pour une liste commune de la gauche aux élections européennes de 2019

Mai 68 ouvrier UNE BALLE CONTRE UN CAILLOU ils ont tué Pierre Beylot

Le 11 juin 1968, deux ouvriers  Pierre Beylot et Henri Blanchet, 22 et 49 ans ont été tué par balles par la police

 

En Mai, les CRS n’ont pas tiré à balles sur les étudiants de Paris.

Mais ils ont tiré à balles sur des ouvriers de province.

Deux ouvriers en sont morts.

D&S n° 55 a choisi de commémorer Mai 68 en interviewant Yolande, la femme de l’un de ces deux ouvriers, mort à 22 ans, près de Peugeot Sochaux à Montbéliard : trente ans après, elle nous dit en mots simples ce qu’elle a vécu.

D&S : Comment avez-vous appris le drame ? Comment avez-vous appris que votre mari a été tué ?

Yolande Urbain : J’étais ouvrière coiffeuse, je travaillais lorsque j’ai entendu le matin à la radio chez ma patronne, qu’un jeune homme venait de mourir, cage thoracique enfoncée. Je plaignais la famille. Le midi lorsque je suis sortie du salon de coiffure, pour faire mes commissions, des amis m’attendaient et sont venu au-devant de moi en me disant : « Yolande, ils ont tué Pierre. » Alors que la famille que je plaignais c’était donc moi, puisque c’était mon mari qui était tué par une balle de CRS.

D&S : Vous avez dit que les CRS avaient pris peur et tiré dans le tas. En savez-vous un peu plus sur ce qui s’est passé ?

Y.U. : Ce que j’ai entendu devant l’intensité des manifestants, les CRS n’avaient pas le droit de dégainer, ils ont retiré l’arme de la ceinture et ont tiré dans le tas et mon mari était baissé, (c’est ce qu’a témoigné son meilleur ami à la police, il a dit que mon mari était baissé pour ramasser un caillou, pour le lancer aux CRS). Alors il a été touché dans cette position baissée, à l’épaule gauche. Il a été transpercé en diagonale, la balle lui a traversé cœur et poumon. On venait de faire une assurance-vie, moi j’ai fait un procès, mais à cause de ce copain, disons, que ça a tout fichu en l’air et que l’assurance vie n’a pas payé. Il aurait pu dire à la police que mon mari était en train de lacer sa chaussure. Alors, bien sûr il a été considéré comme un manifestant, ça a fichu mon assurance-vie en l’air. Et lorsque j’ai intenté un procès contre l’État, l’État s’est retourné contre la ville de Monbéliard, ça a duré 8 ans de procédure.

D&S : Quelles ont été les réactions dans la ville, des partis politiques locaux, des syndicats, des jeunes en général ?

Y.U. : Eh bien moi je travaillais, j’ai appris le drame et puis je suis revenue dans ma famille, mon mari n’était pas syndiqué, mais j’ai beaucoup été aidée par les syndicats. À l’enterrement, il y avait des gerbes des syndicats d’Amérique. Ça a été un choc terrible à l’annonce du décès de mon mari et de celui de l’autre monsieur qui est décédé également mais pas dans les mêmes conditions, puisqu’il est tombé d’un mur pour ne pas recevoir des grenades offensives dont les CRS, en regagnant la brigade de Montbelliard à cinq heures et demie le soir se débarrassaient depuis leur camion. Alors ils jetaient ça sur les passants comme ça et ce monsieur, pour ne pas en recevoir une, pour ne pas avoir un bras ou une jambe arrachée, a eu un mouvement de recul, est donc tombé de ce mur sous les yeux de sa femme et il s’est fracassé le crâne. Il est mort à la suite de ça.

D&S : Votre mari n’était pas syndiqué, il n’était pas du tout impliqué dans les évènements ?

Y.U. : Oh non, il n’était pas syndiqué. En principe il n’était pas impliqué dans les grèves du tout. Il voulait quelque temps auparavant aller faire les piquets de grève pour se soutenir un peu et moi j’arrivais toujours à l’en dissuader et je lui disais non n’y vas pas et il arrivait à m’écouter. Mais le matin du drame, je travaillais, la petite n’était pas chez la nourrice, puisque mon mari était en grève, donc le papa gardait sa fille et à neuf heures et demie il est arrivé à l’endormir, il a enfourché sa mobylette. Arrivé à la gare de Montbéliard, sur laquelle il passait pour aller voir les gens, en curieux (de là partaient les manifestations), c’est là que ses copains lui ont dit : « Pierre tu viens avec nous. » Il a posé sa mobylette mais ans l’intention de manifester bien sûr, pour aller voir un petit peu avec ses copains, quoi. Et une fois arrivé là-bas, ça chauffait tellement… donc son camarade a dit qu’il ramassait un caillou. Un caillou contre une balle. À la suite de ça mes parents sont arrivés le soir, ils sont allés en gare chercher la mobylette, ils ne l’ont pas trouvée et ils sont donc allés au commissariat de police. Le commissaire leur a dit : « Qu’est-ce que c’est cette histoire-là ? Un règlement de compte entre copains ? » Comme c’était un camarade à lui qui avait tiré, il voulait bien sûr ne pas dire que c’était un policier. Mais je n’ai jamais vu ce CRS de mes yeux, je n’ai jamais su son nom. La seule chose que j’ai sue, sa seule punition, c’est que de la brigade de CRS de Lyon, il a été muté dans le midi. Ce que je dis tout le temps et que ma fille dit tout le temps aussi, c’est que mon mari a été tué par un CRS qui n’a jamais fait un seul jour de prison, alors que ç’aurait été un ouvrier comme mon mari qui avait tué ce CRS, il serait peut-être en prison encore à l’heure actuelle.

D&S : Chez Peugeot les grèves avaient-elles démarré avant ce mouvement national ?

