Macron pour la société « post salariale » ? Le salariat le battra !

On a pu entendre l’actuel occupant de l’Elysée s’en prendre à ceux qui ne « sont rien », qui « ne travaillent pas pour se payer un costume », qui « n’essaient pas de se battre », qui « foutent le bordel au lieu d’aller chercher des postes », à celles qui sont « illettrées », à ceux qui sont « alcooliques » : les « fainéants ». Il demande aux jeunes « ne cherchez pas de patrons, cherchez des clients ». « Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord. » « Je suis pour une société sans statuts »

Toutes ces « macronades » ont un sens commun : contre les chômeurs et contre les salariés : « Je ne suis pas là pour défendre les jobs existants »

Macron est contre la société salariale issue de l’après guerre mondiale : il l’affirme crument dans son livre intitulé « Révolution » :

« Les membres du Conseil national de la résistance qui ont forgé le consensus de 1945 avaient pensé à la maladie, aux accidents du travail et à la retraite. (…) Ils n’imaginaient pas que le chômage concernerait un jour 10 % des actifs. Ils ne pouvaient concevoir la fragmentation du monde du travail, la montée en puissance de l’intérim et d’un système, en un mot, post salarial. » (page 76)

« Derrière les start up, il y a bien plus qu’un effet de mode. C’est un nouveau modèle d’entreprises et d’entrepreneurs qui est en train d’émerger. Il est le ferment d’une transformation économique et d’un changement culturel » (page 89).

 

Uber, trader, Thatcher, Jupiter :  start up

« L’univers professionnel  dans lequel nous évoluons depuis des décennies est en train d’être révolutionné. L’entreprise ne sera plus lieu de travail  de toute une vie, sous le régime du contrat de travail à durée déterminée. Le temps et le lieu de travail se dissocient, entre le travail dans l’entreprise, chez les clients, dans des lieux de travail partagés où a la maison. On changera de plus en plus d’entreprise de secteur et de statut. Cette évolution est inévitable. »

D’où son amour pour les start up, les indépendants,  Uber, Déliveroo, Ryan air, etc. « Je ne vais pas interdire Uber et les VTC, ce serait les renvoyer vendre de la drogue à Stains » « Une start-up nation est une nation ou chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une ».

« Cette transformation nous oblige tous. Refuser les changements du monde en nous contenant de rafistoler un modèle créé pour avant hier, ce n’est pas la France ». (Révolution).

Evidemment « le monde bouge » : c’est un cliché. Mais au lieu d’affronter, de réguler, d’encadrer par exemple, Uber ses fraudes fiscales, sociales et sa casse des droits humains, Macron défend la thèse qu’Uber incarne le futur et qu’il faut s’y plier et le généraliser.

 

C’est ça, sa construction imaginaire. Sur la base de laquelle il brise le modèle social français le pays, le salariat. « Je n’aime pas ce terme de modèle social. »

 

Casser les statuts, intermittence, CDI ou  sécurité sociale

 

Au lieu de dénoncer et combattre la finance, de chercher à faire payer les 87 hommes qui possèdent plus que la moitié de la planète, les 1 % qui détournent et possèdent 50 % des richesses, il considère qu’ils anticipent le futur. Pour lui, ce ne sont pas des pillards mais les « premiers de cordée » qui tirent le monde vers le haut. «  Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires »

Au lieu de défendre la vie des humains dans le cadre des révolutions technologiques, Macron fait programme de les y soumettre, il les accuse même les français en bloc d’être « en retard », rétifs, « hostiles aux réformes », il dénonce les « blocages ». « La France n’est pas un pays réformable », assure-t-il. « Beaucoup ont essayé : ils n’ont pas réussi, parce que les Françaises et Français détestent les réformes. Dès qu’on peut éviter les réformes, on ne les fait pas ! C’est un peuple qui déteste cela ».

Evidemment s’il s’agit d’ubériser tout le monde à 60 h par semaine, mal payés, rien de surprenant. Jacques Attali, son mentor, considérait qu’à terme « seule l’élite sera salariée » et rajoute : « Le statut de demain, c’est celui d’intermittent du spectacle.”. Leur prophéties à tous les deux, se veulent auto réalisatrices : le rapport Attali-Macron travaille en effet à ce que seuls « les meilleurs » soient salariés, et que la masse des autres ait le droit en tant qu’auto-entrepreneurs de promener trois fois par jour le chien des salariés.

Au lieu d’accepter des « statuts » qui évoluent naturellement, juridiquement, socialement, au lieu de combattre la concurrence déloyale et le travail dissimulé, Macron et ses inspirateurs réclament sans tarder une « société sans statuts ». « L’ubérisation » devient un « concept » et le tour est joué, voilà Macron intronisé par les financiers, les start up  et les aventuriers d’un futur incertain contre les industries, les services, les droits humains, besoins et exigences du présent.

Ajoutez à cela la menace du déclin, la rengaine libérale de la dénonciation des « situations acquises et des rentes garanties » des « surcroits de dépense publique », de « l’impôt mal conçu » et de la « dette considérable et insoutenable » (page 71) et une litanie descriptive des victimes de ce système bloqué (page 73) : « Comme la France de 1945 et du Conseil national de la résistance, nous devons changer de logique profond et refonder nos manières de penser, d’agir et de progresser ». (Page 74).

 

Et d’enfourcher le leitmotiv du Medef contre « Les jours heureux », et le programme du CNR : Macron en fait à son tour l’origine de tous nos maux, « depuis trente ans, la gauche comme la droite ont continué de défendre un système qui promeut l’uniformité, l’indifférenciation, la massification ». Pas étonnant qu’une des supportrices d’ « En marche » présente « la Sécurité sociale comme le dernier vestige d’une société communiste de 1945 ». Argument est tiré de ce que les objectifs du CNR ont été remis en cause… pour les remettre en cause. Puisqu’ils ont cessé d’exister en pratique, c’est qu’ils ne méritaient plus d’exister. Puisque la précarité s’est développée, c’est qu’il ne fallait pas lutter contre la précarité, il faut donc… la reconnaitre et l’adopter.

 

D’ou les lois El Khomri, la loi Macron 1 et les ordonnances, et la casse de la Sécu et de la protection sociale liée au salaire.

 

Mission impossible car  le salariat est plus fort

 

« Je pense qu’il est inconscient. » avance Naomi Klein, essayiste canadienne (Libération 12 novembre 2017) « Partout dans le monde, on observe que les politiques d’austérité, la mondialisation effrénée et la précarité économique qu’elles engendrent nourrissent l’extrême droite et la xénophobie. Et pourtant, Macron répond à cette élection terrifiante, où le FN a fait un score record, par des attaques contre le droit du travail, des réductions d’impôts pour les plus riches et une poursuite des politiques de libre-échange, tout en présentant cela comme une forme de progressisme. »

Uber a été condamné à Londres à reconnaitre ses chauffeurs comme des salariés, cella a déjà été le cas en Californie, et dans beaucoup d’autres pays. Macron essaie de nous faire aller à contre-courant de l’évolution mondiale  du salariat. Ce sera en vain.

En effet : le capitalisme ne dépassera  pas le salariat, c’est plutôt le salariat qui dépassera le capitalisme. L’OIT  explique qu’il y a un milliard de salariés de plus sur la planète  et que  l’économie informelle recule partout. En France le salariat, autour de 55 % en 1945, atteint 93 % de la population active en 2000 (sans doute 90 % aujourd’hui).  Les indépendants, autour de 45 % de la population active après guerre, naisse à 7 % en 2000 (sans doute 10 % aujourd’hui). Tous les efforts pour forcer des salariés à renoncer à leur statut et pour pousser des chômeurs à être à leur compte, loueurs de bras, journaliers, tâcherons,  peuvent  faire reculer le salariat de quelques points, à 90 % et fait remonter les « indépendants «  à plus de 10 %, mais ne peuvent pas renverser la tendance forte.

 

Le capitalisme, numérisé ou pas, pour bien fonctionner, a besoin de salariés bien formés, bien payés, bien traités, pas de précaires, ni flexibles.

 

La puissance du salariat gagnera

 

C’est le salariat qualifié produit toutes les richesses, et n’en reçoit pas la part qu’il mérite. Le salariat n’a que sa force de travail à vendre, mais il est le plus nombreux, le plus puissant. Le salariat tend à s’homogénéiser : les différences entre cols blancs et cols bleus se réduisent, les salaires sont compactés,  ils étaient dans un écart de 1 à 6 en mai 68, ils passés entre  1 et 2,2 aujourd’hui.  85 % des contrats sont des CDI et même 95 % entre 29 ans et 54 ans. La durée des CDI s’allonge, en trente ans, elle est passée de 9,5 ans en moyenne à 11,5 ans en moyenne.

 

De 93 % à 90 % des actifs occupés sont dépendants du « moule » salarial, c’est-à-dire de la relation de travail légale et conventionnelle qui l’accompagne. Mais aussi les jeunes, les chômeurs et les retraités. Les indépendants d’UBER gagneront tôt ou tard ce même statut contre leurs exploiteurs et contre Macron.

- Les jeunes sont des « salariés en formation » : par l’école et l’université, c’est autant d’apport de la nation à la future productivité des entreprises. Que les employeurs se plaignent que la main d’œuvre ainsi préparée ne soit pas assez spécialisée ni docile, ne change pas ce fait. La République les forme ainsi.

- Les chômeurs sont des salariés temporairement privés d’emploi. Les chômeurs ne sont pas des « assistés » contrairement à ce que d’indécentes campagnes voudraient faire accroire : ce sont des salariés qui ont cotisé, à une assurance et qui, licencié contre leur gré, reçoivent leur dû (et non une aumône). Cette assurance, ils l’ont payée sur leurs salaires. Ce sont des « ayants droits » et non des secourables, dépendants ou paresseux.

- Les retraités dépendent en direct au jour le jour, au mois le mois, d’une part soustraite des salaires de ceux qui sont en activité, après avoir payé les retraites de la génération qui les précédait. Le fondement du bonheur des retraités, c’est qu’ils vivent la nouveauté inouïe d’être payé pour être libres.

 

Le salariat est fort mais il ne le sait pas. Il faut le lui dire. C’est notre rôle.

 

Tous les grands médias patronaux titrent sur « la fin du salariat », mais ces mensonges vont se dissiper.

Et le salariat soumis à cette propagande s’interroge. C’est normal car la conscience de lui-même ne peut lui venir que dans l’action de masse. Le salariat existe « en soi », de par sa place dans le processus de production mais il n’a pas conscience de constituer une seule classe sociale. Il faut, pour cela, qu’il existe « pour soi », selon la formule classique. Il faut qu’une réalité objective devienne perçue subjectivement. Mais encore faut-il partir d’un même constat. Faisons -e et opposons le à Macron et a ses épigones.  Ensuite, c’est toute la question de la traduction de cette force sociale, au plan des luttes sociales, au plan syndical et au plan politique.

 

 

 

 

 

 

 

Intervention au BN du PS mardi 14 novembre 17 : Macron contre le repos quotidien européen de 11 h – Gattaz contre le convention 158 de l’OIT – Macron réprime les salariés de PSA et l’inspection du travail.

Au passage, avant de commencer, quatre ou cinq intervenants ont parlé, à l’instant, en considérant comme acquis que les salariés font plusieurs métiers dans leur vie, que le turn over prédomine, mais c’est faux, c’est le contraire, le CDI atteint entre 85 % et 95 % de contrats et ces CDI et contrats s’allongent, ils ont augmente de 20 % dans les derniers décennies, les gens s’accrochent à leur travail plus longtemps, la moyenne est passée de 9 ans à 11 ans.

J’approuve ce qui a été dit avant moi contre la sélection à l’université, contre le tirage au sort des étudiants, contre l’absence des crédits pour l’enseignement supérieur, sur la nécessité de soutenir les jeunes en cours de mobilisation sur ces questions. C’est bien de dire que le quinquennat s’est trompé sur ce point (aussi). Mais je le dis à François Rebsamen, on ne peut pas dire cela et soutenir le « contre budget » que le PS distribue partout, et où l’objectif de déficits est de 2,7 %. Ca ne tient pas, ce n’est pas honnête, ce n’est pas possible.

Oui, il faut choisir et centrer nos actions et campagne contre Macron pour être plus efficace : je le redis c’est la suppression des emplois aidés qu’il y a le plus d’intérêts dans les villes et villages. Sur 500 000 emplois aidés supprimés à terme, il y en a 120 000 tout de suite, ça fait mal partout, il faudrait faire des  collectifs de soutien, des mobilisations locales, puis rassembler, enfin une vraie campagne quoi, je n’ai pas l’impression qu’on la suive, qu’on agisse vraiment autant que cela mérite et que nous l’avons décidé – quand je l’ai proposé.

Autres campagnes possibles, à hiérarchiser derrière :

-       oui contre les 3 milliards de cadeaux d’ISF, les 1 ?5 donnés aux riches qui n’en ont pas besoin.

-        Oui aussi contre le remboursement de la taxe dividende de 10 milliards aux entreprises, la fausse auto enquête amnistiante de Bercy à ce sujet,

Attaquons Macron pour ce qu’il a osé faire devant la police, la gendarmerie et les préfets réunis à l’Elysée, il a clamé que c’en était fini du repos quotidien de 11 h !

Il n’a a aucun droit ni aucune autorité pour faire ce coup de force inouï. Les ordonnances qui prévoient que par accord d’entreprise ce repos quotidien puisse devenir « sécable », ne sont pas votées. L’Union européenne, par directive, impose un repos de 11 h. S’opposer sur ce point (et pas sur les travailleurs détachés, et d’autres directives condamnables) au repos de 11 h est stupéfiant, scandaleux, indéfendable !

Attaquer le Medef qui veut supprimer la convention n°158 de l’OIT, (signée en 1991 par Martine Aubry et 40 pays, dont l’Allemagne, sur 185 membres de l’OIT, mais pas signée par les US ni la G-B). On peut se réclamer de cette convention (période d’essai à 6 mois qui avait été confirmée contre la France à propos du CNE de Villepin, protection face au licenciement, licenciement écrit, licenciement motivé, recours devant l’employeur, recours devant le juge, réparation intégrale du préjudice subi). Comme de la déclaration européenne des droits humains fondamentaux de 1999. Voilà que Macron est tellement à la pointe de l’Europe libérale, tellement zélé, tellement à droite que l’on peut se réclamer des textes européens et OIT contre la situation vécue de la France, devenue depuis les lois El Khomri et ordonnances Macron, l’un des pires contre les salariés.

Enfin que le PS défende les salariés contre la répression syndicale :

-       ceux de PSA qui vont être jugés jeudi 16 novembre à 11 h au tribunal de Versailles. Ils n’ont rien fait mais sont, comme Jules Durand, accusés par deux cadres, soutenus par la direction de Renault. Ils risquent 6 mois de prison et le licenciement. Que le PS les défende et soit représenté jeudi sur place, je préside le comite de soutien, et toute la gauche y sera.

