marie Martin, Stéphane Martot, Pierre Mauduit, Jacky Maussion, Hervé Menchon, Brigitte Merlin, Bernard Moglia, Laurent Moinet, Véronique Moinet, Cyrille Moreau, Nicole Moulin, Olivier Mouret, Joachim Moyse, Pierre Munnier, François Panel, Jean Payen, Bertrand Pericey, Ludivine Perroux, Benoît Petel, Christine Picot, Christophe Pouliquen, Marceau Privat, David Querret, Pascal Quilan, Marie Ragu, Jean-Marie Réveillon, Guy Ridel, Christian Roger, Catherine Rosée, Claire Saint-Martin, Dominique Samson, Marie Savoye, Irène Schackemy, Pascal Séjourné, Patrice Siard, Françoise Siard, Laura Slimani, Joël Soury, Claude Taleb, Stéphanie Taleb Tranchard, Jean-Claude Thomas, Laurence Tranchard, Lydie Turco, Marie-Christine Vacavant, François Vaillant, Jean-Luc Varin, Jean-Bernard Vatinel, Jean-Luc Viaux, Mathieu Vilela, Olivier Vives-Carceller, Christophe Vives-Carceller, Guy Wurcker, Karima Younssi

 

Dire « non » à la politique du gouvernement Valls ce n’est pas s’opposer au PS, c’est le sauver.

Le gouvernement Valls n’émane pas du PS. Il lui a été imposé par le mécanisme non démocratique des institutions de la Ve République. Il ne rassemble pas les socialistes, mais une toute petite partie d’entre eux. Il ne correspond pas au « projet » des socialistes, ni au vote de ses congrès.

Le gouvernement Valls ne rassembla pas davantage la gauche, et encore moins les électeurs de gauche, il les décourage et les pousse à l’abstention. C’est un gouvernement qui repose sur une tête d’épingle, qui défend une politique qui n’a pas de majorité dans le pays.

Le gouvernement Valls mène une politique qui échoue tant sur la baisse des déficits que celle de la dette. Elle aggrave les inégalités et le chômage de masse. Elle suscite un mécontentement croissant, et va donc dans le mur.

Puisque ni le président ni le gouvernement ne veulent se rendre compte de l’impasse dans laquelle ils sont et nous enferment, il urge d’en sortir. Chaque jour de plus de la politique du gouvernement Valls nous entraine dans la catastrophe. Il reste peu de temps pour corriger et sauver le quinquennat d’une débâcle complète.

Le débat d’idées et de conviction nous le menons tout le temps et partout, dans les institutions, dans le parti, dans les assemblées de la gauche, dans les luttes sociales. Ca se joue dans les mois qui viennent, surtout pas en « attendant 2017″.

Mais s’il y a un endroit (en attendant l’explosion sociale) ou, à l’heure actuelle, il peut se dénouer c’est au Parlement : il existe assez de députés convaincus pour refuser le budget « grec » catastrophique que le gouvernement veut imposer pour 2015 : 50 milliards en moins sur les besoins sociaux, Sécu, collectivités territoriales, fonctionnement des services de l’état, (allocations familiales) et 41 milliards donnés totalement en vain au Medef qui, avec la droite en demande le double.

Alors le Premier secrétaire socialiste, non élu, JC Cambadélis a  affirmé que si les députés votaient « non à la confiance » ils seraient exclus ( scissionnant le parti) puis le Président a affirmé que si la confiance n’était pas votée il dissoudrait l’Assemblée (la remettant à la droite UMP FN). Cette double menace est d’une grande violence antidémocratique.

C’est inadmissible de parler « exclusion » et « dissolution » face à la gravité de la crise morale, politique et sociale que nous vivons,  dés que le débat sur une autre orientation à gauche s’impose. Ce caporalisme (qui sanctionne aussi  des députés) est d’un autre âge. Ce côté totalitaire n’est ni social ni démocrate, il empêche tout débat, tout progrès, toute chance de nous sauver.

Alors les députés ont cherché un biais tactique pour se mettre d’accord entre eux et agir :  sans voter « non », s’ils étaient assez nombreux (autour de 65, 70) pour s’abstenir, au prochain vote, celui du budget, celui-ci ne passerait pas.

On peut comprendre que les 100 députés mettent du temps pour se « trouver », et pour peser sur le fond. On comprend les soucis tactiques forcément. On sait hélas que face aux hésitations, le gouvernement Valls en joue et, propose de maigres contreparties, de maigres amendements qui ne modifient pas, même à la marge, la catastrophique orientation.

Mais il faut bien se décider à débattre, à se mettre d’accord et à sauter le pas. Il faut prendre des risques, car sinon la défaite, elle, est certaine. Au moins faut- il le dire, en faire prendre conscience, car le temps passe, d’autres déroutes électorales sont possibles si on ne fait pas ce qu’il faut à temps.