Y.U. : Moi je crois que ce qui a fait mal à ces évènements chez Peugeot, c’est que la ville de Montbéliard a fait venir les CRS. Sans eux, je pense que ça n’aurait pas été si dramatique.

D&S : Quelles étaient les revendications à l’usine Peugeot avant la grève générale ?

Y.U. : Vous savez mon mari était ouvrier, moi j’étais ouvrière, on avait une petite vie tranquille, mon mari bien sûr se plaignait que les paies n’étaient pas très fortes, oui c’était pour les hausses de salaires, mais vous savez moi je n’ai vécu que deux ans là-bas. Après il y a eu ce drame.

D&S : Avez-vous senti un défaut de communication entre les ouvriers et l’encadrement ?

Y.U. : Par exemple, mon mari se plaignait d’un chef qui promettait toujours de s’occuper de lui. Mon mari aurait voulu suivre des cours, il aurait souhaité évoluer un peu. Enfin, on a été marié deux ans, on s’est marié en mai 66 et j’ai été veuve en juin 68 avec une petite fille sur les bras. J’ai reproché un peu par la suite qu’on ne m’avait pas non plus guidée au point de vue social, me dire les droits auxquels je pouvais prétendre par exemple. Longtemps après, j’ai su que j’avais droit à une allocation d’orphelin, lorsque je l’ai demandée, on me l’a refusée parce que j’avais un petit salon à moi.

J’avais le droit a rien du tout, puisque j’étais installée à mon compte. Longtemps après on m’a dit : « Madame Beylot, il faut demander aux allocations familiales, maintenant il n’y a plus de plafond. » Ils m’ont fait un dossier, mais ils ne m’ont pas donné l’arriéré. Au début bien sûr, j’étais jeune et je ne savais que faire, alors c’est mon papa qui m’a conseillé d’intenter un procès. Je suis allée sur Paris et j’ai vu un avocat qui me demandait, c’était Maître Fleuriot, tout de suite 8 000 F. Alors j’étais jeune, je n’avais pas beaucoup d’argent, c’est un collaborateur qui s’est occupé de moi et qui m’a dit : « C’est une petite affaire, ça va aller vite. » Or en fin de compte, ça a pris un tour politique et ça a duré huit ans en me demandant toujours de l’argent, de l’argent. À chaque fois que j’allais le voir je pleurais parce qu’il me demandait de l’argent.

D&S : Un peu avant est-ce que vous aviez vu les évènements qui se passaient à Paris, à la télévision ?

Y.U. : On avait une vieille télévision en noir et blanc qu’une tante nous avait donné, on l’avait fait réparer et on n’avait qu’une chaîne. On ne peut pas dire qu’on ait vraiment suivi les évènements. Nous étions sur place, mon mari me rapportait un peu ce qui se passait quand il travaillait, après il est parti, il n’est jamais revenu. Ce que je dis, c’est que c’est un garçon qui n’a pas eu de chance parce que c’était un homme fantastique, il n’avait connu ni père ni mère, il avait trouvé une mère nourricière à l’âge de 17 mois qui est devenue ma belle-mère par la suite. C’est vrai qu’il a été marqué dans sa vie, il était serrurier chez Peugeot. Nous avions lui comme moi 600 F, voilà les salaires que nous avions en ce temps-là et on s’en contentait en ayant une nourrice pour la petite. C’est les seuls amis de là-bas avec qui je sois restée en contact.

Ah oui, je veux rajouter, il y a eu un livre blanc, une enquête à Montbéliard, qui relate jour après jour et heure par heure, tout ce qui s’est passé. Non seulement il y a eu mon mari et l’autre monsieur de tués mais ce que l’on ne sait pas et qui est très triste aussi, des jeunes gens qui ont reçu des grenades offensives ont eu des pieds arrachés, des jambes coupées, des yeux crevés. Les gens ne savent pas que ça a tant chauffé. Les grenades offensives ce sont des armes de guerre. Sur le livre blanc il y a un jeune homme qui témoigne qu’il était au sol, en feu, il parvient à éteindre le feu de son pantalon et il allait se relever mais il ne pouvait pas car le tibia lui sortait de la jambe et il a vu tout d’un coup les CRS, la crosse du fusil levée se précipiter sur lui, pour l’achever comme un chien. Il est tombé dans les pommes et s’est réveillé à l’hôpital amputé d’une jambe. Il y a un tas de passages comme ça dans le livre blanc.

Propos recueillis par PB pour D&S en mai 1998

 

 

 

Acrimed reprend à « Le vent se lève » un excellent article de Vincent Ortiz sur les médias contre la Commune de Paris 1871

La responsabilité de la presse dans la répression de la Commune de Paris

par  Vincent Ortiz, Mardi 5 Juin 2018

Nous publions ci-dessous, en tribune [1] et avec leur autorisation, un article paru le 28 mai 2017 sur le site Le vent se lève, et dont l’écho est familier en ces temps de mobilisation sociale.

La répression de la Commune est sans conteste le massacre le plus sanglant de l’histoire de Paris. La Semaine Sanglante, qui s’est déroulée du 21 au 28 mai 1871, s’est soldée par la mort de 30 000 Communards. Les massacres ont été suivis d’exécutions systématiques et de déportations massives. Les survivants ont été soumis à des persécutions et des humiliations sans nombre. Cet épisode est relativement méconnu par l’histoire officielle. Le rôle des élites intellectuelles et médiatiques françaises face à ce massacre demeure en particulier très peu connu.

La presse et les intellectuels jouissent en France d’un prestige peu commun. Le refrain est connu : si la démocratie est aussi profondément enracinée en France, c’est grâce au rôle de la presse, de ses intellectuels médiatiques et des personnalités « engagées » à qui elle donne de la visibilité. Cette analyse est acceptée et ressassée à l’envie dans le débat public. Elle prend du plomb dans l’aile si on analyse le rôle des journalistes et « intellectuels » (le terme est anachronique car il apparaît avec l’Affaire Dreyfus) lors de la répression de la Commune de Paris, l’une des crises sociales les plus violentes de l’histoire de France.