-       enfin défendre l’inspectrice du travail du 93 qui vient d’être « suspendue » et passe en conseil de discipline pour avoir manifesté contre les ordonnances. Il lui est reproché d’avoir répondu à un interview, alors que la télévision a mentionné qu’elle était inspectrice du travail et il lui est reproché d’avoir mis en cause, sa fonction, sa hiérarchie, et sa ministre, d’avoir manqué au devoir de réserve, et au code de déontologie scélérat mis en place par décret le 12 avril dernier. A ce compte, c’est le silence absolu réclamé contre l’inspection du travail, alors que les propos de l’inspectrice à l’écran relevaient d’une chansonnette « elle court après le patronat, elle coure pour détruire nos droits ». Si on en est là, la répression n’aura plus de limites. Il nous faut la dénoncer et l’arrêter.

 

Intervention au BN du PS du mardi 6 novembre : préparation du congrès du PSE

Puisqu‘on discute d’un projet texte bien banal et bien creux du PSE, qui nous a été communiqué en anglais, je voudrais dire, comme MN. Lienemann et E. Maurel avant moi, que ce n’est pas avec ce genre de document qu’on retrouvera une audience sur les questions de l’Europe.

Il faut d’abord clarifier les questions des rapports de certains partis du PSE avec l’extrême droite c’est à dire les exclure (Autriche)  Et aussi des rapports avec la droite, les dénoncer et les combattre (Allemagne). Et valoriser les orientations qui nous conviennent le mieux, Portugal et Grande-Bretagne, Costa et Corbyn. Tout en recherchant l’unité avec la gauche (GUE et Verts) plutôt qu’avec la droite. Ceci en vue des élections européennes prochaines.

Il faut clarifier sur les questions du libre échange et des traités en série comme le CETA, soulignant que la dérégulation… dérégule l’Europe au détriment de ses peuples.

Ensuite s’il faut choisir des thèmes qui soient directs et populaires, c’est sur les questions sociales, il faut choisir notamment d’amender :

-       sur la question de la durée maxima du travail à 48 h. Elle st toujours, et, depuis la directive 93-104 de Lisbonne, a 48 h. Mais c’était pour 15 pays, la Grande Bretagne ayant demandé une dérogation pour l’opt out (article 18). 14 pays ont donc une durée maxima du travail qui s’impose et s’oppose aux ordonnances Macron et à ses accords d’entreprise. Quid des 13 autres pour l’essentiel arrivés en 2004 lors de l’élargissement. Depuis 2004 la discussion a été ré ouverte, mais sans conclusion. Il faudrait confirmer et conclure : cela a des conséquences sur tout, santé, emploi, rejet du dumping social, etc.

-       l’occasion puisque le texte rejette les « contrats zéro heure » de dénoncer les « contrat commerciaux » qui remplacent les contrats de travail façon Uber. Uber a perdu à Londres, à Madrid, à Francfort, mais ici il a gagné grâce aux lois El Khomri et Macron. On pourrait peut être exiger qu’il soit mis à ces pratiques dans toute l’Europe et mener campagne active à ce sujet.

-       Sur la question des licenciements, on a Dassault, le même qui planque 1 milliard dans les paradis qui veut supprimer 300 emplois. Comment peut on l’en empêcher ?  Comment sinon en défendant et en instaurant un contrôle de la puissance publique sur les licenciements ? Cela aurait pour effet de faire reculer loin à droite les fameuses listes transeuropéennes que Macron annonce pour 2019. au passage, il faut défendre la convention n°158 de l’OIT que Gattaz veut dénoncer (celle qui dit 5 choses que le licenciement, il  doit être écrit, motivé, permettre de se défendre en interne, avoir un recours juridique en en externe et être réparé intégralement si le dol est reconnu – convention signée par la France en 1991, par Martine Aubry, mais pas par les US…)

-       sur la question du travail des enfants, il s’étend depuis que Villepin a permis l’apprentissage à 14 ans, le travail de nuit et du dimanche des 15 ans et que des précautions préventions ont été enlevées, (escabeaux, échelles, machines dangereuses… ) y compris chez nous, hélas, dans le décret du 4 février 2015. Les accidents de travail des jeunes semblent augmenter davantage que els accidents du travail adulte. On devrait exiger l’interdiction de tout travail avant 16 ans sinon 18 ans.

-       Sur la question des travailleurs détachés : cela n’apporte que de la discrimination, et rien de positif, meme pour les 200 000 salariés qui sont détachés et payés… comme chez nous. Cela profite par contre aux patrons français qui gagnent des millions sinon des milliards sur le dos des 450 000 salariés européens venus ici et qu’ils paient moins que les salariés français sur les mêmes postes de travail. C’est une discrimination intolérable, inacceptable et il faut donc inscrire et défendre « a travail égal salaire égal » dans chaque pays. Il faut dénoncer la directive .

-       Enfin pour lutter contre le dumping social, l’essentiel est le Smic. Il existe 22 pays sur 27 avec un smic. L’écart en Europe est de 1 à 9. Mais en parité de pouvoir d’achat il est de 1 à 3, ce qui rend plus crédible l’annonce d’un smic européen. Il existe un smic mondial depuis 1994, pour les marins, signé entre syndicats et les armateurs, il est en parité de pouvoir d’achat et révisé tous les deux ans. 18 pays européens, l’ont signé. Pourquoi ne pas parler d’un smic routier, si on a déjà un smic marin ? D’autant que Macron qui a frimé et s’est agité pour absolument rien sur la question des travailleurs détachés, n’a pas touché à la directive de 1996 sur les routiers. C’es un excellent angle d‘attaque, 48 h et smic routier.

-       Reste la CPO 21, si ce qu’a révélé Médiapart est vrai, cette note du gouvernement français estimant inapplicables les engagements pris sur la cop 21, ce n’est pas la peine d’aller à la COP 23. Donc il y aussi là un champ de bataille.

Je conclus en redisant que Macron, ce n’est pas la « droite banale » c’est Thatcher. Beaucoup mettent du temps à ouvrir les yeux sur l’ampleur de la casse sociale qu’il est en train de faire mais il serait temps qu’ils s’en rendent compte et adoptent le ton de combat qui est nécessaire contre cet ennemi là.

 

 

Macron inaugure le « Louvre des sables » avec les racistes esclavagistes obscurantistes d’Abu Dhabi voila le dossier paru dans Siné hebdo en 2009

 

90 % de travailleurs forcés

 

 

le « Louvre des sables » a été construit par la violence, l’apartheid, l’esclavage,

 


 

Les alliés barbares que Sarkozy a donné à la France

 

Il y a un fossé entre les richesses fabuleuses des EAU, leur prétendue « ouverture aux arts et au monde », et la réalité du système despotique, inhumain qui y règne. Seul le cheikh dispose d’un pouvoir absolu et héréditaire, appuyé sur les tribus, organisation de base de la société. Il n’y a pas de partis politiques, ni de droit de réunion. Il n’y a pas de liberté de la presse, récemment encore le 2 juillet, l’éditeur Sami al-Araimi a été condamné à une lourde amende et son journal suspendu pour 20 jours. Ne parlons pas de la censure sur les œuvres des futurs musées : pas de femmes nues, voilez-les.

Le Premier ministre et les 18 ministres sont nommés et révoqués par l’émir. Le Conseil fédéral national, a été renouvelé en décembre 2006 par un collège de… 6 689 électeurs désignés qui représentent seulement 1 % de la population. Il n’y a pas d’élection du Conseil national consultatif composé de 50 membres « choisis » eux aussi par l’émir.

La Direction de la Sûreté de l’Etat (Amn ad-dawla) au pouvoir dictatorial, nomme et destitue les fonctionnaires, s’immisce dans les affaires de justice, modifie les verdicts, pressionne les juges. La législation est basée sur la Shari’a. L’intolérance religieuse domine la vie quotidienne, avec des interdictions de s’embrasser, danser, de jouer trop fort de la musique en public ou même se tenir la main pour des couples non mariés sans parler des codes vestimentaires ou de la consommation d’alcool. Le droit à la défense est limité. Le 30 juillet dernier, une jeune femme a été condamnée à la prison à vie pour avoir proposé un joint à un policier en civil. Les mises au secret peuvent durer des mois voire des années sans jugement. Les associations de défense des droits de l’homme sont interdites ou persécutées. Les droits des femmes sont quasi inexistants (il y a 71 % d’hommes), le divorce interdit, l’adultère condamné, l’homosexualité persécutée.

 

La torture et traitements inhumains sont légion : le Cheikh Issa ben Zayed al-Nahyan, frère du souverain d’Abou Dhabi,  ami de Sarkozy, peut être vu actuellement dans une vidéo diffusée sur Internet (ABC News)   où il torture longuement un homme en l’asphyxiant avec du sable, le frappant avec une planche cloutée, tentant de le brûler et lui roulant dessus en 4 X4. Le Cheikh Issa filme les souffrances de ses victimes puis les visionne pour son plaisir personnel. En raison du scandale provoqué par cette vidéo, les Etats-Unis, eux, remettent en cause l’accord visant à établir une coopération entre les deux pays dans le domaine de l’énergie nucléaire. Un exemple dont aurait pu s’inspirer la France.

 

Sarkozy est allé pérorer devant l’OIT, le 15 juin, défendant les droits du travail et réclamant des sanctions aux pays qui ne l’appliquent pas, mais  il n’en avait rien dit, le 25 mai, à son ami l’émir qui construit le Louvre et la base militaire française en interdisant tout droit de grève, tout droit syndical, tout droit du travail.

Moins de 20 % des habitants sont des natifs qui ont les droits juridiques d’entreprendre, mais près de 90 % de ceux qui produisent dans les chantiers BTP, le pétrole, le gaz, n’ont aucun droit. 51% de toute propriété doit appartenir à un citoyen émirati. Le racisme est courant avec une telle forme d’apartheid social, ethnique. Les Indiens constituent la plus importante  communauté (avec 1,2 million de personnes) suivie des Pakistanais et des Bangladeshis. Leurs passeports sont confisqués dés leur arrivée sur le territoire, ils doivent payer des sommes énormes aux agences de recrutement et pour leur entrée (alors que cela doit incomber aux employeurs). Ils n’ont pas le salaire promis et ce qu’ils touchent est irrégulier. De mai à octobre, il règne de 38° à 48 °et ils travaillent toute l’année dans des conditions inhumaines beaucoup plus de 48 h par semaine. Il en est de même pour les nombreuses travailleuses domestiques esclaves, frappées et abusées physiquement, confinées, avec des durées du travail excessives. Les promesses de l’émir de respecter certaines règles de l’OIT et de prendre des précautions avec les travailleurs qui construiront « l’île du bonheur » et le Louvre n’ont aucun fondement juridique.

Human Rights Watch appelle les gouvernements intervenant dans les EAU à exiger des droits élémentaires :

1) Aller vers l’élimination des discriminations raciales et la liberté religieuse

2) Accepter la création d’associations, de syndicats et de partis politiques

3) Abolir la peine de mort et la torture.

4) Signer les conventions pour les droits des femmes

5) Tolérer l’homosexualité.

6) Autoriser le droit de grève et d’action collective des salariés.

7) Étendre les règles du travail aux domestiques étrangers

8) Accepter une législation sur le mariage et le divorce

Tandis que Sarkozy envoie des jeunes hommes se faire tuer en Afghanistan pour combattre les Talibans, « barbares et moyenâgeux » mais pauvres, il a engagé la France, son image, sa culture, son armée, avec les EAU « barbares et moyenâgeux » aussi mais très riches. C’est tout à l’image de sa politique.

Ainsi le marché du luxe français est largement positif aux EAU, même si l’organisateur d’un salon récent, Denis Muller affirmait « certains de nos clients  d’Abou Dhabi possèdent déjà 150 ou 200 montres, il faut les surprendre ». C’est ce qui doit fasciner Sarkozy – Rolex : sa morale, sa culture, son clinquant s’arrangent de ces détails de l’histoire. Il espère seulement que le contrôle  qu’il exerce sur les médias empêchera que tout cela se sache en France.

À nous de faire savoir ce que cache le « Louvre » des richissimes émirs des sables.

 

Gérard Filoche


 

 

- Capitale : Abou Dhabi ville

- Gouvernement : Emir Khalifa bin Zayid Al Nahyan II

- Population (en 2007) : 1 465 431 habitants

- Densité : 21 habitants/ km²

- Superficie : 67 340 km²

- Langue officielle : Arabe

- Langue des affaires : Anglais

- Religions : Abou Dhabi est géré par la loi islamique, mais il autorise la pratique d’autres religions.

- PIB (en 2006) : 56,15% du PIB fédéral

- Taux de chômage : Environ 5 %

Abu Dhabi.

Émirat d’Abu Dhabi

Fondation : 1971.

Statut : Abu Dhabi forme la fédération indépendante des Émirats arabes unis avec six autres émirats (Dubaï, Chardja, Fudjayra, Adjman, Umm al-Quaywayn et Ras al-Khayma).

Régime politique : monarchie.

Chef de l’État : Khalifa ibn Zayid al-Nahyan (depuis 2004).

Spécificités : le plus vaste et le plus peuplé des Émirats arabes unis.

Membre depuis 1967 des pays de l’O.P.E.P (Organisation des pays exportateurs de pétrole).

Situation géographique : l’émirat possède des frontières avec l’Arabie saoudite au sud et à l’ouest, avec Oman à l’est et avec les émirats de Dubaï et de Chardja au nord.

Superficie : 74 000 km2 .

Population : 1 292 119 habitants (recensement de 2005).

Communauté française des ÉAU : 8 635 Français immatriculés en décembre 2007 (soit cinq fois plus qu’en 1990) pour une communauté français totale estimée à 12 300 personnes, en très forte progression, concentrée pour les deux tiers à Dubaï et pour un quart plurinationale

Langue officielle : arabe.

Monnaie : dirham des Émirats arabes unis (AED).

PIB des ÉAU (2007): 139,6 milliards € (soit 190,125 milliards $)

Abu Dhabi : 56,15 % du PIB fédéral ; Dubaï : 30,84 % ; autres émirats : 13,01%

Production de pétrole brut des ÉAU  (2007) : environ 2,510 millions de barils/jour. Production assurée à hauteur de 87% par l’émirat d’Abu Dhabi et représente 8% de la production de l’O.P.E.P.

Réserves de pétrole des ÉAU : estimées à 97,8 milliards de barils.

Ville d’Abu Dhabi. Capitale de l’émirat homonyme et de la fédération des Émirats arabes unis.

Situation géographique : île du golfe Persique très proche du continent.

Fondation : créée en 1791 par la tribu bédouine des Bani Yas avec à leur tête Shakhbut bin Dhiyab.

Population : 597 000 habitants (recensement de 2005) ; dont 80 % d’expatriés venus de l’Extrême-Orient, de l’Inde, de l’Europe et des États-Unis.

Éducation supérieure :

Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi. Créée le 19-02-2006 dans le cadre d’un accord de coopération internationale entre l’Université française Paris-Sorbonne (Paris IV) et le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche des Émirats arabes unis.

