Le 22 janvier, voter pour Arnaud Montebourg, pour battre Manuel Valls, son 49 3, son CICE, sa loi El Khomri, ses 1,3 million de chômeurs de plus

Dans 8 jours aura lieu le premier tour de la primaire. J’appelle à une participation massive pour signifier à Manuel Valls le rejet de ses politiques, le rejet de son bilan –partagé avec Macron.

J’ai été empêché de participation. J’aurai défendu les petits salaires et les petites retraites. 1800? 60, 32, 20, .. J’aurais appelé à l’abrogation de la loi El Khomri et à mettre le social au cœur. J’aurais appelé au rassemblement de toute la gauche pour battre Fillon et Le Pen.

Toutes ces exigences, je les maintiens. Je continuerai à les défendre.

Dans 8 jours, deux candidats peuvent être en situation de battre Manuel Valls et d’engager la construction d’un socle commun à gauche. Il faut qu’un des deux soit présent au second tour pour l’emporter.

J’ai avec Benoit Hamon et Arnaud Montebourg de nombreux points d’accord. Je leur ai dit et écrit. L’un et l’autre peuvent se compléter. Ils doivent se désister réciproquement l’un pour l’autre.

Mais il faut choisir. Dimanche 22 janvier j’ai choisi le vote utile. Ce sera Arnaud Montebourg. Ce ne sera pas un vote contre Benoit Hamon, je souhaite le rassemblement ! Ce ne sera pas non plus un vote d’adhésion à l’ensemble des propositions d’Arnaud Montebourg car je maintiens mes propositions. Je les crois utiles pour discuter ensuite d’une plateforme commune de toute la gauche.

Arnaud Montebourg veut abroger la loi El Khomri. Il est partisan de l’union de la gauche. Il a précisé – et c’est très important à mes yeux – que ce serait sans Macron ! Il veut être le candidat de la feuille de paye, c’est un marqueur qui compte pour moi qui suis pour un salaire pour toutes et tous !  Il se prononce aussi pour une VI ème république.

Nous nous sommes rencontrés et avons décidé de poursuivre les échanges.

Dans cette campagne je suis résolument pour augmenter le smic, les salaires, les minimas sociaux, pour donner un revenu d’autonomie pour la jeunesse dès 18 ans. Je suis pour mettre le social au cœur. Je veux une gauche rassemblée pour répondre aux urgences sociales, écologiques, démocratiques. Il faut refuser de se laisser imposer des règles qui ont conduit à une triple catastrophe : économique, sociale et financière. Il faut au contraire une Europe sociale et démocratique.

Avec toutes celles et tous ceux qui m’ont soutenu, nous tiendrons une conférence nationale le 4 février à Paris pour tracer des perspectives pour une gauche démocratique et sociale.

 

Non au leurre du CPA Non a la Carte Personnelle d’Activités Non au nouveau livret ouvrier

93 % des actifs sont salariés. 85 % des contrats de travail sont en CDI. Et même entre 29 ans et 54 ans, 95 % des contrats dont des CDI. Le CDI est la norme. Le CDI s’allonge, il est passe de 9,5 ans en moyenne à 11,5 ans en moyenne. Les entreprises ont besoin de CDI pour fonctionner pas de précaires ni de flexibles. Ce sont les salariés bien formés bien traités bien payés qui produisent le plus.

 

Mais ils ont besoin de nous faire croire que nous sommes tous menacés de précarité pour mieux déstabiliser nos droits, nos salaires, nos conditions de travail.

La précarité est voulue, autorisée, développée délibérément pour des raisons politiques pas à cause de prétendues nécessites économiques.

Les voila qui inventent donc une carte  CPA  » bouche-trous » spécial précaires, appelée  » carte personnelle d’activité » comme s’il en était besoin pour occuper nos périodes de chômage, de turne over, d’exclus de l’emploi. En fait cette carte à puce personnelle  » ad vitam » compterait nos « points pénibilité » nos points « épargne temps » nos « heures de formation » nos « indemnités chômage » tout ce qui est subsidiaire à nos droits du travail collectifs, ce qui serait déduit des cotisations sociales et de nos salaires nets et bruts.

Cette carte suivrait notre carrière individualisée, nous soumettrait un par un à une comptabilité de petites allocations, aléatoires et supplétives à l emploi et à ses présumées vicissitudes. Isolante et peu attractive, cette CPA, « carte piégée d assisté » aurait surtout pour fonction de contrôler nos vies de travail et de les soumettre aux employeurs : car à quoi et à qui servira t elle sinon à être contrôlée et fliquée par les patrons lors de l’embauche comme l’ancien  » livret ouvrier » aboli en 1856 par Napoléon III ?

Gardons nous de croire à ce leurre agite par Valls, El Khomri et Cie qui prétendent, parle CPA, compenser les côtés scélérats de la loi de casse du code du travail : c’est une propagande creuse, vide de sens, un piège de plus pour casser nos droits sociaux collectifs.

Rien ne vaut le code, l’état de droit, le contrôle ferme des licenciements, nos cotisations sociales et notre salaire brut.

 

 

Jusqu’alors obscur, le Compte Personnel d’Activité (C.P.A), qui voit le jour, hélas, s’étoffe peu à peu sous la houlette du Ministère du Travail, des syndicats d’employeurs, des représentants des professions libérales, de l’Etat et des régions.

Méga plateforme informatique, le C.P.A permettra un traitement automatisé des données personnelles, centralisé par la Caisse des dépôts et consignations, de l’ensemble de la population active et inactive (apprentis, salariés du privé et du public, privés d’emploi, non salariés, retraités). Un vrai « livret ouvrier » comme au 19° siècle.

Chaque citoyen âgé de 16 ans et jusqu’à l’âge de la retraite devra s’ouvrir un Compte Personnel d’Activité, s’il veut pouvoir prétendre à ses droits sociaux.

Le C.P.A, c’est d’abord un immense fichier. Tout fraichement sorti des tuyaux de la Caisse des dépôts, un PowerPoint remis lors du « conseil d’orientation du CPA » expose la déclinaison de l’interface. De la page «  Mon profil », nous pouvons accéder à « Mon parcours », « Mes compétences », et même jusqu’à « Mes traits de personnalité » appréhendés par un test de 2-3 mn. Dans une autre fenêtre, l’utilisateur trouve « Mes droits », puis accède à d’autres comme : « les droits de mon Compte Personnel de Formation », « les droits de mon Compte d’Engagement Citoyen » et « les droits de mon Compte Prévention Pénibilité »…  Les droits à la retraite, au chômage, à l’épargne-temps, à la santé, aux allocations Familiales, au RSA… devraient progressivement être intégrés à l’interface.

Conçu à l’occasion de la Loi El Khomri, le C.P.A est censé sécuriser les parcours professionnels frappés par les mutations du marché de l’emploi, faciliter l’insertion professionnelle, permettre une continuité de droits malgré des changements fréquents des situations de vie et de travail, et une « valorisation » des différents temps de la vie (hors de l’emploi).

Mais derrière ces objectifs affichés, le C.P.A marque une liquidation des derniers principes mutualistes de protection sociale et une technicisation poussée pour accéder à l’ensemble des droits contenus. Le C.P.A ne créé aucun droit supplémentaire et aucun financement supplémentaire n’est prévu ; et sa mise en place donne l’occasion de transformer les droits eux-mêmes. Devenus virtuels, ils se comptabilisent en points et sont obtenus selon de nouveaux critères. En témoigne, les récents seuils règlementaires du « Compte Personnel de Prévention de la Pénibilité » qui dans les faits, entérinent une régression majeure dans le refus de prendre en compte la dangerosité de certains métiers en renvoyant la pénibilité à une mesure individuelle.

 

 

Contrôler les travailleurs détachés par une « carte personnelle d’activité » ? de qui se moque t on ? Il y en a 450 000 en France le patronat en fait venir chaque jour. Ce n’est pas une question de contrôle, c’est incontrôlable ! C’est une vaste escroquerie à grande échelle qu’il faut interdire vite !

Et pas par la prétendue « carte personnelle d’activité » inaugurée ce  2 janvier 2017

Elle est un danger aux libertés du travail, un flicage de l’ouvrier entre les mains des patrons fraudeurs. Elle va jouer le rôle d’un nouveau « livret ouvrier » comme avant 1856. Elle ne servira évidemment pas pour les 450 000 contrôles mais contre des millions d’ouvriers du bâtiment en France et en Europe.