Pour aider, il faut multiplier les rencontres roses, rouges, vertes, car il vaut mieux avoir, en faisant tomber Valls, un gouvernement alternatif prêt s’appuyant sur la majorité réelle existante du Parlement, EELV PS FdG.

Dans la construction indispensable incontournable, urgente d’une unité rose rouge verte, on ne réglera pas tout, ni le passé, ni tout le futur, ce qu’il faut c’est le présent, l’immédiat, un programme d’action court essentiel, sur deux ou trois questions essentielles pour nos électeurs, pour les salaries, pour le pays. Un programme de gouvernement donnera confiance dans la mise en cause de Valls, dans la possibilité d’assumer sa chute, et réduira les risques d’une aventure de type exclusion et dissolution. Cela peut même convaincre le président de ne pas faire un putsch suicidaire contre sa propre majorité de gauche.

On a besoin d’un « programme de gouvernement immédiat » avec une réforme fiscale, et une relance sociale (hausse des salaires, droit du travail, contrôle des licenciements,  réduction du temps de travail) redistribuant les richesses pour que l’économie reparte. Ca redonnera confiance à gauche, donc dans le pays, ça repartira, la donne sera nouvelle.

La gauche socialiste doit se rassembler comme à Bellerive, et mieux qu’à Bierville et Vieux Boucau (Gard inclus). On n’a ni le temps ni les moyens de ne pas agir ensemble dans un « collectif » par delà nos différences – secondaires – d’approche.

A Bierville, dimanche 5 octobre, nous avons appelé à l’unité des socialistes, de la gauche socialiste et de la toute la gauche (en présence de Pierre Laurent et d’Emmanuelle Cosse).  A Vieux-Boucau, Guillaume Balas a explique à la presse qu’il voulait « un rassemblement de Laurent Baumel à Gérard Filoche.  Dans le Gard, Arnaud Montebourg a sans doute mieux à faire que d’attendre 2017, franchement c’est dans les mois qui viennent que tout se joue.

Nous proposons qu’il se mette en place un « collectif » de tous les socialistes contre l’austérité. De tous ceux qui veulent hâter des choix nouveaux. Qu’on coordonne organisationnellement nos efforts. Qu’on batte estrade communes. Pour ça, pas besoin de « chefs » de leaders, ni de « César » mais d’une volonté commune : halte à l’austérité, oui à un gouvernement de redistribution des richesses pour la relance.

 

 

 

 

On peut pas accepter… qu’un Président de gauche puisse se comporter de façon putschiste contre sa majorité de gauche

 

Nous sommes les héritiers du livre de François Mitterrand « le coup d’état permanent ». Nous sommes sociaux démocrates, c’est à dire contre le « pouvoir personnel ». En tant que socialistes, si nous sommes confrontés à un conflit entre un homme et une assemblée nous sommes pour le pouvoir à l’Assemblée, pas pour le bonapartisme. Entre un président, même élu au suffrage universel (ce qui est contestable) et une assemblée parlementaire élue au suffrage universel, nous donnons préférence et priorité à l’assemblée.

Là, nous sommes dans une situation politique ou le Président de gauche élu, a changé de politique par rapport à son programme électoral, par rapport a celui du parti qui l’a désigné et élu, par rapport à ce qu’il défendait lors des primaires, et par rapport à ses engagements de gauche dans son ensemble (rappelons qu’en avril et mai 2012, François Hollande proposait à Jean Luc Mélenchon de participer au gouvernement).

Ce fossé est tellement spectaculaire, que le président à nommé un Premier ministre qui ne représentait que 5 % des voix aux primaires, et que celui-ci n’a pu rassembler aucun autre secteur de la gauche, aucun autre secteur socialiste. Pire, le premier ministre de façon putschiste, le 25 aout dernier,  a insisté pour chasser deux ministres qui risquaient d’apparaître « dissidents » en dépit du fait que ceux-ci avaient voté toutes les mesures droitières de ce gouvernement.

Il est donc prévisible, naturel que surgisse une opposition parlementaire de gauche qui se réclame  des projets initiaux, programmes initiaux, discours initiaux du parti, de la gauche, du président…

Que cette opposition obtienne assez de force pour contrer la politique droitière du Président et du gouvernement, pour laquelle elle n’a pas votée, pour laquelle elle n’a pas été élue… est légitime. Or on en est pas loin, puisque la majorité est de 289 voix, et qu’il y a 290 députes socialistes. Au total il y a 340 députés de gauche rose rouge vert. Plus de 100 députés socialistes ont déclaré s’opposer à la politique d’austérité conduite par le Président en dépit du fait le Président nie qu’il s’agisse d’une politique d’austérité. Le conflit est là.