 

 

À propos d´Abu Dhabi

S´étendant sur 87 340 kilomètres carrés, Abu Dhabi est le plus grand des émirats qui constituent les EAU et occupe plus de 85 % de la surface totale du pays. Les EAU est l´un des six membres du Conseil de coopération du Golfe Persique.

La ville d´Abu Dhabi, construite sur la plus grande des 200 îles naturelles situées au large de l´émirat, est la capitale de l´émirat et des EAU, ainsi que le siège fédéral du gouvernement et de la plupart des ministères et institutions officielles, ambassades, radios publiques et compagnies pétrolières.

La population d´Abu Dhabi s´élève actuellement à environ 1,6 millions d´habitants et devrait augmenter de 6,8 % par an au cours de la prochaine décennie, pour atteindre les 3,4 millions prévus en 2015.

Abu Dhabi possède à peu près 9,2 % des réserves mondiales de pétrole et 4 % des réserves naturelles de gaz. Le revenu par habitant est de US$ 46 185, soit le plus élevé au monde. Conscients du défi posé par la forte dépendance du pays vis-à-vis de ses ressources de carbone, les décideurs émiriens cherchent activement à diversifier l´économie nationale.

Présentation générale

Evoluant dans l’ombre de son homologue « l’émirat de Dubaï », Abou Dhabi se veut, malgré sa discrétion, très prolifique. Fondé en 1791, cet émirat a toujours été dirigé par la famille Nahyan. Situé dans le Sud-Ouest des E.A.U, dont il représente environ 80 % du territoire, il profite d’une immensité désertique appelée communément Rub al Khali.

Réputé pour son raffinement culturel, Abou Dhabi est sûrement l’émirat le plus en phase avec l’expansion de l’art dans les pays occidentaux. En décidant de créer un musée universel du Louvre à Abou Dhabi, le gouvernement a souhaité affirmer sa place de leader culturel au sein des E.A.U. Prévue pour 2012, l’ouverture de ce musée sera un véritable événement diplomatique qui accentuera les relations, déjà amicales, avec la France.

Rappelons également l’ouverture récente de l’université Paris-Sorbonne Abu Dhabi. Cette institution dédiée à l’enseignement supérieur en langue française, attire les meilleurs étudiants des E.A.U mais aussi du Moyen Orient et au-delà.

Les secteurs qui recrutent

L’émirat d’Abou Dhabi est reconnu dans le monde entier pour ses ressources en pétrole et en gaz. Celles-ci constituent 31 % de l’enrichissement du PIB entre 2005 et 2006. Ainsi, les emplois à Abou Dhabi s’organisent autour de trois pôles industriels que sont le pétrole, le gaz et le BTP. C’est d’ailleurs dans ces trois secteurs que se concentrent la majorité des entreprises françaises. Abou Dhabi dispose également d’un important réseau de dessalement, qui constitue un nouveau terrain d’embauche.

Comment accéder à l’emploi

Pour trouver un emploi, vous pouvez dans un premier temps, vous aider du Comité Consulaire Pour l’Emploi et la Formation Professionnelle d’Abou Dhabi, qui a été mis en place par le Ministère des Affaires Etrangères au sein des ambassades françaises à travers le monde. Il conseille et oriente les expatriés français dans leur recherche d’emploi dans les différents pays étrangers. Il est également là, pour recueillir les offres d’emploi auprès des sociétés implantées dans le pays d’accueil, et mettre en relation les entreprises avec les demandeurs d’emploi.

La deuxième solution étant de prendre contact directement avec les filiales des sociétés françaises implantées sur place. D’ailleurs, un guide intitulé « Les implantations françaises dans les pays du Golfe est disponible auprès de la société UBIFRANCE ou auprès des Missions Economiques.

Ce document répertorie les coordonnées complètes d’un grand nombre d’implantations françaises et dresse un bilan de la situation économique de ces sociétés dans chacun des pays suivants : Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Barhein, Iran, Koweït, Oman, Pakistan, Qatar, Yémen.

Enfin, si vous êtes intéressé par le secteur public à l’étranger, vous devez joindre le ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Adressez-vous plus précisément à la Direction Générale du Trésor et de la Politique Economique au Bureau des ressources humaines et des réseaux.

Investissements

En matière d’investissement, l’émirat d’Abou Dhabi continue de lancer des projets ambitieux qui comportent tout de même certains risques financiers. En effet, Abou Dhabi semble vouloir diversifier son économie en développant ses capacités aéroportuaires et industrielles.

Malheureusement, Abou Dhabi subit, depuis peu, une forte inflation des prix, qui est passée de 3% en 2000 à 9,3% en 2006. Cette situation s’est aujourd’hui généralisée à l’immobilier.

Vie quotidienne

Santé

À Abou Dhabi, l’hôpital franco-émirien est très réputé pour les soins qu’il prodigue et la qualité de son personnel. Disposant des dernières technologies de pointe en matière de médecine, cet hôpital accueille régulièrement des médecins français.

Sachez également qu’avec la Caisse des Français de l’Etranger, une convention a été conclue l’hôpital franco-émirien, permettant la délivrance d’une prise en charge, sans avance de frais, en cas de séjours hospitaliers, exactement comme en France.

Logement

L’immobilier subit une inflation fulgurante des prix depuis quelques années. Sans doute parce que l’émirat se développe économiquement, et qu’il attire de plus en plus d’occidentaux. Cependant, malgré des logements élevés, Abou Dhabi offre un cadre de vie intéressant, et propose aux expatriés des locations de résidence, où ils sont en compagnie de leurs homologues français ou occidentaux. De plus, la société française qui vous emploie paye généralement une partie voire la totalité du loyer.

Enfin, sachez que le marché locatif est en plein essor ces dernières années et qu’il existe deux façons d’obtenir un logement. La première est de s’adresser au Khalifa Commitee, qui est un organisme gouvernemental, la seconde est de passer par les agences immobilières, qui elles prennent des commissions de 4 à 10 % sur le montant du loyer annuel. Il faut savoir qu’en tant que français, vous n’aurez pas le droit d’acquérir un bien immobilier à Abou Dhabi, cependant, vous pourrez le faire à Dubaï.

Scolarité

Il existe deux Lycées français à Abou Dhabi :

Lycée Théodore Monod

Tel : 00-971-2-6679009br> Email : ltm_dir@eim.ae

Lycée Louis Massignon

Tel : 00 971 2 444 80 75 / 00 971 2 444 80 85

Email : llmpro@llm.ae

Site Internet : www.llm.ae

Ces deux établissements proposent un enseignement secondaire équivalent aux lycées du territoire français, de plus, ils offrent un apprentissage complet de la maternelle au baccalauréat.

Leila Zellouma

 

 

 

Emirats Arabes Unis : Les travailleurs qui construisent « l’Ile du bonheur » sont régulièrement exploités   PDF   Imprimer         Envoyer

Mercredi, 20 Mai 2009 09:36

Human Rights Watch

« Ces institutions internationales doivent montrer qu’elles ne tolèreront  ni ne tireront parti de la brutale exploitation de ces travailleurs migrants…Les assurances vagues qu’elles ont reçues de leurs partenaires en développement ne sont que des produits de substitution creux pour des accords contractuels solides que leurs projets ne ressembleront pas aux affaires courantes à Abou Dhabi. »

Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Le Louvre, le Guggenheim, New York University ainsi que d’autres institutions devraient protéger les travailleurs contre divers abus

Le rapport de 80 pages, « ‘The Island of Happiness’: Exploitation of Migrant Workers on Saadiyat Island, Abu Dhabi », (« ‘L’Ile du bonheur’ : Exploitation des travailleurs migrants sur l’île de Saadiyat, Abou Dhabi ») a constaté que si le gouvernement des EAU s’est attaché à améliorer les conditions de logement et à garantir le paiement régulier des salaires ces dernières années, nombre d’atteintes aux droits du travail demeurent courantes. Les institutions internationales qui prévoient d’ouvrir des succursales sur l’île – notamment le Guggenheim, New York University (NYU), et l’Agence France-Muséums (chargée du Louvre Abou Dhabi) – devraient de toute urgence obtenir des garanties contractuelles exécutoires que les entreprises du bâtiment protègeront les droits fondamentaux des travailleurs dans leurs projets, a indiqué Human Rights Watch.

« Ces institutions internationales doivent montrer qu’elles ne tolèreront  ni ne tireront parti de la brutale exploitation de ces travailleurs migrants », a insisté Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les assurances vagues qu’elles ont reçues de leurs partenaires en développement ne sont que des produits de substitution creux pour des accords contractuels solides que leurs projets ne ressembleront pas aux affaires courantes à Abou Dhabi. »

Abou Dhabi, capitale des EAU, espère faire de Saadiyat Island (« l’Ile du bonheur ») une destination touristique internationale. L’île, peu élevée au-dessus du niveau de la mer, comptera quatre musées et une salle de spectacles conçus par des cabinets d’architecture de renommée mondiale – notamment les Ateliers Jean Nouvel, Foster and Partners, et Gehry Partners – ainsi qu’un campus de New York University, des terrains de golf, des hôtels, et de coûteuses résidences.

Des travailleurs venus d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, et d’autres pays sud-asiatiques sont employés aux travaux des infrastructures de l’île depuis qu’en 2005 Abou Dhabi a fondé la Société d’investissement et de développement touristique (« Tourism Development and Investment Company », TDIC) pour superviser le projet. Le musée devrait ouvrir en 2013.

 

S’appuyant sur des entretiens menés auprès de travailleurs migrants, et sur des rencontres avec des représentants des gouvernements français et des EAU, ainsi qu’avec des membres d’entreprises et d’institutions internationales ayant des projets sur l’île, le rapport de Human Rights Watch documente un cycle d’abus qui laisse les travailleurs migrants lourdement endettés, mal payés et dans l’impossibilité de défendre leurs droits ou même d’abandonner leurs emplois.

 

Le gouvernement des EAU et les autorités chargées du développement de l’île de Saadiyat ne se sont pas attaqués aux causes profondes des abus commis contre les travailleurs : des frais de recrutement illégaux, de fausses promesses de salaires, et un système de parrainage qui donne pratiquement à l’employeur les pleins pouvoirs sur ses travailleurs.

 

Afin d’obtenir les visas nécessaires pour travailler dans les EAU, presque tous les travailleurs que Human Rights Watch a interrogés sur l’île de Saadiyat ont payé des frais importants à des « agences de recrutement » dans leurs pays d’origine, qui sont engagées pour fournir des travailleurs aux entreprises du bâtiment dans les EAU. Du fait que ces agences leur ont promis de bonnes conditions d’emploi aux EAU, de nombreux travailleurs ont vendu leur maison ou leur terre, ou bien emprunté de l’argent à des taux élevés d’intérêt pour payer les frais d’agence. A leur arrivée aux EAU, les travailleurs endettés -dont beaucoup sont illettrés- doivent signer des contrats avec les entreprises du bâtiment avec des conditions bien pires que celles qu’on leur avait promises chez eux. Les travailleurs n’ont pratiquement aucun recours contre les agences qui les ont trompés avec de fausses promesses de bons salaires et des frais de recrutement abusifs.

 

Les lois des EAU interdisent aux agences de faire payer aux travailleurs de tels frais. Les agences sont censées les faire payer aux entreprises, mais la loi n’est pas appliquée. De plus, il n’y a pas de pénalités si les entreprises, recherchant leur propre intérêt financier, travaillent en toute connaissance de cause avec des agences qui font payer les frais aux travailleurs.

Les travailleurs se retrouvent devant le choix d’abandonner leur emploi alors qu’ils doivent encore des milliers de dollars pour les frais de recrutement illégaux, ou de continuer à travailler dans des conditions qui relèvent de l’exploitation. Ils se sont plaints pratiquement tous de bas salaires et de soins médicaux médiocres. Les travailleurs ne peuvent pas non plus réclamer effectivement de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de vie, puisque les lois des EAU ne protègent pas les droits fondamentaux de former des syndicats, de négocier collectivement ou de faire grève. Au contraire, le système de « parrainage » des EAU donne aux employeurs un contrôle quasi absolu sur le travail légal et la présence dans le pays des travailleurs, les visas étant liés aux employeurs individuels. Tous les travailleurs ont raconté que lorsqu’ils ont arrivés aux EAU, leurs employeurs leur avaient confisqué leur passeport. Les employeurs peuvent aller jusqu’à révoquer le visa d’un travailleur qui démissionne, ce qui entraîne son expulsion.

Certains travailleurs ont fait état de conditions qui équivalent à du travail forcé : leur employeur a menacé de leur imposer une lourde amende s’ils essayaient de démissionner avant d’avoir travaillé pendant deux ans, ce qui les a de fait obliger à rester sur « l’Ile du bonheur ». Les travailleurs sur l’île sont en général ignorants de leurs droits et ils ont peur d’exprimer des revendications, et il n’existe pas de contrôle indépendant et efficace.

« Les musées et New York University devraient insister pour que leurs partenaires locaux de développement garantissent les droits fondamentaux des travailleurs, qui devraient inclure au minimum le remboursement des frais de recrutement illégaux, des contrats officiels dans leur langue maternelle signés avant leur arrivée aux EAU, et le droit de grève et de négocier collectivement », a observé Sarah Leah Whitson. « Et ils devraient insister pour qu’il y ait un contrôle indépendant de leurs projets par une tierce partie, et imposer des pénalités significatives en cas de violations. »

Les recherches menées sur l’île de Saadiyat ont montré que les autorités avaient adopté certaines mesures positives. Bien que les installations destinées aux travailleurs fussent encore en construction quand Human Rights Watch a visité l’île, elles semblaient être relativement hygiéniques et non surpeuplées. La TDIC, la société appartenant au gouvernement et qui supervise l’aménagement de l’île, a cherché à obtenir des garanties contractuelles de la part des entreprises du bâtiment qu’elles ne confisqueront pas les passeports des travailleurs, ni n’auront recours au travail forcé, ni ne commettront d’autres abus.

Human Rights Watch a contacté les entreprises du bâtiment, les cabinets d’architecture, et les institutions internationales travaillant sur l’île pour les alerter sur la nécessité de prendre des mesures pour garantir que les travailleurs de leurs projets ne sont pas victimes d’abus. Beaucoup n’ont pas répondu à nos lettres. Quant au Guggenheim, à New York University et à l’Agence France-Muséums (chargée du projet du musée Louvre Abou Dhabi), seule l’Agence a pris certaines mesures pour obtenir des garanties contractuelles significatives de la part de la TDIC pour autoriser un contrôle indépendant des droits des travailleurs, mais même le contrat de l’Agence ne comporte pas de garanties ni de clauses lui permettant de faire appliquer les droits des travailleurs.