Parce ce que 450 000 « détaches » à bas prix, dont les cotisations sont prétendument payées au tarif du pays d’origine, ça ne peut pas se contrôler pas, ça s’abroge ou pas.

Et ça fait des années que ça traine : le gouvernement doit dénoncer immédiatement unilateralement la directive « travailleurs détachés », elle est base d’un trafic massif de main d’oeuvre, de concurrence déloyale, d’une surexploitation accrue dans toute l’Europe et en France.

Ainsi en tant que premier ministre Manuel Valls avait « menacé » en septembre 2016 l’Union européenne de ne « plus appliquer la directive concernant les travailleurs détachés » ! Quelle audace ! Quel crâne discours !

On pourrait donc ne pas appliquer des directives européennes ? Tiens donc ! En voilà une idée qu’elle est bonne ! Surtout quand elle ronge de façon scandaleuse les droits fondamentaux de tous les salariés concernés !

Car cette question-là monte en puissance depuis longtemps et concerne autour de 450 000 salariés exploités sauvagement par des patrons français sur le territoire français en concurrence déloyale avec d’autres salariés, français ceux-là. Ce ne sont pas les salariés qu’il faut opposer entre eux, mais combattre le système patronal des libéraux de l’UE qui les spolie.

Les grands « majors » du bâtiment notamment, les Bouygues, Vinci, Eiffage, et cie se font des milliards en ne payant pas au tarif français les cotisations sociales de ces ouvriers importés de Hongrie, de Bulgarie, de Pologne, de Tchéquie… Ils sont censés les payer au tarif de leur pays d’origine… Mais nul ne sait ce qu’il en est, vu que le montage des filières de sous-traitance crée d’opaques écrans contre toute tentative de contrôle des inspections du travail.

Ainsi le cynisme patronal fausse le droit de la concurrence et réalise le triple objectif de baisser le coût du travail, celui de la protection sociale et d’augmenter le taux de chômage.

Mais ça, on le sait depuis des années ! Est-ce suffisant de « menacer » de dénoncer ce système pourri ? Quand il s’agit de casser le code du travail, Valls était  catégorique «  Ce ne sera pas une réformette mais une révolution ». Quand il s’agit d’empêcher une fraude établie et prolongée contre les salaires et cotisations de 450 000 salariés surexploités, il « menace »

Dans la casse du code du travail, il y a le CPA

La « carte personnalisée d’activité » infalsifiable, et plastifiée fabriquée à Douai à 10 millions d’exemplaires, mise en service ces jours-ci est un des maillons de tout ce qui s’appelle « CPA »  carte personnalisée d’activité : un piège individualisé pour remplacer et supprimer les droits collectifs, Big brother à la place du code du travail et des conventions collectives.

 

 

 

 

D&S l’excellente revue de la gauche socialiste, 24° année, n°241 de janvier 17

UNE D & S N°241 deF

 

A lire dans Politis du 12 janvier : « Oui, voter massivement aux primaires, battre Valls c’est la seule chance pour que la gauche se réunisse et gagne la présidentielle! »

« Evidemment, si on est de gauche, il faut voter à la primaire citoyenne puisqu’elle est ouverte à toute la gauche et aux écologistes ! Voter Les 22 et 29 janvier, c’est d’abord une opportunité de battre Manuel Valls, de battre la casse de 100 ans de code du travail par la loi El Khomri, les 49-3, le CICE… C’est aussi l’occasion unique de réveiller la gauche et la seule chance pour qu’elle accède au second tour de la prochaine présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon ne peut gagner seul en souhaitant l’échec de la primaire : vouloir la mort du PS ne peut constituer une orientation politique pour son mouvement de La France insoumise. Ce serait une erreur fatale de ne pas chercher à additionner les voix de toute la gauche ! Le PS est encore, pour le moment, la formation de gauche ayant le plus important réseau d’élus susceptible de constituer une majorité. Même en payant le lourd tribut de l’échec du quinquennat, un tel parti ne disparaît pas sans être physiquement remplacé et cela ne peut se produire sans une dynamique sociale et politique qui entraine, brasse et unisse ses millions d’électeurs, toute la gauche, tous ses partis, ses syndicats, ses militants, ses élus de terrain.

Sous le quinquennat de François Hollande, le PS a été kidnappé par son aile droite minoritaire qui a totalement trahi mais qui s’accroche. J’ai subi une scandaleuse élimination de la primaire, mais il reste à mobiliser des millions d’électeurs pour voter Arnaud Montebourg ou Benoit Hamon, devenus la seule possibilité de faire revivre ce parti, de faire en sorte que le PS de Jaurès batte le PS de Valls.

On l’a vu en Grande-Bretagne : après le désastre des années Blair, Jeremy Corbyn, a gagné deux fois la primaire du Labour Party pour y faire une vraie politique de gauche, il a redonné l’espoir et le nombre d’adhérents a été multiplié par six !

Si je dis cela, ce n’est surtout pas pour défendre un appareil politique que j’ai combattu pas à pas sur le fond (l’ANI, les scélérates lois Macron et El Khomri) depuis quatre ans. C’est parce qu’en redessinant le PS, en redonnant confiance à ses militants et électeurs, c’est l’avenir de la gauche entière que l’on va sauver, reconstruire, unifier. En cela cette primaire est donc historique. Si par malheur, Manuel Valls la remportait, aucune unité de la gauche ne sera possible. Il aura assez de voix pour nuire pas assez pour gagner. S’il n’est pas écarté avant, la présidentielle sera perdue dès le 23 avril à 20 h par toute la gauche. Ce sera un désastre pour les plus vulnérables des nôtres face à Fillon et Le Pen. Ensuite, Valls prendra le « PS » (ou ce qu’il en restera) transformé cette fois définitivement en un obstacle redoutable à la victoire d’une gauche unie.

En revanche, si l’aile gauche gagne le 29 janvier, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre.

Dès le 30 janvier, le candidat de la gauche socialiste élu rencontrera Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot [candidat d'EE-LV, NDLR], pour construire un programme de gouvernement rouge, rose, vert. S’il y a programme commun, la répartition des rôles sera possible et un candidat unique. Alors, pourra survenir un scénario comme au Portugal : là-bas, le PCP, le PS Portugais et le Bloc de gauche ont réussi à s’entendre après un demi-siècle de désaccords profonds, et à gouverner, ensemble.

Je veux croire cela possible en France, car sinon la situation deviendra tragique. Pour faire face à la droite, la gauche doit se respecter et s’unir, au-delà des querelles d’égos : il est impératif et très facile de mettre en stand by les divergences programmatiques générales et de trier ce qui peut faire une base commune d’actions immédiates pour gouverner pour un changement social radical par la redistribution rapide des richesses, en premier lieu la hausse des salaires et la taxation des dividendes.

 

 

Le travail ne se raréfie pas, c’est une comète en expansion infinie

 

Un article intéressant sur le dernier rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi (le COE, où siègent des « personnels qualifiées, des représentants syndicaux et patronaux) qui, de fait, s’inscrit en faux contre le chiffre de 43 % d’emplois (cité par Benoît Hamon) qui devraient être détruits par l’économie numérique et la « robotisation ».

La « fin du travail » ou au moins sa raréfaction est donc loin d’être assurée et le revenu universel perd sa principale justification. Cette justification est d’ailleurs contradictoire. En effet, la proposition d’un « revenu universel » part de l’idée que le rapport de forces social ne permet pas au salariat de s’opposer à la raréfaction rapide de l’emploi mais qu’il pourrait imposer un revenu universel. Or, si ce revenu universel est d’un niveau permettant de dépasser le seuil de pauvreté (1 000 euros nets mensuels en France, 60 % du revenu net médian) ou même égal aux 750 € du projet de Hamon, il implique, pour pouvoir être instauré, un rapport de forces autrement plus important que celui qui serait nécessaire pour imposer les 32 heures et un renforcement-extension de notre Sécurité sociale permettant de répondre aux besoins des jeunes, des retraités, des précaires et des chômeurs qui ne perçoivent aucune allocation-chômage.

Il faudrait arracher à la classe dominante 350 à 500 milliards d’euros par an. Sur un blog de Médiapart, un soutien de Hamon écrivait qu’il s’agissait d’une « révolution sociale et pacifique ». Sur le papier, sans doute. Mais, dans la réalité, comment imaginer que la classe dominante acceptera « pacifiquement » un transfert de 20 ou 25 % du PIB à ses dépens ?

