Mon intervention au CN du PS du mardi 15 avril – Pour un parti libre, démocratique, uni et unitaire à gauche

Pour un parti libre, démocratique, uni et unitaire à gauche

Bonjour, salut et fraternité ! A Harlem et à tous. Ceux qui ont étudié les résultats électoraux des 23 et 30 mars et les ont projeté dans l’avenir, ont établi qu’avec le même niveau de vote, c’est à dire d’abstentions parmi l’électorat socialiste, nous allions perdre les européennes, le sénat, puis 19 régions sur 20 en 2015, la moitié des départements et finalement il nous restera un groupe de 50 députés sur 300 en 2017. Pourquoi mène t on une politique qui nous suicide ? Pourquoi ?

Il n’y a aucune fatalité à cela. C’est cap suicide ou cap a gauche. Il faut choisir de redresser tant qu’il est temps et dire que la politique suivie depuis 20 mois nous mène à notre perte. C’est arrivé à tous les autres avant, le PASOK, le PSOE, le PSP, à Papandréou, Zapatero, ou Socrates. Je ne croyais pas que cela pouvait nous arriver, mais cela été brutal les 23 et 30 mars. Que voulez vous, quand on prend 2,7 sur les petites retraites, qu’on gèle les points d’indice, qu’on bloque le Smic… qu’on annonce 35 milliards aux patrons et une austérité de 50 milliards avant les élections, nos électeurs nous ont sanctionné, ils n’avaient pas du tout voté pour cela en mai juin 2012.

Pour nous en sortir notre parti doit être libre, démocratique, uni et unitaire.

1°) Un parti libre. Tu as raison Jean-Christophe, il ne faut pas commencer une carrière de béni oui-oui à 62 ans – d’ailleurs à aucun âge. Et il faut que notre parti soit indépendant et fasse remonter ce que veulent nos électeurs à l’exécutif. Il doit même tirer les cloches, c’est de saison. Tiens un exemple : dire que nous sommes pour le Smic, nous opposer vivement à tout retour du Smic jeune. Le dire vigoureusement clair et net à Pascal Lamy, Hubert Védrine, Philippe Aghion, Gilbert Cette, Elie Cohen, et Pierre Gattaz et à cette offensive médiatique qui s’amplifie sur ce sujet parce que le président reçoit ces gens-là. Non au pouvoir personnel, non au pouvoir d’un seul homme. Oui a un parti vivant, démocratique.

2°) Un parti démocratique : parce que tu as raison Jean Christophe, il faut mener les débats, tous les débats, sérieusement, librement, jusqu’au bout, pas pour le plaisir de débattre mais pour avancer comme tu dis. Nous, nous avons mené le débat et alerté le BN sur le fait que nous allions dans le mur, partielles après partielles, et il y en a eu 8, de l’Oise à Brignoles, nous avons sonné l’alerte. Nous avons débattu et pas été entendus. On n’a pas avancé, on a reculé. Terriblement. La terrible déroute des 23 et 30 mars qui déstabilise tout l’enracinement local de notre parti, nous aurions pu l’éviter.

C’est pas un vote sanction local contre nos maires mais un vote national contre la politique de l’exécutif. Nos électeurs ont fait « grève électorale » comme tu as dit.

Et tout ça pourquoi ? Pour dire que nous redressons le pays ? Mais ce n’est pas vrai et on le sait tous. Depuis que nous diminuons les déficits, la dette augmente. Elle augmente ! Parce que notre politique n’est pas la bonne, même pour atteindre l’objectif officiel proclamé ! Bon sang répondez à cela ! Si on discute, discutons des faits, pour « avancer » Jean-Christophe ! On a baissé les déficits de Sarkozy de 7,5 à 5,3 puis à 4,3 l’an passé. Et la dette depuis 20 mois, depuis qu’on fait ça, a augmenté de 8 points, de 85,9 à 94,3 %. Comme un jardinier qui arrose la rivière pendant que son jardin s’assèche. Parce ce que donner la priorité à rembourser les intérêts d’une dette qu’on ne remboursera jamais, jamais, jamais, ça étouffe notre redressement économique, ça nous fait décliner. Je l’avais dit à la tribune du Congrès de Toulouse. Ca s’est vérifié partout ailleurs en Europe. Et ceux qui ont mené cette politique ont été battus partout en Europe. Partout.

On va faire quoi ? respecter 3 % pour faire plaisir au néolibéral fou, Olli Rehn, un gourou technocrate intégriste qui veut étrangler nos droits sociaux ? Pourquoi 3 % ? Qui a décidé, un beau jour, au doigt mouillé ? Ca rime à quoi ? Pourquoi pas 2 % et supprimer encore des écoles, des profs, des trains, des services publics ? Quelle folie !

Tiens prenons l’exemple de la baisse du salaire brut pour augmenter le salaire net, dont a parlé le camarade Guillaume Bachelay tout à l’heure à cette tribune. Ou a t on jamais discuté de cela ? Ou ? Ce n’est pas anodin, c’était dans le programme de Marine le Pen. Notre parti l’a combattu, et a publié des brochures, des articles pour l’attaquer. Car c’est un coup contre un élément fondamental du programme du Conseil national de la résistance, du CNR, contre la partie mutualisée mise dans un pot commune redistribuée à chacun selon ses besoins. Il est dit que les salariés auront « 500 euros de plus », mais on sait que ce n’est pas vrai. Ils n’auront jamais 500 euros de plus. Ils auront 500 euros de moins sur le brut et 500 euros de plus sur le Net. C’est un jeu de bonneteau. Mais qui paiera ce qui viendra à manquer sur la protection sociale ? Ce sera les impôts que les salariés devront payer pour compenser les 500 euros de moins pour la santé, les retraites etc..

Enfin disons-le : qui a inventé qu’on allait retirer 10 milliards du budget des collectivités locales à 11 mois des régionales et des cantonales ? Qui fait ça ? Pourquoi nous tuer ainsi ? Qui va défendre cela devant les électeurs ? En plus on annonce qu’on va diviser les régions et supprimer les départements. Vous vous rendez compte qu’on va présenter des milliers de candidats qui auront pour mission d’avoir 10 milliards de moins, de fermer leurs structures et de partir en cours de mandat en éteignant la lumière ? C’est courir d’avance et à grande vitesse à la défaite, ceux qui programment cela sont soit inconscients soit organisateurs du suicide collectif. Tout ça pour arriver à un système de « landers » français, encore inconnu chez nous, et qui sera à coup sur plus couteux et moins démocratique…

3°) Un parti uni : notre parti ne peut être uni que s’il est libre et démocratique. Tu dis que tu veux rassembler tout le monde, Jean-Christophe, mais tu arrives, nommé dans la foulée d’un gouvernement qui ne représente qu’une tête d’épingle, même pas toute la motion 1 du Parti socialiste. Il ne rassemble pas tous les socialistes. Il ne rassemble pas la gauche non plus , ni les Verts, ni le FdG. Il ne vous échappe pas qu’il n’a pas de majorité dans le pays, parmi les salariés, ni au Parlement pour faire sa politique, pour donner 35 milliards sans contrepartie à Gattaz et pour réduire de 50 milliards le bien-être de nos concitoyens. Il y a 88 députés qui le refusent. Au BN il y a 29 membres sur 72 qui le refusent, il y a 7500 militants qui ont signé l’appel de ces 40 % du BN. Et ici 32 % qui disent « non ». Il faut entendre et faire les gestes, c’est à la majorité de les faire, pour nous rassembler.

Alors pour en sortir, il fallait un vote militant, essayer de redonner un souffle, reconstruire, un élan indépendant à notre parti, au moins respecter le droit pour les militants d’élire (puisque ça se faisait ainsi, c’est pas nous qui l’avions demandé), le premier secrétaire. Car va trop mal. En refusant ce vote, ça n’unifie pas le parti, faire voter en juin aurait été un bon signal. Mais vous refusez, vous avez tort. Auriez vous peur des militants ? Il est vrai que la motion 1 n’est pas sure d’avoir conservé une majorité dans le parti, pas plus que le parti n’a conservé ses électeurs. Les mêmes effets extérieurs ont surement les mêmes conséquences intérieures. Non ? Si ce soir il y a 72 voix à 147, qui nous dit que dans le parti ce n’est pas l’inverse ? On ne le saura pas puisque vous ne voulez pas le vote. Ce qui affaiblit le reste : le débat.