« Ces institutions internationales doivent montrer qu’elles ne tolèreront  ni ne tireront parti de la brutale exploitation de ces travailleurs migrants…Les assurances vagues qu’elles ont reçues de leurs partenaires en développement ne sont que des produits de substitution creux pour des accords contractuels solides que leurs projets ne ressembleront pas aux affaires courantes à Abou Dhabi. »

Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord France: Le Louvre d’Abou Dhabi doit respecter les droits des travailleurs

Juillet 18, 2007

Le gouvernement français doit s’assurer que la réputation du plus grand musée de France ne soit pas ternie par des violations des droits du travail dans la première succursale du Louvre à l’étranger. Le Ministère français de la Culture doit s’engager publiquement et prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher l’exploitation des travailleurs immigrés au Louvre d’Abou Dhabi.

Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient à Human Rights Watch

Le gouvernement français devrait s’engager publiquement à faire respecter les droits des travailleurs puis à garantir activement ce respect lors de la construction et de l’entretien de la succursale du Louvre prévue à Abou Dhabi, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

En février 2007, Human Rights Watch a envoyé des courriers privés à l’attention du gouvernement français et du Musée du Louvre pour faire part de ses inquiétudes quant à l’exploitation des travailleurs immigrés aux Émirats Arabes Unis (EAU), en soulignant les obligations légales en matière de respect des droits des travailleurs dans le pays. Ces courriers n’ont à ce jour reçu aucune réponse.

D’après certaines informations, Abou Dhabi devrait payer près de 1,3 milliard de dollars à la France pour utiliser le nom du Louvre, ses œuvres d’art et son expertise. L’ouverture du Louvre d’Abou Dhabi est prévue pour 2012. Ce sera la première succursale du Louvre située en dehors de la France, et elle fera partie d’un domaine culturel qui se composera de trois autres musées, dont une succursale du Guggenheim.

« Le gouvernement français doit s’assurer que la réputation du plus grand musée de France ne soit pas ternie par des violations des droits du travail dans la première succursale du Louvre à l’étranger », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Le Ministère français de la Culture doit s’engager publiquement et prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher l’exploitation des travailleurs immigrés au Louvre d’Abou Dhabi. »

Dans un rapport paru en novembre 2006, Human Rights Watch faisait état d’abus accablants à l’encontre d’ouvriers du bâtiment immigrés aux Émirats Arabes Unis.

Ils endurent des conditions de travail dangereuses et des années d’endettement auprès des agences de recrutement pour des frais qui d’après le législation des EAU devraient être payés par les employeurs. Les employeurs retiennent régulièrement leurs salaires et confisquent leurs passeports. Human Rights Watch a constaté que les agences gouvernementales des EAU ne tiennent pas les employeurs pour responsables de ces violations fréquentes de la loi, contribuant ainsi au climat d’impunité qui fait perdurer ces abus. A cela s’ajoute le fait que les EAU ne protègent pas les travailleurs en ce qui concerne leurs droits à s’organiser, à négocier collectivement et à faire grève.

En février, Human Rights Watch a fait part de ses inquiétudes dans des courriers privés adressés au président directeur général du Louvre, Henri Loyrette, et à l’ancien ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres. A ce jour, Human Rights Watch n’a reçu aucune réponse.

Plus spécifiquement, Human Rights Watch encourage vivement le Louvre à exiger de ses partenaires des EAU qu’ils ne retiennent pas les salaires de travailleurs, qu’ils ne confisquent pas les passeports, qu’ils collectent des informations et émettent des rapports publics sur toute blessure ou mort liée au travail, et qu’ils interdisent aux employeurs de prélever illégalement des frais d’embauche, de voyage et de visa auprès des travailleurs. Le Louvre devrait mettre sur pied un comité de surveillance indépendant et transparent chargé de contrôler les pratiques de travail au Louvre d’Abou Dhabi. De plus, le gouvernement français devrait s’assurer que le Louvre et ses partenaires des EAU adoptent ces mesures importantes en matière de droit du travail. La France devrait également exhorter les autorités des EAU, par ailleurs membres de l’Organisation internationale du travail, à garantir aux travailleurs le droit de négocier collectivement, de former des syndicats et de faire grève.

« Le gouvernement français doit montrer l’exemple à d’autres institutions culturelles ayant des projets aux EAU, et ce, en faisant respecter les droits des travailleurs », a ajouté WhitsonL’ONG de défense des droits de l’homme accuse l’émirat d’exploiter les travailleurs étrangers à l’oeuvre sur le chantier du Louvre d’Abou Dhabi. Les autorités s’en défendent.

Human Rights Watch a accusé mardi les autorités émiraties de ne pas empêcher les mauvais traitements des travailleurs étrangers, dans un rapport sur une île au large d’Abou Dhabi devant accueillir une antenne du musée du Louvre. Les autorités l’ont rejeté comme « trompeur ».

Dans un rapport sur les conditions de travail sur l’île Saadiyat (Bonheur, en arabe) au large d’Abou Dhabi, où sont prévues aussi des antennes du musée Guggenheim et de la New York University, HRW déplore la persistance des mauvais traitements à l’encontre des ouvriers dans ce riche pays pétrolier du Golfe.

« Bien que le gouvernement émirati ait entrepris d’améliorer les conditions de logement et d’assurer le versement à temps des salaires, les mauvais traitements infligés aux travailleurs restent fréquents », écrit l’organisation de défense des droits de l’Homme dans un communiqué à l’occasion de la publication de son rapport à Abou Dhabi.

Elle estime nécessaire que les institutions internationales concernées par les projets à Saadiyat obtiennent « instamment des garanties formelles engageant les entreprises du bâtiment à protéger les droits fondamentaux des travailleurs » sur l’île.

Intitulé « L’île du Bonheur: l’exploitation des travailleurs migrants », le rapport évoque « des frais illégaux d’embauche, des promesses de salaire non tenues et un système de parrainage qui donne à l’employeur quasiment pleins pouvoirs sur ses employés », dont la confiscation de leurs passeports.

Travail forcé?

La Compagnie d’Abou Dhabi pour la promotion du tourisme et des investissements (TDIC), un établissement public en charge du développement de Saadiyat, a rejeté le rapport de HRW.

« Le rapport a, non seulement, négligé les mesures et les actions entreprises pour améliorer les conditions de travail (…), mais il contient aussi des affirmations trompeuses et des hypothèses erronées », affirme-t-elle dans un communiqué publié mardi.

Elle rejette les griefs formulées par HRW, y compris la confiscation des passeports des ouvriers, une mesure « non autorisée » par la loi émiratie selon le communiqué.

Sarah Leah Whitson, directrice de HRW pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord, appelle les institutions internationales à « montrer qu’elles ne tolèrent pas ou ne profitent pas de l’exploitation grossière des travailleurs migrants ».

La TDIC a estimé que les accusations étaient infondées du moment qu’aucun des projets prévus à Saadiyat n’avait encore démarré.

« Aucun contrat de construction n’a été encore attribué », a déclaré le porte-parole de TDIC, Bassem Terkawi, à des journalistes lors d’une visite guidée dimanche sur l’île et à un foyer en construction devant accueillir 20 000 ouvriers dans les 12 prochains mois.

Abou Dhabi rappelle qu’il a signé six des huit conventions de l’OIT

Mais quelque 2 000 travailleurs étaient présents sur l’île pour des travaux d’infrastructure.

Certains de ces travailleurs sont « en réalité confinés » sur l’île depuis deux ans et leur situation s’assimile à « du travail forcé », indique HRW en citant leurs témoignages.

« Le gouvernement émirati a adopté une formule claire pour assurer et consolider la protection des droits des travailleurs étrangers », a déclaré un haut responsable du ministère du Travail, Humaid Ben Demas.

D’ailleurs, il a ratifié six des huit conventions prévues par la Déclaration de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur les principes et droits fondamentaux au travail, a ajouté M. Demas, cité par l’agence officielle Wam.

Les Emirats ont été souvent critiqués pour les conditions de travail et de séjour des travailleurs étrangers au moment où le pays, qui était en plein boom immobilier, avait attiré ces dernières années des centaines de milliers d’ouvriers bon marché, notamment d’Asie.

Immigrés au Louvre Abou Dhabi Exclusivité web

[ 30 juillet 2009 ]

 

Dans un rapport rendu le 19 mai dernier, l’association de défense des droits de l’homme, Human Right Watch (HRW), dénonce des conditions de travail scandaleuses sur l’île de Saadyiat, qui doit accueillir, entre autres institutions culturelles et éducatives, le Louvre Abou Dhabi dès 2013. A 500 mètres des côtes d’Abou Dhabi, les entrepreneurs de « l’île du Bonheur » ne dérogent pas à la fâcheuse habitude locale d’exploiter les travailleurs immigrés. Venus d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, du Sri Lanka, du Népal ou de Thaïlande, ces ouvriers du bâtiment ont souvent dû s’endetter pour venir aux Emirats et trouver un travail. Une fois embauchés, leur passeport est confisqué et leur salaire, bien inférieur à celui qu’on leur faisait miroiter, ne leur est pas versé régulièrement. Les 27 milliards de dollars que l’Emirat alloue au projet, les ouvriers du bâtiment n’en voient pas la couleur. Si Abou Dhabi a fait quelques efforts pour que la société en charge des travaux sur l’île, la Tourism Development & Invesment Company (TDIC), construise des hébergements décents, on reste bien loin du compte et les conditions des ouvriers sont, selon le rapport de HRW, proches du travail forcé. L’association a contacté l’agence France-Muséums (créée spécialement pour gérer le partenariat avec Abou Dhabi) ainsi que le musée Guggenheim et la New York University et compte sur ces institutions pour faire pression sur la TDIC, afin qu’elle rétablisse des conditions de travail décentes sur l’île. Seule l’agence française a demandé la mise en place d’un contrôle indépendant sur le chantier du Louvre, mais aucune mesure de sanction ou de recours ne sera mise en place. Les institutions de renommée internationale s’avouent impuissantes face à la force de pression financière que représente le projet, d’autant plus en cette période de crise. Elles se rendent ainsi complices de l’exploitation des travailleurs migrants.

Lucille Igersheim

Infos pratiques :

Tous les rapports de l’association Human Right Watch sont sur www.hrw.org

Emirats Arabes Unis : Les travailleurs qui construisent « l’Ile du bonheur » sont régulièrement exploités   PDF   Imprimer         Envoyer

Mercredi, 20 Mai 2009 09:36

Human Rights Watch

« Ces institutions internationales doivent montrer qu’elles ne tolèreront  ni ne tireront parti de la brutale exploitation de ces travailleurs migrants…Les assurances vagues qu’elles ont reçues de leurs partenaires en développement ne sont que des produits de substitution creux pour des accords contractuels solides que leurs projets ne ressembleront pas aux affaires courantes à Abou Dhabi. »

Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Le Louvre, le Guggenheim, New York University ainsi que d’autres institutions devraient protéger les travailleurs contre divers abus

 

Le rapport de 80 pages, « ‘The Island of Happiness’: Exploitation of Migrant Workers on Saadiyat Island, Abu Dhabi », (« ‘L’Ile du bonheur’ : Exploitation des travailleurs migrants sur l’île de Saadiyat, Abou Dhabi ») a constaté que si le gouvernement des EAU s’est attaché à améliorer les conditions de logement et à garantir le paiement régulier des salaires ces dernières années, nombre d’atteintes aux droits du travail demeurent courantes. Les institutions internationales qui prévoient d’ouvrir des succursales sur l’île – notamment le Guggenheim, New York University (NYU), et l’Agence France-Muséums (chargée du Louvre Abou Dhabi) – devraient de toute urgence obtenir des garanties contractuelles exécutoires que les entreprises du bâtiment protègeront les droits fondamentaux des travailleurs dans leurs projets, a indiqué Human Rights Watch.

« Ces institutions internationales doivent montrer qu’elles ne tolèreront  ni ne tireront parti de la brutale exploitation de ces travailleurs migrants », a insisté Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les assurances vagues qu’elles ont reçues de leurs partenaires en développement ne sont que des produits de substitution creux pour des accords contractuels solides que leurs projets ne ressembleront pas aux affaires courantes à Abou Dhabi. »

Abou Dhabi, capitale des EAU, espère faire de Saadiyat Island (« l’Ile du bonheur ») une destination touristique internationale. L’île, peu élevée au-dessus du niveau de la mer, comptera quatre musées et une salle de spectacles conçus par des cabinets d’architecture de renommée mondiale – notamment les Ateliers Jean Nouvel, Foster and Partners, et Gehry Partners – ainsi qu’un campus de New York University, des terrains de golf, des hôtels, et de coûteuses résidences.

Des travailleurs venus d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, et d’autres pays sud-asiatiques sont employés aux travaux des infrastructures de l’île depuis qu’en 2005 Abou Dhabi a fondé la Société d’investissement et de développement touristique (« Tourism Development and Investment Company », TDIC) pour superviser le projet. Le musée devrait ouvrir en 2013.

S’appuyant sur des entretiens menés auprès de travailleurs migrants, et sur des rencontres avec des représentants des gouvernements français et des EAU, ainsi qu’avec des membres d’entreprises et d’institutions internationales ayant des projets sur l’île, le rapport de Human Rights Watch documente un cycle d’abus qui laisse les travailleurs migrants lourdement endettés, mal payés et dans l’impossibilité de défendre leurs droits ou même d’abandonner leurs emplois.

Le gouvernement des EAU et les autorités chargées du développement de l’île de Saadiyat ne se sont pas attaqués aux causes profondes des abus commis contre les travailleurs : des frais de recrutement illégaux, de fausses promesses de salaires, et un système de parrainage qui donne pratiquement à l’employeur les pleins pouvoirs sur ses travailleurs.

Afin d’obtenir les visas nécessaires pour travailler dans les EAU, presque tous les travailleurs que Human Rights Watch a interrogés sur l’île de Saadiyat ont payé des frais importants à des « agences de recrutement » dans leurs pays d’origine, qui sont engagées pour fournir des travailleurs aux entreprises du bâtiment dans les EAU. Du fait que ces agences leur ont promis de bonnes conditions d’emploi aux EAU, de nombreux travailleurs ont vendu leur maison ou leur terre, ou bien emprunté de l’argent à des taux élevés d’intérêt pour payer les frais d’agence. A leur arrivée aux EAU, les travailleurs endettés -dont beaucoup sont illettrés- doivent signer des contrats avec les entreprises du bâtiment avec des conditions bien pires que celles qu’on leur avait promises chez eux. Les travailleurs n’ont pratiquement aucun recours contre les agences qui les ont trompés avec de fausses promesses de bons salaires et des frais de recrutement abusifs.

Les lois des EAU interdisent aux agences de faire payer aux travailleurs de tels frais. Les agences sont censées les faire payer aux entreprises, mais la loi n’est pas appliquée. De plus, il n’y a pas de pénalités si les entreprises, recherchant leur propre intérêt financier, travaillent en toute connaissance de cause avec des agences qui font payer les frais aux travailleurs.