Le rapport du COE se situe en droite ligne des travaux de David Autour qui distingue « emploi » et « tâche ». Alors que le chiffre de Hamon s’inscrit (43 %) en droite ligne du rapport de Frey et Osborne qui ne s’intéresse qu’aux emplois et qui chiffrait à 47 % les emplois menacés de suppression par l’évolution technologique aux États-Unis. Le rapport met en garde « contre des analyses frustres et partielles qui ne s’intéressent qu’aux destructions brute d’emplois et contre l’idée que le progrès technique s’attaque à des métiers dans leur globalité : non, il a un impact sur le contenu de certaines tâches« . Ce sont pourtant ces analyses « frustres et partielles » que Hamon qualifie de « seules analyses sérieuses« , pour le besoin de la cause.

Le COE précise également que « des mécanismes de compensation » peuvent réduire, voire compenser intégralement les pertes d’emplois initiales« . Ce qui signifie que les 10 % d’emplois « très exposés » aux mutations technologiques peuvent parfaitement être compensés et l’emploi global ne pas diminuer, voire augmenter. C’est exactement ce qui s’était passé dans les banques : l’emploi y avait augmenté de 25 % en 30 ans alors que le rapport Nora-Minc prévoyait, du fait de l’informatisation, une hécatombe d’emplois dans ce secteur.

De toute façon, la seule réponse à ce risque est la réduction du temps de travail, comme cela a toujours été le cas depuis la révolution industrielle et les révolutions technologiques qui ont suivi.

Il ne faut pas négliger, cependant, un fait : la proposition de revenu universel trouve un appui réel dans ce « mélange de frayeur sur un futur sans emploi et du rêve d’une société où on ne travaillerait pas » et ce mélange est particulièrement prégnant dans la jeunesse.

La proposition de Hamon affaiblit le salariat d’un double point de vue.

D’abord en alimentant, à son corps défendant sans doute,  la frayeur sur ce « futur sans emploi » qui a pour fonction de tétaniser les salariés et de les empêcher de riposter en imposant une forme d’organisation du travail qui respecte et améliore leurs conditions de travail et surtout de réduire le temps de travail. Il est significatif que Hamon qui défendait les 32 heures en septembre affirmait en décembre 2016 qu’on lui avait prêté à tort cette idée, mais que son projet était bien différent : celui d’un revenu universel.

Ensuite, en ouvrant un boulevard aux propositions des libéraux d’un revenu universel « pour solde de tout compte » qui permettrait, une fois un filet minimum de sécurité mis en place de ne plus avoir à se soucier du droit à l’emploi ou à la sécurité sociale et de « marchandiser » tout ce qui, aujourd’hui, est socialisé.

Ce n’est pas un hasard si le revenu universel prend une telle place dans les débats : les médias dominants en profitent pour avancer sous le même appellation de « revenu universel » un tout autre contenu que ce que propose Hamon. Ainsi La Tribune du 7 janvier, dans un article intitulé « Le revenu universel : une propositions réaliste ? » surmonté d’une grande photo de Benoît Hamon, ne dit pas un seul mot du contenu du projet de ce dernier. L’article se contente de reprendre la proposition d’un « think tank » très libéral » « GérérationLibre » : un « Liber« , « un revenu de liberté pour tous ». Ce revenu ne couvrirait que les besoins de base (habillement, nourriture, transport, énergie, télécommunications). Il serait d’un montant de 480 euros par mois pour les adultes, de 270 euros pour les 14-18 ans et de 200 euros pour les moins de 14 ans et remplacerait nombre de minima sociaux. En contrepartie, le thinktank propose la mise en place d’une Libertaxe, soit un impôt à taux unique de 23%, une « flat-tax », qui remplacerait l’impôt sur le revenu. « Gérnérationlibre » aurait ainsi, selon l’article de la Tribune,  répondu aux critiques de l’OFCE sur le projet d’Hamon, alors que le projet de GénérationLibre et celui d’Hamon n’ont rien à voir, si ce n’est l’appellation de « revenu universel ».

Le but de Hamon est, à l’évidence, de gagner des voix dans la jeunesse pour l’emporter dans la primaire. Mais à quel prix  ?

Jean-Jacques Chavigné

 
Automatisation : peu d’emplois risquent de disparaître

Moins de 10% des emplois sont « très exposés » aux mutations technologiques et présentent donc le risque d’être supprimés, mais près de la moitié devront évoluer, estime le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) dans un rapport publié jeudi. Seule une « faible part », soit « moins de 10% », des emplois ont « un indice d’automatisation élevé »: ils « cumulent des caractéristiques qui les rendent vulnérables au vu des avancées technologiques actuelles », c’est-à-dire qu’ils présentent un « risque de suppression », explique le COE dans une vaste étude sur les impacts de la nouvelle vague d’innovations (intelligence artificielle, robotique, objets connectés, impression 3D, traitement des données de masse dit « big data »…).

Ces emplois « très exposés » aux technologies d’automatisation sont le plus souvent des métiers manuels et peu qualifiés, notamment de l’industrie: ouvriers non qualifiés, agents d’entretien, caissiers, énumère le Conseil, instance rattachée au Premier ministre. A eux seuls, les agents d’entretien représentent 21% de l’ensemble des emplois exposés (320.000), détaille-t-il. Une part bien plus grande des emplois, près de 50%, pourraient en revanche « voir leur contenu évoluer ». Il s’agit aussi de métiers peu qualifiés mais davantage dans le secteur des services: conducteurs, agents d’exploitation des transports, agents de maîtrise de l’hôtellerie et de la restauration, aides à domicile…

« Notre rapport met en garde contre des analyses frustres et partielles qui ne s’intéressent qu’aux destructions brutes d’emplois, et contre l’idée que le progrès technique s’attaque à des métiers dans leur globalité: non, il a un impact sur le contenu de certaines tâches », explique à l’AFP Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du COE.  »Il s’agit des mêmes personnes, mais elles feront des choses différentes, et les évolutions vont dans un sens de complexification et d’addition de compétences », ajoute-t-elle. Pour le COE, des « mécanismes de compensation » peuvent « réduire, voire compenser intégralement les pertes d’emplois initiales ». Le potentiel de créations d’emplois directs est, selon lui, « significatif » dans le numérique, « plus mesuré à court terme » dans la robotique, « compte tenu principalement de la faible taille du secteur actuellement en France ».

Ce volume des créations d’emplois n’est néanmoins pas chiffrable. « On sait ce qu’on perd, pas ce qu’on gagne. Mais au cours des vingt dernières années, où l’on assiste déjà à une numérisation accélérée, le volume global de l’emploi sous l’effet des technologies a plutôt augmenté », analyse Mme Carrère-Gée. Le fait d’assister à des progrès technologiques « qui défient l’imagination » créent dans le débat public « un mélange de frayeur sur un ‘futur sans emploi’, et de rêve d’une société où l’on ne travaillerait pas », poursuit-elle. Selon elle, « ce n’est ni l’un, ni l’autre, rien n’est écrit ».

 

 

Cher Arnaud, cher Benoit

Paris, le 11 janvier

Cher Arnaud, cher Benoit

 

Avec mes amis nous avons bien reçu vos deux courriers et avons travaillé collectivement à partir d’eux. Dans chacun de vos projets, nous avons relevé de nombreux points convergents avec les propositions que j’ai moi-même formulées et que nous avons souvent défendues ensemble ces dernières années.

La question de la VI ème République et de la démocratie figure en bonne place, la réforme fiscale, la lutte contre la finance, la rénovation thermique des bâtiments, la nécessité de dé-carboner et de développer les énergies renouvelables, la question de l’Europe …

 

Tous les deux, vous avez pris l’engagement d’abroger la loi travail, et vous déclarez la nécessité de salaires réévalués.

 

Tous les deux vous proposez un programme de gouvernement commun avec Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon.

 

Voila qui fait que vous êtes clairement notre choix et qu’on doit gagner tous ensemble le 29 janvier.

 

Nous avons aussi – au-delà des nuances bien naturelles – des différences qui méritent débat. Pour éclairer notre choix fraternel entre vous deux pour le 22 janvier

 

 

1°) Ainsi, je ne suis pas d’accord avec la façon de donner une place centrale dans cette campagne au revenu universel d’existence.