4°) Enfin un parti unitaire : reprenons contact avec la gauche au lieu de chercher à plaire à la droite. Le parlement doit l’emporte sur l’exécutif. Démocratie là aussi. Il n’y pas de majorité dans le parti, dans la gauche et dans le pays pour la politique du gouvernement Valls, mais il y a une majorité rouge rose verte au Parlement, à retrouver, à reconstruire, à rassembler. Retrouvons tous nos électeurs de gauche avec un gouvernement EELV PS FDG, rouge rose vert.

 

 

annexe :

 

Motion préalable déposée au Conseil national du Parti socialiste

Cette motion d’ordre préalable aux débats du Conseil national du mardi 15 avril a été déposée pour Maintenant la Gauche, UMA et des camarades de la motion 4 par Patrick Ardouin, Marie Bidaud, Guillaume Balas, Gérard Filoche, Olivier Girardin, Jérôme Guedj, Frédéric Lutaud, Barbara Romagnan.

Présentée notamment à la tribune par Jérôme Guedj, ce texte demandant un vote rapide et ouvert des militants socialistes pour leur premier secrétaire a obtenu au CN 54 voix en sa faveur, 131 contre et 4 abstentions :

Plus que la défaite aux élections municipales, cest son ampleur qui exige une prise de conscience et une réaction de notre parti.

Nous avons connu par le passé des moments dalternance politique douloureux mais il sagit aujourdhui dune défaite sans précédent, nos bases historiques et politiques que sont nos communes viennent de tomber.

Les Français nous somment de réagir. Labstention massive de notre électorat comme la montée de lextrême droite sont lexpression de la déception et de la colère de nos concitoyens. La crise, les Français la vivent au quotidien, et ce nest pas un manque de pédagogie ou de communication sur nos réformes qui ont engendré de tels scores. Les français, à travers leurs votes, ont exprimé un décalage profond entre la politique gouvernementale et ce pour quoi ils avaient voté en 2012.

Le Parti socialiste, ses élus, ses représentants ont été sanctionnés. Cest en cela que la défaite est collective. Il nous revient alors, en toute lucidité, de débattre de nos orientations politiques ; sinon à quoi servirait un parti politique ?

Il faut malgré tout se relever et pour cela reconnaître que le Parti socialiste na pas su entendre alerter, proposer, exister tout simplement depuis deux ans que nous sommes aux responsabilités.

Il nous faut recréer un dialogue entre lExécutif, le Parlement et le Parti, en respectant les prérogatives de chacun mais en nignorant pas leurs fonctions respectives. Nul autre que les adhérentes et les adhérents ne peuvent décider de lorientation et de celles et ceux qui lincarnent !

La question «à quoi sert le PS aujourdhui ? » doit maintenant être posée collectivement.

Il revient aux militants et à eux seuls de dire la suite.

Aussi vu la gravité de la situation deux exigences immédiates simposent :

- Ne pas avaliser un changement de premier secrétaire sans que les militants aient pu en décider ce qui suppose quils puissent voter entre des candidatures alternatives claires.

- Engager une procédure permettant aux militants dintervenir sur le fond de la ligne politique, sur le fonctionnement démocratique et pluraliste, comme sur le rôle du parti socialiste et de ses adhérents.

Soyons clairs il ne suffit pas de donner la parole aux militants mais de leur rendre le pouvoir.

Nous demandons donc la mise en place dune direction collégiale chargée dorganiser des États généraux des socialistes avec la remontée de cahiers de doléances et propositions dici la rentrée puis à lautomne un congrès. Aujourdhui notre parti a moins besoin dun chef que dune dynamique collective, moins besoin de mesures bureaucratiques que de changements politiques.

Car au-delà du PS, cest lavenir du pays et de la gauche qui se joue.

Nous devons retrouver le cap du rassemblement des forces de gauche et des écologistes mais pour retrouver ce chemin de lunité, il est essentiel et primordial que le PS redevienne lui-même, un parti socialiste, capable de porter lespérance des classes moyennes, des couches populaires et d’être au cœur du peuple de gauche.

Diminuer le salaire brut pour hausser le net, c’est une indignité, c’est le programme de Marine le Pen depuis des années

 

Non, un salarié payé au Smic ne percevra pas 500 euros de plus par an !

Le  « pacte de responsabilité » annoncé par Manuel Valls devrait s’accompagner, pour équilibrer les 15 milliards d’euros supplémentaires de cadeaux au patronat d’un « pacte de solidarité » de 5 milliards en faveur des salariés.

La disproportion est déjà manifeste car, si l’on ajoute les 20 milliards d’euros annuels de cadeaux au patronat, sans la moindre contrepartie en termes d’emplois, c’est 35 milliards d’euros que percevra le patronat. 5 milliards d’euros, cela ferait 7 fois moins.

Mais surtout, ce qui est accorde de la main gauche, est retire de la main droite. Il s’agit d’un simple tour de passe-passe. Le patronat n’aura pas à financer quoi que ce soit, ce sont les salariés qui financeront l’augmentation de leur salaire net en voyant diminuer leur salaire indirect, les cotisations sociales.

Quel sera le résultat de ce tour de bonneteau ?

Soit le manque à gagner pour la Sécurité sociale sera financé par les impôts. Mais cela ne pourra être que les impôts des salariés puisqu’il a été annoncé la diminution des impôts payés par le patronat : l’impôt sur les sociétés passerait de 37 % à 28 % des bénéfices, la C3S disparaitrait et de nombreuses taxes payées par le patronat seraient supprimées. Comme l’écrivait Alphonse Allais « Il ne faut faire aux microbes aucune peine, même légère ». Mais dans ce cas, qui paiera les augmentations d’impôts nécessaires si ce n’est les salariés ?

Soit le manque à gagner de la Sécu ne sera pas financé par les impôts. Dans ce cas, il n’y aura plus que deux possibilités. Ou les salariés devront renoncer à se soigner alors que plus de 30 % de notre pays ont déjà dû renoncer à se soigner en 2013 parce qu’ils n’en avaient pas les moyens. Ou les remboursements seront faits par les mutuelles ou les assurances complémentaires mais dans ce cas, les salariés verront leurs cotisations augmenter.

Ce qui a été donné d’une main sera repris de l’autre, en fragilisant encore plus, au passage, la Sécurité sociale.

Cette proposition n’a été débattue nulle part. Aucune motion, aucun texte du PS, aucune assemblée de militants ni d’élus, de députés ne l’a envisagée.

Pour la bonne raison que cette proposition est dans le programme de Marine le Pen depuis des années et que nous avons publié des dizaines d’articles, des brochures, des livres pour la dénoncer. Toute la gauche l’a dénoncé, le parti socialiste le premier.

C’est une proposition qui s’attaque à un élément symbolique central du « pacte social français » comme on dit, c’est à dire de ce qui est issu du programme du Conseil national de la résistance.  Il s’agit de casser ce salaire mutualisé collecté et redistribué à chacun selon ses besoins, en cas de maladie, de chômage, de famille nombreuse, de besoin de logement, d ‘accident du travail ou de retraite.

Baisser le brut pour hausser le net n’est pas seulement un tour de passe passe ou une malhonnêteté, c’est une attaque centrale contre tout ce qui fonde la protection sociale en France depuis 1945.

Mon intervention au BN du PS mercredi 9 avril 14

Comme beaucoup ici, je suis embarrassé par cette concomitance entre le remaniement ministériel, et le « remaniement » du Parti socialiste ? Cela ne se passe pas sainement. Ca nous tombe dessus ce matin par la radio, on apprend que notre premier secrétaire est délogé, relogé et qu’il y en a un autre. Cela fait apparaitre un changement de Premier secrétaire du Parti socialiste comme une révolution de palais télécommandée, c’est gênant. Pour les militants. Pour nous tous.