La grande presse et les intellectuels font bloc contre la Commune

Dès le commencement du soulèvement, les élites conservatrices appellent le gouvernement d’Adolphe Thiers à châtier durement les Communards. Louis Veuillot, dans le quotidien monarchiste l’Univers, s’en prend à la mollesse supposée d’Adolphe Thiers : « le gouvernement de Paris est pitoyable, il laisse la ville sans défense. Ô, Dieu de nos pères, suscitez-nous un homme ! ». La Comtesse de Ségur écrit : « M. Thiers ne veut rien faire qui contrarie les rouges (…) Saint Thiers a pour ces abominables scélérats des tendresses paternelles ». Le camp monarchiste s’impatiente. Il n’est pas le seul. La presse républicaine « modérée » (par opposition aux républicains « jacobins », favorables à la Commune) rejoint peu à peu le concert des appels à la répression. Dès le 19 mars, un article du quotidien « d’union républicaine » l’Electeur libre condamne le soulèvement de la Commune : « tout homme de coeur se lèvera pour mettre un terme à de semblables forfaits ». On peut lire dans le Drapeau tricolore, quotidien républicain modéré : « dût-on noyer cette insurrection dans le sang, dût-on l’ensevelir sous les ruines de la ville en feu, il n’y a pas de compromis possible ».

Adolphe Thiers, qui a dirigé la répression de la Commune, passait, aux yeux d’une partie de la presse, pour un modéré. ©jcosmas, André-Adolphe Eugène Disdéri. L’image est dans le domaine public.
Le massacre commence, au grand soulagement de ceux qui l’avaient réclamé pendant des semaines. « Quel honneur ! Notre armée a vengé ses désastres par une victoire inestimable », écrit un rédacteur du Journal des Débats, républicain modéré. « Le règne des scélérats est fini », peut-on lire dans l’Opinion publique, républicain modéré et anticlérical. « Aux armes ! Bruit sinistre qui me remplit de joie et sonne pour Paris l’agonie de l’odieuse tyrannie », avoue Edmond de Goncourt. Certains y voient l’occasion d’en finir avec le péril rouge. « Il faut faire la chasse aux Communeux ! », proclame un journaliste du quotidien libéral Bien public. Un article du Figaro appelle sans détours à un massacre sanglant : « Il reste à M. Thiers une tâche importante : celle de purger Paris. Jamais occasion pareille ne se présentera (…) Allons, honnêtes gens, un coup de main pour en finir avec la vermine démocratique et sociale, nous devons traquer comme des bêtes fauves ceux qui se cachent ». Le poète Leconte de Lisle souhaite « déporter toute la canaille parisienne, mâles, femelles et petits ». Renan, dans ses dialogues philosophiques, en appelle à une « élite de privilégiés, qui régneraient par la terreur absolue ». Emile Zola écrit : « Le bain de sang que le peuple de Paris vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres ». Le futur auteur de Germinal, dont la sensibilité à la souffrance ouvrière était indéniable, éprouve alors la crainte d’une insurrection populaire, dont il ne s’est jamais départi.

Pourquoi une telle fureur contre la Commune ? Désabusés par la Révolution de 1848 à laquelle beaucoup avaient pris part, les intellectuels de 1871 étaient devenus plus conservateurs ; Jules Vallès, communard, et Victor Hugo, conservateur devenu républicain et socialiste, constituent les deux exceptions les plus notables. La plupart n’étaient pas prêts à accepter une révolution aussi radicale. La romancière George Sand, qui avait conservé des sympathies socialistes et républicaines, s’est montrée très hostile à la Commune par crainte de perdre ses biens matériels ; « mon mobilier est sauvé ! », écrit-elle lorsque la répression commence ; « les exécutions vont bon train, c’est justice et nécessité ». Quant à la grande presse subventionnée par les grands capitaux, elle a dans la grande majorité des cas emboîté le pas aux classes dominantes pour des raisons similaires.

George Sand. L’image est dans le domaine public
Les mesures politiques et sociales mises en place par la Commune ont terrifié mais aussi stupéfié les grands possédants par leur caractère révolutionnaire ; on le constate à la lecture des journaux et des correspondances de l’époque. La réaction de Flaubert aux lois sociales votées par la Commune est symptomatique : « le gouvernement se mêle maintenant du droit naturel ! ». Imposer des réglementations à l’ordre social et économique, cela équivalait pour lui (comme pour tant d’autres) à intervenir dans le droit naturel, à défier les lois immuables de l’économie et de la société. Plus prosaïquement, le Duc de Broglie voyait dans la Commune « le refus de la plèbe d’admettre l’ascendant des classes supérieures » ; en conséquence, la plèbe devait être châtiée. Jules Vallès n’avait pas tort, lorsqu’il écrivait dans son journal le Cri du Peuple : « vous avez laissé violer Paris, avouez-le, par haine de la Révolution ».

La scission entre le peuple et les élites

La répression de la Commune de Paris signe l’arrêt de mort du jacobinisme, mouvance républicaine issue de la Révolution Française à la fois sociale et populiste. Sociale, parce que l’égalité civique est indissociable de l’égalité sociale dans la pensée jacobine ; populiste, parce que les jacobins souhaitaient mettre en place une démocratie semi-directe, qui impliquerait directement le peuple dans les affaires publiques et lui donnerait un pouvoir réel. Les républicains « jacobins » s’opposaient aux républicains « modérés », très hostiles à des réformes sociales égalitaires et à toute idée de démocratie directe. Les républicains jacobins ont été exterminés durant la Commune aux côtés de leurs alliés socialistes, anarchistes et collectivistes. C’est le républicanisme « modéré » qui a triomphé et est arrivé à la tête de la France en 1877. Il a fallu tous les efforts colossaux d’un Jean Jaurès pour réconcilier le mouvement ouvrier et la République, le drapeau rouge et le drapeau tricolore.