La façon dont cette question est présentée s’apparente, à mes yeux, à, nos yeux, à une remise en cause du modèle de protection sociale auquel nous tenons. Remplacer le salaire brut, les cotisations sociales sur le travail, par la fiscalisation, l’impôt, c’est renoncer à faire payer la protection sociale par le capital, les actionnaires, les employeurs, et dériver vers un simulacre de revenu payé en fait par les travailleurs eux-mêmes. Un  revenu de 550 à 850 euros échelonné dans un lointain 2020 et qui mobilise des centaines de milliards, bien plus qu’il ne faut pour faire reculer le chômage immédiatement en haussant le smic à 1800 euros, revenant à la retraite à 60 ans, à une semaine de 32 h, à la limitation de la précarité à 5 % et au contrôle des licenciements. C’est lâcher la proie pour l’ombre. C’est la fin des principes du programme du CNR ce qui réjouit tous les libéraux. Le succès médiatique de cette réflexion devrait inquiéter  ceux qui se sont jetés imprudemment, à nos yeux, dans sa défense. Cela oppose le renforcement de notre système de protection sociale à nouveaux droits très incertains.

Il faut bien sûr en débattre, d’autant que la discussion existe dans la société. Mais cela ne peut pas être à nos yeux l’engagement majeur pour les 5 prochaines années, dans une élection présidentielle emportée dans une confusion plus proche de Milton Friedman que de John Maynard Keynes.

On peut améliorer en urgence notre système de minimas sociaux, le faire évoluer comme le Smic, créer une allocation  autonomie pour les jeunes de 18 à 25 ans sans ressources. Comme l’allocation d’études universitaires, elle devra être soumis aux cotisations sociales pour ouvrir des droits tant à la santé qu’à la retraite dans le cadre d’une Sécurité Sociale étendue et renforcée. Le montant de cette allocation sera porté à 80 % du Smic (Cf. Appel des 100).

 

 

 

2°) L’heure n’est pas, et n’a jamais été à baisser le coût du travail mais à augmenter les salaires bruts et nets, notre smic est plus bas qu’en Allemagne, qu’en Grande-Bretagne et même que dans de nombreux états aux Etats-Unis…

Nous proposons de réfléchir et de relativiser cette affaire de revenu universel, ce qui sera forcément le cas avec le reste de la gauche, en rediscutant sans préalable d’augmenter le Smic, les minima sociaux, la hausse des petits salaires et petites retraites, l’attribution à la jeunesse d’une allocation d’autonomie et aux seniors d’une allocation dépendance,  qui comptent pour la protection sociale toute la vie.

Nous sommes aussi pour supprimer progressivement le millefeuille de complémentaires, assurances prévoyances, mutuelles qui coûte cher et est injuste et inefficace, revenir à une seule cotisation universelle, proportionnée, et à une « grande sécurité sociale » gérée démocratiquement par tous les salariés.

La question de la « raréfaction » du travail est discutable et discutée. Il nous semble plutôt que le travail est une comète en expansion, il y en a pour toutes et tous s’il est partagée, ainsi que les richesses qu’il produit. Ce qui est certain c’est que la réduction massive du temps de travail interrompue au début des années 2000 doit se poursuivre. Elle est un marqueur de gauche ! Le travail humain – quand bien même sa quantité peut évoluer à la baisse – va rester une constante des prochaines années parce qu’il est la source des profits de quelques-uns.

Or nous connaissons les effets d’un boom démographique avec environ  850 000 naissances annuelles depuis l’an 2000. Mécaniquement, cela va amener, en tenant compte des jeunes en formation, 350 000 demandeurs jeunes sur le marché du travail chaque année. Si rien n’est fait, ces jeunes s’ajouteront aux 1,3 millions de demandeurs d’emploi de plus que connaît notre pays depuis 2012. Le partage du travail est donc urgent et impératif, non seulement vers 32 h mais vers 30 h, etc. Voila ce qu’il faut indiquer comme direction générale. Travailler mieux, moins, tous et gagner plus.

Le projet à porter doit, à mon sens, à notre sens, à D&S, parler aux millions de salariés (jeunes ou moins jeunes) avec ou sans emploi, aux millions de retraités. Il doit se concentrer en quelques points en travaillant leur visibilité.

Salaires et retraites font partie des premières questions qui intéressent des millions de nos concitoyens car c’est leur vie au quotidien.

De ce point de vue, je ne crois pas qu’il faille augmenter le salaire net des feuilles de paie ou des pensions en réduisant la CSG ou les cotisations sociales. Le salaire brut est en réalité un ensemble de droits et besoins : immédiats pour les uns, indirects pour les autres.

Je crois nécessaire de parler davantage du salaire. Augmenter les salaires au delà de l’évolution du coût réel de la vie est nécessaire pour celles et ceux qui ne parviennent pas « à joindre les deux bouts ». A prendre sur les dividendes et le capital comme moyen de redistribuer les richesses d’abord. Les profits ont pris 7 points aux salaires, il s’agit de corriger cela

L’Etat doit donner le « la ». Cela peut passer par une initiative à l’échelle européenne. Ce niveau d’action est de toute manière indispensable ! Mais il faut annoncer qu’au-delà d’un délai court, des mesures unilatérales seront prises pour le Smic, les minima de branches, l’égalité femmes-hommes, le point d’indice de la fonction publique, les pensions de retraite etc. …(Tout comme pour dénoncer immédiatement la directive « travailleurs détachés »).

Pour avoir l’oreille des salariés, il faut ce type de proposition forte sur les salaires et les pensions de retraite ainsi que sur une réelle allocation dépendance. Pour avoir l’oreille de la jeunesse, il faut lui assurer les moyens de son autonomie dès 18 ans. La question d’un service civil ou national obligatoire ne constitue pas une attente de la jeunesse. Sa faisabilité et son coût sont discutables. Le développement d’un service civil et national sur la base du volontariat avec des formations qui lui soient liées me semble amplement suffisant pour la prochaine législature.

 

3°) Quant à l’union de la gauche, il me semble qu’il faut préciser que l’objectif est d’aboutir à un socle commun de propositions pour gouverner.

On ne résoudra pas toutes les divergences, il faut un programme commun de gouvernement. Quelques axes clairs pour toutes et tous. Dégagés au consensus. Dès le lundi 30 janvier.

Cette méthode pour faire l’unité à gauche permet de conduire à la candidature unique sans laquelle la gauche ne peut gagner en 2017. Et de régler le « casting » qui va avec.

Un tel rassemblement ne peut se construire en allant jusqu’à Macron. Emmanuel Macron lui-même ne se dit pas de gauche. Nous ne combattons pas pour une unité de la gauche avec le centre, une partie de la droite, car cela nuit immédiatement à l’unité de la gauche elle même. Il faut écarter, minoriser Macron l’homme du centre tout autant que Valls, l’homme de la droite de la gauche. Ils sont les deux visages d’un même projet qu’ils ont appliqué en commun !

Enfin, permettez-moi de vous dire qu’il faut commencer à travailler la convergence entre vous, entre nous, pour préparer la victoire le 29 janvier. Afficher ces convergences aidera à préparer les discussions avec Yannick Jadot et Jean Luc Mélenchon dès le 30 janvier auxquelles toute la gauche doit être associée – condition de la dynamique et de la réussite.

Je suis disponible pour discuter avec vous, de tout cela, ce serait le mieux.

Et pour m’engager davantage, avec tous mes amis de D&S, participer à des réunions publiques dès maintenant.

J’ai bien conscience qu’en fonction de nos échanges, cela peut signifier l’engagement auprès de l’un de vous deux seulement d’ici le 22 janvier. C’est pourquoi je pose, nous posons dès maintenant toutes les questions de convergences entre nous.

 

Pour qu’on se comprenne tous bien, je défends avec clarté, franchise, nos idées, celles de Démocratie & socialisme et de ses militants, mais je n’en fais évidemment pas des préalables à l’action commune. Un accord restreint mais clair vaut mieux que mille discussions pourvu que ce soit franc. A quoi serviraient des programmes aussi excellents soient ils qui resteraient dans les tiroirs si nous n’avons que le choix entre LR et le FN au 2° tour ?

Il faut rassembler et donc choisir donc les axes qui peuvent le permettre. L’unité est impérative et ne peut se faire qu’avec cette méthode du consensus gagnant et dynamique.

Notre préoccupation principale est, au delà du débat, de sélectionner ce qui permet de parvenir à une entente : c’est la seule façon de gagner le 23 avril en additionnant assez de voix pour être et gagner au deuxième tour du 7 mai.

De la même façon, je veux vous dire notre disponibilité pour le travail nécessaire et les discussions pour rassembler toute la gauche sans Valls…  ni Macron. Le travail engagé au sein de l’Appel des 100 (et ses 50 mesures) peut s’avérer utile en ce sens.

Je souhaitais vous faire ce retour avant le premier débat télévisé et me tiens à votre disposition pour poursuivre ces échanges.