Dans la Ve République, tout est toujours vicié par la concentration des pouvoirs à l’Elysée. Même un président qui veut être « normal » ne parvient pas à l’être tellement il est harcelé de tout trancher. Si on est sociaux-démocrates, ça veut bien dire social ET démocrate. Nous n’aimons pas le pouvoir personnel. Un homme ne doit pas tout diriger. Le Parlement doit l’emporter sur l’exécutif. Nous avons même souvent dit que nous étions pour une « démocratie participative ». Nous sommes un parti ouvert, pluriel et nous devons savoir nous rassembler. Le parti doit être indépendant, pas « godillot » pour faire remonter les aspirations des électeurs face aux errements éventuels de l’exécutif. A lui d’exercer son droit d’alerte… avant un autre 21 avril.

Or, là tout semble se télescoper et ne pas fonctionner.

Harlem Désir n’a pas démérité. J’exprime respect et affection pour lui. Halte au lynchage et au bouc émissaire trop facile. Ce n’est pas lui qui a perdu les municipales. Aucun premier secrétaire n’aurait pu faire mieux dans ces conditions politiques. Pas plus Jean Christophe. Personne ne fera mieux avec l’aggravation de la ligne qui a conduit à la déroute des 23 et 30 mars. Ce n’est pas une question de casting. Le respect du parti et des institutions existantes aurait même du exiger s’il y avait remaniement, que ce soit le premier secrétaire qui soit pressenti pour être premier ministre, pas un simple secrétaire d’état. Qu’a donc de moins Harlem Désir par rapport à Manuel Valls ? Rien au fond. Par contre, Manuel Valls avait eu 5% à la primaire, Harlem Désir avait été élu à 61 % des militants.

Nos électeurs nous ont infligé une défaite municipale sans précédent qui nous ramène avant 1977.  Ce n’est pas à cause du parti, ni du premier secrétaire. Ils ne l’ont pas fait non plus à cause de nos maires, ni des militants qui se sont dévoués corps et âme, mais à cause de la politique d’austérité du gouvernement qui prend aux petits pour donner aux gros, qui bloque les salaires, les petites retraites et donne des dizaines de milliards aux actionnaires et rentiers. C’est le prix payé pour ne pas avoir respecté les espoirs de mai juin 2012, à ne pas s’en tenir à l’esprit du discours du Bourget. Cela ne signifie en aucune façon une « droitisation » de la société : pas du tout, la droite n’a pas gagné en voix mais en pourcentage, elle n’a pas progressé ! C’est le PS qui a perdu, parce que délibérément de 10 à 14 % de ses électeurs ont choisi de s’abstenir comme le disait Christophe Borgel la semaine passée. Le peuple de gauche attend une politique de gauche, c’est normal.

L’exécutif devrait entendre et corriger ce qui a provoqué une sanction électorale de cette importance. Mais il s’y refuse. Est nommé un gouvernement qui repose sur une tête d’épingle, qui ne rassemble non seulement pas toute la gauche (ni les Verts, ni le Fdg) mais il ne rassemble même pas toute la motion 1 majoritaire du Congrès de Toulouse, il ne rassemble pas tous les socialistes. Et pourtant ce gouvernement déclare carrément,  de façon inouïe qu’il « est difficile de faire quelque chose pour les salariés » (93 % des actifs de ce pays !). Il « accélère » plus vite et plus fort la politique antérieure qui a échoué. Une politique qui a non seulement échoué partout où elle a été menée en Europe mais qui a fait perdre tous ceux qui l’ont appliqué (MM. Papandréou, Zapatero, Socrates.)  Danger !

J’entends Jean-Christophe Cambadélis dire qu’il y a « des fondamentaux qui se perdent ». Il prend comme exemple des camarades qui ont préféré se faire élire conseiller municipaux que de faire barrage au Front national. Sans doute. Mais je vais vous surprendre quoi que je l’ai déjà signalé cela la semaine dernière. Il y a plus grave.  Le gouvernement vient de préconiser devant l’Assemblée nationale la baisse du salaire brut pour augmenter le salaire net. On n’a jamais discuté de cela nulle part, jamais un texte,  jamais une motion, jamais un rapport…

Mais c’est inquiétant : ce sont les salariés qui financeront l’augmentation de leur salaire net en voyant diminuer leur salaire brut, indirect, les cotisations sociales.

C’est un tour de bonneteau.  Le manque à gagner pour la Sécurité sociale sera financé par les impôts… payés par les salariés ! Ou sinon en baisse de soins.

Ce sera symboliquement le choix de diminuer le grand principe de solidarité incarné par la mutualisation d’une part des salaires redistribuée à chacun selon ses besoins.

C’est bien ainsi que nous avions combattu cette proposition qui sort tout droit depuis cinq ans … du programme de Marine Le Pen. Ca fait des années qu’elle propose de réduire le brut pour augmenter le net : nous dénonçons cela dans toutes nos brochures !  Oui Jean Christophe il y a des fondamentaux qui sautent ! Sans que personne ne réagisse, sans débat.

Au moins dans des conditions pareilles faut-il tout faire pour donner la parole aux adhérents et permettre, puisque les statuts le prévoient, une élection du nouveau secrétaire par les militants. Puis que Harlem démissionne, il faut une élection régulière, loyale, enregistrer les candidatures au CN du 15 avril et remettre les décisions aux militants. Une vraie élection, pas une ratification.

Quand à un congrès, s’il en faut un, anticipé, oui, mais sur le fond,  avant fin 2014, pas pour régler des problèmes de clans, de motions, ni même de direction, mais un congrès c’est nécessaire pour consulter les militants redresser la barre, faire savoir au gouvernement ce que pense la gauche, ce que pensent les socialistes, comment on doit agir, réorienter pour éviter la catastrophe aux prochaines élections. Car il y a un grand risque sérieux que nous perdions toute la séquence électorale à venir. Or c’est évitable, y a pas fatalité absolue à aller dans le mur, à tout perdre dans une autre 21 avril en pire, si à temps, le parti dit ce qu’il faut, à partir des souhaits démocratiquement exprimés de nos électeurs.

Valls : rien pour les salariés… tout pour les banquiers

Le nouveau Premier ministre l’a dit « il est difficile de faire quelque chose pour les salariés ». Alors il fait tout pour les employeurs, les actionnaires, les banquiers privés.

Il va donner entre 20 et 35 milliards aux chefs des entreprises. CICE, pacte de compétitivité, de responsabilité, de solidarité s’ajouteront pêle-mêle aux 65 milliards d’exonérations couramment accordées pour les salaires de 1 à 1,3, 1,6 ou 2,5 fois le Smic, ce sera selon. Pierre Gattaz réclame 100 milliards au nom du Medef, il ne sera pas loin de les avoir.

Les cotisations sociales seront supprimées pour l’employeur d’un salarié payé au Smic. Les cotisations patronales à l’Urssaf (réseau de collecte des cotisations) seront « entièrement supprimées » au 1er janvier 2015, selon Manuel Valls. Cela permet d’aboutir à « zéro cotisation pour l’employeur d’un salarié payé au Smic », selon lui. Dès lors, le barème des allègements existants entre le Smic et 1,3 fois le Smic « sera modifié en conséquence ». « Nous y consacrerons 4,5 milliards d’euros ».

Par ailleurs, « pour les salaires jusqu’à 3 fois et demi le SMIC, c’est-à-dire plus de 90 % des salariés, les cotisations famille seront abaissées de 1,8 point au 1er janvier 2016″. « Cela représente un allègement supplémentaire de près de 4,5 milliards d’euros », a-t-il précisé. Les travailleurs indépendants et artisans bénéficieront d’une baisse de plus de 3 points de leurs cotisations famille dès 2015, ce qui représente 1 milliard d’euros. Ces allègements s’ajoutent au crédit d’impôt compétitivité (CICE) qui représentera 20 milliards d’euros en 2015 pour les entreprises. Au total, Manuel Valls a promis une baisse du coût du travail de 30 milliards d’euros d’ici 2016: “Voilà l’effort de l’Etat. Il est à la hauteur de l’enjeu. 30 milliards de baisse du coût du travail… « 

De surcroit Manuel Valls annonce 50 milliards de réduction sur les « dépenses » publiques, s’attaquant aux services publics, à la protection sociale, aux collectivités territoriales. Il semble que 19 milliards seraient pris sur le budget de l’état (budget de 300 milliards qui génère 78,5 % de la « dette » présumée du pays). Il propose de prendre 10 milliards sur le budget de la protection sociale (budget de 450 milliards qui ne génère que 10 % de la dette présumée, 90 % provient d’ailleurs). Enfin il enlèvera 10 milliards aux collectivités territoriales (budget de 200 milliards qui génère 11,5 % de la dette).