Jean Jaurès
Le massacre de la Commune a donc instauré une scission durable entre les élites républicaines (modérées), parlementaires, journalistes et intellectuels d’une part, et le mouvement ouvrier et populaire de l’autre. Le rôle de la presse et des intellectuels sous la Commune n’y est pas pour rien. La presse, qualifiée de « figariste », était d’ailleurs l’une des cibles favorites des Communards ; les locaux du Figaro et du Gaulois ont été saccagés par des ouvriers parisiens durant la brève existence de la Commune. Cette scission entre les élites médiatiques et le peuple a-t-elle jamais été résorbée ? Toutes proportions gardées, ne peut-on pas expliquer la défiance actuelle de la population vis-à-vis de la grande presse par la révérence de celle-ci à l’égard du pouvoir, par la violence qu’elle déploie contre les mouvements de contestation ? Le phénomène populiste contemporain, c’est-à-dire le rejet populaire des élites politiques et médiatiques, n’est-il pas largement imputable au rôle de cette presse qui prend, depuis deux siècles, le parti des puissants contre leurs opposants ?

Vincent Ortiz

Pour aller plus loin :
Histoire de la Commune de 1871, Prosper-Olivier Lissagaray (témoignage d’un Communard)
Les écrivains contre la Commune, Paul Lidsky
Les origines de la Commune, Henri Guillemin

 

 

Pour les « désintox » (sic) et cie : 50 « macronades », histoires d’un « mâle blanc »

Emmanuel Macron s’est fait spécialité de petites phrases. Le porte parole de son gouvernement Castaner se croit obligé de dire qu’il parle comme tout le monde : « Je crois qu’on peut être cultivé et parler comme les Français ». Macron lui–même se justifie dans sa première intervention télévisée de président d’utiliser les mots du vocabulaire populaire. Ce n’est donc pas injustifié d’analyser sa « pensée complexe » à travers les « macronades ».

Nous en avons relevé 50, toutes éloquentes, parues dans le livre « Macron ou la casse sociale » (et depuis il y en de nouvelles étonnantes)  :

1   « Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essaierais de me battre d’abord. »

2   « Il y a dans cette société (Doux) une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées.»

3   « Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt, la meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler.

4   « Je ne suis pas là pour défendre les jobs existants »

5    « Le chômage de masse en France c’est parce que les travailleurs sont trop protégés »

6    « Je pense qu’il y a une politique de fainéants et il y a la politique des artisans. »

7     Tous ses conseillers présentent le même profil, jeune et diplômé : « J’assume. Les maréchaux d’Empire étaient jeunes et ce n’étaient pas des paysans »

8     « Certains au lieu de foutre le bordel feraient mieux d’aller regarder s’il peuvent pas avoir des postes »

9     « Les salariés français sont trop payés »

10   « Les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d’accord. »

11    Le compte pénibilité ? « Je n’aime pas le terme donc je le supprimerais car il induit que le travail est une douleur »

12    « Vu la situation économique, ne plus payer les heures supplémentaires c’est une nécessité »

13    « Ceux qui défendent les emplois aidés sont ceux qui n’en voudraient pas pour eux »

14    « Je vais faire un CICE durable »

15   « La tranche d’impôt de Hollande à 75 % ? C’est Cuba sans le soleil »

16   « Je n’aime pas ce terme de modèle social. »

17  « Je suis pour une société sans statuts »

18  « Je compte sur vous pour engager plus d’apprentis. C’est désormais gratuit quand ils sont mineurs »

19  « Dans les motifs de rupture du contrat de travail, [la rupture conventionnelle] est aujourd’hui le premier»

20  « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. »

21  « 35 h pour un jeune, ce n’est pas assez »

22  « Les jeunes générations veulent être entrepreneurs, pas fonctionnaires »

23   « Je dis aux jeunes : « ne cherchez plus un patron cherchez des clients »

24  « Les pauvres d’aujourd’hui sont souvent moins les retraités que les jeunes »

25 « Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus ».

26 : « Je ne vais pas interdire Uber et les VTC, ce serait les renvoyer vendre de la drogue à Stains »

27 « Une start-up nation est une nation ou chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une ».

28 « Les britanniques ont la chance d’avoir eu Margaret Thatcher » (celle là, disputée à tort dans son authenticité par certains, m’a été rapportée en direct et quelques minutes après avoir été prononcée par les journalistes de la BBC qui l’ont interviewé, fin 2014 et elle a été conservée et publiée dans le fameux ITV sous une forme à peine modulée)

29. « Le libéralisme est une valeur de gauche »

30 «  Je ne céderais rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes, ni aux égoïstes, ni aux pessimistes » qui se dressent contre les ordonnances anti travail.

31 « Dans les gares, vous croisez des gens qui réussissent et d’autres qui ne sont rien »

32  « J’ai été élu par des gens qui ne m’ont pas choisi »

33. « Être élu est un cursus d’un ancien temps. »

34  « La démocratie ne se fait pas dans la rue »

35  « Etre populaire ne m’intéresse pas, mon pays doit avant tout être réformé car nous avons 10 % de chômage ».

36   Les fainéants ce sont «  ceux qui n’ont pas fait les réformes pendant 15 ans pas les Français »

37  « La France n’est pas un pays qui se reforme parce qu’on se cabre, on résiste, on contourne, nous sommes ainsi faits ».

38 « Tu sais, quand tu es président de la République, ce n’est pas le moment où tu gagnes le plus d’argent »

39 « La France est en deuil d’un roi »

40   »Les révolutionnaires sont souvent des ratés du suffrage universel »

41 : « La gauche classique est une étoile morte. L’idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est »

42 : « C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne électorale » « La politique c’est mystique »

43  « Le FN est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française, d’extrême-droite. »

44  Il qualifie ceux qui, au sein du PS, s’opposent à sa 1° loi (308 articles dont le travail le dimanche, de nuit, ou la privatisation du don du sang) de « foyer infectieux » ou de « fainéants ».