Les travailleurs se retrouvent devant le choix d’abandonner leur emploi alors qu’ils doivent encore des milliers de dollars pour les frais de recrutement illégaux, ou de continuer à travailler dans des conditions qui relèvent de l’exploitation. Ils se sont plaints pratiquement tous de bas salaires et de soins médicaux médiocres. Les travailleurs ne peuvent pas non plus réclamer effectivement de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de vie, puisque les lois des EAU ne protègent pas les droits fondamentaux de former des syndicats, de négocier collectivement ou de faire grève. Au contraire, le système de « parrainage » des EAU donne aux employeurs un contrôle quasi absolu sur le travail légal et la présence dans le pays des travailleurs, les visas étant liés aux employeurs individuels. Tous les travailleurs ont raconté que lorsqu’ils ont arrivés aux EAU, leurs employeurs leur avaient confisqué leur passeport. Les employeurs peuvent aller jusqu’à révoquer le visa d’un travailleur qui démissionne, ce qui entraîne son expulsion.

Certains travailleurs ont fait état de conditions qui équivalent à du travail forcé : leur employeur a menacé de leur imposer une lourde amende s’ils essayaient de démissionner avant d’avoir travaillé pendant deux ans, ce qui les a de fait obliger à rester sur « l’Ile du bonheur ». Les travailleurs sur l’île sont en général ignorants de leurs droits et ils ont peur d’exprimer des revendications, et il n’existe pas de contrôle indépendant et efficace.

« Les musées et New York University devraient insister pour que leurs partenaires locaux de développement garantissent les droits fondamentaux des travailleurs, qui devraient inclure au minimum le remboursement des frais de recrutement illégaux, des contrats officiels dans leur langue maternelle signés avant leur arrivée aux EAU, et le droit de grève et de négocier collectivement », a observé Sarah Leah Whitson. « Et ils devraient insister pour qu’il y ait un contrôle indépendant de leurs projets par une tierce partie, et imposer des pénalités significatives en cas de violations. »

Les recherches menées sur l’île de Saadiyat ont montré que les autorités avaient adopté certaines mesures positives. Bien que les installations destinées aux travailleurs fussent encore en construction quand Human Rights Watch a visité l’île, elles semblaient être relativement hygiéniques et non surpeuplées. La TDIC, la société appartenant au gouvernement et qui supervise l’aménagement de l’île, a cherché à obtenir des garanties contractuelles de la part des entreprises du bâtiment qu’elles ne confisqueront pas les passeports des travailleurs, ni n’auront recours au travail forcé, ni ne commettront d’autres abus.

Human Rights Watch a contacté les entreprises du bâtiment, les cabinets d’architecture, et les institutions internationales travaillant sur l’île pour les alerter sur la nécessité de prendre des mesures pour garantir que les travailleurs de leurs projets ne sont pas victimes d’abus. Beaucoup n’ont pas répondu à nos lettres. Quant au Guggenheim, à New York University et à l’Agence France-Muséums (chargée du projet du musée Louvre Abou Dhabi), seule l’Agence a pris certaines mesures pour obtenir des garanties contractuelles significatives de la part de la TDIC pour autoriser un contrôle indépendant des droits des travailleurs, mais même le contrat de l’Agence ne comporte pas de garanties ni de clauses lui permettant de faire appliquer les droits des travailleurs.

« Ces institutions internationales doivent montrer qu’elles ne tolèreront  ni ne tireront parti de la brutale exploitation de ces travailleurs migrants…Les assurances vagues qu’elles ont reçues de leurs partenaires en développement ne sont que des produits de substitution creux pour des accords contractuels solides que leurs projets ne ressembleront pas aux affaires courantes à Abou Dhabi. »

Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

- qu’ils instaurent des réformes politiques dans le sens d’une plus grande participation des citoyens dans la vie publique du pays en particulier par l’adoption du suffrage universel et par l’institution du respect du principe de l’égalité de tous devant la loi, notamment en matière d’accès et de maintien aux fonctions publiques.

- qu’ils consacrent le principe de l’inamovibilité des juges dans les faits en l’étendant à tous les magistrats du pays y compris étrangers, pour assurer une réelle autonomie de la justice.

- qu’ils instaurent un contrôle des services de la sûreté de l’Etat par une commission de contrôle au niveau de la représentation nationale.

- qu’ils amendent les textes de lois limitant les droits d’expression et d’association et abroger toute sanction administrative ou judiciaire du fait de la simple expression pacifique d’une opinion ou d’un engagement politique ou associatif.

- qu’ils  collaborent avec les procédures spéciales de l’ONU et en particulier avec le groupe de travail sur la détention arbitraire.

- Sur le plan normatif : l’Etat devrait ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que la Convention contre la torture et intégrer dans les lois internes le crime de torture en instituant des peines appropriées pour le réprimer;  lutter contre la pratique de la détention au secret en instituant un système de contrôle sur tous les lieux de détention du pays en les plaçant notamment sous l’autorité de la loi.

-  l’état des EAU devrait aussi ratifier les Conventions de l’Organisation Internationale du Travail, notamment celles relatives au « droit syndical » » à la «  négociation collective » et aux « libertés syndicales » (C87 et C98), et intégrer les dispositions y afférant dans la Constitution et les lois internes et les consacrer dans la réalité, sans distinction aucune entre les nationaux et les résidents.

 

 

 

La France un « pays global » qui va installer une « base militaire » agressive à 220 Kms des côtes iraniennes – un risque grave, une volonté guerrière propre à ce type d’aventurier néo-libéral intégriste qu’est Sarkozy. Votez contre lui le 7 juin.

Le Monde s’interroge sur « l’anti-sarkozysme » comme si c’était une erreur de combattre de A à Z la politique ce ce président  – le plus réactionnaire et dangereux de notre histoire ! Pourtant il n’y a aucun risque de trop en faire : c’est plus que justifié !

Bling-bling n’est pas seulement un danger pour tout ce qu’il y a de social dans notre République française, il est un danger pour la République tout court. À peine avait-il nommé en 2007, le transfuge Bernard Kouchner, comme ministre des affaires étrangères, celui-ci avait annoncé qu’il « fallait se préparer à la guerre contre l’Iran ». C’était clair. Foutu criminel potentiel ! Ils rêvaient alors, eux qui avaient la nostalgie d’avoir « raté » l’Irak, d’accompagner Bush dans une nouvelle croisade d’ingérence contre les « armes de destruction massive ».

Depuis janvier 2009,  Barak Obama propose une autre approche au Moyen-Orient, mais il n’y a pas que le gouvernement israélien qui fait tout pour s’y opposer, il y a aussi le très guerrier et incontrôlable Sarkozy.

Le lobbying pour faire échouer toute négociation avec l’Iran tourne à plein régime à Tel-Aviv comme à Paris. Et le voyage à  Abu Dhabi pour essayer d’y vendre 60 Rafales, d’y installer 500 militaires français à demeure, d’y construire une centrale nucléaire, d’y créer pour la première fois depuis 60 ans une base militaire française, une base navale avec un quai de 300 mètres, de type impérialiste dans une région où règnent les plus fortes tensions au monde, ce n’est pas une petite affaire.

Car cet irresponsable de Sarkozy va jusqu’à déclarer aux Emirats arabes unis, (6 millions d’habitants, 1/5 ° des réserves d’hydrocarbures, proche du détroit d’Ormuz, où passent 40 % du pétrole du monde), que « la France, dans le long terme est aux côtés de ses amis : s’il devait leur arriver quoi que ce soit, nous serions à leurs côtés » !

Pareil engagement vis-à-vis d’un pays au centre de l’œil du cyclone est à peine pensable – sauf par un fauteur de guerre délibéré. Sarkozy  qui a déjà envoyé 1000 jeunes hommes de plus se faire tuer en Afghanistan, engage, en plus, la France dans un accord de défense, « un partenariat de sécurité », contre l’Iran si « la souveraineté, l’intégrité territoriale, et l’indépendance des Emirats arabes unis sont affectés ». Rien que cela !

« Si l’Iran vous attaquait, nous serions attaqués aussi ».  « Ça flatte son ego » persifle le Canard Enchaîné, mais ce n’est pas drôle car l’ego de Bling-bling peut éventuellement nous entraîner vers le gouffre !  Claude Angeli fait parler des officiers et experts militaires qui discernent un « comportement à risque ». Tout cela pour vendre les avions Dassault ?  Une note du Ministère de la défense (Hervé Morin) précise que cela n’a pas vocation « à être ratifié par la voie parlementaire » même pas à faire l’objet d’un débat.

Ainsi sans contrôle démocratique, la « main invisible » non pas du marché, mais de Sarkozy nous enferme dans un possible et terrible piége. Le Monde (éditorial du  28 mai) souligne que la France va se trouver au centre « des plaques tectoniques qui font trembler la région » : retrait annoncé des Etats-unis d’Irak, renforcement de l’engagement de l’OTAN en Afghanistan, volonté de l’Iran de devenir une puissance nucléaire, enfin risque de déstabilisation du Pakistan, autre puissance nucléaire, (ainsi qu’Israél – NDR) sans oublier le conflit israélo-palestinien.

« Le risque pris par la France est à la hauteur de ces menaces » conclue Le Monde qui ne trouve qu’une chose à regretter, c’est que cette démarche n’entraîne pas toute l’Europe…

Voter le 7 juin contre tous ceux qui veulent entraîner la France et l’Europe dans les guerres expansionnistes pour le pétrole et les marchands d’armes. Troupes françaises hors d’Afghanistan ! Désarmement nucléaire planétaire multilatéral !

 

GF

 

 

 

Quand la France vend un musée à Abou Dhabi

Le Louvre des sables

Sur une petite île bientôt transformée en sanctuaire de la culture, le plus grand musée du monde ouvrira en 2012 une prestigieuse succursale. Récit d’une bataille où se mêlent pétrodollars, oeuvres d’art et marketing

D’habitude, quand un ministre français se déplace en grand cortège dans les Emirats arabes unis, c’est pour vendre des Airbus ou des chars Leclerc… Le 6 mars, à Abou Dhabi, Renaud Donnedieu de Vabres, lui, a casé un musée. Rien de moins qu’un nouveau Louvre, qui doit ouvrir en 2012, à l’ombre des derricks et des dattiers. Un contrat colossal. Montant du chèque des cheikhs : près de 1 milliard d’euros au total. Ce jour-là, dans les suites du kitschissime Emirates Palace, le ministre de la Culture, accompagné du gratin des musées tricolores et des princes héritiers d’Abou Dhabi, a pu admirer les maquettes du pharaonique projet de l’île de Saadiyat, dont « le Nouvel Observateur » publie pour la première fois les photos.

Saadiyat ? « L’île du bonheur », en arabe. Une félicité arrosée aux pétrodollars. Pour l’instant, les gazelles courent encore sur cette langue de terre inhabitée. 27 kilomètres carrés, situés à 500 mètres des rivages d’Abou Dhabi, capitale des Emirats. Mais bientôt ce site naturel sera relié à la terre ferme par une autoroute à dix voies. Et de la poussière surgira une cité unique en son genre. Avec ses quartiers d’affaires et résidentiels (150 000 habitants prévus d’ici à dix ans), ses deux terrains de golf, ses bases de loisirs, ses trois marinas, ses 29 hôtels. Une chimère urbanistique de plus en plein désert ? Vous n’y êtes pas. Car Saadiyat ambitionne avant tout de devenir un sanctuaire de la culture universelle. La ville accueillera quatre musées prestigieux conçus par les plus brillants architectes : un « Guggenheim » dessiné par Frank Gehry, un Performing Arts Center, dédié aux arts de la scène, confié à Zaha Hadid, un Musée de la Mer confié au Japonais Tadao Ando et, enfin, un « Louvre » imaginé par le Français Jean Nouvel.

Le projet, on le devine, a été fraîchement accueilli dans le microcosme de l’art. Comment ? Un de nos grands musées de la République allait être « cédé » aux émirs du pétrole ? Conservateurs, collectionneurs et amateurs d’art sont montés au créneau pour manifester leur hostilité à la délocalisation partielle. Répondant à l’appel de Françoise Cachin, ancienne présidente du Musée d’Orsay et ex-directrice des Musées de France, ils ont signé une pétition soutenue par le site internet de « la Tribune de l’art ». « Pas question de brader le patrimoine national, pas question de l’exporter contre espèces sonnantes et trébuchantes, ont clamé, en substance, ces gardiens du temple. Le Louvre est un musée de la République, pas une officine de prêts sur gages ! »

Les partisans du projet n’y voient, eux, qu’une querelle d’arrière-garde. Leurs arguments ? Primo, même si notre patrimoine national n’a pas de prix, expositions, entretien, réfection, gardiennage ont un coût de plus en plus lourd que ni la billetterie ni les ressources propres du musée ne suffisent à couvrir. Secundo, au nom de l’universalité de la culture, la vocation des musées est aussi de faire voyager des collections : le British Museum, par exemple, les considère comme un « bien public » qui doit être accessible à la planète tout entière… Tertio, dans une économie mondialisée, la commercialisation de la marque, cet actif immatériel incomparable, constitue un fantastique moyen de rayonnement et un extraordinaire levier pour attirer touristes et investisseurs étrangers. Bref, le jeu en valait largement la chandelle…

Grand artisan du « Louvre des sables », Renaud Donnedieu de Vabres a tranché cette énième querelle des anciens et des modernes. Dès le 21 juin 2005, c’est l’un de ses proches conseillers qui a reçu pour la première fois Cheikh Sultan bin Tahnoon, parent de Cheikh Khalifa bin Zayed al-Nahyan, président de la Fédération des Emirats arabes unis. Sous les ors de la République, le visiteur a fait part à son interlocuteur d’un projet qui lui tient à coeur : l’implantation d’une antenne du Louvre à Abou Dhabi. Une lubie ? Pas vraiment. Car Cheikh Sultan n’est pas n’importe qui. Cet homme raffiné connaît bien la France puisqu’il possède dans la région parisienne une propriété où il séjourne de temps à autre avec sa famille. Il est aussi le président de la Tourism Development Investment Company (TDIC) chargée de mener à bien le projet pharaonique d’aménagement de l’île Saadiyat. Mais il est également le représentant d’un richissime pays. Ce micro-Etat, dont la capitale est peuplée d’environ 700 000 habitants, possède dans ses sous-sols près de 9% des réserves mondiales de pétrole et 5% de celles de gaz naturel. L’an dernier, dopée par l’explosion des prix du brut, sa croissance a frôlé les 20% ! Les autorités de l’émirat ont progressivement investi les énormes bénéfices pétroliers dans des participations industrielles allant de Piaggio Aero à Ferrari. Et elles ont décidé, en prévision de l’inévitable ère de l’après-pétrole, d’investir dans le secteur du tourisme et des loisirs. D’où l’idée de créer, à l’image de ces gigantesques plates-formes aéroportuaires, un hub culturel.