Manuel Valls réduira l’impôt sur les sociétés et supprimera la C3S. ( - « contribution sociale de solidarité des sociétés - ») Il s’est aussi engagé à une baisse de l’impôt sur les bénéfices des sociétés et à la suppression d’un impôt sur le chiffre d’affaires, ainsi qu’une série de petites taxes sur les entreprises. Le taux normal de l’impôt sur le résultat des sociétés sera « abaissé à 28 % d’ici 2020, avec une première étape en 2017″. Les riches entrevoient donc une baisse de leurs impôts tandis que pour les ménages plus modestes Manuel Valls explique qu’il ne peut rien faire dans l’immédiat.

Ces 50 milliards assécheront notre économie, accroitront la récession, tout en diminuant notre bien-être collectif. Sachant que par ailleurs, il sera « remboursé » 50 milliards pour payer les intérêts de la dette (laquelle ne sera jamais remboursée) on peut mesurer l’austérité drastique que vont subir les citoyens de ce pays. C’est un tour de vis sans précédent. François Hollande participe désormais de la bande des quatre : avec Papandréou, Zapatero, Socrates, il assèche son pays et ponctionne ses citoyens pour plaire  à la troika, à la finance, aux banquiers et spéculateurs qui pèsent sur nos taux d’intérêt. Au lieu de s’en prendre à la finance comme il l’avait annoncé dans son célèbre discours du Bourget, il s’en prend au peuple écrasé par la finance.

C’est une fuite en avant, une sorte de suicide qui interroge : car qu’est ce qui pousse a choisir une orientation aussi folle, aussi suicidaire, aussi désolante pour le pays, pour nos concitoyens ?

Partout ou elle a été appliquée elle a échoué.

Partout, ceux qui l’ont appliquée ont été battus.

Il y a quelque chose de fou huit semaines avant des élections européennes à aller rencontrer le gourou intégriste libéral fanatique, Olli Rehn, et le monétariste ministre des finances allemand pour se faire confirmer qu’il faut tenir des objectifs budgétaires déraisonnables et inapplicables. L’Europe soumise aux libéraux n’est qu’un piège antisocial qui va mécontenter nos électeurs qui nous ont déjà sanctionnés les 23 et 30 mars derniers. A ne pas se lever contre, à passer un accord avec la droite européenne pour designer le futur président européen, il y a quelque chose de trouble, car on n’ose pas dire « inconscient » ni volontaire dans l’échec programmé au scrutin du 25 mai.

Manuel Valls a également organisé la déroute des socialistes en 2015 au régionales et cantonales. Annoncer qu’il va prendre 10 milliards à ces collectivités 11 mois avant le scrutin tient là aussi sur suicide. Mais annoncer que ces collectivités seront détruites aussitôt après tient d’une prouesse politique inédite. Les élus viendront pour fermer les conseils généraux, diviser les conseils régionaux et partir en éteignant la lumière. Le coût de ces mesures sera exorbitant.

Pour les salariés Valls opère une entourloupe déjà revendiquée depuis des années par le Front national : il s’agit de baisser les salaires bruts et d’augmenter légèrement les salaires nets. « Transformer du brut en net », c’est une opération de bonneteau : on donne quelques dizaines d’euros en net, on les retire du salaire brut, et il faudra compenser les manques que cela produira dans les caisses sociales… avec les impôts des salariés ! Le FN réclamait cette opération depuis longtemps, et pas l’UMP : c’est tellement contraire aux principes essentiels de notre système de protection sociale que même la droite hésitait à l’inscrire ouvertement à son programme.

Tout cela va entièrement contre le « message » que les électeurs socialistes ont signifié au Parti socialiste les 23 et 30 mars. L’électorat de gauche s’est abstenu à hauteur de 10 à 14 points pour manifester son mécontentement d’une absence de politique de gauche telle qu’elle a été attendue en mai juin 2012. Non pas parce qu’il y aurait une « droitisation » de la société : la droite n’a gagné des villes qu’en pourcentage pas en gagnant des voix.

La nomination du gouvernement Manuel Valls qui ne regroupe qu’une partie de la motion 1 du congrès de Toulouse est un camouflet aux électeurs de gauche.

 

On en est à regretter Jean-Marc Ayrault. Ce gouvernement resserré ne reflète qu’une toute petite partie de la gauche et des socialistes. L’Elysée embauche l’ex-sarkozyste Pierre Jouyet comme secrétaire général (c’est ce dernier qui affirmait que la BPI n’avait pas vocation à aider « les canards boiteux », qualifiant ainsi les entreprises qui fermaient pour raisons boursières et abusives) . La direction du parti socialiste est modifiée de façon antidémocratique, les listes électorales adoptées par les militants sont modifiées de façon bureaucratique, elles aussi, par dessus le vote des militants. Tout se passe comme une fuite brutale en avant dans une aventure que chacun perçoit comme un échec annoncé.

La persévérance dans ces cadeaux au patronat et cette austérité pour le salariat va donner des résultats catastrophiques : le gouvernement n’entend rien de l’ampleur du mécontentement, de la rage, qui règnent et grandissent à la base. Il a les yeux fixés sur les taux d’intérêt pas sur les besoins des salariés. Il flatte la finance pas ceux qui produisent les richesses. En réduisant les déficits, il augmente la dette. Comme un jardinier qui arrose la rivière pendant que son jardin dépérit. Comme ceux qui lancent des steaks aux requins en les prenant dans la bouche des passagers du navire.

Ca va à la défaite. Ca va à l’échec. Avec les scores des 23 et 30 mars, 19 régions seront perdues et il restera 50 députés sur 300. Quand ces défaites seront consommées le 25 mai aux européennes, en septembre au Sénat, en mars 2015, il restera deux ans, avec un président affaibli qui sera assailli tous les jours par la droite, avant la défaite totale en 2017. On a vu cela à Athènes, à Madrid, à Lisbonne, on croyait qu’une bonne intelligence nous épargnerait un tel sort, une telle pente fatale. Il nous reste à comprendre comment se fait le choix d’un suicide plutôt qu’une politique à gauche, pourquoi cette capitulation sans combat.

Il nous reste surtout à mettre en oeuvre tous les moyens pour empêcher la déroute que cette politique va produire.

Un premier pas a été fait par l’appel de 29 membres du bureau national contre l’austérité, contre la politique dite de l’offre, contre la baisse du coût du travail, pour la redistribution immédiate des immenses richesses accumulées par une poignée d’actionnaires, de banquiers et rentiers de notre pays.

Ca va mal, mais il ne faut jamais baisser les bras. Il y aura forcément un retournement sous l’impact de l’opinion de gauche majoritaire. Cette politique sociale libérale catastrophique est minoritaire dans le pays, minoritaire à gauche, minoritaire dans le parti socialiste. Les aspirations de gauche, elles, sont majoritaires, elles vont triompher en dépit de ce détour.

Le détail des votes à l’AN est : PS 279 pour, 11 absts; EELV 10 pour, 6 absts, 1 contre; PRG 14 pour, 3 abst; FdG 2 pour, 12 contre, 1 abst - Notre position, à nous, la gauche socialiste, motion 3 MLG, D&S c’est qu’il fallait résister et ne pas voter la confiance. Bravo donc à tous ceux qui à gauche, en défendant la gauche se sont opposés à cette politique suicidaire. Et particulièrement aux onze de l’A.N qui honorent notre parti et la République : Pouria Amirshahi, Fanélie Carrey-Conte, Nathalie Chabanne, Pascal Cherki, Jean-Pierre Dufau, Henri Emmanuelli, Jérôme Guedj, Philippe Noguès, Barbara Romagnan, Gérard Sébaoun et Suzanne Tallard.

Bravo aux 7500 socialistes qui, sur les différents sites, ont signé l’appel des 40 % du BN. Militants socialistes, il faut tenir bon, imposer le débat, la démocratie, défendre le meilleur de nos traditions de gauche, imposer un rapport de force qui permette de corriger les dégâts actuels de cette politique, et pas à pas défendre les droits des salariés.