45   « Chaque candidat qui sera investi signera, avec moi, le contrat avec la Nation.Il s’engage à voter à mes côtés les grands projets, à soutenir notre projet. »"Pas de frondeurs » 

46  «Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »

47 « Il n’y a pas de culture française mais des cultures »

48 «  Le kwassa kwassa pêche peu, il amène du comorien »

49  A propos des critiques à la suppression de l’impôt sur la fortune «  La passion triste de la France, la jalousie ».

50   »Je crois à la cordée, il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre [...] Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée c’est toute la cordée qui dégringole »

Rajoutons en une,  particulièrement remarquable, datée du 13 novembre 2017 : « Je ne sais pas ce que c’est une politique pour les riches ». (sic)

Mais depuis le livre « Macron ou la casse sociale » et ces 50 « premières » il y en a de nombreuses autres  : genre les « on ne va pas faire trancher cela par deux mâles blancs »  (lui même et Borloo)  ou aussi « je suis là par effraction », « une forme de violence de l’histoire »

Sans oublier le célèbre : « Versailles, où la République s’est retranchée quand elle était menacée »

Ces « macronades » sont largement diffusées par les journaux et les réseaux sociaux, commentées au point de venir des « marronniers » célèbres. On peut prendre, comme pour son pensum « Révolution »,  la peine de les étudier car elles constituent sa vraie pensée et dessinent clairement son projet de société une société post salariale, une société sans statuts, sans cotisations sociales…

 

En faisant cela, nous traçons point par point une réponse alternative dans le livre publié à l’Archipel (400 p, 20 euros)

 

 

Jeudi jeune : appel des lycéens à manifester massivement contre Parcoursup et la sélection à l’université le 7 juin

 

Pour information, cet appel à soutien des lycéens d’Ile de France (sur la base d’un constat accablant).

https://educationidf.wordpress.com/2018/05/31/jeudi-jeune-appel-lyceen-au-7-juin/

Jeudi jeune : appel lycéen au 7 juin

Nous, lycéen·ne·s, appelons à manifester massivement contre Parcoursup et la sélection à l’université le Jeudi 07 Juin.

On nous avait dit qu’APB, le précédent système permettant de s’inscrire à l’Université, était défaillant, qu’il fallait changer radicalement. On nous avait dit qu’avec Parcoursup, tout serait différent. Pourtant, au soir des résultats, nous étions 400 000 jeunes sur le carreau. Avec un budget par étudiant en recul depuis de nombreuses années, et un baby-boom des années 2000 dans lequel aucun investissement n’a été fait pour permettre notre accueil, comment s’étonner ? Le résultat : plusieurs centaines de milliers de jeunes n’ont toujours pas reçu de proposition d’affectation.

Le gouvernement n’arrête pas de nous répéter que le système va « se ventiler », que tout le monde aura une proposition. Mme Vidal, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, brasse de l’air ! Nous voyons bien qu’en réalité l’étau se resserre. Dans les lycées de banlieue, certaines classes n’ont eu aucune proposition d’affectation ! Des jeunes avec des dossiers scolaires excellents sont rejetés hors de l’Université en raison de leur lycée d’origine. Sommes-nous de trop ? Comme si en banlieue, nous n’avions pas le droit de décider notre avenir, et qu’il fallait au mieux s’accommoder d’un choix de filières subies, au pire être exclu de l’enseignement supérieur. Trop d’entre nous ont d’ailleurs déjà baissé les bras, en acceptant une filière non-voulue de peur d’être recalé.

En sélectionnant aussi brutalement, M. Macron tire vers le bas l’ensemble de notre système éducatif. Tant d’entre nous sont démotivés : on se demande à quoi sert le baccalauréat, après avoir vu les résultats de Parcoursup. Le gouvernement s’en prend à une valeur fondamentale : celle du droit à décider de son avenir. En assignant tout le monde à résidence scolaire, en nous empêchant de choisir, ce gouvernement détruit notre possibilité de nous découvrir, de nous émanciper et de devenir excellents dans un domaine, car passionné·e·s. Il s’en prend aussi à notre liberté d’expression : lorsque nous nous mobilisons, la seule réponse que l’on nous apporte, c’est la répression. On n’arrête pas de nous enseigner les valeurs de la démocratie. Le gouvernement s’en réclame. Et pourtant, quand on fait entendre une voix différente, on nous réprime violemment, comme à Arago où des mineurs ont dû subir des gardes à vues prolongées et humiliantes.

Alors, parce que nous voulons défendre notre droit à décider de notre avenir, parce que nous sommes solidaires de nos ami·e·s sur le carreau, nous nous mobiliserons le 07 Juin. Pour le retrait de la loi ORE et un investissement à hauteur des besoins dans l’enseignement supérieur, contre la sélection à l’Université.

Vous ne déciderez ni de notre place dans la société, ni à notre place !

Liste des lycées signataires du Jeudi jeune (par département) :

Paris 75 : 19 lycées
Lycée Racine, Paris 8e
Lycée Voltaire, Paris 11e
Lycée Hélène Boucher, Paris 20e
Lycée Arago, Paris 12e
Lycée Dorian, Paris 11e
Lycée Claude Monet, Paris 13e :
Lycée Bergson, Paris 19e
Lycée Georges Brassens, Paris 19e
Lycée Maximilien Fox, Paris 6e
Lycée Gabriel Fauré, Paris 13e
Lycée Abbé Grégoire, Paris 5e
Lycée Henry IV, Paris 5
Lycée Charlemagne, Paris 4
Lycée Jules Ferry, Paris 9ème
Lycée Lamartine, Paris 9ème
Lycée Louis Le Grand, Paris 5ème
Lycée Victor Hugo, Paris 3ème
Lycée François Villon, 14ème
Lycée Turgot, Paris 3