Quelques semaines après son passage à la Rue-de-Valois, Cheikh Sultan est reçu par le ministre en personne. Renaud Donnedieu de Vabres connaît les Emirats pour y avoir noué des contacts à l’époque où il était chargé de mission auprès de François Léotard, ministre de la Défense du gouvernement Balladur entre 1993 et 1995. Il n’est pas non plus sans savoir qu’Abou Dhabi est le premier débouché commercial de la France au Moyen-Orient. En 2005, les exportations vers ce pays ont dégagé un excédent commercial de près de 2 milliards d’euros. Un chiffre encore en progression pour l’année 2006. Mais si le ministre est convaincu du bien-fondé de l’opération Louvre, l’affaire n’est pas encore jouée. Henri Loyrette, le président du musée, traîne les pieds. Fort occupé par la gestion du Louvre au quotidien – un musée dont les collections sont riches de 445 000 oeuvres et qui en a prêté plus de 1 400 en 2006 à des institutions françaises et étrangères -, il est déjà mobilisé par l’implantation d’une antenne du Louvre à Lens qui doit ouvrir ses portes au premier semestre 2009. Surtout, il a été échaudé par la polémique suscitée par la collaboration du Louvre avec le musée d’Atlanta (lire notre encadré p. 20). Difficile dans ces conditions d’envisager un nouveau chantier qui verrait encore des chefs-d’oeuvre prendre le chemin de l’étranger. Comment faire ? Le ministre de la Culture sait que Matignon et l’Elysée ont un oeil sur le projet. L’enjeu est culturel certes, mais aussi diplomatique et économique. Alors, impensable d’y renoncer. Donnedieu de Vabres contacte d’autres dirigeants de musée, parmi lesquels ceux d’Orsay, du Centre Pompidou, de Guimet, du Quai-Branly, de Picasso. But de la manoeuvre : les convaincre d’alléger le fardeau du Louvre en participant à l’entreprise. L’accueil est plutôt frisquet : Bruno Racine, président du Centre Pompidou, hésite. Comme le Louvre, il travaille sur un projet d’extension en région, à Metz. De plus, des contacts ont été pris avec les autorités chinoises pour ouvrir une antenne de « Pompidou » à Shanghai. Un autre président tape carrément du poing sur le bureau : «Depuis quand les politiques ont-ils le droit de se mêler des affaires des musées?» Paradoxalement, ce sont les négociations entre le ministère de la Culture et les différents musées et institutions françaises (comme le domaine et château de Versailles) qui vont être les plus longues… Mais en définitive tout le monde trouvera un intérêt – au moins financier – dans le projet des Emirats…

En août 2006, une position commune est enfin arrêtée. Renaud Donnedieu de Vabres fait parvenir à Cheikh Sultan un document de quinze pages qui a été validé par le Premier ministre. Les exigences financières, les conditions de prêt des oeuvres, les contributions techniques et scientifiques y sont précisées. Le second volet des négociations peut alors débuter. Les Français vont avoir pour interlocuteur principal l’Américain Lee Tabler. Cet architecte de formation, qui joue un rôle très actif au sein de la TDIC, est un fin connaisseur de notre pays. Il est capable par exemple de raconter toute l’histoire du château de Fontainebleau, un site qu’il a assidûment fréquenté durant ses années d’études en France. C’est lui qui a suggéré aux Emiriens le nom des architectes du projet culturel de Saadiyat.

L’accord intergouvernemental négocié grâce à son entregent passe pour avantageux. Le Louvre, qui cède sa marque pendant trente ans pour 400 millions d’euros – dont 150 versés immédiatement – et touche aussi une aide de 25 millions sous forme de mécénat, a décroché une enveloppe sept fois supérieure à celle consentie au Guggenheim ! Grâce à cette cagnotte inespérée, il pourra s’agrandir en réaménageant la galerie sud (côté Seine) et en annexant une partie du pavillon de Flore, aujourd’hui occupé par le laboratoire des Musées de France. Le deal profite aussi aux principaux musées nationaux – Orsay, Versailles, Beaubourg et le Quai-Branly – regroupés derrière le Louvre dans une Agence internationale des Musées de France. Pour 165 millions d’euros, cette structure élaborera le nouveau concept scientifique et culturel. Objectif : créer un « musée universel » doté d’une collection permanente de 300 pièces et mettre au point un programme d’expositions temporaires sans dépouiller les collections des maisons mères. Il faudra agir avec tact. Car si les Emirats n’ont pas donné de consignes, on voit mal comment les futurs commissaires émiriens, même formés par les professionnels français, pourraient d’emblée accrocher des nus ou des oeuvres suggestives aux futures cimaises… Trouver le « trait d’union » entre les cultures ne s’annonce pas aisé.

Le pari n’est pas sans risque :quelle que soit leur qualité esthétique, les musées risquent d’être noyés, neutralisés par l’immense chantier qu’est devenue cette côte des Emirats, hérissée de tours de 50 étages, où les extravagances d’un capitalisme sans frein se nourrissent d’une main-d’oeuvre étrangère importée et systématiquement exploitée. Autre inconnue : la fréquentation. En 2004, Abou Dhabi a reçu près d’un million de touristes. A l’horizon 2015, il espère en accueillir trois fois plus. D’où viendront-ils ? D’Europe, bien sûr. Mais aussi d’Inde : pour les nouveaux riches de Bombay ou New Delhi en route pour le Vieux Continent, Abou Dhabi est l’étape idéale. Côté musées, c’est une autre affaire.

Alors, faut-il craindre que le Louvre ne gaspille ses forces dans le désert ? Il est bien sûr trop tôt pour trancher. Mais ne soyons pas trop frileux : les expériences de « délocalisation » en cours paraissent concluantes. En Grande-Bretagne, par exemple, le navire amiral de la Tate Britain a déployé plusieurs antennes : à Liverpool, à St Ives (en Cornouailles) et à Londres, la Tate Modern. Cette démultiplication, loin d’avoir affaibli la vénérable institution, lui a permis au contraire de voir progresser la fréquentation de ses différentes enseignes. Le second exemple, régulièrement cité, est celui du Guggenheim, présent à New York, Venise, Bilbao, Berlin et Las Vegas. Les fortunes de ces lieux sont diverses : l’implantation à Las Vegas au sein d’un complexe hôtelier de luxe a été un flop. Quant à Bilbao, l’effet de signe de l’architecture du bâtiment de Frank Gehry ayant été absorbé, on s’aperçoit que les collections permanentes qui y sont exposées ne sont pas d’une qualité grandiose. L’extension des musées a pour limite celle de leurs collections, bien sûr. Mais cet obstacle peut être surmonté grâce au savoir-faire des équipes. On sait qu’à Abou Dhabi les musées de la Reine Sophie (Espagne), de l’Ermitage (Russie) et du British Museum avaient été contactés. Si le projet du Louvre et des musées français a été retenu, c’est avant toute chose parce que ces derniers ont su s’adapter. Hier poussiéreux, ils sont devenus les symboles d’un monde qui bouge, qui tourne. Comme la planète.

Né en 1944, architecte DPLG, grand prix national d’architecture (1991), professeur titulaire des écoles d’architecture, Christian Hauvette décrypte les quatre grands projets de l’île Saadiyat.

Bernard Géniès, Jean-Gabriel Fredet  Le Nouvel Observateur

 

 

 

 

 

 

 

 

1100 socialistes de 100 départements appellent à http://reconstruire-la-gauche.fr/

Gérard Filoche

Membre du Bureau national du Parti socialiste

gerard.filoche@gmail.fr

 

 

 

 

 

Communiqué de presse – 2

 

Reconstruire, réorienter la gauche

 

Avec 1000 socialistes ou sympathisants socialistes d’une centaine de départements, nous lançons un appel à un congrès socialiste démocratique ouvert.

Nous voulons que le bilan du quinquennat Hollande soit enfin tiré.

Nous voulons, à partir de ce bilan, reconstruire et réorienter la gauche.

C’est la voie pour dégager une alternative politique, pluraliste, à vocation majoritaire.

Pour l’instant et depuis six mois, la poignée de responsables qui se disent dirigeants bloquent tout, purgent, excluent, minent ce qui reste du parti.

Nous voulons que les nombreux militants découragés qui quittent le Parti socialiste ou s’apprêtent à le faire puissent participer à ce congrès.

Et qu’il soit ouvert à toutes celles et tous ceux que l’avenir de la gauche concerne : syndicalistes, chercheurs, intellectuels comme simples citoyens. La dispersion rend, tous les jours, plus difficile le combat pour reconstruire un projet unitaire.

Nos propositions sont claires :

Remettre le social au cœur du projet socialisteRépartir les richesses d’abord ;  Prendre la tête de l’urgente transition écologique ;  Poser les jalons d’une reconquête démocratique en Europe comme en France.

Nous engageons ce combat avec la volonté de peser ensemble dans le débat public. Il est plus que temps pour que ceux qui ont conduit à la défaite soient remerciés, et qu’une autre orientation, vraiment socialiste et unitaire s’impose.

le 6 novembre 2017

 

pour les signataires :

Gérard Filoche, membre du BN du Parti socialiste

Claude Touchefeu, conseillère municipale à Toulouse,

Jean-Yves Lalanne, maire de Billère, Vce Pdst de l’agglo de Pau

Eric Thouzeau, conseiller régional Pays de Loire

Sybille Fasso, maire adjte Paris 10 ème

Pour tous contacts : contact@reconstruire-la-gauche.fr

Pour retrouver l’appel : http://reconstruire-la-gauche.fr/

 

 

Questions-réponses aux maximes, proverbes, aphorismes et propos de comptoirs distillés contre l’indépendance catalane. (par Vincent Presumey)

 

Publié le 31 octobre 2017 par vpresumey

I. Les arguments à cent balles (les plus répandus).

« Ce sont des riches. »

Voila bien la proposition clef, censée clore tout débat. Elle est commune à l’anar et au facho, au télespectateur de TF1 et à l’adepte des « médias alternatifs ». Une touchante unanimité bien-pensante a ainsi été construite : « Les Catalans, comme les Italiens du Nord, ne veulent pas être solidaires des régions pauvres d’Espagne, c’est une question fis-cale mon bon monsieur ! ».

Si cette affirmation est généralement assenée avec la certitude d’être sans réplique, il est pourtant très facile d’y répliquer : vous les avez vu, vous, les manifestations de pauvres ouvriers agricoles africains surexploités en Andalousie, d’ouvriers au chômage des Asturies, de locataires madrilènes traqués par leurs créanciers, exigeant que le roi et M. Rajoy puisse continuer à prendre dans les profits des riches capitalistes catalans pour les leur redistribuer ?

L’Etat espagnol, pas plus et plutôt moins que la plupart des Etat capitalistes, ne pratique la « redistribution » des riches vers les pauvres, sauf dans la mesure où des conquêtes sociales l’y contraignent, ce qui n’est guère le cas ici. Par contre, historiquement, l’appareil d’Etat et les couches bureaucratiques, militaires, ecclésiastiques et financières qui lui sont liées a toujours ponctionné les régions périphériques où se font les plus gros profits. En effet, le capitalisme industriel dans le cadre de la monarchie espagnole s’est développé de façon périphérique, et la Catalogne produit 20% du PIB du pays. L’octroi de « privilèges » fiscaux est une méthode de concessions clientélaires de la part du pouvoir madrilène, et à cet égard le Pays Basque et la Navarre sont beaucoup plus « privilégiés » que la Catalogne.

L’existence de secteurs capitalistes catalans souhaitant contrôler fiscalité et finances de la province est certaine, mais l’aspiration populaire, largement majoritaire et allant même au delà des milieux indépendantistes, au contrôle des finances locales, est de nature différente. Mais quoi qu’il en soit, les faits auxquels on assiste aujourd’hui devraient mettre un point final à la question : ce sont bien les banques et les grandes entreprises de Catalogne qui expriment leur terreur de l’indépendance et surtout du mouvement populaire qui la réclame, et qui, avec la complicité active de Madrid et de Bruxelles, et la passivité de Puigdemont et de son parti, quittent le pays.

Cette fuite des capitaux assignerait à la Catalogne la fonction de zone touristique secondaire, alors qu’elle est le coeur des flux économiques d’Espagne et de Méditerranée occidentale. Le mouvement populaire actuel, englobant des secteurs capitalistes, est aussi une résistance contre cette évolution destructrice qui se dessine comme l’avenir promis à la Catalogne dans le cadre espagnol. La prise de conscience de cette réalité est antérieure à l’affrontement présent : elle va avec la paupérisation de toute la jeunesse et le soulèvement démocratique des « Indignés » depuis 2011.

Par ailleurs, si les régions riches se mettaient à demander leur indépendance par manque de soi-disant « solidarité », alors on verrait un sécessionnisme parisien envers la France ou francfortois envers l’Allemagne ! Les vraies raisons du sentiment national catalan sont bien entendu autres et bien plus anciennes. Nous nous trouvons ici dans le cas de figure de nationalités opprimées plus développées économiquement et socialement que le centre qui les domine : cette configuration historique fut celle de la monarchie espagnole et de l’empire tsariste, où Polonais, Finlandais et Baltes étaient traités, et maltraités, comme des « riches » par Moscou.

« Ce sont des régionalistes réactionnaires. »

En France métropolitaine où, en dehors de la Corse, l’adéquation Etat/nation est à peu près totale, l’on a souvent du mal à comprendre que la revendication catalane est, justement, de nature nationale, et on la confond souvent avec un « régionalisme ». Lorsque le « régionalisme » va au delà d’une légitime fierté locale, de protestations concernant la répartition des investissements, et devient une revendication « identitaire », il est ultra-minoritaire (bien que parfois manipulé par les potentats régionaux créés par les lois dites de décentralisation). Que les Français se rassurent, la Catalogne n’est en rien une Bretagne qui réclamerait son indépendance, ni une Padanie, région italienne où des courants réactionnaires réclament en effet de ne plus « payer pour le Sud » et de ne pas accueillir les réfugiés.

La Catalogne est d’ailleurs l’une des régions européennes les plus disposées à accueillir ces derniers … et une Catalogne souveraine et démocratique serait tout autant, voire plus, susceptible de redistribuer vers ceux qui en ont besoin !

Cette confusion a pu, de plus, être alimentée par les atermoiements du nationalisme catalan officiel de la CDC (Convergence Démocratique de Catalogne), longtemps au pouvoir dans le cadre des institutions espagnoles et de leurs « communautés régionales ». L’Espagne post-franquiste a été le laboratoire de la régionalisation, précisément mise en place ici, pour que les questions nationales catalane, basque et galicienne soient amalgamées aux questions régionales – elles-mêmes particulièrement prononcée dans une nation espagnole dont l’unification et la construction achevées n’ont pas été faites, la monarchie et le franquisme ayant bloqué toute construction démocratique. La CDC, forme spécifique du nationalisme catalan adaptée à l’Espagne post-franquiste et à l’Union Européenne, a été au pouvoir la majeure partie du temps, au niveau régional, depuis 1978, avec Jordi Pujol puis Arturo Mas, a tendu la main aux courants régionalistes et capitalistes les plus droitiers, comme la NVA flamande, mais les compromis sur lesquels s’était formé son pouvoir – et sur lesquels s’était développé, comme à Madrid, la corruption de ses chefs – se sont effondrés, peu à peu depuis 2006 et brutalement avec la crise économique depuis 2011.