 

Dans l’attente, je vous adresse, cher Arnaud, cher Benoît, l’expression de mon amitié socialiste, unitaire et combattive et aussi celle de tous mes amis de D&S.

 

Gérard Filoche

 

 

Il y a 3 ans, Mario Soarès, déclarait « L’austérité conduit l’Europe vers la dictature » « la révolution est inévitable en Europe »

Mario Soares vient de disparaitre à l’âge de 92 ans. Un deuil de trois jours est déclaré au Portugal. L’ancien président et leader du Parti socialiste dans la révolution portugaise des années 1974, 1975, 1976, était venu en France présenter son dernier livre il y a trois ans.  D&S avait rendu compte de cela. Nous le replions ici. Dans la tradition du livre publié en 1984 « Printemps portugais » (Ed.  Action, 600 p) qui est une analyse exhaustive de la révolution des oeillets.


Par Gérard Filoche

« Etat d’urgence » du Portugal à l’Europe, un livre de Mario Soares

Mario Soares, 88 ans, ex- premier ministre, (1976-78 et 1983-1985) et ancien président socialiste de la République portugaise (1986 à 1996) , vient de publier aux « Editions de la différence » un petit livre de 140 pages qui devrait faire événement par la vigueur de sa dénonciation de « l’austérité libérale qui conduit l’Europe à la dictature ».

Politique d’austérité criminelle

« La crise de la zone euro – provoquées par l’idéologie néolibérale et par la politique d’austérité imposée principalement par l’Allemagne de la chancelière Merkel – a mené le Portugal et presque tous les autres pays de la monnaie unique à la ruine ».

« Il faut en finir avec cette crise maintenant », reprend Mario Soares avec le prix Nobel Paul Krugman. Il faut réduire drastiquement cette « maudite » politique d’austérité (qu’il qualifie même de « criminelle » – p.97) pour faire reculer la récession dans les pays en proie aux marchés spéculatifs et faire baisser le fléau du chômage. »

« Le Portugal vit ses pires moments depuis 1974 » s’exclame Mario Soares qui demande carrément au Parti socialiste de ne pas « rester entre deux » et de voter avec le PCP la condamnation du gouvernement de droite PDS CDS-PP de Pedro Passos Coelho. « Il est en train de tuer le pays, à cause de sa politique néolibérale qui exige la stabilité et le paiement à la troïka (formée par le FMI, la BCE, et la commission européenne), elle-même vassale des marchés qui ne pensent qu’à gagner de l’argent. »

Dette : « nous ne paierons pas »

« On nous oblige à payer des intérêts exorbitants en échange de leur prêt. Je suis partisan de la méthode de l’Argentine et du Brésil qui, lorsqu’ils se sont trouvés dans cette situation, ont dit : « nous ne paierons pas ». Il n’ont pas payé et personne n’est mort, bien au contraire ».

Paralysé, le gouvernement de droite a dû reculer, et s’embourbe. Et en attendant il enfonce le pays dans la misère, proposant de supprimer 208 000 emplois en 2014, avec les plus grandes coupes jamais réalisées dans les dépenses sociales… Comme partout la droite imbécile veut vendre, ici la TAP (transports aériens portugais) et les CTT (Correios de Portugal, créée en 1520) qui dégagent pourtant 74 millions d’euros de bénéfice, et veut fermer 200 bureaux de Poste. Mais quand ils ont voulu, sur ordre de la Commisssion européenne, baisser les cotisations sociales patronales de 22,5 à 18, 5 % et hausser les cotisations salariales de 11,5 % à 18,5 %, il y a eu 1,5 million de manifestants en mars 2013 (l’équivalent de 11 millions en France) et le sale projet a été annulé.

Unité de toute la gauche

Mario Soares pousse le PS à son congrès de Santa Maria da Feira à « donner un nouveau souffle à la gauche » (contre l’austérité, pour le plein emploi, et l’Etat social) par un dialogue avec le Bloc et le PCP lui-même, et les syndicats UGT et CGTP. Il s’est fait acteur pour que les alliances entre ces forces de gauche progressent. Il appelle le nouveau leader du PS, Antonio José Seguro, à pousser les feux en ce sens ; ce serait le premier gouvernement de coalition de toute la gauche au Portugal surmontant les divisions des années révolutionnaires de 1974-76.

En septembre 2012 et mars 2013, le refus des mesures de la troïka, a donné d’énormes mobilisations de masse sans précédent depuis la révolution des Œillets. Elles poussèrent aux « rencontres de toute la gauche » : le 30 mai 2013 dans un grand amphithéâtre de l’Université de Lisbonne, archi-bondé, devant 2300 personnes, PS, PS PCP, Bloc de gauche, ont engagé la voie pour « libérer le Portugal de l’austérité ». Et, de fait, le Portugal est le pays le plus mobilisé d’Europe.

Révolution au Portugal et en Europe : inévitable

Mario Soares, appelle au départ de ce gouvernement qui détruit l’Etat social et la démocratie : « J’espère que le jour de son départ pour notre bien à tous, est proche et que retentira une explosion de joie pacifique semblable à celle de la révolution des Œillets »

« Un jour viendra – plutôt proche que lointain – où tout changera dans la politique, dans les finances et surtout dans l’éthique, pour le bien du Portugal et des Portugais. Parce que c’est toute l’Europe qui est en crise et qu’elle ne va pas se laisser entrainer dans le gouffre ».

« il est aujourd’hui prouvé que l’austérité ne profite qu’aux marchés spéculatifs et à ceux qui les commandent. Mais elle ravage les Etats et les peuples. Et pas seulement les Etats dits périphériques ou du sud, comme on l’a prétendu un peu vite. Voyez la Hollande, la France et l’Allemagne. «

Soares serait à la gauche socialiste aujourd’hui en France : « Le dilemme est simple : ou on lutte contre le chômage, la pauvreté généralisée, la récession et on garantit l’état social, dans tous ses aspects, tant qu’il est encore temps, ou l’Union européenne sombre dans le chaos. » (p.93)

Il rappelle les souvenirs du 25 avril 1974, il y a 40 ans et de Grandola Vila Morena la chanson de la révolution qui est a nouveau entonnée partout. « Quant à une révolution (pacifique !) en Europe, pour mettre un terme à la crise, elle arrivera en son temps. C’est inévitable. J’espère que le Portugal y contribuera par son exemple. »

Les deux réponses de Arnaud Montebourg et de Benoit Hamon à Gérard Filoche

 

Cher Gérard,

 

J’ai bien pris connaissance de ton courrier du 30 décembre. Tu y formules, avec la force et la sincérité des convictions qui te caractérisent depuis toujours, ta volonté intacte et celle de tes amis de Démocratie & Socialisme de continuer à mener votre combat pour sanctionner le bilan du quinquennat incarné aujourd’hui par Manuel Valls, faire réussir les primaires et faire gagner la gauche socialiste.

 

« La gauche pour repartir et regagner une confiance de masse ne peut faire autrement que de rompre avec cet échec de 5 ans, qui nous a fait perdre 5 élections, qui a produit 1,3 million de chômeurs de plus, qui a donné 41 milliards de CICE au patronat au lieu d’aider l’emploi direct, une austérité qui a cassé la relance, et brisé 100 ans de droit du travail » écris-tu en introduction de ce courrier. Je souscris évidemment et pleinement à ce constat lucide qui a été à la base même de mon retour dans le combat politique et de mon propre engagement dans cette primaire.

 

J’approuve également la vision stratégique selon laquelle « la reconquête de notre électorat passe forcément par une bataille pour l’unité de la gauche » qui ne peut évidemment être incarnée par ceux qui n’ont eu de cesse de la fracturer.

 

J’ajoute que des points majeurs du projet que tu souhaitais présenter à nos concitoyens figure dans mon propre projet : l’encadrement des rémunérations des dirigeants d’entreprises, la réforme fiscale, la réforme bancaire, la transition écologique, la marche vers une République nouvelle.

Nous avions, du reste, déjà fait le constat de ces multiples convergences lors de notre précédente rencontre.

 

Face à l’urgence de la situation politique, face à l’enjeu historique qui n’est autre que celui de la survie même dans le paysage politique français d’une gauche socialiste telle que nous l’avons toujours conçue, j’ai tendance à penser que ces convergences sont suffisamment décisives pour que nous unissions en effet et sans tarder nos forces.