Nous militons pour une alternative à gauche, par l’unité : un gouvernement EELV, PS, FDG.

Nous soutenons les luttes sociales qui défendent les salaires, la réduction du temps de travail, le droit du travail, et bataillent pour une relance et contre l’austérité.

Communiqué des initiateurs de l’appel des Parlementaires

Le 5 avril, au lendemain d’une défaite historique de la gauche, nous avons rendu public un appel baptisé « Les conditions de la confiance. Pour un nouveau contrat de majorité », immédiatement approuvé par une centaine de parlementaires.

Cet acte inédit, précédant une déclaration de politique générale, témoigne de notre ferme volonté de redonner de la vitalité au Parlement. La défiance populaire des derniers mois réclame des réponses nouvelles. Nous avons présenté des propositions précises, pour nous rassembler et retrouver la fierté et le sens de l’action collective.

En conscience, beaucoup d’entre nous ont choisi de participer à l’investiture du nouveau Gouvernement. D’autres ont choisi l’abstention. Nous restons solidaires dans une démarche collective. Ni chèque en blanc, ni agitation stérile, notre objectif est bien de construire confiance et vigilance.

Nous confirmons qu’après ce vote d’investiture, nous ne saurions  adopter le pacte de responsabilité en l’état.

Nous ferons des contre-propositions et des amendements pour concentrer les marges de manœuvre de la France en priorité sur celles des entreprises qui embauchent, investissent, forment leurs salariés ou se battent dans la compétition mondiale et pour que la gestion sérieuse des comptes publics soit fondée sur une meilleure organisation du pays et pas sur un recul des protections sociales et des services publics.

À l’avenir, cette démarche collective va se poursuivre et s’amplifier, avec la même détermination et les mêmes buts. Chaque semaine, nos votes en témoigneront.
Christian PAUL, Laurence DUMONT, Laurent BAUMEL, Pouria AMIRSHAHI, Fanélie CARREY-CONTE, Jean-Marc GERMAIN, Jérôme GUEDJ, Nathalie CHABANNE, Arnaud LEROY, Daniel GOLDBERG

Questions à Manuel Valls sur son discours d’investiture (in Nouvel Observateur, le Plus)

Manuel Valls face à la fronde des députés PS : le gouvernement doit mettre le cap à gauche
Publié le 07-04-2014 à 15h37 – Modifié à 16h53
Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

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Membre du bureau national du PS

LE PLUS. Il souffle un vent de colère côté socialiste. Alors que Manuel Valls doit prononcer son discours de politique générale, mardi 8 avril, près de 100 députés PS ont signé une lettre réclamant un « contrat de majorité » avec le nouveau gouvernement. Une démarche que soutient Gérard Filoche, membre du bureau national du parti, qui appelle plus que jamais à un changement de cap politique.

Édité par Sébastien Billard Auteur parrainé par Malaurie Guillaume

 

Le nouveau gouvernement de Manuel Valls va-t-il continuer à donner au Medef l’équivalent de 35 milliards, soit toute une branche de la sécurité sociale ?

Comment cela va-t-il s’imbriquer avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) de 20 milliards ? Comment cela va-t-il être distribué entre les différentes entreprises et secteurs d’activité en s’ajoutant aux 65 milliards d’exonérations de cotisations sociales entre 1 et 1,3 ou 1,6 fois le smic ?

Pierre Gattaz aura-t-il les 100 milliards qu’il réclame sans contreparties ?

Va-t-on continuer d’obéir aux intégristes libéraux ?

Le budget 2015 initiera-t-il la baisse de 50 milliards de « dépenses » publiques, c’est-à-dire avec un immense recul des services publics et du bien être de nos concitoyens ? S’ajoutera-t-il au « pacte de compétitivité » un « pacte de responsabilité » puis un « pacte de solidarité » annoncé sous forme d’une étonnante baisse des salaires bruts ?

Alors que ni le patronat ni les syndicats (excepté deux d’entre eux sur huit) n’en veulent pas, un « pacte » avantageux pour les seuls employeurs et actionnaires sera-t-il quand même mis en place ?

Est-ce que la priorité du budget 2015 sera encore de rembourser 50 autres milliards d’intérêt d’une « dette » qu’on ne remboursera jamais ? Est-ce que l’on va continuer d’obéir aux diktats budgétaires d’Olli Rehn et des intégristes libéraux qui conduisent l’Union européenne dans le mur, la récession et la montée des xénophobies ?

Est-ce que, en remboursant la dette, on va prolonger la récession comme cela a été fait partout en Europe, continuer d’arroser la rivière pendant que notre jardin s’assèche ?

Est-ce que les « allégements d’impôts » claironnés vont concerner les 1% de ceux qui détiennent 25% des richesses, les 500 familles qui détiennent 330 milliards (16% du PIB, + 25% soit 59 milliards extorqués sur notre travail en un an ?), les 590 milliards d’avoirs français dans les paradis fiscaux, les 210 milliards de dividendes bruts ? Est-ce qu’on va traquer les 80 milliards de fraude fiscale ?

Est-ce que les grosses sociétés vont continuer d’être autorisées à « l’optimisation fiscale » en continuant de payer 8% d’impôts et les PME en payant 33% ?

Après le désastre des municipales, il faut changer de politique

Est-ce que le chômage de masse va encore augmenter, le code du travail flexibilisé, les seuils sociaux baissés, les institutions représentatives du personnel affaiblies, les syndicalistes non amnistiés, les élections prud’homales supprimées, l’inspection du travail cassée ?

Est-ce qu’on va accepter la mutilation de la loi dite « Florange », renoncer à contrôler les licenciements boursiers abusifs ? Est-ce qu’on va continuer de bloquer le smic, les salaires, et de prendre 2,7 milliards sur les petites retraites ?

Est-ce que, au nom de la menace de la hausse des taux d’intérêts, on va continuer à subordonner tous les choix sociaux urgents aux exigences des banquiers privés et autres agences de notation ? La misère et les inégalités vont-elles continuer de croître comme c’est le cas depuis 20 mois ?

Telles sont les questions fondamentales qui se posent à Manuel Valls pour son discours d’investiture. Est-ce qu’il cède à la finance ou s’en prend à elle selon le célèbre discours du Bourget de François Hollande ?

L’électorat du Parti socialiste l’a sanctionné en s’abstenant massivement les 23 et 30 mars. Le PS a connu une déroute sans précédent, il est revenu en deçà de 1977 dans son implantation municipale et ce n’est pas parce qu’il y a eu basculement vers la droite : l’UMP n’a pas tant gagné en voix qu’en pourcentage.

Si la politique qui a provoqué ce désastre aux municipales, n’est pas puissamment corrigée, elle induit un échec aux européennes, la perte de 19 régions sur 20, et le retour a un groupe de 50 députés sur 300.

Écouter les électeurs plutôt que les marchés

Cap suicide ou cap à gauche ?

40% des membres du bureau national du PS (29 membres du 72) et une centaine de députés ont lancé des appels convergents au nouveau Premier ministre et ils devraient être écoutés – sinon le gouvernement n’aura même pas de majorité parlementaire et devra rediscuter, renégocier et se représenter autrement.

La tâche de Manuel Valls, convenons-en, n’est pas facile : avec un gouvernement resserré sur une partie de la motion 1 majoritaire au dernier congrès du PS, lui-même marqué par l’étroitesse des 5% qu’il avait obtenu aux primaires, comment rassembler ?

La gauche a plus que jamais besoin d’unité et d’espoirs. Il faut bien que l’exécutif écoute l’électorat et les élus du parlement davantage que les marchés et les banques. La vraie et logique majorité de gauche, ce devrait être un gouvernement rose-vert-rouge, PS-EELV-FDG.

Mais peut-être le gouvernement de Manuel Valls est il un détour pour y parvenir ?

 

 

Cent députés PS en colère opposés au « pacte de responsabilité » réclament un « contrat de majorité »

Cent députés PS en colère réclament un « contrat de majorité »

Le Monde.fr | 05.04.2014 à 06h36 • Mis à jour le 05.04.2014 à 09h52 | Par Bastien Bonnefous

Ils considèrent que plus rien ne doit jamais être comme avant. Selon nos informations, près de cent députés socialistes – soit un tiers du groupe à l’Assemblée nationale – ont signé une lettre, que Le Monde et BFM TV se sont procurés, réclamant un « contrat de majorité » avec le nouveau gouvernement. La liste définitive des signataires devrait être connue ce week-end, avant le discours de politique générale de Manuel Valls et le vote de confiance à son gouvernement, mardi 8 avril.