On peut donc dire que la résurgence d’un mouvement national et démocratique catalan depuis 2010 acte justement la faillite du « régionalisme ».

« Ce sont des nationalistes identitaires. »

Plus ou moins mélangée avec l’affirmation sur le « régionalisme réactionnaire », voici l’accusation suprême : le nationalisme catalan serait xénophobe, voire fascisant.

Accusation risible et tragique en même temps, car elle tait la résurgence massive des franquistes, fascistes et phalangistes, bras levés et insignes nazis dans le cadre des manifestations dites « unionistes » !

Pour certains, tout nationalisme est forcément odieux. Sans développer ici ce point, disons qu’ils manquent totalement … d’inter-nationalisme !

Les nationalismes sont soit des réactions à une domination et une oppression, soit l’expression de la domination et de l’oppression. Dans ce dernier cas, il s’agit en Catalogne du nationalisme espagnol !

Ceci dit il peut arriver que des nationalismes luttant pour une libération comportent des courants réactionnaires. Les mouvement nationaux comportant plusieurs classes sociales c’est même inévitable. Mais cela n’efface pas la légitimité des aspirations à l’auto-détermination. Pour combattre ces courants réactionnaires, il faut défendre l’auto-détermination, sinon on fait leur jeu.

Le cas catalan, comparé à d’autres cas européens (Irlande, Pays Basque, Ukraine …) est en fait celui d’un nationalisme historiquement peu « identitaire », souvent laïque voire anticlérical, disposé à accorder la nationalité catalane à tout résident sur la base d’une application large du droit du sol, et se définissant, dans une monarchie, comme « républicain ».

Le nationalisme historique catalan est représenté par l’ERC (dite Gauche républicaine), qui avait exercé le pouvoir en Catalogne en 1931-1934 dans le cadre de la République, tenté l’indépendance en 1934, et gouverné, en relation avec le gouvernement républicain de Madrid, avec les comités ouvriers et paysans dominés par les anarchistes en 1936-1937 dans une indépendance de fait, puis avec le PC espagnol et sa branche catalane le PSUC après 1937 qui l’avait replacé sous le contrôle de Madrid, affaiblissant du même coup la résistance antifasciste. La défaite républicaine de 1939 et l’exil sous les bombes fascistes et dans les camps français en 1939 (la Retirada) furent pour la nation catalane sa défaite historique en même temps qu’elle était celle du mouvement ouvrier, de l’anarchisme, et de la République espagnole.

A ce nationalisme historique s’est d’abord substitué, après 1978 dans le cadre de la monarchie post-franquiste, octroyant libertés démocratiques et autonomies régionales, le CDC, dit de « centre-droit ».

Mais les dernières élections régionales ont vu à la fois un piétinement de ce courant, renommé PDeCAT (Parti Démocrate Européen Catalan) et un déplacement de son axe central avec l’arrivée au pouvoir de Puigdemont, qui se voulait un indépendantiste plus authentique que ses prédécesseurs Pujol et Mas, vieux collaborateurs avec le pouvoir central. De plus un petit parti allié du CDC, démocrate-chrétien, s’est effondré. Par contre l’ERC est remontée et, sur la gauche, a percé la CUP (Candidature d’Unité Populaire) courant indépendantiste d’extrême-gauche.

Il y a donc trois courants : le « centre droit » social-libéral présentement déstabilisé, Puigdemont avec ses hésitations et rétropédalages étant l’expression de cette déstabilisation, l’ERC, courant historique qui, extérieur au mouvement ouvrier, en a toujours subi la pression et cultive une identité laïque et républicaine, et la CUP, courant lié au mouvement ouvrier et à la gauche, dont les 8% indispensables à la majorité indépendantiste – et le rôle actif dans le mouvement présent – font le fer de lance de l’affrontement actuel.

« Oui mais ils veulent forcer les gens à parler catalan »

Il y a deux langues officielles en Catalogne, le castillan et le catalan. Si l’on parlait celui-ci dans la rue sous Franco, on se faisait arrêter et tabasser. Les nationalistes catalans ont largement commencé à en faire la langue de l’administration et celle de l’école publique – en même temps qu’a progressé la laïcisation de celle-ci.

Alors certes les souvenirs du franquisme, surtout quand, comme en 2012, un ministre espagnol les réveille en proclamant qu’il va falloir « castillaniser » l’enseignement en Catalogne, peuvent produire des attitudes fermes voire intimidantes. Ce n’est toutefois pas le cas de la population catalane dans sa masse qui passe d’une langue à l’autre, sans oublier l’occitan dans lequel les bulletins du référendum du 1° octobre étaient également libellés, avec le catalan et le castillan …

« C’est l’Europe des régions. »

J.L. Mélenchon dans une vidéo diffusée peu avant le 1° octobre, puis retirée (mais diffusée par l’UPR, le groupe d’extrême-droite d’Asselineau ! ) répétait cette antienne : l’oligarchie financière, les Etats-Unis, l’Allemagne et la Commission européenne veulent casser les Etats-nations, ce que serait soi-disant la monarchie espagnole, et ce sont eux qui sont derrière les Catalans !

Chacun peut constater qui est soutenu, aujourd’hui, par « Bruxelles » …

Et c’est bien « l’Europe des régions » qui soutient le roi et M. Rajoy. L’indépendance catalane porterait en effet un coup décisif à la monarchie régionaliste post-franquiste, laboratoire de cette Europe. Que la Commission européenne veuille « casser les Etats » est une légende : elle est leur émanation et elle traduit les rapport de force entre eux, dont la prééminence de l’impérialisme allemand aujourd’hui. Ce qu’elle veut casser ce sont les droits sociaux.

L’Europe des régions, c’est la France de la loi « NoTRE » où les citoyens ne sont plus égaux devant la loi, devant l’impôt, devant le service public et ou le financement public des églises, religions et sectes menace d’être réintroduit.

A l’opposé l’indépendance catalane peut permettre de défendre une Europe de nations souveraines démocratiques et laïques qui, elles, seront véritablement unies avec des frontières ouvertes !

« C’est Poutine ! «

On entend aussi, à la place, voire en cumulé, avec la thèse du complot oligarchico-américano-européïste, dire que ce serait Poutine qui profiterait de tout cela !

En fait Poutine a déclaré à plusieurs reprises que « l’Espagne est un Etat souverain », point barre. Il sait très bien qu’une indépendance catalane le menace aussi en fin de compte, lui qui opprime ou veut opprimer Tchétchènes, Géorgiens, Ukrainiens …

Mais il lui arrive de raconter que « l’Occident » pratique le « deux poids deux mesures », avançant l’exemple du Kosovo – veut-il le « rendre » à la Serbie ? – et prétendant, bien entendu, que le référendum en Crimée tenu sous le menace des fusils n’aurait pas dû être condamné comme l’ a été l’indépendance catalane.

C’est de bonne guerre : il utilise – un peu – les contradictions de ses adversaires-partenaires impérialistes. Un peu … mais pas trop quand même !

« C’est la boite de Pandore ».

Là nous répondrons différemment : hé bien oui, c’est la boite de Pandore qui s’ouvre en Europe!

Mais n’a-t-elle pas commencé à s’ouvrir en 2005 quand le peuple français a dit Non au projet de constitution soi-disant européenne, appliqué pourtant depuis ?

N’a-t-elle pas commencé à s’ouvrir depuis 2008 avec la crise qui a privé les Grecs de pain pour sauver les banques européennes, notamment allemandes, et qui n’est pas résolue, la bulle financière étant toujours là ?

N’a-t-elle pas commencé avec le Maidan ukrainien, une nation affirmant sa volonté d’être associée à toute l’Europe de manière démocratique et souveraine ?

N’a-t-elle pas commencé avec les révolutions arabes, toute la rive Sud et Est de la Méditerranée se soulevant ou tentant de se soulever ?

N’a-t-elle pas commencé avec l’exode de millions de réfugiés, syriens notamment, confrontés aux camps, aux barbelés et aux contingentements ?

N’a-t-elle pas commencé avec l’arrivée au pouvoir en Hongrie puis en Pologne de disciples anticipés et combinés de M.M. Poutine et Trump tout à la fois ?

N’a-t-elle pas commencé avec l’ « accident politique » du Brexit anglais qui ouvre la crise du Royaume-Uni et de la Grande-Bretagne en tant que tels ?

Et donc, avec l’impasse révélée par les récentes élections allemandes et la revendication démocratique catalane, n’est-elle pas en train de s’accélérer ?

Peut-on imaginer que c’est Emmanuel Macron qui va « sauver l’Europe » ?

… Poser cette question, c’est y répondre !

La boite de Pandore est ouverte. Il est temps d’aller regarder dedans, d’appuyer tout ce qui est démocratique, à commencer aujourd’hui par la revendication catalane, pour dessiner une perspective démocratique à l’échelle européenne, que n’est pas l’UE – toutes les crises énumérées ci-dessus ont été, non pas résolues, mais enterrées faussement sous la moquette ou enfermées faussement dans le placard par l’UE, qui de ce fait, en tant que construction politique, est objectivement à l’agonie.

Les luttes sociales dans chaque Etat et le mouvement commun pour s’associer doivent à nouveau se conjuguer. C’est le blocus que l’UE de Merkel, Macron, Juncker et Rajoy promet à la Catalogne ! Une véritable union européenne, union libre de nations démocratiques, accueillerait immédiatement la Catalogne dans ses rangs.

II. Les arguments politico-historiques.

« Ils ne sont pas opprimés. »

Bien que la force brutale ait été employé contre l’expression démocratique du peuple catalan le 1° octobre, que ses élus soient sous la menace applicable à tout moment de plus de 15 ans de prison, il se trouve des …, comment les appeler ? Disons des comiques, pour prétendre qu’il n’y a pas d’oppression nationale en Catalogne. Il faudrait, pour eux, que des colonnes de réfugiés fuient le pays pour que l’on puisse parle de revendication nationale légitime : il n’y aurait de bons mouvements d’émancipation nationale que ceux qui saignent au maximum !

Il s’agit là, premièrement, d’un déni élémentaire de démocratie, car qui peut juger de l’existence ou non d’un fait national, si ce n’est la population concernée ?

Or, celle-ci estime avoir tenté loyalement de vivre dans le cadre des autonomies régionales de la monarchie post-franquiste. Mais depuis 2006, sous la pression du PP, le parti de la bourgeoisie espagnole, et du Tribunal constitutionnel, la reconnaissance verbale de l’existence d’une « nation » catalane, les pouvoirs fiscaux, la laïcité, de la « Région » n’ont fait que reculer. Les Catalans constatent le refus de l’Etat espagnol de tolérer leur existence au delà de limites très étroites, le simple fait de parler de « nation » catalane étant exclu.

Jusqu’en 1978 il était physiquement dangereux aux Catalans d’être catalans. Mais ceci nous conduit justement, en remontant le temps, au deuxième topos des défenseurs de la monarchie :

« Cela n’a rien à voir avec Franco. »

Assurément les libertés démocratiques et syndicales ont été imposées de haute lutte dans tout l’Etat espagnol durant la seconde moitié des années 1970, en même temps qu’une importante crise révolutionnaire se produisait au Portugal.

Il y a donc, c’est une évidence, différence radicale avec l’époque franquiste. Mais pas au niveau de l’appareil d’Etat : celui-ci est en continuité avec Franco, et l’expression de cette continuité est le roi, la monarchie ayant été rétablie par la dictature. En 1978, par le pacte de la Moncloa, les deux partis clef de l’opposition franquisme qu’étaient le PSOE et le PCE ont sauvé cet Etat et sa monarchie en acceptant que le passé ne soit pas soldé. Le pouvoir exécutif important du roi, chef effectif des armées, et les « autonomies régionales » dans la constitution de 1978, que l’on fait passer à tort pour un régime parlementaire classique, furent la forme spécifique de la « transition ».

En répétant que cette transition s’est faite vers la « démocratie », donc que « la démocratie » est là, on a voulu interdire pendant bientôt quatre décennies toute démocratie véritable qui se serait heurtée au capital, à la monarchie, et à l’UE sanctifiant le tout.

Le mouvement des Indignés en 2012 a commencé à briser le consensus de 1978. Podemos, qui a été imposé comme son expression politique, a tenté de fermer le couvercle : pour ses chefs Iglesias et Errejon, « construire un peuple » signifie le peuple espagnol et il faut considérer l’Etat espagnol comme un « Etat-nation ». Le mouvement catalan, qui ressemble beaucoup, en plus large, plus massif et plus profond, aux occupations de places publiques de 2012, a relancé la bataille. La République catalane apparaît donc comme l’avant-garde pour toutes les populations de l’Etat espagnol.

A l’heure où sont écrites ces lignes l’article 155 de la constitution amorce la crise dans tout l’Etat espagnol : il s’avère que les conquêtes démocratiques de la chute du franquisme ne sont pas liées à la constitution de 1978, mais que les deux sont contradictoires.

Cela a donc pleinement à avoir avec Franco, non seulement parce que le passé est bien présent, mais parce que c’est l’Etat de Franco qui affronte la démocratie en Catalogne et dans tout le pays. Et toutes les forces politiques qui appellent à « l’unité de l’Espagne », et qui, même en déplorant hypocritement l’application de l’article 155, s’opposent à l’indépendance républicaine de la Catalogne, sont au service de l’Etat de Franco.

« Cela n’a rien à voir avec la guerre civile. »

La guerre civile aurait opposé « seulement » la République (espagnole) et Franco.

Grossière erreur. Ce n’est pas « la République » qui a défait Franco en juillet 1936, ce sont les ouvriers et les paysans à travers notamment leurs deux grands syndicats, l’UGT et la CNT.

Et, on l’a dit plus haut, la Catalogne en tant qu’Etat a été de facto indépendante en 1936-1937. Elle ne l’a plus été à partir d’avril-mai 1937 en raison de la reprise en main militaire par l’appareil stalinien, soutenu par le patronat, contre la base de la CNT et le POUM. Cette reprise en main, avec la mort sous la torture d’Andreu Nin, a conduit à la victoire de Franco. En 1936 ils furent des dizaines de milliers à Barcelone à marcher sur les casernes, exposés aux tirs. En 1937 la répression stalinienne fit plusieurs milliers de morts. En 1939 Franco rentra dans une ville morte, que ses forces vives avaient fui, passant les cols des Pyrénées orientales sous le feu de l’aviation italienne, attendues par la police française, hostile, et par la population du Roussillon, solidaire.