 

J’apporte néanmoins les précisions que tu as légitimement souhaitées sur certains aspects de mon programme:

 

- sur la hausse des salaires. Je partage l’idée qu’une société du travail doit être organisée autour de la juste rémunération de celui-ci. L’oubli du salariat et plus généralement des couches populaires et moyennes qui travaillent mais peinent à tirer les fruits de leur travail est, depuis trop longtemps, une des négligences majeures de la gauche à l’origine de nombre de ses déconvenues.

 

Je mets donc la question du pouvoir d’achat -qui a reculé en moyenne de 350 € par ménages depuis 2010- au cœur de mon projet économique. Je suis en outre convaincu que cette relance du pouvoir d’achat est une des clés du redémarrage de l’économie française. Je propose donc de récupérer 10 mds € dans les montants alloués au CICE pour baisser la CSG en dessous de 2000 € brut par mois et augmenter ainsi de façon immédiate et significative le salaire net (1.200 € par an pour un smic). Je propose également d’indexer selon une négociation sociale, qui se triendra branche par branche, l’évolution des salaires sur les gains de productivité réalisés dans l’entreprise. Il n’y a aucune raison que les seuls dividendes et la rémunération du capital captent exclusivement les efforts réalisés par l’ensemble de la communauté des salariés de l’entreprise.

J’attaquerai également cette question du pouvoir d’achat par l’extension de la solidarité : je propose notamment la création d’une mutuelle publique à 10 € par mois pour les personnes ayant des trop petits revenus, et qui n’accèdent pas néanmoins à la CMU.

En ce qui concerne spécifiquement la hausse du Smic, qui suscite immédiatement des débats sur la concurrence par les prix, si l’augmentation raisonnable des salaires au plan national me paraît une nécessité, je suis favorable à porter d’emblée le combat au niveau européen. Les espagnols viennent d’adopter une loi d’augmentation des salaires de 8%, les allemands ont fait une hausse de 5% dans l’industrie (et dans la fonction publique) : dans le cadre du nouveau Traité de Rome que la France proposera, je proposerai un sommet social européen pour traiter cette question de la revalorisation concertée des salaires des travailleurs européens dans tous les pays européens, afin d’enrayer la spirale de la concurrence à la baisse des salaires dans toute l’Union. La fin -unilatérale s’il le faut- de la directive « travailleurs détachés » qui a (scandaleusement) institué le dumping social à domicile, s’inscrit dans ce cadre exigeant. Cela n’empêchera pas de décider unilatéralement des hausses du Smic français, en lien avec le retour de la croissance et des carnets de commandes que notre politique macroéconomique active produira. J’ajoute que je demanderai au Parlement de voter une loi encadrant les rémunérations des dirigeants d’entreprises cotées, en obligeant tout dirigeant de grande entreprise qui s’augmentant de 5%, ou s’octroyant des parts variables devra accorder la même augmentation à ses salariés, et la même part variable.

 

- sur la loi El Khomri, qui institue « le travailler plus pour gagner moins », ma réponse est claire : elle doit être purement et simplement abrogée et remplacée par une vraie loi de progrès, combattant la précarisation (pénalisation financière du recours aux CDD) et organisant la protection des travailleurs des plate-formes numériques.

J’ajoute que plutôt que le revenu universel, proposition irréaliste qui me parait témoigner en outre d’une acceptation fataliste du chômage de masse, j’entends instaurer une véritable sécurité professionnelle, donnant à tout chômeur des droits réels à l’insertion et la formation. Je propose la societe des 3 contrats, afin d’éradiquer le chômage de masse, rappelant que le plein emploi est l’état normal d’une économie : soit une personne dispose d’un contrat de travail, soit à défaut il lui sera proposé un contrat de formation professionnelle d’une durée d’un an ou 18 mois afin d’apprendre un nouveau métier, soit en cas de chômage de longue durée, il pourra lui être proposé un contrat d’activité à durée déterminée (proposition ATD Quart Monde) solvabilisant par les dépenses d’aide aux chômeurs des métiers que le marché ne permet pas de rémunérer, notamment dans l’économie du partage qui connaît un engouement précieux sur le terrain.

 

- sur le rassemblement de la gauche, il est clair enfin qu’au lendemain d’une victoire à la primaire, je me tournerai vers nos alliés communistes et écologistes pour les interpeller sur la nécessité de mettre fin à une dispersion, dangereuse, improductive et suicidaire.

Si la ligne alternative que nous incarnons l’emporte, les difficultés politiques et idéologiques qui faisaient obstacle à ce rassemblement seront levées, tant pour les présidentielles que pour les législatives.

Convaincu que le succès et le renouveau de la gauche passe par le retour de l’élaboration collective, je serai d’ailleurs prêt moi-même à réouvrir la discussion programmatique en ce sens.

 

Te remerciant encore pour ta démarche et tes combats, je reste, cher Gérard, à ta disposition pour approfondir cette discussion et t’assure à mon tour de mon amitié socialiste et personnelle.

arnaud montebourg, le 3 janvier 2017

 

 

 

page1image3088 page1image3248 page1image3408 page1image3568 page1image3728 

Cher Gérard,

Je te remercie de ton courrier dont j’ai pris connaissance avec une grande attention. Je souhaite te présenter ici les orientations stratégiques pour la gauche et pour le pays que je vais défendre dans le cadre de cette primaire citoyenne de la gauche des 22 et 29 janvier.

Face au projet ultralibéral et conservateur de François Fillon nous devons donc por- ter un projet résolument de gauche et ambitieux. Cela devra passer par une refonte complète de notre protection sociale. Face à la raréfaction du travail, au chômage de masse, à la crise du salariat, notre protection sociale est fragilisée. Après l’instaura- tion de la sécurité sociale en 1945, il nous faut penser la protection sociale du XXIème siècle. Cette révolution de la protection sociale que j’appelle de mes vœux a un nom : le revenu universel. Il s’agit du versement mensuel de 750 euros à tous les Français majeurs en complément de leur salaire, de leur chômage ou de leur retraite, pour que chacun soit protégé de la pauvreté, qu’il ait du travail ou en soit privé. Ainsi protégé du risque d’exclusion, chacun pourra en conscience choisir de renoncer à toute ou partie de son activité professionnelle, allonger la durée de ses études, reprendre une forma- tion, s’engager bénévolement, créer sa propre activité, ou tout simplement béné cier de davantage de temps pour s’investir dans sa vie personnelle et familiale.

Si nous ne pensons pas le monde qui change, nos enfants en subiront les consé- quences. Il est impératif de penser et d’anticiper les mutations que nous connaissons et qui ne cesseront de se renforcer, notamment celles qui bouleversent le monde du travail. Aujourd’hui, en France, certains souffrent de ne pas avoir de travail, d’autres d’être surmenés, tandis que quelques-uns qui s’y plaisent font des lois Travail pour tous les autres.

Quand la gauche oublie la question sociale, elle s’oublie. Et, c’est parce que ce quin- quennat a mis la question sociale de côté que, consultations électorales après consul- tations électorales, les Françaises et les Français nous ont tourné le dos. Renouer avec les salariés, la jeunesse, les retraités est ma première priorité. C’est pourquoi une des premières mesures que je prendrai si je suis élu Président de la République sera de demander au gouvernement de déposer un projet de loi a n d’abroger la loi travail faisant ainsi écho à la mobilisation des salariés et de leurs organisations syndicales que nous avions relayée en son temps à l’Assemblée Nationale. Elu Président, je pro- céderai également sans attendre à une revalorisation substantielle du SMIC, de tous les minima sociaux et du point d’indice de la fonction publique.

L’écrasante majorité des salariés n’ont choisi ni leur emploi, ni leur rémunération. Pour une part sans cesse croissante d’entre eux les conditions concrètes d’exercice de leur activité salariée se sont profondément dégradées. C’est pourquoi j’entends faire de la lutte contre la souffrance au travail un des axes majeurs de mon projet social. A ce titre, entre autre, le burn out devra être reconnu comme une maladie professionnelle. Ce n’est pas l’inspecteur du travail combattif que tu fus qui me démentira sur ce point. J’entends également que les lois et les règlements qui protègent les salariés dans leurs conditions d’hygiène et de sécurité soient respectées. Les moyens et les préro- gatives de l’inspection du travail seront réévaluées. Le droit du salarié ne saurait être un mot creux.page2image3072 page2image3232 page2image3392 page2image3552 page2image3712

 

La centralité de la question sociale doit aller de pair avec la nécessité d’organiser la transition écologique de notre appareil de production. Produire oui, produire en France aussi quand c’est possible, mais surtout produire quoi et comment ? Nos grands an- ciens disaient à juste titre que le capitalisme oppressait l’homme et la nature. Si, comme moi, l’on partage ce constat alors on ne peut pas faire de l’accroissement sans n de la production de la marchandise l’horizon indépassable de la gauche. A trop se préoccuper de la seule valeur d’échange des marchandises on en vient à oublier de questionner leur valeur d’usage. J’assume donc vouloir ouvrir en grand le débat sur le dépassement du productivisme. Je l’ai dit : je ne serai plus jamais socialiste sans être écologiste. Je ne suis pas décroissant mais je rejette la croissance telle qu’on la conçoit aujourd’hui. Disons le simplement : il était faux et absurde de penser que le seul fait de produire et de consommer davantage suf rait à apporter à tous le bonheur et la joie. Le problème ici, comme souvent, c’est notre incapacité à penser au delà d’une oppo- sition binaire. Non, je ne suis pas décroissant mais oui, j’af rme que notre course au productivisme au prix de notre planète est un non-sens.