Seine et Marne 77 : 2 lycées
Lycée Bachelard, Chelles 77
Lycée Balzac, Mitry 77

Essonne 91 : 5 lycées
Lycée Geoffroy Saint-Hilaire, Étampes
Lycée Vilgenis, Massy
Lycée François Truffaut, Bondoufle
Lycée Robert Doisneau, Corbeil Essonne
Lycée Jean-Baptiste Corot, Savigny sur Orge

Hauts de Seine 92 : 2 lycées
Lycée Paul Lapie, Courbevoie 92
Lycée Albert Camus, Bois Colombes 92

Seine Saint Denis 93 : 13 lycées
Lycée Condorcet, Montreuil 93
Lycée Paul Eluard, Saint Denis 93
Lycée Paul Le Roland, Drancy 93
Lycée Jean Jaurès, Montreuil 93
Lycée Voillaume, Aulnay 93
Lycée Gustave Eiffel, Gagny 93
Lycée Blaise Cendrars, Sevran 93
Lycée Jean Rostand, Villepinte 93
Lycée Georges Brassens, Villepinte 93
Lycée Utrillo, Stains 93
Lycée Mozart, Le Blanc-Mesnil 93
Eugénie Cotton, Montreuil 93

Val de Marne 94 : 4 lycées
Lycée Condorcet, Saint-Maur 94
Lycée Pablo Picasso, Fontenay-sous-Bois 94
Lycée Romain Rolland, Ivry-sur-seine 94
Lycée Georges Brassens, Villeneuve-le-Roi 94

Val d’Oise 95 : 2 lycées
Lycée Julie victoire Daubié, Argenteuil
Lycée René Cassin, Gonesse

Ailleurs en France : 12 lycées
Lycée Marc Bloch, Strasbourg 67
Lycée Marie Curie, Strasbourg 67
Lycée Jean Monnet, Strasbourg 67
Lycée Emile Mathis, Strasbourg 67
Lycée Louis Pasteur, Strasbourg 67
Lycée Pontonniers, Strasbourg 67
Lycée Fustel de Coulanges, Strasbourg 67
Lycée Jean Rostand, Strasbourg 67
Lycée du Bois d’Amour-Poitiers 86
Lycée Camille Vernet, Valence 26
Lycée le Garros, Auch 32
Lycée Albert Triboulet, Romans sur Isère 26

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Communiqué de presse unitaire : Marées populaires : de belles initiatives citoyennes !

 

Les mouvements citoyens, associatifs, syndicaux et politiques se félicitent des marées populaires du samedi 26 mai.

Ce sont près de 80 organisations qui, en unissant leurs forces, ont rassemblé des centaines de milliers de manifestantes et manifestants partout sur le territoire. Dans leur diversité, ils et elles ont défilé pour exiger plus d’égalité, de justice sociale, d’écologie et de solidarité et donc une toute autre politique que celle du gouvernement.

Ce déferlement populaire porte l’espoir d’alternatives sociales. Il témoigne de la détermination des citoyen.nes à rompre avec les choix d’Emmanuel Macron, une politique au service du patronat qui vise à imposer toujours plus d’austérité en matière de service public, de protection sociale et de garanties collectives, et de reculs sur la santé et la protection de l’environnement (…).

Fortes de ces initiatives, les organisations appellent à une amplification du mouvement social et s’engagent, chacune dans leurs champs respectifs, à soutenir et à développer toutes les luttes en cours, dans les entreprises, les services, les lieux d’études et aux côtés des précaires, privés d’emploi etretraité.es. Nos forces sont engagées pour la défense du service public ferroviaire, pour un enseignement supérieur accessible à toutes et tous, pour les services publics et la défense des droits des salarié.es du public comme du privé, pour les droits des migrant.es, pour l’avenir des générations futures.

Les organisations partageant le constat d’une réelle urgence sociale décident de poursuivre le travail engagé afin de faire grandir le mouvement social contre les politiques de casses sociales et environnementales et pour le progrès social. Elles discuteront rapidement des formes précises que ce travail en commun peut prendre.

 

Quand Macron prend soin de faire publier un décret, le 12 mai, précisant au millimètre près la grosseur des caractères de l’avant dernière ligne de 23 millions de bulletins de paie en janvier 2019 : fin des cotisations sociales, fin de la Sécu

Selon un décret du gouvernement Macron-Philippe et un arrêté signé Darmanin-Penicaud-Buzyn publiés le 12 mai 2018 au Journal officiel, 18 millions de bulletins de paie du secteur privé et 5,5 millions du secteur public vont être modifiés entre le 1eroctobre et le 30 janvier 2019.

Afin d’atténuer le « choc psychologique »  des salariés qui sera provoqué par la fin du salaire brut et la baisse du salaire net, les modifications ont été millimétrées.

La nouvelle feuille de paie devra comporter deux lignes supplémentaires :

- la première ligne mentionnera les « gains » du salaire net au détriment du salaire brut – la deuxième ligne mentionnera le nouveau salaire net avant impôt, pour donner l’illusion qu’il est majoré.

Le décret précise, pour mieux masquer l’entourloupe : « la deuxième ligne devra être écrite dans un corps de caractère dont le nombre de points est au moins égal à 1,5 fois le nombre du corps de caractère des autres lignes ».

Mais il y aura une troisième ligne en plus petit caractère, la dernière, où figurera votre vrai revenu mensuel après impôt, celui que vous toucherez effectivement et qui sera forcément plus bas.

Pour prendre un pareil soin à truquer pour 23 millions de salariés, la perception du bulletin de paie, jusqu’à indiquer par décret la grosseur des caractères qui masqueront le bidouillage, il faut que le gouvernement marche sur des œufs : en effet, il s’agit rien de moins, en espérant que cela choque le moins possible, que de supprimer le salaire brut, c’est à dire les cotisations pré affectées à la sécurité sociale, la part du salaire mutualisée, payées à la source par l’employeur, et de les remplacer par l’impôt non pré affecté,  payé à la source par le…  citoyen.