La CNT anarcho-syndicaliste, mouvement de masse (des millions de femmes et d’hommes), et le POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste, groupant les courants non inféodés à Moscou du communisme espagnol) furent essentiellement, de facto, des organisations catalanes (dans le cas de la CNT son autre foyer était l’Andalousie mais celle-ci est tombée majoritairement aux mains de Franco dés 1936). Ce n’était pas des organisations indépendantistes, parce que pour elles la fédération des communes libertaires, ou la formation d’une république ouvrière, aurait supprimé toute oppression nationale – le programme du POUM appelait à une Union ibérique des républiques socialistes et non à une « république espagnole ». L’ERC était perçue par elles, à juste titre, comme dirigée par des bourgeois, de même que les républicains de Madrid. Mais il est indéniable que CNT et POUM sont entrés dans l’histoire en relation avec la Catalogne, et ont marqué celle-ci de façon indélébile – le conseil des milices ouvrières qui a détenu le pouvoir de fait en 1936-1937 a écrit la page la plus glorieuse de son histoire, qui fut celle d’une indépendance qu’il n’était plus nécessaire de proclamer : elle était là, réalisée par la classe ouvrière.

Si l’on veut se mettre le doigt dans l’oeil, il suffit donc d’admettre que l’on peut laisser les mots enterrer leurs morts et que le « contexte » contemporain n’aurait rien à voir. La réalité présente est organiquement liée à l’histoire de 1931-1939. Les hommes de Rajoy le savent, les Catalans aussi, et tous ceux qui racontent que tout cela n’a rien à voir sont les petits hologrammes de Sa Majesté, ni plus, ni moins.

« La Catalogne a toujours été espagnole. »

Faut-il remonter plus haut le cours de l’histoire ? On peut le faire : les uns vous expliqueront que la monarchie espagnole faite de plusieurs population est très ancienne, d’autres vous signaleront le soulèvement des segadores catalans en 1648, et la non moins grande ancienneté du comté de Barcelone. Laissons cela : ce qui fait l’existence ou non d’un fait national, c’est ce que ressentent les populations dans leur combat contre les oppresseurs. Dans ce ressenti entrent des représentations historiques plus ou moins exactes, mais il n’en provient pas. Les mouvements nationaux ne sont pas nourris par des mythes (même s’ils en nourrissent), mais par des luttes vivantes. N’est-ce pas ce à quoi nous assistons ?

 

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Macron s’isole de plus en plus de la société française entière, il va le payer cher

Qui a dit que Macron marquait des points ?

Au contraire, l’ensemble de sa politique va provoquer un affrontement social. Il cumule les ordonnances anti travail, lesquelles ne sont pas encore ratifiées et vont mettre des mois à diffuser leur poison et l’adoption d’un budget d’austérité mortifère qui va casser toutes nos cotisations sociales, mettre fin à notre salaire brut en janvier.  Et la destruction de l’ISF, des APL, des logements sociaux, des emplois aidés, la mise à mal des budgets des hôpitaux, des collectivités territoriales, la suppression du tiers payant, le blocage des salaires, le CIVCE prolongée avec 10 milliards de plus à rembourser aux multinationales, le fiasco complet sur les travailleurs détachés, les insultes contre les « fainéants », les grévistes, les choix d’une « France start up » contre une France industrielle et contre le salariat tel qu’il est, tout cela va progressivement assécher l’économie de notre pays, accroitre le chômage de masse et les inégalités, la misère, et susciter une lecture brutale de masse de la nature de ce pouvoir arrogant, entièrement dévoué à la finance.

 

Macron est irresponsable, au sens littéral du terme, il n’a pas de base sociale, ni à gauche, ni à droite, il n’y a pas de « centre », Macron, c’est Thatcher, brutal et féroce. Mais, mal élu, il repose sur une tête d’épingle, et bien mal lui en prend de s’attaquer à la société dans son ensemble.

Bien sur qu’il ne fallait pas s’attendre à une succession de manifestations montantes répétées 14 fois comme en 2016 contre la loi El Khomri. Les 3,5 millions de manifestants qui y ont participé au moins une fois, l’an passé, ont de la mémoire : nous avions 80 % de l’opinion pour nous et nous n’avons pas gagné, Hollande ayant pris la lourde responsabilité de refuser d’entendre cette majorité là, pourtant puissante.

Je l’ai dit dés juin, répété en juillet, redit en août et en septembre, les cortèges ne suffiront pas, et comme des millions de gens le sentent bien, ils n’y participent que modérément. D’abord parce qu’il y a division syndicale. Aussi parce qu’il y a division politique et aucune issue alternative suffisante et unitaire à gauche. Enfin parce que pour affronter Macron, élu de mai juin, c’est un mouvement d’ensemble bien plus grand et plus radical qui est nécessaire.

Mais ca ne veut pas dire que des millions de gens ne sont pas déjà conscients, pas en colère et qu’ils ne cherchent pas une issue radicale : mais ils cherchent l’occasion et les moyens de s’opposer efficacement à Macron. C’est explosif.  Macron suscite une haine en profondeur, et dans tout le pays, ca va se sentir en même temps qu’il provoque des dégâts sociaux et le salariat, acculé à se défendre, qui n’a pas d’autre choix, sauf de tout perdre, se cherche les moyens de faire exploser la politique thatchérienne qui s’abat sur lui.

Je ne crois pas que notre ami Mélenchon comprend cela, il a un comportement erratique.

Le voilà qui, dés juillet appelle solitairement, avec ses seuls amis, à une manifestation politique concurrente des syndicats le 23 septembre de facto contre la date du 12 septembre.

Puis il comprend, un peu, comme à regret, que les syndicats ont la main et essaie de participer avec eux, d’élargir les rangs de ses amis mais sans discuter, négocier, unifier.

Puis il fait une charge contre les syndicats, exprimant sa déception à leur égard et donc les accusant d’échouer (ce qui tombe à contre sens alors que la division et l’unité syndicale si précieuse et nécessaire a du mal a se bâtir, avec FO, avec la CFDT…).

Puis il appelle à « une manifestation d’un million devant l’Elysée »

Puis, il déclare que la bataille est perdue et que Macron a gagné.

A quoi à qui ça sert de dire cela ?

Aucun responsable ne devrait se comporter ainsi. La construction d’une mobilisation de masse unitaire ne dépend jamais des seules humeurs, pour le coup versatiles, d’un responsable, semaine après semaine. Au contraire, espérons qu’il ne soit pas trop entendu, car de cette façon, il ne risque que de lui nuire.

Tout le travail militant syndical n’est pas encore fait contre les ordonnances anti travail. Il faut expliquer, expliquer, encore expliquer.

Aucune manifestation vraiment unitaire n’a encore eu lieu : FO a résisté, mais ne vient en tant que telle que le 16 novembre,  la CFDT est travaillée au corps mais hésite.

La perception de l’attaque, tellement énorme, contre le salaire brut et notre système entier de protection sociale reste à venir ( et le programme « AEC » de FI n’y aide pas du tout).

La jeunesse commence seulement à bouger, et les grèves ne font que commencer. Notons que les routiers et les dockers, eux, en menaçant de tout bloquer, sont les seuls à avoir gagné (comme les intermittents en avril 2016).

Quand on est militant politique à gauche, travaillons à faire les gestes indispensables qui unifient celle ci, il faut déclarer l’état d’urgence contre Macron et appeler sans réserves toutes les forces disponibles, à un grand « collectif national permanent » pour le vaincre.  Que des millions de gens puissent voir qu’il y a une volonté politique, une issue alternative unie, forte et disponible.

Quand on est syndicalistes, (et sans syndicats indépendants et unis nous ne ferons rien, ne réussirons rien) il faut faire le travail d’explication et de mobilisation quotidien dans les entreprises, tracts, vidéos, réunions, assemblées générales, il faut emporter l’unité. Actuellement on est entre 70 et 80 % du mouvement syndical acquis contre Macron, il faudrait en emporter quasi 100 %, lui enlever ses derniers soutiens hésitants.

Et alors, il faut diffuser l’idée que les manifestations sont évidemment nécessaires mais que la construction d’un mouvement d’ensemble l’est encore plus. Certes l’occupation des entreprises ne se décrète pas, cela ne dépend pas d’un seul mot d’ordre, ce ne fut d’ailleurs le cas ni en mai 36 ni en mai 68. Mais quand c’est mûr, c’est mûr et cela se produit. C’est autre chose que « Nuit debout » et l’occupation des places de la République, car l’occupation des entreprises, c’est la crainte majeure du patronat, c’est leur pognon, leurs biens, qui sont en jeu, dans ce cas-là ils négocient et sont capables, réalistes, de dire à leur créature Macron qu’il faut arrêter.

il faut que le climat mûrisse en ce sens. Il faut donner confiance, confiance, confiance, dans la possibilité de lutte et de victoire.

Il faut lever les doutes, les craintes, tracer les voies du mouvement d’ensemble.

Finalement, dans l’histoire de France, c’est chaque fois ainsi qu’on a gagné.

Nous sommes dans une circonstance et un affrontement historique exceptionnel, instinctivement le salariat le sait déjà et le comprend, il n’est pas temps de concéder des points à l’ennemi de classe.

Ce n’est pas un jeu à points. C’est une guerre sociale, notre tâche à toutes et à tous, n’est donc pas de compter les points, c’est de rassembler, unifier et mobiliser notre camp.

 

Cent ans après : de l’envie fougueuse de défendre la révolution d’Octobre

Cent ans après

De l’envie fougueuse de défendre la révolution russe…

Parce que c’est une des plus grandes révolutions de toute l’histoire de l’humanité. Parce qu’elle a mis fin à la tyrannie d’un régime barbare et arriéré, celui du tsar Nicolas II. Parce qu’elle s’est faite contre la sale guerre, pour la paix, la terre et le pain. Parce qu’elle a commencé par une journée des femmes, le 8 mars 1917. Parce qu’elle est venue du fin fond des quartiers populaires de Viborg, le cœur du salariat russe… Parce qu’elle a surmontée ses ennemis, la Cour, les féodaux, les nobliaux, les banquiers, la caste des généraux et officiers, les popes, les spéculateurs, les capitalistes. Parce qu’elle écarté ceux qui parlaient de paix mais faisaient la guerre traitreusement, qui parlaient de pain mais affamaient le peuple cyniquement, qui parlaient de terre mais la conservaient aux koulaks et gros propriétaires.

A la fin la belle révolution permanente de Février 17 est allée jusqu’au bout en Octobre 17 et elle a donné le pouvoir à ceux qui voulaient vraiment la paix et qui l’ont faite à Brest-Litovsk, à ceux qui voulaient vraiment distribuer la terre et l’ont partagée, à ceux qui voulaient vraiment donner le pain…

Mais malheureusement, ensuite, après 1918, la révolution n’a pas survécu à ses ennemis de l’extérieur et de l’intérieur, elle a été envahie de dehors, trahie de dedans, puis il y a eu Hitler dehors et Staline dedans, et alors qu’il faisait si belle lumière en octobre 1917, il a fait minuit dans le siècle en 1937.

La contre-révolution l’a emporté sur la révolution, il n’y a pas eu de socialisme ni de communisme nulle part. Tout est à refaire et nous avons l’envie fougueuse de tout refaire.

Gérard Filoche le 1er novembre 2017

 

 

Appel de 1000 socialistes de 100 départements http://reconstruire-la-gauche.fr/

Gérard Filoche

Membre du Bureau national du Parti socialiste

gerard.filoche@gmail.fr

 

 

Communiqué de presse

 

Reconstruire, réorienter la gauche

 

Voilà plus de 5 mois que Macron a été élu. La gauche a subi une lourde défaite et depuis elle n’a produit ni bilan, ni inventaire. Elle n’a pas proposé de processus de recomposition, de refondation, de reconstruction de la gauche.

Sans alternative politique, pluraliste, à vocation majoritaire, les coups pleuvent et vont se multiplier.

De nombreux militants découragés quittent le Parti socialiste ou s’apprêtent à le faire. La dispersion rend, tous les jours, plus difficile le combat pour reconstruire un projet unitaire.

Avec 500 socialistes, militants ou sympathisants, nous lançons un appel (Reconstruire la gauche) à nous rassembler pour un congrès socialiste démocratique autour de quelques exigences simples pour reconstruire la gauche :

Remettre le social au cœur du projet socialiste ; Répartir les richesses d’abordPrendre la tête de l’urgente transition écologiquePoser les jalons d’une reconquête démocratique en Europe comme en France.

Nous allons mener ce combat.

Je propose de faire grandir cet appel pour peser ensemble dans le débat public. Nous prendrons ensuite les initiatives qui seront nécessaires.

Le 26 octobre 2017

Gérard Filoche

Pour tous contacts : contact@reconstruire-la-gauche.fr

Pour retrouver l’appel : http://reconstruire-la-gauche.fr/

 

 

 

Reconstruire la gauche

Appel de militants et sympathisants socialistes

L’électorat de gauche a lourdement sanctionné le quinquennat de François Hollande.

Plusieurs mois après, ceux qui ont mené les socialistes dans le mur sont toujours à la tête du Parti socialiste. Ils ont pour l’instant réussi à repousser le premier débat indispensable après une telle défaite : celui du bilan et de l’inventaire.

CICE, déchéance de nationalité, loi El Khomri : ces trois questions symbolisent à elles seules la dérive néo-libérale que les dirigeants socialistes actuels ont cautionnée. Ils ont tourné le dos à toute volonté de transformation en faveur de la majorité sociale : les salariés en activité, en formation, à la retraite ou privés d’emploi. Avec les politiques d’accompagnement du capitalisme financier menées, c’est l’an dernier qu’en France, le versement de dividendes a battu tous les records !

Comment le parti de Jaurès a-t-il pu en arriver là ? Nous devons tenter d’éviter le pire : la liquidation de l’héritage socialiste.

Refonder le socialisme de transformation sociale dont notre époque a besoin et construire la gauche de demain sont deux impératifs.

Le Labour party avec Jeremy Corbyn, et le PS portugais à la tête d’une majorité de toute la gauche montrent une autre voie que celle qui a été suivie ces dernières années en France. C’est celle que nous proposons d’emprunter.

Remettre le social au cœur du projet socialiste, en partant des difficultés que rencontrent au travail ou dans leur vie quotidienne la majorité des citoyens de notre pays ; Répartir les richesses d’abord dans un pays qui n’en a jamais produit autant ;  Prendre la tête de l’urgente transition écologique pour sauver une planète de plus en plus menacée ;  Poser les jalons d’une reconquête démocratique en Europe comme en France avec une VIème République favorisant l’intervention citoyenne ; voilà trois axes majeurs de réorientation.

Vite : un congrès politique de réorientation !

D’ores et déjà, au-delà des mots, il faut s’inscrire sans délai dans une opposition ferme et sans concession à la politique de droite du gouvernement Macron. Cela nécessite la participation active au mouvement social et la réaffirmation du nécessaire rassemblement de la gauche dans toute sa diversité.

Vite : un congrès pour la transformation sociale. Un congrès socialiste démocratique qui rejette enfin toutes les ambiguïtés des synthèses molles !

Un congrès ouvert à toutes celles et tous ceux, militants, sympathisants, associatifs, syndicalistes, élus, intellectuels … qui veulent tirer les bilans pour reconstruire.

 

 

Pour signer : http://reconstruire-la-gauche.fr/

16 meetings contre les ordonnances anti-travail de Macron entre Tourcoing et Marseille meeting étudiant à Tolbiac 26 octobre 2017