Que doit faire un président, démocrate, s’il est confronté à la mise en minorité d’un des gouvernement qu’il a désigné, par SA majorité de gauche ? Ce qui a guetté et guette encore à tout moment le gouvernement Valls, vu que le reste de la gauche ne vote pas pour lui et qu’une partie substantielle des socialistes s’opposent à lui ?

Nous noterons que la réponse de François Hollande, a d’abord été claire : ni démission, ni dissolution. Il avait évidemment raison de plaider en défense de son mandat contre le harcèlement de la droite. Il avait aussi raison de ne pas vouloir d’élections anticipées sous prétexte des difficultés rencontrées et exploitées par la droite.

Un « chantage à la dissolution » pour faire rentrer les députés socialistes opposants dans le rang, n’a aucun sens dans ce cas : puisque toute dissolution revient à la victoire de la droite et … donc à une démission.

Chacun sait en effet qu’une démission du Président ou qu’une dissolution, par lui, de l’Assemblée, dans le contexte actuel donnerait immédiatement une majorité probablement très massive à la droite.

Mais après, le vote de confiance arraché de justesse par le gouvernement Valls, le Président Hollande a déclaré que si ce vote n’avait pas eu lieu, il aurait dissous.

Notons qu’il a déclaré cela.. après. Mais notons aussi qu’une telle déclaration est inacceptable. Qu’est ce que signifie pareille menace sinon un « coup d’état permanent » ?

Cela ne signifie t il pas : « je préfère la droite plutôt qu’une autre politique de gauche dictée par une autre majorité de gauche » ?

Ou encore « - Si vous ne faites pas ce que je dis, je dissous et je donne le pouvoir à la droite ».

Ou encore il ne peut y avoir qu’une seule politique de gauche,… la mienne. Or François Hollande l’a redit « il n’y a jamais une seule politique possible ». Bien sur, il existe une autre politique de gauche possible.

Ou encore ça veut dire « le pouvoir du parlement est nul, soit il enregistre la volonté présidentielle, soit il est dissous ».

Mettre ainsi un couteau sur la nuque du Parlement est une des interprétations possibles de la Ve République : ce que fit Chirac en avril 1997.

Mais nous autres socialistes avons toujours été opposés au pouvoir personnel, à ce genre de coup de force (qui ne réussissent pas souvent… comme en 1997) et avons toujours préféré la démocratie. Au point que nous défendons une Vie République parlementaire et avons voté contre l’élection du Président au suffrage universel direct.

Il y a donc quelque chose d’intolérable et on ne doit pas s’y résigner, aux propos du Président.  Cette menace est d’une extraordinaire violence contre la démocratie, contre les socialistes, contre la gauche.

Propos hardis, car si par malheur, il mettait son chantage à exécution, il en paierait cher le prix :  non seulement il perdrait la majorité de gauche à l’assemblée, mais il serait réduit à une cohabitation dans les pires conditions, avec 13 % d’opinions favorables dans les sondages, la droite victorieuse demanderait chaque jour son départ, ca finirait en catastrophe totale. Un Président de gauche qui dissoudrait sa majorité de gauche dans de telles conditions serait profondément discrédité.

On doit plaider au contraire pour, dans un pareil cas, redonner davantage de pouvoir au parlement… de gauche. L’échec d’un gouvernement minoritaire nommé aux forceps contre sa propre majorité, contre sa propre politique initialement soumise au vote et adoptée, par un Président, c’est l’occasion de jouer le jeu de la démocratie, de valoriser le parlement.

Il est naturel en pareil cas que ce soit le parlement qui fasse une proposition de gouvernement et de réorientation au président.

C’est le Parlement qui doit l’emporter sur le Président en cas de conflit, pas l’inverse.

C’est pourquoi une majorité rose rouge verte doit s’imposer si le gouvernement minoritaire Valls échoue. C’est aux députés de jouer ! C’est aux groupes parlementaires de se réunir et de mettre au point une plateforme commune, un programme d’action immédiate. Nos partenaires de gauche sont prêts à cela.

Mais dira t on, le président « cohabitera » avec ce gouvernement rose rouge vert ? Ne vaut il pas mieux cohabiter avec une majorité de gauche qui défend ce que vous aviez défendu (même si vous l’aviez abandonné en route) que de cohabiter avec une majorité de droite.. qui vous combat politiquement et veut vous chasser personnellement ?

Il ne faut pas accepter le chantage  exercé par François Hollande, il faut défendre la démocratie, il faut introduire de la Vie république, en pratique et non pas durcir la Ve République dans ses plus mauvais travers.

Soyons sociaux et démocrates. Pas comme les libéraux qui sont si durs et si peu démocrates pour imposer une politique impopulaire.