Je veux dénoncer cette stratégie des grands lobbys industriels qui consiste à fabri- quer du doute. Ils nous disent «le réchauffement climatique n’existe pas», «à vouloir protéger l’environnement vous allez faire perdre de la compétitivité aux entreprises françaises et détruire des emplois», «les perturbateurs endocriniens ne sont pas dan- gereux». Combien de temps allons-nous laisser ces lobbys dicter notre conduite ? Combien de temps allons-nous renoncer à poser des limites au marché quand c’est nécessaire pour protéger notre environnement et notre santé ?

Parce que nous savons l’impact très néfaste des pesticides et des perturbateurs endo- criniens sur notre santé, j’interdirai tous les produits qui comportent un risque réel de dangerosité. Nous ne pouvons pas prendre le risque de nous retrouver demain face à des scandales sanitaires d’une gravité insoupçonnée parce que nous aurions choisi de céder aux lobbies privés. La fabrique du doute n’est rien d’autre qu’une tromperie qui veut nous détourner de l’intérêt général.

Je ferai sortir la France du diesel à l’horizon 2025 pour lutter contre la pollution de l’air, responsable de la mort de 49 000 Français.e.s chaque année. Je mettrai n à l’avantage scal accordé au diesel, je ferai installer des bornes de recharge électrique sur tout le territoire et je nancerai la recherche sur l’autonomie des batteries pour voiture élec- trique.

C’est aussi pour garantir la suprématie de l’intérêt général sur la force des lobbies que je constitutionnaliserai les biens communs. Nous devons aller aujourd’hui au delà du principe de précaution. Les droits à boire une eau pure et à respirer un air pur doivent être inscrits et protégés dans la Constitution. Pourquoi ? Parce que demain, avec cette base juridique, nous pourrons nous tourner vers ces entreprises qui exploitent à titre privé ces communs, dégagent des pro ts considérables mais ne font pas l’objet d’im- pôt spéci que. Nous pourrons poser le principe d’une scalité qui se concentre sur les entreprises qui aujourd’hui exploitent à titre privé les communs. Cette idée là, je la ramène des Etats-Unis lors ma rencontre avec Bernie Sanders en septembre dernier, où se posent les mêmes questions. Alors oui, constitutionnalisons les communs.page3image3072 page3image3232 page3image3392 page3image3552 page3image3712

 

Enfin, notre démocratie est à réinventer. Notre démocratie est malade, fébrile et ver- rouillée. Nous l’avons laissée devenir intermittente. A la con ance des citoyens en leur Constitution et à la vigueur des débats politiques se sont substitués, progressivement, la lassitude et le rejet d’un système qui se protège lui-même et qui ne donne plus la parole au peuple. On prie les citoyens de devenir des consommateurs de démocratie, de mettre leur bulletin dans l’urne, de faire acte de présence, puis de se taire pendant cinq ans. Nous les avons délibérément écartés des choix qui les concernent, considé- rant que le peuple était trop instable et trop inculte pour décider.

Il nous faut passer à une VIème République. Mes propositions sont nombreuses et la tâche reviendra aux Français de décider pour leurs institutions. Je n’en citerai ici que quelques unes.

Je commencerai par reconnaître le vote blanc pour ce qu’il est : un geste civique. Si la somme des votes blancs et des abstentions atteint la majorité absolue (50%), l’élection doit être annulée et un nouveau scrutin doit être programmé.

Réintégrer les citoyens exclus de la démocratie, c’est aussi reconnaître le droit de vote aux élections locales pour les étrangers.

J’inscrirai également immédiatement dans la Constitution le 49.3 citoyen, un pouvoir réel, concret, qui mettra n à la démocratie intermittente. Il permettra aux citoyens d’imposer au Parlement d’examiner une proposition de loi proposée par les citoyens ou de suspendre l’application d’une loi adoptée par le Parlement pour que celle-ci soit soumise à référendum.

En n, je donnerai le pouvoir aux citoyens d’écrire la loi de manière collaborative par l’écriture d’“amendements citoyens” sur le modèle du projet de loi pour une Répu- blique numérique.

C’est à ces conditions que nous pourrons créer une dynamique populaire et citoyenne de nature à favoriser le rassemblement de la gauche.

J’assume et je me réjouis que mon projet comporte de nombreuses passerelles avec le programme d’autres candidats de gauche qui n’ont pas à ce stade souhaité participer à la primaire citoyenne.

Oui je pense que le chemin du rassemblement de la gauche est le seul à même d’éviter la confrontation mortifère que tous les commentateurs politiques annoncent entre Fran- çois Fillon et Marine Le Pen. Oui, il ne tient qu’à nous de faire échouer cette chronique d’un naufrage annoncé. Oui, la gauche a rendez-vous avec son histoire. Je connais tes engagements, sache que ma candidature s’inscrit dans cet objectif de rassemblement, de clarté et d’ambition pour la gauche et notre pays.

Amitiés socialistes

Benoit Hamon

Tour Montparnasse
33 avenue du Maine, 75015 Paris

benoithamon2017.fr

 

 

 

les réponses de D&S paraissent bientôt   D&S n°241 janvier 2017

 

 

 

 

 

Le projet de revenu universel de Benoît Hamon : solution ou diversion ?

A lire dans le prochain D&S n°241 janvier 2017 abonnez vous, 30 euros pour 10 N° et un an  : chèque à l’ordre de « D&S » C/O G. Filoche 85 rue Rambuteau 75 001 Paris.  Réunion nationale de tous les amis de D&S le samedi 4 février de 10 h à 18 h

 

Le revenu universel signifie le versement à chaque personne habitant en France, qu’elle soit ou non au travail, d’une allocation mensuelle individuelle, d’un montant égal pour tous. Ce revenu diffère des actuels minima sociaux, versés à un ménage et non à un individu et liés à des conditions de ressources.

Le « revenu décent » de Manuel Valls se contente de regrouper les actuels minima sociaux qui restent réservés à certains ménages en difficulté, et n’a donc rien d’universel.

Le projet de Benoît Hamon prévoit de parvenir en trois étapes à un revenu universel de 750 euros mensuels. Dès 2017, le RSA augmenterait de 10 % et les jeunes de 18 à 25 ans y auraient accès[1].

Le débat sur le projet de revenu universel a le mérite de mettre en évidence les défauts de notre protection sociale

C’est un système compliqué : il compte 10 minima sociaux avec, à chaque fois, des montants et des réglementations spécifiques.

C’est un système intrusif, parfois stigmatisant et souvent peu respectueux de la vie privée car il exige de nombreux contrôles. Il nécessite, par exemple, de vérifier que deux personnes ne vivent pas en couple pour pouvoir percevoir chacune 524 € mensuels au titre du RSA (1 048 € au total). Si ces deux personnes cohabitent, elles n’ont droit, au total, qu’à 786 euros.

35 % des personnes concernées ne demandent pas le RSA auquel elles ont droit.

Les moins de 25 ans n’ont pas droit au RSA.

Les effets du « numérique » et de la « robotisation » sur l’emploi

Dans un entretien accordé au journal Le Monde, le 4 janvier, Benoît Hamon affirmait : « Selon toutes les études sérieuses, ce sont des centaines de milliers d’emplois peu ou pas qualifiés qui ont commencé à être détruits dans les économies occidentales. »  Cette affirmation pose plusieurs questions.

La destruction des emplois peu ou pas qualifiés dans les économies occidentales ne tient-elle pas avant tout à la mondialisation libérale ?