C’est la plus importante et la plus historique des  « contre révolution Macron », il ose, c’est la fin de toutes les caisses de Sécurité sociale séparées, issues du programme du Conseil national de la Résistance de 1945.  C’est la fin du lien direct emploi-salaire-protection sociale. C’est un hold up de 470 milliards en faveur des patrons. La mort des cotisations sociales, c’est la mort de la Sécurité sociale telle que nous la connaissions.

 

Gérard Filoche

 

Marée Populaire réussie, 26 mai 2018 Prise de parole unitaire des 60 organisations, Place de la Bastille

Communiqué de presse :

Bonjour à toutes et tous,

Je m’exprime ici au nom de tous les mouvements citoyens, associatifs, syndicaux, politiques, qui ont lancé cette grande mobilisation pour l’égalité, la justice sociale et la solidarité. Ce rassemblement est historique. Plus de 60 organisations, petites et grandes, ont dans le respect de chacune rassemblé leurs forces. Nous avons réussi à créer une dynamique avec une très large participation citoyenne. Saluons en particulier les cheminots engagés depuis plusieurs semaines dans la grève. Saluons aussi tous les manifestant.es, membres ou non d’organisations, toutes les luttes qui nous ont rejoints et qui ont rendu cette marée vraiment populaire. Nous comptons des manifestations dans plus de 200 villes en France, qui chaque fois ont rassemblé une très grande diversité de mouvements. A Paris, je peux vous dire que nous sommes plus de 80 000 manifestant.es et dans toute la France, plus de 280 000 manifestant.es.

Nous avons voulu une manifestation pacifique, joyeuse et festive, dans un cadre unitaire inédit… à la hauteur des enjeux auxquels nous faisons face : une transformation profonde de la société française selon les canons du néolibéralisme. Car voilà au fond le « business model » d’Emmanuel Macron : finir le travail de ses prédécesseurs pour soumettre pleinement la France au capitalisme financier mondial et servir ainsi les « premiers de cordée ».

Nous ne sommes pas dupes du marketing qu’Emmanuel Macron a déployé : il se voulait en même temps de gauche et de droite, il applique en fait une politique dont rêvait la droite réactionnaire et néolibérale. Il se proclamait grand défenseur des droits individuels, il n’hésite pas à les remettre en cause, en réprimant de façon tout à fait indigne les migrant.es. Il s’est voulu grand défenseur du climat et de la planète, il n’a pourtant cessé de reculer sur la protection de l’environnement, dès lors que les intérêts des multinationales étaient en jeu.

Il fait croire qu’en mettant en place une fiscalité profondément injuste, en récompensant les « premiers de cordée » et en punissant les « fainéants », la richesse ruissellera spontanément du haut vers le bas, alors que c’est un torrent financier qui monte vers les plus riches. Et singeant l’efficacité d’un manager omnipotent à la tête de « l’entreprise France », il détruit, méthodiquement et rapidement, les droits sociaux.

Pour imposer son business model, ce président des ultra-riches a une méthode. Imposer rapidement, brutalement, une cascade de mesures conséquentes : il détruit les droits des salarié.es comme des sans emplois, il met à bas la protection sociale, avec dans le viseur les retraites et l’assurance chômage, il appelle à une « société  sans statut » qu’il qualifie de « post salariale », il renforce la ségrégation dans les universités ou pour accéder à la justice, il casse les services publics et tout ce qui permet de partager la richesse, il privatise et précarise le logement, il coupe les subventions aux associations, par exemple celles qui viennent en aide aux femmes alors qu’il avait annoncé l’égalité femmes/hommes grande cause du quinquennat, il donne des gages aux multinationales en multipliant les accords de libre-échange, il fait entrer dans le droit commun les dispositions de l’état d’urgence, il réprime les mouvements sociaux et des jeunes des quartiers populaires, il bâillonne les lanceuses et lanceurs d’alerte, et il engage la France dans une spirale de tensions et d’interventions militaires.
Il espère ainsi produire un effet de sidération. Il fait le pari de casser toute résistance. Mais il faut faire échouer ce pari ! Déjà, les mobilisations se multiplient : cheminots, universités, hôpitaux, pour les services publics, pour les droits des migrants, pour une transition écologique et sociale à Notre-Dame-des-Landes ou ailleurs… Le gouvernement espérait néanmoins que toutes ces mobilisations restent isolées, qu’elles s’épuisent d’elles-mêmes ou sinon, que le gouvernement puisse les réprimer sans trop de dommage politique. Mais déjà, des initiatives de solidarité se développent, en soutien des grévistes, des retraité.es, des étudiant.es, des zadistes… Nous avons voulu aujourd’hui aller plus loin… et nous avons réussi : former, toutes et tous, ensemble, une grande marée populaire, inédite dans sa composition, sa diversité, son ampleur. Le gouvernement fait la sourde oreille ? Forçons-le à nous entendre !

Nous sommes toutes et tous ici parce que la politique du gouvernement a des conséquences graves et durables dans de multiples champs sociaux et environnementaux. Parce qu’elle est inacceptable pour les féministes, les écologistes, les minorités discriminées, pour les jeunes, les chômeurs, chômeuses et précaires, pour les partisans de la justice sociale, pour celles et ceux qui défendent des services publics de qualité, les libertés démocratiques, les droits des travailleurs et des travailleuses. Parce que nous avons l’espoir d’un autre monde, d’une société meilleure, plus égalitaire et plus solidaire. Une société qui produise et partage autrement des richesses, qui mette fin à la toute puissance de la finance, qui fasse primer les droits humains sur ceux de la concurrence et respecte l’environnement.