Préparé depuis le début de la semaine à l’initiative de plusieurs sensibilités socialistes, ce courrier est « une démarche inédite qui répond à une situation politique sans précédent à gauche », explique au Monde le député de la Nièvre Christian Paul, un de ses initiateurs. La déroute du PS aux municipales est, selon M. Paul, « une des plus graves défaites de mi-mandat de la gauche au pouvoir », pire encore que les municipales de 1983 ou les législatives de 1993.

Ces derniers mois, plusieurs de ces députés avaient tenté d’alerter l’exécutif d’un rejet de sa politique par la population et d’un possible vote sanction aux municipales. En vain. « Quand on expliquait à l’Elysée ou au gouvernement que les Français ne comprenaient pas nos réformes, on nous répondait qu’il fallait simplement mieux les expliquer », s’agace un signataire. Face à une telle déroute, ces élus estiment désormais que « le temps du Parlement est venu ».

Ces cent députés en colère appartiennent à plusieurs satellites de la planète socialiste : on y retrouve notamment des membres des « reconstructeurs », sensibilité composée de fabiusiens et d’anciens strauss-kahniens, des proches de Martine Aubry, de Benoît Hamon ou d’Arnaud Montebourg, ainsi que l’aile gauche traditionnelle du PS.

Tous exigent que l’Assemblée soit désormais pleinement associée à l’action du gouvernement et posent « les conditions de la confiance ». « Ce n’est plus le gouvernement décide et le Parlement exécute. C’est le Parlement qui doit pleinement voter la loi. On veut travailler main dans la main », a expliqué le député (Hauts-de-Seine) signataire Jean-Marc Germain, vendredi 4 avril sur France Info.

Ce coup de force ne va pas trop loin pour autant. « Cette lettre n’est ni une rébellion, ni une dissidence, mais l’expression de ce qu’attendent de nous les Français », précise M. Paul. Pas question, par exemple, de refuser la confiance au gouvernement ce mardi. D’autant que le premier ministre Manuel Valls a affirmé, dès sa prise de fonction, vouloir un « véritable contrat avec les parlementaires de la majorité ».

« Ne pas voter la confiance serait comme nous autodissoudre », explique un signataire. En revanche, l’examen des prochains textes, à commencer par le projet de loi de finances, devra prendre en compte les aspirations des députés. « Si le gouvernement rejette systématiquement nos amendements comme cela a été trop souvent le cas ces deux dernières années, il manquera plusieurs voix le jour du vote », prévient un parlementaire.

« RÉORIENTER » L’EUROPE

Parmi les conditions de ce « contrat de majorité », figure la « réorientation » de l’Europe par « un plan de relance contre la déflation » et « une révision des trajectoires budgétaires insoutenables et ennemies de la croissance et de l’emploi ». Les députés considèrent que la trajectoire budgétaire européenne n’est pas « tabou » et qu’« il y a urgence à [la] rediscuter ». Selon eux, l’Union européenne doit procéder à des « investissements massifs » dans « les énergies renouvelables, les transports, le numérique, la construction de logements, la recherche » qui sont le seul « échappatoire au déclin ».

Ils demandent également de « concentrer les moyens publics sur la création réelle d’emplois ». A cet égard, le pacte de responsabilité et ses contreparties « les plus coûteuses et sans condition » doivent se voir « substituer un pacte national d’investissement négocié jusqu’au niveau des entreprises » et non plus des seules branches.

Autre exigence : la mise en place d’une politique de demande en faveur du pouvoir d’achat. La politique de l’offre enclenchée au début de l’année par le chef de l’Etat ne suffit pas, estiment les signataires. Il faut l’accompagner d’une « réforme fiscale » en faveur des bas salaires et des retraites les plus modestes, incluant une CSG progressive.

Enfin, ce contrat veut « amplifier » plusieurs « engagements de 2012 », comme la régulation des activités financières et bancaires qu’il faut « muscler », la transition écologique à « rendre populaire » et la « transformation de l’Etat et des collectivités locales » qui doit se traduire par des « économies efficaces » et non par des « régressions sociales ».

Congrès avancé du PS en fin 2014 ? oui, pour changer la ligne politique et ne pas être liquidés électoralement en 2015, mais pas pour régler des comptes.


Le PS n’est pas le principal fautif dans la déroute qui l’a frappé. Ce n’est pas la faute aux maires ni aux militants. Ce n’est pas une question propre à la direction du PS. Il ne faut pas faire diversion.

L’échec est du au blocage du smic, des salaires et aux cadeaux au Medef en faisant croire que celui ci allait régler le problème du chômage. L’échec vient des 20 milliards de CICE, des 35 milliards d’allocations familiales pris aux salariés pour être donné aux patrons licencieurs. L’échec vient d’avoir refusé de contrôler les licenciements. L’échec vient du terrible ANI de flexibilité et de destruction d’emplois. L’échec vient d’avoir réduit les droits du travail. L’échec vient d’avoir reculé et abaissé les petites retraites. L’échec vient de l’annonce de 50 milliards pris sur notre bien-être, sur nos services publics. L’échec est du a l’orientation d’austérité du gouvernement et du président pour plaire aux intégristes libéraux de Bruxelles.

Il ne faut donc pas remplacer le nécessaire débat pour changer la ligne politique par un faux combat de diversion contre Harlem Désir. Si débat il y a, si congrès il doit y avoir, c’est pour réorienter la ligne du parti afin d’éviter d’être battu une seconde fois en perdant toutes les régions en 2014. Le PS n’est pas « mort » encore moins un » parc a moutons » contrairement a ce que certains disent. Il est en colère, et on peut, on doit se sortir du désastre collectivement par un grand débat national. Car il y a péril : si la même politique continue, ce sera un autre désastre. Si on veut l’éviter, il faut ré orienter la politique. Pour cela il faut un congrès avancé en fin 2014. Mais surtout pas pour s’enfermer dans un débat de clans et de directions. Ce ne sont pas les personnes qui sont en cause mais l’austérité, il faut en sortir, il faut la relance, il faut choisir de redistribuer les richesses, sinon n’importe quelle autre équipe connaitra le même échec.

Finalement, en urgence c’est dans le groupe parlementaire qu’il doit y avoir d’abord débat et résistance. Il est plus important de freiner les malheurs que veut faire le gouvernement avec un budget 2015 pire que celui de 2014. Donner la priorité au remboursement de la dette augmente la dette. On gaspille 50 milliards déjà à rembourser les intérêts d’une dette qu’on ne remboursera jamais. Réduire les déficits, c’est asphyxier l’économie, nourri la récession et… aggraver la dette. On est passé de 5,3 de déficit en 2011 à 4,8 en 2012 et 4, 3 en 2013 et pendant ce temps là, la dette est passée de 85,9 en 2012 à 94 en 2014 : c’est ubuesque de continuer ainsi. C’est comme un jardinier qui arrose la rivière pendant que son jardin dépérit.

Alors congrès oui : sur le fond pas sur les personnes. Congrès avancé oui, mais pour gagner en 2015. Congres de réorientation pas de règlement de comptes. Congrès ouvert pour associer nos électeurs au redressement.

Démocratie ! Le Parlement doit l’emporter sur la présidence !

Cap à gauche ou cap suicide

Il nous faut un Président normal et un Parlement normal. Assez de Ve République exacerbée !

La politique voulue par le Président a conduit à une déroute sans précédent aux municipales. L’existence même du PS, son enracinement sont atteints d‘un seul coup. Le coup est terrible, la terre a été retirée de sous nos semelles. La base de notre implantation est déracinée. On est revenus avant 1977. Ce n’est pas parce que la société se « droitise », c’est parce que la gauche que nous sommes ne répond pas aux attentes de son électorat. Le désastre va s’inscrire en profondeur, aux élections européennes, le 25 mai, en septembre au Sénat, et rien désormais ne sera capable d’empêcher la perte de 19 régions sur 20 en mars 2015… si l’orientation n’est pas changée !