La productivité du travail augmentait de 5 % par an dans les années 1945-1975, mais  n’augmente plus, depuis plus de 30 ans, que de 1,5 à 2 % dans la plupart des pays occidentaux. Comment concilier cette constatation avec l’affirmation que le progrès technique raréfierait l’emploi ?

En présentant son programme le 17 août 2016[2], Benoît Hamon se référait à l’étude de deux chercheurs d’Oxford sur la « robotisation », Frey et Osborne, qui estimaient que 47 % des emplois seraient exposés, aux États-Unis, à être automatisés. Il affirmait, en effet : « En raison de la révolution numérique, 43% des emplois en France seraient menacés ».

Pourquoi ne se basait-il pas plutôt sur les travaux de David Autour ? Ils sont  pourtant autrement plus précis car ils introduisent une différence fondamentale entre tâches et emplois. Sur la base de cette distinction, une étude récente de l’OCDE estime que 9 % seulement des emplois seraient confrontés aux EU à une forte probabilité d’être automatisés.[3]

Taxer les « robots » plutôt que de diminuer le temps de travail, comme le propose Benoît Hamon, évoque fâcheusement les Luddistes anglais du début du XIXème siècle qui cassaient les machines pour tenter de sauver leurs emplois. Ils avaient, cependant, l’excuse de ne pas connaître les lois qui imposeraient la journée de 10 heures ou de 8 heures, la semaine des 40 heures, des 39 heures, des 35 heures.

La comparaison avec la création de la Sécurité sociale en 1946

La comparaison faite par Benoît Hamon avec la création de la Sécurité sociale en 1946 tend à décrédibiliser son projet plutôt qu’à l’étayer, tant les situations sont différentes.

Le PIB de notre pays doublait alors en quelques années. Ce n’était pas la mondialisation libérale, mais le protectionnisme et le keynésianisme qui régnaient dans les pays occidentaux. Le rapport de forces était extrêmement favorable au salariat, très mobilisé, face à un patronat considérablement affaibli par sa collaboration avec les Nazis. De plus, le projet de Sécurité sociale unissait l’ensemble du salariat en créant un salaire indirect, financé en grande partie par les cotisations sociales patronales, mais géré par les représentants syndicaux élus par les salariés.

La réduction du temps de travail passe aux oubliettes

Benoît Hamon tire un trait sur la façon dont la société a jusqu’à maintenant répondu de façon progressiste à l’augmentation de la productivité du travail : en diminuant la durée du travail. De 70 à 35 heures par semaine, au cours du XXème siècle…

Le 9 décembre, Benoît Hamon se défendait d’avoir proposé d’abaisser la durée légale du travail à 32 heures par semaine. « Depuis que je suis entré en campagne, on me prête de vouloir faire les 32 heures », a-t-il déclaré, expliquant qu’il n’entendait pas revenir sur les 35 heures mais « encourager le temps partiel »[4], mis en place par des accords d’entreprises et financé par la mobilisation d’une partie du CICE de François Hollande.

Les lois Aubry, en 1998 et 1999, avaient imposé une réduction du temps de travail par la loi et mis au placard la loi de Robien qui voulait réduire le temps de travail au moyen d’accords d’entreprise. Benoît Hamon propose de revenir à la loi de Robien.

Le coût du projet de revenu universel

Benoît Hamon fixe le coût de son projet à environ 300 milliards d’euros par an. Guillaume Allègre et Henri Sterdyniak estiment que pour ne pas dégrader la situation des actuels titulaires de minima sociaux, le coût d’un revenu universel s’élèverait à « 588 milliards soit (compte-tenu des économies de prestations réalisables) des dépenses supplémentaires de l’ordre de 480 milliards ». Ils précisent que cela représenterait « 22 points de PIB ou encore 35 points de CSG »[5].

Si l’on s’en tient à 300 milliards d’euros annuels, il faudrait, néanmoins, multiplier par deux le rendement de l’impôt sur le revenu, de l’impôt sur les sociétés, de l’ISF, de la taxe foncière et de la CSG. Ce doublement se ferait au détriment des seuls revenus les plus élevés puisque Benoît Hamon veut, à juste titre, s’attaquer à ces seuls revenus. Cela reviendrait donc à multiplier les impôts des plus riches par 4 ou 5, selon le produit de la lutte contre l’évasion fiscale qu’il préconise !

Une diversion dangereuse

Le projet de Benoît Hamon demanderait une modification de la répartition de la richesse nationale beaucoup plus importante que celle qui serait nécessaire pour imposer une réduction du temps de travail à 32 heures par semaine, revenir à la retraite à 60 ans et corriger les plus importants défauts de notre système de protection sociale. Elle exigerait également une mobilisation sociale beaucoup plus massive : la classe dominante ne lâchera pas 300 milliards d’euros sans les défendre bec et ongles.

Alors, pourquoi lâcher la proie pour l’ombre ?

Pourquoi renoncer aux moyens qui ont permis au salariat de faire reculer le chômage de masse et la pauvreté : la réduction du temps de travail et l’extension de la sécurité sociale ?

Le projet de revenu universel de Benoît Hamon, de surcroît, rendrait difficile la mobilisation sociale. A la différence d’une réduction du temps de travail qui profiterait à tous les salariés, il diviserait le salariat. D’un côté, ceux qui percevrait le revenu universel sans travailler ni payer de cotisations. De l’autre ceux qui travailleraient pour financer leur propre revenu universel et celui des autres. Dans ces conditions, le risque serait considérable d’ouvrir un boulevard au projet des néolibéraux : un revenu universel « pour solde de tout compte »

Dans cette perspective, la société, une fois qu’elle se serait acquittée du versement de ce revenu universel, n’aurait plus à se soucier de fournir un travail, de financer les dépenses de santé, de chômage ou de retraites. Ce qui était socialisé deviendrait marchandise : un véritable Eldorado pour les fonds de pension et les sociétés d’assurance.

La solution passe avant tout par la réduction du temps de travail

La réduction du temps de travail, sans réduction de salaire, reste l’instrument décisif pour assurer le droit de chacun à avoir un emploi, grâce aux 32 heures par semaine (dans un 1er temps) et le retour de la retraite à 60 ans.

Cette réduction du temps de travail devrait s’accompagner d’un plan massif de création d’emplois dans la fonction publique pour répondre aux besoins sociaux : santé, vieillissement de la population, enseignement, transition énergétique…

Notre protection sociale devrait également s’étendre et se renforcer afin de corriger ses principaux défauts.

  • Les minima sociaux devraient atteindre 1 000 euros mensuels pour se situer au-dessus du seuil de pauvreté.
  • Ils devraient être individualisés et accessibles dès l’âge de 18 ans.
  • Tous les chômeurs devraient être réintégrés dans l’assurance-chômage, alors que seul un chômeur sur deux perçoit, aujourd’hui, une allocation chômage.

Jean-Jacques Chavigné


[1] Voir le site « Benoît Hamon 2017 ».

[2] RTL – 17 août 2016 – « Primaires à gauche : Benoît Hamon détaille son projet pour 2017 ».

[3] Michel Husson – A l’encontre – 10 juin 2016 – « Le grand bluff de la robotisation ».

[4] Le Monde – 09/12/2016-« Élections présidentielles 2017 ».

[5] OFCE – 15 décembre 2016 – « Le revenu universel : une utopie utile ? »

 

Sans candidat de la gauche socialiste le 29 janvier, la présidentielle est perdue pour toute la gauche

la trahison évidente de Hollande valls et cie est une chose pour 2012 2017
la division qui ferait perdre la gauche et élire Fillon pour 2017 2022 en est une autre

 


Sans candidat de la gauche socialiste le 29 janvier, la présidentielle est perdue pour toute la gauche

Venez par millions les 22 et 29 janvier, votez pour Montebourg ou Hamon, assurez la défaite de Valls, la défaite de la loi El Khomri, la défaite du 49,  la défaite des lois Macron, la défaite de l’ANI et la loi Sapin, soldez le bilan du quinquennat, nettoyez la gauche du social libéralisme, recréez les conditions de l’unité de la gauche et de la victoire

Avec Valls aucune unité de la gauche n’est possible

S’il y a plusieurs candidats de gauche nous serons éliminés des le premier tour

Nul ne peut gagner les 23 avril et 7 mai sans additionner de façon dynamique les voix de toute la gauche

Un candidat de la gauche socialiste élu le 29 janvier c’est une chance d’un programme de gouvernement commun dès les 30 janvier

Le 30 janvier le candidat de la gauche socialiste élu travaille avec JL Mélenchon et Y Jadot pour un programme commun de gouvernement

Dans ce cas la gauche peut gagner en 2017