Une société aux antipodes du business model d’Emmanuel Macron et de son gouvernement. Le nouveau monde, celui que nous espérons, celui qui permettra une transition écologique, sociale et démocratique, n’est pas celui d’Emmanuel Macron, qui ne fait que reprendre les pires travers de l’ancien monde. Le nouveau monde, il est celui qui se dessine dans nos mobilisations, nos résistances et nos alternatives.

Le combat pour faire advenir ce nouveau monde est de longue haleine. Mais le succès d’aujourd’hui nous fait dire : nous allons le continuer, plus déterminé.es que jamais !

Pour tout contact :
Willy Pelletier, coordinateur général de la Fondation Copernic, 06 88 43 91 60 / Pierre Khalfa, Fondation Copernic, 06 87 76 28 56
Annick Coupé, secrétaire générale d’Attac, 06 70 51 39 57 / Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, 06 17 17 50 87

Les ordonnances Macron contre les routiers : huit mois après rien n’est joué. Les routiers auraient intérêt à être avec les cheminots

Un accord, le 4 octobre 2017 avait décidé les routiers à ne pas entrer dans la grève contre les ordonnances Macron. Cet accord avait été vanté comme l’assurance que les ordonnances ne s’appliqueraient pas sur son point essentiel, la possibilité par accord d’entreprise de faire moins pour les salariés que l’accord de branche (convention collective nationale des transports routiers) sur les « accessoires » de salaires (notamment les primes qui forment une part très importante de la rémunération des routiers).

Qu’en est-il en pratique ?

1/ en mai 2018, cet accord dont l’article 7 stipule pourtant que la demande d’extension « sera traitée dans les meilleurs délais » n’est toujours pas étendu. Ce qui veut dire qu’il ne s’applique qu’aux entreprises qui sont adhérentes à une organisation patronale signataire.

 

Si les cheminots ne gagnent pas et qu’à ce moment l’accord n’est toujours pas étendu, la probabilité qu’il ne le soit pas est forte, et certaine alors la course au moins disant salarial dans un secteur où la concurrence fait rage.

 

2/ L’accord assure que les différentes parties annexes de la rémunération seront incluses dans les salaires de base minima conventionnels et interdiront ainsi les accords d’entreprise visant à les réduire (ce que permettent les ordonnances Macron). Mais la lecture de l’accord montre qu’il n’est rien d’autre qu’une suite de promesses patronales sans véritables contraintes :

-       Les articles 1 et 4, non étendus, indiquent que « les parties signataires s’engagent à réviser » les articles relatifs au travail de nuit, dimanches et jours fériés, 13èmemois  pour intégrer ces éléments de salaire dans les minima hiérarchiques. L’engagement est donc simplement un engagement… à négocier.

-       L’’article 3, non étendu, signifie que les salaires minima seront bien, comme avant, garantis par la branche, mais le dernier alinéa de l’article L.2253-1, permet aux accords d’entreprise d’y déroger.

Si on ajoute que la même dérogation par accord d’entreprise est possible, dans le même article L.2253-1, pour les classifications qui ne peuvent être dissociées des salaires minimas pour apprécier leur respect, le champ de la triche s’ouvre très grand pour les entreprises, notamment les plus grosses.

Ainsi Amazon a d’ores et déjà modifié, à la baisse, ses classifications au mépris de la convention collective du commerce de gros qui lui est applicable. Et saisit la justice, face à la fermeté de la commission paritaire de la branche, pour que celle-ci reconnaisse que les garanties apportées par l’accord d’entreprise d’Amazon sont « au moins équivalentes »…

En conclusion cet accord, qui devait beaucoup l’automne dernier à l’incertitude patronale et gouvernementale quant à la mobilisation contre les ordonnances, ne sera, en tout ou partie, appliqué que par un nouveau rapport de forces. Les routiers ont plutôt intérêt à « converger » avec les cheminots.

Gérard Filoche

 

 

 

Même avec des référendum pipeautés les voix des salariés se font entendre

 

Parce que le contrat de travail est un lien de subordination, tout salarié a droit à des contreparties : droit syndical de grève et négociations, institutions représentatives du personnel, justice spécifique du travail, médecine du travail spécialisée, inspection du travail.

El Khomri puis Macron ont mis tout cela à mal. Le Medef veut remplacer la « subordination » par une « soumission librement consentie ».  C’est pour cela qu’ils prônent des « referendums en entreprise » : fin des « contreparties », pour balayer tous les pouvoirs et droits intermédiaires des salariés, le patron souverain, sans obstacle, fait parler directement ses sujets soumis.

Ces « référendum » ont été conçus par les Ordonnances Macron (1), pour contourner les négociations,  intimider les salariés isolés, faire du chantage à l’emploi, et passer par dessus les syndicats majoritaires.

Et puis damnation : le PDG d’Air France Janaillac organise un référendum à ses conditions, avec de multiples pressions dans tous ses services, unités et établissements : il était sur de lui. Avec la loi El Khomri et les Ordonnances, tous les médias le donnaient gagnant. Et hop, il perd spectaculairement, balayé avec 55 % de NON à sa politique salariale. Les salariés ont validé leurs syndicats et l’exigence d’une hausse de 6 % de salaires.

Alors le PDG SNCF  Guillaume Pépy qui avait imprudemment déclaré que 80 % des cheminots étaient en faveur du plan ferroviaire du gouvernement se garde bien de les consulter.

Quand les syndicats reprennent l’idée d’un « vot’action », la direction de la SNCF fait tout pour le déclarer illégitime et le rendre impossible. Et elle perd aussi : 61,15 % de votants exprimés, 94,97 % d’opposants !

Décidément les salariés savent ce qu’ils veulent et parviennent à l’exprimer même quand les patrons truquent le jeu. Sur son arbre perché, Macron, devrait en tirer la leçon : les entreprises ne se gouvernent pas sans ni contre les salariés.

Gérard Filoche (1 : contre les Ordonnances, lire « Macron ou la casse sociale » Ed. L’archipel)