Pour sauver la gauche, pour réussir, l’orientation doit changer, et non pas être maintenue aux forceps.

Que les députés le sachent : une fois qu’on aura perdu les régions, ce sera leur tour, ils en sortiront à 50 députes (sur 300 actuellement).

La volonté affichée du Président a été de continuer à donner 35 milliards au Medef et d’enlever 50 milliards de notre bien être, de nos services publics pour les apporter aux banques. On s’use à rembourser les intérêts d’une dette qu’on ne remboursera jamais. On ne va même pas chercher les dizaines de milliards qui manquent parmi l’oligarchie de notre pays qui se goinfre comme jamais. Les riches s’enrichissent, et on n’est même pas capables au nom du salut public de prélever les dividendes qu’ils extorquent au travail. En plus, le Président a annoncé la baisse des salaires bruts, c’est à dire des cotisations sociales des salariés, ce qui est inouï !

On a du mal à comprendre comment un grand espoir, un grand parti se suicident ainsi.

Le PS dirigeait tout, 2 villes sur 3, 61 départements sur 100, 20 régions sur 22, l’Assemblée Nationale, le Sénat, la Présidence, il avait tous les moyens d’affronter la finance, d’affronter les politiques intégristes libérales absurdes qui coulent l’Europe  ; mais faute de le faire, il commence à tout perdre, et il perdra tout, exactement comme les autres partis socialistes qui ont fait cela avant lui, en Grèce, en Espagne et ailleurs…

On peine à y croire. Le processus sera-t-il réversible si la « confiance » est votée à ce gouvernement qui annonce des mesures pire qu’avant ? Le message des électeurs de gauche, du peuple, du salariat, des chômeurs qui se sont massivement abstenus na pas été entendu, pas d’un décibel, pas d’une oreille.

Actuellement, continuer comme si de rien n’était après le 23 et 30 mars, imposer un gouvernement minoritaire sur une ligne minoritaire, c’est une sorte de coup d’Etat contre les électeurs, contre la majorité parlementaire, contre la majorité de la gauche et la majorité des socialistes !

Alors qu’une cinquantaine de députés socialistes débattent courageusement, intelligemment, pour envisager de s’abstenir sur le vote de la confiance, est-ce un « risque » dans ce contexte ? Non, car les choses sont malheureusement claires. En quelques phrases, le nouveau premier ministre et le gouvernement ont tout dit : « ce sera comme avant en plus fort, plus dur, plus loin ».

L’exemple du Pasok qui, en Grèce, est passé, avec ce genre de politique suicidaire entêtée, de 44 % des voix à 4 % des voix, nous semblait étranger, lointain, impossible ici… Et puis c’est ce qui nous arrive, brutalement, de plein fouet.

Ne pas voter n’est pas créer une situation de dissolution de l’Assemblée, c’est imposer la démocratie ! C’est imposer le pouvoir du Parlement contre le pouvoir d’un seul homme.

Si un gouvernement est retoqué, il revient à un Président démocrate, d’écouter, de respecter, non seulement le vote des électeurs, mais celui de leurs élus, les députés.

S’il n’y a pas confiance, cela voudra dire qu’il faudra que le Président entende le Parlement, ce qui constituerait un bien, un progrès dans la Ve République : il devra renommer un autre Premier ministre, une autre équipe gouvernementale, qui corresponde aux aspirations de la majorité parlementaire et à la majorité populaire. Y aura t il un préjudice, y aura-t- il instabilité a cause de cela ? Non, mais nous aurons fait un pas en avant dans la démocratie participative, tant vantée dans les discours !

Quand on pense que le gouvernement va « renégocier » quelques miettes de sursis-à-mal-faire avec des gourous fanatiques libéraux comme Olli Rehn à Bruxelles, pourquoi ne renégocierait il pas avec son Parlement, avec sa majorité ? Le gouvernement homogène motion 1 du congrès de Toulouse ne représente ni la majorité du parti socialiste, ni celle de la gauche. Le départ des Verts doit être considéré comme un grand échec. La coupure avec le Front de Gauche en est un autre. Il aurait fallu, il faudrait un gouvernement PS/EELV/FDG. De toute façon, rembourser la dette en priorité aggrave les malheurs, les inégalités, la misère, le chômage ; et la dette continuera à s’envoler comme partout ailleurs. Il n’y a pas d’autre choix que de renégocier, de réviser, de corriger. Que les députes jouent courageusement leur rôle, que le parti socialiste se réveille, que la renégociation de l’orientation sociale soit imposée.

Il ne faut pas faire pareil, plus vite, plus fort, plus loin. Il faut faire différemment. A gauche.

GF

 

Mon intervention au Bureau national du PS du mardi 1er avril

Cap à gauche ou cap suicide

Chers camarades, la situation est grave et douloureuse pour notre parti. Les élections municipales ont été un désastre sans précédent pour le Parti socialiste. La droite a gagné en pourcentage sans qu’il y ait eu de basculement de voix en sa faveur en chiffres absolus. Si droite et extrême droite connaissent un tel succès, c’est à cause de l’effondrement du Parti socialiste sanctionné par son électorat déçu. Les électeurs de gauche attendaient un changement en profondeur depuis mai-juin 2012, ils ne l’ont pas vu, rien n’a changé en leur faveur, ils ont marqué leur mécontentement avec une très grande clarté. EELV et le FDG ont gardé leurs voix, c’est bel et bien le PS, politiquement, qui a été visé par cette abstention de gauche massive.

 

Ce n’est pas la faute à nos maires ni à nos militants. Bien au-delà du scrutin municipal, c’est la politique nationale du président qui a été visée. On peut dire que le choix du « redressement » par les cadeaux aux chefs d’entreprise, la réduction des déficits, la baisse du cout du travail est largement minoritaire dans le pays. Cette politique du président est largement minoritaire aux yeux de nos électeurs salariés. Elle est minoritaire à gauche et même dans les rangs du parti socialiste.

 

Ne pas avoir dit entre les deux tours que nous allions corriger le cap, a abouti à aggraver le 30 mars la déroute initiée le 23 mars. Ne pas répondre au message des électeurs et aux abstentionnistes des deux tours, à l’exigence d’une véritable politique de changement à gauche, nous conduirait à d’autres cruelles défaites. Est-ce que le président a, hier soir, répondu à ce message ? On peut dire non ce qui nous laisse dans une situation transitoire, instable, angoissante. Pour ceux qui attendaient une inflexion, une correction de trajectoire, les signaux envoyés dans le discours de François Hollande sont décevants.

 

Or des millions d’électeurs ont entendu que le gouvernement, après un cadeau de 20 milliards d’impôt aux chefs d’entreprise, allait accorder 35 milliards de remise des cotisations allocations familiales. Et en plus qu’il y aurait 50 milliards de restriction budgétaire… Tout cela en sachant que depuis 20 mois ce genre de cadeaux au patronat non seulement ne fait pas reculer le chômage de masse, il continue de progresser. L’argent va dans les dividendes et dans les iles Caïman, pas à l’emploi. Les patrons ont plus intérêt à spéculer qu’à embaucher, la rente rapporte plus que la production, leurs marges comptent plus que l’emploi.

 

Ces mêmes millions d’électeurs, on les connaît, c’est notre base électorale, nos proches, ont subi une hausse de la TVA, un blocage du Smic et des salaires, des hausses des prix des services, et les petites retraites ont été abaissées… Aujourd’hui même, 1er avril, 7 millions de retraités en dessous de 1000 euros ne vont pas voir leur retraite réajustée comme cela était prévu, ils vont perdre des dizaines d’euros alors qu’ils devraient fortement être ré – augmentés : ces électeurs ne pardonnent pas au PS, à juste raison, par une loi honteuse contre les retraites, de leur avoir pris 2,7 milliards.

 

Question de salut public : ces milliards pouvaient (et devaient) être pris aux 500 familles qui ont gagné 59 milliards en un an, détiennent 16 % du Pib, 330 milliards plus que le budget de l’état ! Ces milliards pouvaient être repris sur les 80 milliards de fraude fiscale si la volonté de la traquer avait existé. Ces milliards pouvaient être pris sur les 590 milliards d’avoirs français qui sont détournés dans les paradis fiscaux. Ces milliards pouvaient être pris sur les 210 milliards de dividendes nets (84 milliards nets) dont se goinfre l’oligarchie de notre pays. Le choix de plaire aux riches, aux actionnaires, aux chefs des multinationales, aux banques, sous prétexte de « redressement » est à la fois choquant et vain.

Choquant car les inégalités se creusent, les énormes richesses du pays sont concentrées entre les mains de 1 % et de l’autre coté, il y a 10 millions de pauvres, 5,9 millions de chômeurs, 50 % des salariés gagnent point de 1650 euros.

Vain car il vient d’y avoir 31 500 chômeurs de plus, cet argent ne fait pas d’emploi, on le sait depuis toujours, il va dans le puits sans fond des paradis fiscaux et de la finance casino.

 

Le discours du président confirme que ces 35 milliards et 50 milliards seront pris aux petits pour être donnés aux gros, à la finance. La priorité au remboursement des intérêts de la dette (car la dette ne sera elle même jamais remboursée) tient d’Ubu, il y a quelque chose d’irréaliste, d’irrationnel, d’inouï puisque ce remboursement aux forceps, pour plaire à Bruxelles et aux marchés, aboutit… à augmenter la dette. Depuis deux ans, le déficit a baissé d’un point, et la dette a augmenté de 6,5 points. C’est comme un jardinier qui arrose la rivière alors que son jardin est asséché. Ce que nous impose Bruxelles est tueur, non seulement pour la vie quotidienne de nos concitoyens mais pour l’économie du pays. Non seulement ça nous fait perdre les élections mais ça nous enfonce dans la récession. Comme ça c’est passé en  Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie. Une austérité qui nuit à l’Europe, nourrit l’extrême droite. L’argent va aux banques du pays qui spéculent dessus, et nos services publics et notre protection sociale reculent. Au contraire, comme nous n’avons cessé de le dire depuis 20 mois, il faut faire la relance, investir, augmenter les salaires, dépenser plus pour que ca rapporte plus et que des équilibres budgétaires se réalisent ainsi.

 

Enfin le président a annoncé une « baisse des cotisations sociales des salariés ». Qu’est ce que c’est que cette histoire ? D’où ça vient ? Où est-ce qu’a été discutée pareille orientation ? Les cotisations sociales, c’est du salaire brut. Du salaire ! Il faut augmenter les salaires nets et bruts, et non pas les baisser. Les cotisations sociales c’est du salaire, du bonheur, c’est notre précieuse protection sociale. Si elles sont baissées que deviendra cette part du salaire mutualisée ? Est ce l’annonce de l’affaiblissement de la Sécu pour le bénéfice des « complémentaires-santé » plus coûteuses, plus inégales ?

 

Cela ne préjuge pas bien de la façon de reconquérir le soutien nos concitoyens. Je l’avais dit, malheureusement, sans être entendus, il y a un an, on va dans le mur. On est dans le mur. Et en continuant dans la même voie, la même impasse, si notre parti ne pèse pas pour changer le cours de tout ça, on perdra les européennes, le sénat, puis les régions, ce sera d’autres désastres, prévisibles et assurés. Il faut le sursaut. Sinon on perdra 19 régions sur 20 et il restera 50 députés sur 300. La vie du parti est en jeu. C’est cap à gauche ou cap suicide.

 

Nous ne sommes pas pour un pouvoir personnel, ce n’est pas à un seul homme de tout diriger, tout ne doit pas descendre d’en haut, la Ve République à ses effets pervers, elle empêche un Président élu d’être « « normal » ! Au contraire il faut accorder toute sa place au Parlement, aux élus, et aussi au Parti socialiste. Respect de la démocratie, respect des électeurs, respect des partis, des militants ! Halte aux conseillers technos, aux obscurs gourous, « Gracques » ou autres, prétendus experts économiques qui ont les yeux rivés sur les taux d’intérêts, pas sur la vie de nos concitoyens. Que le parti parle, que les militants disent leurs mots, il faut des assemblées ouvertes partout, dans les fédérations, les sections, même un congrès anticipé pour dire et redresser la situation quand il est encore temps ! Ce n’est pas après un autre désastre en 2015 – comme après le 21 avril 2002 – qu’il faudra se morfondre, il sera trop tard, on peut, on doit maintenant tracer une orientation et peser ainsi sur le gouvernement pour ne pas perdre en 2015 et en 2017.

 

 

Cap à gauche ou cap suicide

[A CHAUD] Que pensez-vous du nouveau gouvernement ?

- Que pensez-vous de la nomination de Manuel Valls Premier ministre ? Hollande joue-il sa « dernière carte » ?

Le choix d’un premier ministre qui n’a fait que 5 % des voix à la primaire socialiste est hardi. Surtout que celui-ci, dans les sondages est davantage apprécié par la droite que par la gauche. Cela ne ressemble pas à une « dernière carte », mais à une carte de transition, à griller dans les mauvais jours ou le quinquennat à la recherche du « redressement » ne rencontre pas de résultats. Car à continuer ce qui a été fait depuis 20 mois même avec une équipe peu nouvelle, le gouvernement, le PS, et toute la gauche à leur suite, vont dans le mur. Si nos concitoyens continuent d’être pressurés pour rembourser les banquiers et plaire aux intégristes libéraux de Bruxelles, la politique de François Hollande sera battue de façon mécanique et impitoyable aux européennes, au Sénat, et lors des régionales. Si c’est pour donner 35 milliards au Medef, et enlever 50 milliards aux besoins de nos services publics, c’est perdu d’avance. Si c’est pour rembourser la dette en priorité, ce sera comme un jardinier qui arrose la rivière pendant que son jardin s’assèche. Si c’est pour abaisser les salaires bruts en enlevant les cotisations sociales qui assurent la sécurité sociale, ce sera encore pire. Attendons de voir la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre.

- Hollande prend-il un tournant « à droite » quitte à se fâcher avec son électorat ?

La politique suivie par le président depuis 14 mois (le rapport Galois) est minoritaire dans le pays et dans la gauche. Elle l’est même dans le parti socialiste. C’est une politique de soumission à la finance au nom du prétendu « redressement » à la sauce de la troïka UE, BCI, FMI. C’est une politique qui fait mal au peuple, aux salariés et qui est tournée vers la séduction du Medef et des banquiers. Au lieu de redistribuer les richesses elle les concentre, elle creuse les inégalités, flatte les plus riches… en espérant qu’un jour ils renvoient l’ascenseur - ce qui n’arrivera jamais. La droite qui veut faire la même politique en plus violent et plus rapide peine d’ailleurs à la contester sinon par la surenchère. C’est pour cela que le Président a été frappé de plein fouet par les votes du 23 et du 30 mars : ce n’était pas un vote pour la droite mais un vote d’ampleur nationale de sanction de la gauche contre le PS.

- Êtes-vous satisfait du possible retour de Ségolène Royal au gouvernement ?

Le casting du gouvernement est secondaire. 14 ministres sur 16 étaient déjà au cœur de toute la politique appliquée depuis 20 mois. Il y a deux nouveautés, Ségolène Royal et François Rebsamen. Bonne chance à Ségolène Royal pour défendre une transition énergétique – sans les écologistes d’EELV. Et espérons que François Rebsamen corrigera les bévues de Michel Sapin contre les syndicalistes non-amnistiés, cessera d’affaiblir les prud’hommes, l’inspection du travail et le code du travail.

- Qu’avez-vous pensé de l’action de Jean-Marc Ayrault ?

A la lumière de ce qui s’annonce, j’ai presque tendance à avoir des regrets. C’était un premier ministre droit et de qualité, honnête et travailleur même si je ne partage pas l’orientation qu’il a été amené à mettre en oeuvre. J’ai peur maintenant pour l’avenir car il semble que le cap ne soit toujours pas mis vers la gauche. La France n’a jamais été aussi riche et les richesses aussi mal réparties, il faut augmenter les impôts de ceux d’en haut, et les baisser pour ceux d’en bas, il faut augmenter le Smic, les salaires, réduire la durée du travail, faire la relance sinon on ne fera pas reculer le chômage de masse… Le choix devant nous c’est : cap à gauche ou cap suicide.